CHAPITRE PREMIER
Le notaire sourit finement. Alfred ordonna à Conan de se rasseoir.
— M. Toussaint, reprit-il, je n'ai pas compris sans doute ce que vous venez de me dire ! Je ne saurais encore être seigneur de Tîle de Loch, après...
— Seigneur? répéta le notaire, prenez garde, monsieur; je n'ai pas parlé de seigneurie... Comme vous ne pouvez l'ignorer, les droits féodaux ont été abolis par un décret de l'assemblée nationale, en i 790, etjusqu'ici, que je sache, ils n'ont pas été rétablis... J'ai dit seulement que vous étiez encore propriétaire du château et de ses dépendances. Je vais vous expliquer comment.
En même temps il prit en mains les divers papiers étalés sur la table, et il entra dans les détails les plus circonstanciés sur ce fait si incroyable au premier abord.
Ne pouvant, en dépit de toutes ces ruses
de chicaneur, empêcher l'île de Loch d'être
vendue, Toussaint s'était arrangé pour la
««'»*»'»ter. Le prix de ce rachat étant soldé
6 LA ROCHE'TREMBLAHTE.
en assignats, que le gouvernement prenait pour leur valeur nominale quand ils avaient subi déjà une dépréciation énorme, se trouvait par cela même considérablement réduit.
Devenu acquéreur des Liens de la famille de Kerdren, le notaire avait dû avancer encore des fonds pour défricher, et, selon l'expression si odieuse h Conan, pour mettre en rapport de \s\stes terrains à peu près incultes jusque-là ; c'était même ce qui avait absorbé le capital le plus important, en raison des travaux considérables qu'il avait fallu exécuter. £n revanche, la spéculation avait été excellente ; malgré le malheur des temps, le revenu de la propriété s'était quintuplé en peu d'années, si bien qu^à l'époque où nous nous trouvons, la dette considérable dont le domaine avait été grevé par les dépenses de rachat, de réparations et de défrichements, était entièrement payée, capital et intérêts. Il revenait même à l'ancien propriétaire, après apurement de comptes, une somme assez ronde que le notaire tira de sa poche,