CHAPITRE PREMIER. IIS
tête... Vous pouvez nous rendre un grand service.
— Que faut-il faire?
— Une barque nous attend, cette nuit même, dans VJnse-auX'Épaves pour nous transporter à bord du vaisseau anglais.
Pouvez-vous nous conduire à cet endroit, en évitant les sables mouvants et surtout les douaniers?
— Je l'essayerai.
— Ce n'est pas tout : les forces de mon ami sont épuisées , il faudra choisir des chemins qui ne soient pas trop pénibles et m'aider à le soutenir dans sa marche. Si nous arrivons heureusement au lieu désigné, vous pouvez être sûr qu'une récompense...
L'homme au grand chapeau l'interrompit par un geste dédaigneux.
— Marchons, dit il; dans ce lieu découvert nous pourrions être aperçus par quelque sentinelle.
Il prit le bras du plus petit voyageur, qui t^Afic^illît à ce contact subit, et l'on se remit
en marche. Le guide fit d'abord rebrousser chemin h ses compagnons ; au lieu de suivre le bord de la mer, on gagna la campagne pour éviter les postes de la douane. Pendant une partie du trajet, ces trois personnes gardèrent un silence absolu. Cependant, au moment où Ton traversait une vaste bruyère entourée de rochers, celui des deux émigrés qui avait déjà parlé reprit en s'adressant à rinconnu :
— Y aurait-il de l'indiscrétion, monsieur, à vous demander qui vous êtes ? Le son de votre voix a éveillé en moi des souvenirs...
— Je puis vous en dire autant, répliqua le guide d'un air pensif; quand vous parlez, je crois entendre un frère qui a été pour moi la cause de bien des maux !
— Qui étes-vous donc ? répéta le voyageur en fixant sur lui un regard pénétrant.
— Rien , presque rien ; je me nomme André, je suis le maître d'école du village de Sainte-Marie, qui est derrière cette montagne. Depuis six ans, je vis là obscur et