CHAPITRE PREMIER
la parole d'un Kerdren, répliqua Alfred avec noblesse ; ma détermination est prise, je n'en changerai pas.
Le vieux tabellion salua tristement, et voulut sortir.
— Un moment ! s'écria Gonan en courant à lui , vous ne passeriez pas si je n'étais pas là pour lever la consigne...
— Quelle consigne?
La porte s'ouvrit, et Toussaint aperçut dans le corridor deux hommes qui faisaient sentinelle, le fusil sur l'épaule ; deux autres veillaient également sous les fenêtres de la chambre d'honneur.
— Ah! on se défiait de moi? dit le tabellion.
— On ne s'en défie plus, répliqua Gonan ; pardonnez-nous, M. Toussaint.
Il s'approcha des deux factionnaires.
— Mes amis, dit-il, ces armes ne sont pas nécessaires... nous nous étions trompés; M. Toussaint est l'ami le plus dévoué et le •"'"" fidèle de monseigneur !
26 LA ItOGHB^'TMEBLftMTE.
Les deux péeheurs, sans en demander dtt^ vantage^ sïnclinèrenl; avee respect et livrèrent passage.
— L'ami le plus dévoue, le plus fidèle !
répéta Toussaint comme à lui-même; oii !
non, Gonan ; il y a une personne qui Faîme encore plus que vous et que moi !
LB BIBSrAlTBIJn.
Le temps fixé par Alfred de Rerdren luimême pour terme de son séjour au château de Loch s'éeoula tranquillement. Grâce aux potions bienfaisantes du docteur taciturne de Saint-IUec, la fièvre n'arait pas reparu, et, sauf ttoe grande faiblesse, le malade semblait entièrement guéri. Chaque jour, accompagné de Conan, ii iîaisait des promenades char- — les dans Fîle. Le rieux serviteur lui mon-
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trait, avec une complaisance empressée, les lieux auxquels se rattachait pour lui quelque agréable souvenir : il rappelait les circonstances qui pouvaient les rendre chers à l'émigré. Il vantait avec moins de chaleur les plantations magnifiques, les défrichements , les vastes et commodes bâtiments d'exploitation qui étaient l'œuvre du mystérieux acquéreur de Loch ; cependant, il s'arrangeait toujours pour qu'aucun des avantages de cette belle propriété ne passât inaperçu, et il semblait s'efforcer, par tous les moyens, d'en rendre la jouissance désirable à son maître.
Plusieurs fois même il avait cru avoir ébranlé ses résolutions, et il s'était hasardé à proposer timidement quelques changements à opérer, comme si la volonté d'Alfred eût été encore souveraine; mais Kerdren lui avait répondu froidement :
— Tu sais bien, Gonan, que je ne suis plus rien ici !
£t le viefllard s'était tu en soupirant.
Néanmoins, partout où il passait, Alfred