entra dans le jardin et jeta un regard dédaigneux à
us, qui ne lui rendirent même pas son regard. Le marin! un éblouissant costumé de cour bien capal'exciter l'attention de ces pauvres diables. Sun valet de l'était su rp i coiffure ; son habit et sa veste
< : couverts de broderies el de rubans; il exhalait nue odeur de musc et d'ambre, comme la boutique d'un parfumeur. Il marfiêrement, la tète droite, lorsqu'il aperçut Rolly qui s'ap-
fh ii( de lui d'un air railleur. Tout au rebours de Cavignon, ivalier était mis avec la même simplicité que la veille; seulement su» bonnet fourré avait été remplacé par un chapeau à Is, d un véritable l> pe hollandais, et nous avons le i i de le dire, en fait de parfums, Rolly avait poussé la vérité historique d jusqu'à n'exhaler que celui du h
— Eli bien! nous voici donc en équipage de combat! dit-il familièrement à son ancien camarade; tu veux éblouir, mon cher, (,;ï ne le réussira
— ui t\ i e qu i rons. Mus à propos, sais-tu si l'on
ma lettre et ce que l'on en pei
— Je I ignore absolument; mais le père est là dans le parloir; allons le trouver.
lanl qu'ils s'avançaient vers cette salle où, deux moi
i lient été témoins des adieux d'Archibald et de
lille, ils aperçurent dans un coin écarté du jardin Léi Wilkins si ul ■ t mé lilalif. Chacun d'eux lui lit uu signe mystérieux qu'il ne remarqua i
— Ali! Ui i s d'intelligence avec li
— El il est d'intel!§ toi ?
— C le pauvre diable a bien asspz de ses affaires. Un donne aujourd'hui à un rival le prix qu'il méritait, el le vieux négociant ne veut pins entendre parler de lui pour gendr.\ aussi pourquoi diable s'est-U avisé de lutter de ruse avec uiui?
20| LE PREMIER ÏURFNG
Le marquis entra le premier en se donnant des airs de cour et en minaudant comme une coquette. ïlolly le suivait avec une contenance froide et posée, comme un véritable Flamand d'origine. Le père Archibald, assis près de la fenêtre, d'où il pouvait voir ce qui se passait dans le jardin, remplissait la chambre d'une épaisse fumée, qui s'échappait de sa bouche comme d'un volcan en éruption. Gudule entrelaçait ses petits fuseaux a dentelle, sans paraître songer à autre chose qu'à son ouvrage. Mais, chose incroyable! dame Brigitte ne dormait pas cette fois. Elle cherchait à prendre une pose majestueuse dans sa bergère en velours d'Utrecht, et si elle n'eût bâillé toutes les cinq minutes , on eût pu lui trouver un certain caractère de dignité.
En entrant, le marquis, malgré la fumée qui le prit à la gor^e et lui causa une horrible quinte de toux, salua, avec force compliments, d'abord le vieil Archibald, puis Brigitte, puis Gudule, se confondant en révérences prétentieuses, en sourires eourtisanesques. Le chevalier, au contraire, alla serrer silencieusement la main de son patron, adressa aux dames une simple inclination de tête et se retira dans un coin, curieux de voir son ami entamer sa difficile négociation.
Cependant, à toutes les politesses du marquis, Brigitte ne répondait que pas une demi-révérence, car son embonpoint ne lui permit pas de se soulever entièrement de son fauteuil, et Gudule par un sourire que le gentilhomme trouva passablement niais. Quant au gros marchand, à toutes les questions de son ofticieux visiteur au sujet de sa santé, de son commerce, de son heureux voyage, il répondait par le ia sacramentel, accompagné d'une bouffée de tabac.
Au bout d'un moment de ce manège, le marquis comprit combien sa position devenait ridicule aux yeux de son malin rival. 11 sentit donc la nécessité de brusqueries choses ayee des gens si avares de paroles, et il reprit mielleusement: ( — Meinher Archibald a sans doute reçu la lettre que j'ai eu l'honneur de lui écrire hier soir?
