CHAPITRE II
était traité par ses anciens vassaux comme s'il fut rentré purement et simplement dans les privilèges abrogés de sa famille. Pour eux, en dépit de la révolution et de ses conséquences, il était toujours le seigneur de File ; et cela n'étonnera pas dans un pays où, aujourd'hui encore, le paysan breton donne fréquemment ce titre au modeste gentilhomme qui possède un coin de terre et une ruine là où ses ancêtres ont possédé des comtés et des châteaux. Ni Toussaint, ni Gonan, ni aucune des personnes employées à l'exploitation rurale n'avaient dit un mot qui put donner un doute à cet égard. On assurait même que M. Bernard, le fermier de l'île, un Normand retors qui n'agissait jamais à la légère, était venu o£Sciellement au château rendre hommage au maître , et prendre ses ordres. A la vérité, on ignorait ce qui s'était passé dans cette conférence, mais la démarche n'était pas moins significative, et la réintégration de M . de Kerdren dans son domaine paraissait con-
' "te. Alfred lui-même, soit pour ne pas cha-
50 LA ROeBB-nnBLANTE.
grineF Conan, qui le suivait [Niriout, soit pour tout autre motif, n'aTait pas cherché à désa* buser ces braves gens, et il s'était contenté de sourire tristement quand ils kii exprimaioDt les espérances que leur inspirait son retour*
Le vieux majordome 9 cependant, devait bien savoir à quoi s'en tenir sur ce chapitre. Toussaint était revenu plusieurs fois k la charge, depuis l'explication qui avait eu lieu précédemment au château, et il avait renoovêlé ses instances; on n'avait pu rien (ri>Cenir de l'héritier de Kerdren, dont l'âme droite dédaignait les faux-fuyants et les arrièrepensées. Mais le calme et la sérénité d'Alfred, qui n« parlait jamais de son départ prochain^ avaient donné k Conan une sorte de sécurité; aussi ne s'attendait-il à rien , <j^and , vers la fin du troisième jour, au moment du coucher du soleil, la sonnette de son maître l'appela à la ohambpQ d'honneur.
II trouva Alfred debout et habillé. U tenait d'une main le petit paquet enveloppé d'un mouchoir, dont nous avons parlé tant