‹ La roche-tremblante (volume 2)Chapitre 7 sur 116 · CHAPITRE PRB1IER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PRB1IER

de Saint-Illec, ce vieux bourgeois qui prétend en savoir plus que vous et moi sur Thistoire de notre ile... Ensuite il y a d'autres messieurs et des dames en grande toilette que je ne puis distinguer encore.

— Des messieurs et des dames , dis-tu ?

s'écria Alfred; est-ce qu'en effet...? Oui, oui, c'est cela... Et moi qui avais tout oublié!

moi, qui allais tranquillement à la chasse!

Sur mon âme! il y avait de quoi me brouiller avec toute la bourgeoisie de Saint-Illec, et par le temps qui court, c'eut été une grave imprudence...

— Que dites-vous, monseigneur? demanda Conan avec inquiétude ; qu'y a-t-il donc ?

— Eh bien ! il y a que me trouvant il y a trois jours en nombreuse compagnie chez M.Toussaint, le tabellion, on parla des curiosités historiques de notre ile, et que plusieurs personnes, excitées par le bavardage scientifique de M. Toussaint, exprimèrent le désir de les voir... Les dames surtout manifestèrent

— prand empressement à faire l'expérience 1. 3

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de la Roche-Tremblante dont, comme tu le sais, nous n'aimons pas à laisser approcher tout le monde...

— La Roche-Tremblante î le talisman de votre famille? répéta le vieillard d'un ton de reproche; ah ! monseigneur, cela ressemble à une profanation !

— Bah ! bah ! la superstition t'a tourné la tête, h toi et aux autres... Je sais mieux que personne à quoi m'en tenir au sujet de la Roche-Tremblante... aussi j'invitai tous ceux qui étaient présents à venir aujourd'hui même à l'île de Loch, pour visiter nos pierres druidiques.

— Et pour dîner peut être ? demanda Conan.

— Non, rassure-toi... C'eut été te pousser au suicide toi, et Yvonne, ma cuisinière; et je tiens à mes vieux et fidèles serviteurs.

Non, je n'ai pas positivement invité à dîner ces gens-là; néanmoins, après les avoir promenés tout le jour, je pourrai difficile* ment me dispenser de leur offrir quelques

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rafraicbisseinenis, une colUtion modeste...

— Certainement, monseigneur, certainement il le faut ! reprit Conan avec agitation ; que penser^it-on de vous? Oui, il faut que ces bourgeois soient bien régalés; mais comment faire? 11 nous reste si peu de temps! nous manquons d'une foule de cboses, de provisions, d'argenterie, de vaisselle... La pauvre Yvonne en fera une maladie... Ah ! monseigneur, si vous nous aviez prévenus hier seulement. . .

— Allons, on sera indulgent pour mon ménage de garçon; courage, mon bon Conan, et répare bien vite mon étourderie... Il y a encore quelques bouteilles de vieux vin dans la cave , des jambons dans le saloir , sans compter cette belle oie sauvage que j*ai tuée hier à la côte Saint-Gilles... Voyons, en route, Conan ! cours au château te concerter avec Yvonne, si tu ne veux pas que tout soit perdu, même l'honneur !

— On y va, monseigneur, et on s'efforcera de faire pour le mieux... Promenez-les le

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plus possible afin de nous donner du temps* • . Je vais prier Pierrette, la fille à la mère Goy , de venir nous aider. Mais vous, monseigneur, continua-t-il en examinant son maître avec une sollicitude naïve, allez-vous recevoir tout ce monde avec cet habit fripé, ces bottes poudreuses, ce chapeau éraillé?

— Qu'importe? répliqua Alfred en époussetant légèrement ses habits du manche de son fouet de chasse , cela est assez bon pour eux!... Mais un moment, Conan ; puisque tu as de si bons yeux^ je veux encore les mettre à l'épreuve avant de te lâcher* «.

Parmi ces dames qui sont là-bas dans les bateaux , ne pourrais-tu déjà en reconnaître quelque^unes?

— Sans doute, monseigneur ; dans l'un, il y a mademoiselle Flore Toussaint, la sœur du tabellion, et quelques autres que je n'ai jamais vues. Dans le second, je distingue parfaitement madame Labarre... vous savez? la veuve de cet ancien corsaire, mort il y a deux ans à Saint-lllec, en laissant à sa famille

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une immeDse fortune, qui serait mieux peutêtre en d'autres mains.

— Madame Labarre , dis-tu ? Et elle est seule de femme dans ce bateau?

— Non, non, monseigneur... vous pouvez maintenant Toir comme moi une autre femme plus jeune et plus mince, qui se serre contre elle chaque fois qu'une lame arrive sur la chaloupe... c'est sans doute mademoiselle Joséphine Labarre, la plus jolie fille du pays, dit-on.

— Joséphine ! s'écria le jeune homme avec u|i transport de joie ; elle aussi ! Serait-il possible, après ce qui s'est passé entre nous? EUe ne m'en veut donc pas!... Je n'osais espérer... Es-tu bien sûr de reconnaître mademoiselle Joséphine Labarre?

— Certainement, monseigneur, répondit l'intendant en l'examinant avec inquiétude.

— Je ne m'étais donc pas trompé ! car je

l'avais devinée aussi; mon cœur me disait...

Mais hâtons-nous ; il faut nous préparer à

vpi^xoir avec politesse nos visiteurs... Ré-

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flexion faite, Gonan, je vais t'accompagner au château, car cette tenue n'est pas convenable pour recevoir des dames... Partons, partons vite!

Il plaça son fusil sous son bras et se mit à remonter le sentier avec tant de rapidité que Conan avait peine à le suivre. Au bout de quelques pas , le bonhomme était hors d'haleine; malgré sa préoccupation, Alfred s'en aperçut.

— Ne te presse pas tant, mon vieil ami , dit-il, tu me rejoindras à ton aise.

— Eh bien, monseigneur, si vous le permettez... je n'ai plus mes jambes de vingt ans!

— A revoir donc... Pardieu! Conan, toi qui connais tous les saints bretons, avec leurs diverses attributions et leurs pouvoirs spéciaux, tu devrais bien me dire quel est celui qui protège les amoureux?

— Pourquoi demandez-vous cela , monseigneur? fit rhonnéte vieillard avec simplicité.

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