— la.
— Et puis-je espérer que ma recherche soit agréable à votre ange céleste de lille?
Il lança une œillade assassine à l'ange céleste, qui n'en tint compte, et attendit une réponse. Personne ne souilla mot, et il y eut un moment de silence fort pénible pour le marquis. Le regard moqueur de Rolly lui rendit l'énergie de l'amour-propre.
— J'avoue, meinher, ajouta-t-il enfin, qu'il faut de grands mérites pour oser aspirer à la main de mademoiselle Gudule, la pius belle, la plus parfaite des jeunes lilles de toutes lesPro-
LE PHKMTHB RAlffilfG 203
vmces-TJnles. Cependant mon litre, mon rang, ma fortune en France, et surtout la violente passion que m'a inspirée cette <li- \ine personne, les preuves que je lui en ai données en me faisant maître de langues pour la voir de pins près, me rendent peut-être de ce trésor de grâce et de beauté... — C'est de ducats qu'il vent dire, pensa Rolly.
— Voyez, continua Cavignon avec pins de chaleur, votre fille s. r.i marquise; elle aura des terres, des châteaux, des vassaux et ilt - Je la conduirai à la cour de France, où elle bril-
i milieu des plus grandes dames. 01»! parlez, je vous en prie, donnez-moi quelques paroles d'espérance.
Et comme 1 éloquence du marquis restait encore sans réponse, il s'adressa à la mère Brigitte, qui le regardait avec de grands yeux étonnés.
—Madame, je vous prie, aidez-moi; dites à l'excellent M. Arcbibald...
L.i ii. .une femme, ainsi interpellée, se redressa avec difficulté:
— In bon jeune homme, masterlun très-bon jeune homme! qui m'a fait cadeau de ce fauteuil où l'on repose si bien! In
d qui craignait tant de m'èveiller lorsque je dormais! En
. Archibald, vous ne pouvez trouver de meilleur gendre 1
l - lèvres du meinher s'étaient pincées d'une manière signifi-
xpression d'orgueil était peinte sur ses traits.
Evidemment il était Datte devoir un jeune et brillant seigneur
de la cour de France rechercher sa fille à lui simple marchand
de harengs et bourgeois d'Amsterdam. Le marquis avait atteint
une partie de son but, qui avait été d'éblouir le bonhomme.
ureusement la défiance commune à tous les gens de né-
t la prudence que celui-ci apportait dans tous les actes
de sa \ ie le mirent en garde contre la précipitation d'un pn mier
mouvement. Il répondit tranquillement en ôlaut sa pipe de sa
ie:
— Eh bien! jeune homme, s'il en est ainsi, si vous avez le la loi tune, la considération dont vous parlez, si vousaimez
comme vous le dites, je ne promets rien... mais nous Verrons... Ces sortes d'affaires ne peuvent se conclure à l'aveugle, et si vous ne déplaisez pas à ma fille...
— J'ose croire le contraire, dit la marquis en se levant et in se rapprochant de la jeune Hollandaise avec chaleur.
— A mon tour maintenant 1 dit le chevalier en français et à roiz basse en passant rapidement devant Cavignon. Nous jouons en partie iiee!
Le marquis smirit d'un air de triomphe et se mil à parler bas à Gudule, qui l'écouia avec une profonde indifférence et sans prononcer un mol. Pendant ce temps Rolly s'avança vers le
vieux marchand de harengs, qui avait déjà repris sa pipe et fumait rapidement pour réparer le temps perdu.
— Blaster, lui dit-il, je croyais que vous aviez promis votre fille à ce pauvre Wilkins?
— Oui, meinker, oui, répliqua le vieillard en mettant un intervalle entre chaque mot , et je la lui eusse donnée si Wilkins ne s'était pas laissé vaincre par Duldof, surtout s'il n'avait pas menti... Oui, je la lui eusse donnée, parce que Wilkins entend bien ie commerce et la pèche ; il aurait pu me remplacer plus tard...
