‹ La roche-tremblante (volume 2)Chapitre 78 sur 116 · CHAPITRE n · texte numérisé non relu

CHAPITRE n

sais-je pas quels malheurs vous ont accablé pendant dix années par le fait d'une personne... que je dois aimer et respecter malgré ses fautes? Une injure , fatale dans ses conséquences, mais frivole dans son principe, méritait-elle une aussi longue, une aussi dure punition ? Oui, c'est à moi de m'humilier devant vous, M. deKerdren, c'est à moi de vous supplier...

— Ce n'est pas tout, interrompit l'émigré emporté par ses souvenirs ; dans cette nuit délicieuse dont chaque circonstance est gravée la... vous avez prononcé, Joséphine, des paroles bien chères à mon cœur ! Vous avez dit... oh! cet aveu, si plein pour moi d'espérances, était-il aussi une réalité?

Mademoiselle Labarre baissa les yeux et rougit.

— Il y aurait eu de l'inhumanité, murmura-t-elle, à blesser les fantaisies d'un pauvre malade que transportait la fièvre...

— C'est donc là que commence le rêve?

'*^"liqua de Kerdren avec un accent de

profonde tristesse ; j'avais cru entendre de votre bouche... Pourquoi m'avez -vous désabusé?

Ils se turent tous les deux. Le notaire Toussaint, qui n'avait pas perdu un mot de cette conversation, crut devoir intervenir.

— Vous comprenez maintenant, mon cher Alfred, reprit-il d'un ton affectueux, combien vos scrupules sont mal fondés quand vous refusez d'accepter la restitution de votre patrimoine; c*estdcla justice simple et rigoureuse. Madame Labarre, qui avait soulevé la population contre vous, s'est repentie de ses violences quand elle a pu en mesurer froidement la terrible portée ; j'ai été témoin de ses remords, et j'ai encouragé de tout mon pouvoir sa résolution de compenser dans son testament le dommage qu'elle vous avait causé. Après sa mort, sa noble fille a voulu que la réparation fût plus complète encore.

Votre domaine était alors en vente; elle imagina de l'acheter, afin de vous le rendre quand les temps seraient devenus plus pal-

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