‹ La roche-tremblante (volume 2)Chapitre 66 sur 116 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

rences m'avaient trompé... Vous êtes mon ami... vous êtes un honnête homme !

Et il le serra avec force sur sa poitrine.

— Ah ! M. de Kerdren, balbutiait le tabellion en lui rendant son étreinte affectueuse, comment moi, ancien serviteur de votre famille, moi honoré de la confiance de votre digne oncle, M. le vidame, aurais-je pu jamais*..? Oh ! Dieu m'en est témoin, j'aurais voulu, au prix même de mon sang, écarter les malheurs qui sont tombés sur vous !

Pendant que le notaire et son client se livraient à ces épanchements mutuels, Conan s'était approché, et avait saisi la main de Toussaint, qu'il embrassait avec une sorte de frénésie.

— Et moi, M. Toussaint, et moi, disait-il, je suis un butor, un scélérat, un coquin fini... Pouvez-vous me pardonner? Dieu me pardonnera-t-il? Quant à moi, je me reprocherai ma méchanceté toute ma vie.

^^^ft que j'ai été le premier à vous jeter la

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pierre, à soulever les vassaux contre vous, et que, si Ton avait voulu me croire...

Le notaire essuya ses yeux et se retourna brusquement :

— Ah ! est-ce vous, vieil aboyeur? reprit-il avec gaieté ; eh bien ! je ne suis donc plus un homme à lapider et .à pendre, un fripon de gratte-papier qui intrigue pour dépouiller ses bienfaiteurs?... Vous vous en êtes joliment donné sur mon compte; mais je vous disais bien que j'aurais mon tour ! Vous voyez maintenant ce qu'on peut accomplir avec des paperasses et des caractères tracés en noir par-dessus ! Serait-ce vous, aujourd'hui, qui rendriez à votre maître son patrimoine , s'il l'avait réellement perdu, lors même que vous parviendriez à soulever tous les braillards et toutes les commères de File, comme vous en aviez la fantaisie ? Vraiment , vous m'avez fait passer de vilains moments, vous et les autres ! Mais tout cela est fini, et je serai généreux. Que M. de Kerdren veuille bien me signer cette quittance définitive, et

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nous ne parlerons jamais plus du passé, je vous le promets.

En même temps il avait trempé une plume dans l'encre , et il la présentait à Alfred.

Celui-ci feuilletait les papiers avec attention.

— Un moment, M. Toussaint, dit>il en repoussant la plume qu*on lui offrait, avant d'accepter cette fortune brillante que vous voulez me rendre, j'aurais encore quelques explications h vous demander.

— Des explications? répéta le notaire avec une sorte d'inquiétude; je suis à vos ordres, monsieur.

Et il se rassit.

— Des explications? commença Gonan à son tour; du diable s'il est nécessaire...

Mais il vit son maitre si grave qu'il n'osa poursuivre.

— Je suis fort inexpérimenté en affaires, reprit Alfred ; cependant j'ai remarqué dans ces pièces des irrégularités bizarres.

— Des irrégularités I se récria le notaire

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avec une colère plutôt feinte que réelle.

M. de Kerdren m'accuserai t-il d'avoir soustrait à mon bénéfice...?

— Au contraire, mon cher Toussaint; je me plains que celui qui a établi ces comptes Tait fait plus à mon avantage qu'au vôtre...

Les recettes peuvent ne pas être exagérées ; mais les dépenses sont évidemment au-dessous de leur chiffre réel.

— Voilà , vous l'avouerez , un reproche nouveau adressé à un homme d'affaires , répliqua Toussaint avec une légèreté affectée; nous ne sommes pas habitués h de pareilles chicanes... Mais ne pouvez-vous pas spécifier un point particulier?. ..

— Eh bien, je trouve, par exemple, au chapitre des acquisitions pour l'exploitation de la ferme, quatre vaches et deux chevaux de labour cotés cent francs en assignats...

Quels qu'aient été les malheurs de notre pauvre France, je ne puis croire que le bétail et les chevaux soient jamais descendus à un prix aussi bas I

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