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le peu de temps que j'ai exercé ce métier, j'ai étonné les plus anciens praticiens de la flotte. Il est impossible A'habiUer un bareng plus promptemenl Que moi, de lui foire occuper moins de place dans un tonneau, el de mettre une quantité de sol mieux calculée pour que le poisson soit exquis. Tu goûteras de mes produits.
I ii irquis poussa un nouvel & lai de rire.
— Rira bien qui rira le dernier! reprit le chevalier au bout d'un uniment, nuis je ne t'ai pas encore tout dit, mon cher camarade. Le vieil Archibald s'est pris pour moi d'une belle admiration et d'une vive amitié. Une l'ois il m'a serré la main d'une
roureuse, que j'ai cru qu'il me4'avait écrasée; cela signifie bien des choses, marquis! En débarquant ee matin, il ma amené ihez lui, m'a donné une chambre dans sa maison; il me traite comme son fils, j'ai détrôné tout a fait Léopold Wilkins; comprends-tu maintenant?
Le marquis ne riait plus; il réfléchit un moment, puis il dit d'un air pensil :
— Eh ! cli! ta conduite, si elle n'était pas dégradante pour un gentilhomme, ne sérail pas trop niaise. N'importe, ajouta-t-il, je ne me di • our battu.
— Prends-y garde, marquis; j'ai appris ce matin de sinpu-
ton sujet, et j'ai les moyens de me débarrasser de toi si tu me barres le chemin.
— Ma lui, mon cher 1 répondit le marquis du même ton, c'est ■ ment comme moi. Si la lutte s'engage entre nous, je te
ferai décamper d'ici sans regarder derrière toi.
— Ces! donc la guerre?
— Mais oui.
— La guerre donc ! s'écria le chevalier en choquant son verre contre celui de Cavignon, et je bois à la santé du vainqueur!
— A la santé du vainqueur! répéta le marquis.
En ce moment deux hommes passaient devant le cabaret, se tenant bras di ssus bras dessous et causant à voix basse. L'un i s hommes était Léopold Wilkins et l'autre Samson l'écliineur. I. d intimité qui semblait régner entre eux lit faire
al; . . - ste de surprise; son ami remarqua ce mouvement.
— Le vainqueur! dit-il, ce sera peut-être ce manant-là. Autantque j'ai pu i n juger, la petite esl pour lui.
— La petite sera |">ur celui que le père désignera, reprit le
rmelé. Est-ce que cette enfant-là, avec son indiiTe; i a simplicité phénoménale, poui i a conce-
voir un désir, exprimer une volonté? D'ailleurs, sans entrer dans aucun détail, je te dirai que nions Wilkins doit se repcu-
lr amèrement du tour qu'il m'a joué. Je lui ai rendu coup pour t'oup et avec usure, sur ma parole!
— Ce bon chevalier, il est rusé ! dit Cavignon avec ironie, et cependant je ne vois pas comment il pourra parer la botte que je vais lui porter.
— Ce-digne marquis! si je sais comment il se tirera du bourbier où je vais le conduire, je veux être pendu. À quand la bataille? demanda Cavignon d'un air d'indifférence.
— Mais à demain, je pense, répondit Rolly de même : demain, master Archibald donne dans son jardin un grand dînera tous les marins et pêcheurs de ses vaisseaux; on défonce déjà les tonneaux de bière, on fait rôtir des bonis entiers. Tu penses bien que je serai le roi de cette fête, moi le plus novice et déjà le plus habile des pêcheurs de harengs. Je compte profiter de l'enthousiasme que je dois exciter pour adresser ma demande au père. Toi, comme maître de langues de la donzelle, tu as le droit d'assister à celte fête... Tu le vois, je ne crains rien, je joue jeu sur table.
Et tu choisis les cartes, dit le marquis, mais peu importe! prends autant d'avantages que tu voudras, je suis sûr de gagner.
— A demain donc! je vais me préparer à la bataille, mon bon camarade.
— Et moi aussi, mon cher compatriote.
Ils se serrèrent la main et se séparèrent.
Le soir même, un grand laquais en livrée apporta à meinher Archibald une lettre ampoulée dans laquelle Cavignon demandait solennellement la main de Gudule.
Le lendemain matin, toute la bonne ville d'Amsterdam était en émoi pour voir passer le cortège des marins qui conduisaient leur compagnon Duldof à l'IIotel-de-Ville, où il allait recevoir des mains du bourgmestre le prix de la pêche. Pendant cette marche triomphale sur l'immense quai du Zuiderzée, le vieux pêcbeur, malgré ses beaux habits et les honneurs qu'on lui rendait, semblait triste et préoccupé. Evidemment ce nouveau triomphe pesait à l'honnête vieillard, et sa conscience le lui reprochait comme une mauvaise action. Des bruits étranges avaient couru au sujet dé l'erreur prétendue de Wilkins On assurait que Wilkins était un pêcheur trop expérimenté pour avoir pu commettre, même au milieu de l'obcurité, une semblable méprise; qu'en proclamant sa victoire* il était de bauim foi , et uu'enlin un*
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ion se ule avait pute frustrer de la récompense qui lui
lue.
i même heure, une centaine de matelots et de pécheurs
aux t-a-.'s du riche armateur étaient réunis dans le jardin, où i es préparatifs d'un grossier banquet. Avec des ton-
i i et il» s planches, on avait formé de longues tabl i tous les invités devaient se trouver a l'aise. Mais ceux-ci pe semblaient , rà la joie. Divisés par petits groupes, ils
fumaient en t 'hangeant de rares paroles à voix I isse. L irsque les cria des marins qui allaient à l'Hôtel-de-Viille se firent entendre, un seul d'entre eux se leva et sortit précipilament: c'ém l'échineur.