‹ La roche-tremblante (volume 2)Chapitre 73 sur 116 · CIII«TRE B · texte numérisé non relu

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de fois, de l'autre un bàtan de coudrier qu'il avait coupé la veille dans un lafflis du voisinage.

A la vue de ces préparatifs, dont le sens était si ckir^ Cooaii pâlit :

— Monseigneur, balbutia-t-il, est-ce que vous songeriez. . . ?

— Oui, mon cher Conan, l'heure est venue... Je profiterai de cette belle soirée pour traverser le détroit et le village de Saintlliec sans être aperçu ou du moins reconnu , ce qui causerait peut-être quelque étonneroent. . . Je te laisse le soin de eolwer mon absence comme tu l'entendras. Je te charge au^i de mes remerciments peur l'hospitalité que j'ai reçue ici; tu les transmettras soigneusement, sotlà Toussaint, soit à toute autre personne...

Conan se redressa brusquement.

— Nous n'en sommes pas encore là, repritil ; voyons, monseigneur, étefr*vou8 en effet résolu à partir ce sour isiéffle?

— J'y suis résolu, .

- AlwSy reprit le vieillard avec vivaeité,

je ferai ce qui m'a été expressément recommandé... Monseigneur, je vous supplie de prendre patience pendant une iieure seulement; passé ce temps, je vous apporterai peut-être des nouvelles qui changeront votre détermination.

— Où vas-tu donc, Conan ?

— A Saint-IUec... Me donnez-vous votre parole de ne pas quitter le château jusqu'à ce que vous m'ayez revu ?

— Je ne sais si je dois...

— Une heure seulement !

— Eh bien j'y consens... Mais dis-moi du moins...

— Rien , je ne puis rien dire. . . Adieu , monseigneur ; vous avez promis !

Il sortit, et, un moment après, on entendit claquer la grille de la cour.

Demeuré seul, Alfred s'assit près de la fenêtre et tomba peu à peu dans une méditation profonde. Au moment de quitter, peutêtre pour toujours, le toit de ses ancêtres, et d'aller affronter de nouveau les hasards d'une

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vie agitée, il éprouvait le besoin de se recueillir, de se rappeler une dernière fois les jours heureux de sa jeunesse, au lieu même où ils s'étaient écoulés. Bientôt il perdit le sentiment de la réalité présente. La nuit était venue; c'était à peine si la lune jetait quelques pâles rayons dans la chambre. Conan eût pu dépasser de beaucoup le terme fixé , sans que son maître, absorbé dans ses pensées, s'en fut aperçu. Cependant, l'heure n'était pas encore écoulée qu'un bruit de pas précipités résonna dans le corridor, et Conan ouvrit la porte. L'obscurité lui fit croire d'abord que la chambre était vide.

— Monseigneur, étes-vous là? demandat-il avec inquiétude.

— Qu'y a-t-il? que me veut-on? dit Alfred en tressaillant.

Il s'était levé, et sa silhouette se dessinait en noir sur les teintes blanchâtres que projetait la lune.

— Est-ce toi, Conan? reprit-il en poussant lin Inng soupir ; oh! quelles délicieuses ima-

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gcs se sont enfuies à ton approche! Mais quelles nouvelles viens-tu m'apporter ? Puis^ je enfin te dire adieu et me mettre en chemin?

— Non, monseigneur; vous avez promis vous-même à M. Toussaint de rester à Loch, si la personne qui a acheté se(a*ètement vos propriétés se montrait k vous, et justifiait son intervention dans vos afifaires... Vos conditions sont acceptées ; on consent eafin à vous voir.

— Quand donc?

— A l'instant même, si vous voulez me suivre.

— Où me conduiras-tu ?

— A la ferme, où M. Toussaint va se rendre avec cette personne inconnue*

Alfred hésita.

— A quoi bon ? dit-il lentement ; j'ai accepté mon sort... je veux garder ma misère... Voyons cependant ce bienfaiteur modeste qui a tenté de relever notre maison de ses mines ; je lui dois des égards et des remerciioents!

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Il prit le bras de Coftnn, et tous les deux sorîiteni dd château.

Ils suivirent un moment la grande avenue, purs, tournant à droite, ils s'engagèrent dans un sentier qui devait les conduire h la nonvdle fermée. L'ëmigrë était retombé dans ses rëfiesions méiaDColiqnfes ; ati contraire, plus on «vançaiît, plus te vieil intendant donfiïitH des marques d'agilation intérieure. Pa^rfois il grommelait tout bas, et s'arrêtait brusque-^ ineitt ; puis il se remettait h marcher avec fine rafM'dité (extraordinaire. Alfred ne remarquait pas cette bizarrerie de son comf^agnon de route. Une fois pourtant il lui d^^manda :

-^ As-tu une idée de la personne que nous allons trouver à la ferme, ann Conan ? J'avoue que ce mystère commence à piquer im curiosité...

— Je^.. je ne sais rien, monseigneur, répondit le viieillard d'une voix étouffée.

Et le sileiïce ne fui plus interrompu pendant le reste de la route.

^^ientàt ibsortirent de l'ombrage épais que

formaient les plantations, et un admirable spectacle s'offrît à leurs yeux. Ils étaient arrivés à l'extrémité de l'île, du côté du sud.

Cette partie, qui était unie et découverte, s'étenciait le long du canal, et abritée qu'elle était contre les vents du large, elle se parait de prairies verdoyantes et de magnifiques moissons. Dans une anfractuosité du rivage, on entrevoyait le village de Loch, son clocher svelte, ses masures aux toits de chaume, où brillaient quelques rares lumières, et enfin son petit port, où quelques pécheurs balaient en ce moment leur barque, en poussant des cris aigus et cadencés comme un chant. En face, s'élevait la nouvelle ferme, avec ses vastes granges, ses somptueuses étables , sa maison blanche et proprette, ses jardins en terrasse, habitation animée et riante que plus d'un bourgeois de nos jours eût préférée au vieux et sombre château lui-même. Derrière la ferme, le bras de mer brillait aux rayons de la lune , et par delà la mer , la côte du continent se projetait, comme une ligne

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