‹ La roche-tremblante (volume 2)Chapitre 77 sur 116 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

La jeune femme sourit.

— Je ne suis pas un fantôme, M. de Kerdren; le tombeau ne s'est pas encore referme sur moi, quoique je sois morte pour le monde, morte pour mes amis comme pour mes ennemis.

— Morte? répéta machinalement Alfred.

— Voilà le secret que nous vous cachions, reprit le notaire en s'avançant à son tour ; à la vérité, le bruit de la mort de mademoiselle Labarre se répandit la nuit même de votre départ pour l'émigration , mais il n'en était rien ; cette chère enfant put quitter le pays quelques jours après, et elle se rétablit complètement. Néanmoins elle désira laisser croire à Saint-Illec qu'elle était morte en eflFet ; et vous comprendrez cette résolution, qu'elle prit de concert avec sa mère, si vous vous rappelez l'événement qui attira sur elle le mépris des gens du voisinage... Depuis cette époque, mademoiselle Labarre a habité Nantes, où elle a vécu très-retirée , dans les bonnes œuvres «* 'fts prières. Quand par hasard elle vient

ici, elle veut toujours être couverte d'un voile épais, comme vous la voyez.

Dans ce premier moment de trouble, Alfred était incapable de comprendre ces explications. Une seule cbose lui semblait nette et précise : Joséphine était vivante.

— Mais alors, reprit-il avec chaleur, c'est vous que j'ai vue h mou chevet pendant ce terrible accès de fièvre?... Oh! je vous reconnais, je vous reconnais !

— C'était moi.

— Je savais bien , s'écria Kerdren transporté, que cette femme divine, ces soins empressés, ces paroles consolantes, tout cela était une réalité!... Joséphine, vous vous souvenez donc que dans cette bienheureuse nuit , où je croyais déjà que vous et moi nous n'appartenions plus à ce monde , vous m'avez accordé un pardon généreux et complet?

— Mon pardon! M. de Kerdren, dit la jeune femme d'une voix vibrante, ne serait-ce pas à moi plutôt d'implorer le vôtre? Ne

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