Ici le vieillard chassa précipitamment plusieurs gorgées de tabac, comme s'il eût été en proie à une émotion intérieure. Le chevalier reprit :
— Eh bien ! master, n'est-il donc que Wilkins digne de réaliser vos anciens projets? manque-t-il autour de vous de galants capables défaire le bonheur de votre fille, sans la livrer à un homme riche et noble, il est vrai, mais qui méprisera toujours l'origine de votre fortune, et la dissipera peut-être en prodigalités?
Rolly était bien sûr de frapper juste en s' exprimant ainsi. Archibald, comme les gens de négoce, apportait dans ses affaires de famille une faiblesse de caractère qui contrastait avec sa ténacité quand il s'agissait d'achats ou de vêtîtes. Aussi regarda-t-il fixement sa femme, pour lui demander conseil
— Cela est vrai, dit-il tranquillement.
— Cela est vrai, repéta dame Brigitte.
Le rusé chevalier s'empressa de profiter de l'impression favorable qu'il venait de produire.
— Oui, master, continua- t-il, ce n'est pas un homme comme M. de Cavignon qu'il vous faut pour gendre.
— Monsieur! s'écria le marquis avec colère, je ne le souffrirai pas...
— Tu oublies nos conventions, mon cher, lui dit le chevalier en français; je t'ai laissé le champ libre ; sois aussi courtois que moi.
Cavignon se mordit les lèvres avec dépit.
— Master Archibald, reprit Rolly d'un ton qui de plus en plus tournait, en pathétique, moi aussi j'aime votre tille et vous me l'avez refusée. Je n'étais pourtant ni moins noble ni peutêtre moins riche que mon rival; mais, pour mériter la main de mademoiselle Gudule, il fallait d'autres garanties que celles du rang et de la fortune. Aussi ai-je profité d'une circonstance que je n'ose plus appeler fatale, pour acquérir de grandes connaissances dans votre profession, et vous savez qu'aujourd'hui...
LF. TRFVIFn HARENG -°7
— Aujourd'hui voua entendez la préparation et le commerce du hareng comme moi-même! dil le vieillard avec complaisance: etvousavei bien profilé tic mes Irions.
Ce lut le lourde Roll> de iriompher.
— J'ai donc le droit de reprendre mes prétentions à la main de votre adorable fille ?s'écria-t il en s'adressani de nouveau au
ird, 1 1 si vous consultiez mademoiselle Gudule elle-même, noix peut-être ne sérail pas douteux entre monsieur et
moi.
i ignon et Rollv attendirent avec une égale impatiente la
i se du père, mais Vrchibald avail pour habitude de ne se
presser pour rien au monde. Il continua donc d'envoyer des
air et de chercher dans les yeux hébétés de sa femme
unconsi il qu'il n'j trouvait pas.
— Kli bien! que Gudule en décide! dit-il enfin.
Son esprit peu Fertile en Inventions ne lui suggéra pas d'aut iyen de se tirer il 'ai:
— Oui, que Gndule déride! répéta dame Brigitte.
1 - deux jeuni sgens pi irent une attitude pleine de confiance ■■ is île Gudule.
— Parlez, mademoiselle, dit le marquis avec ses airs séducteur- ndon; notresort. Lequel de nous vous parait le plus digne...
— Ni l'un ni l'autre, répondit la jeune fille.
I deux rivaux se regardèrent avec surprise ; Archibald et sa rem me en tirent aul
— Cependant, mademoiselle, reprit le chevalier, j'avais quelques croire.»
— Nous \ous trompiez tous les deux, messieurs, en prenant
rnur des encouragements ce qui n'était que de I indifférence et ennui de vous défendre sans cesse la galanterie. Mon cœur et ma main ne loni pins libres depuis long emps.
Tous les assistants , même la lourde Brigitte , éprouvèrent connue un tressaillement électrique. Cette jeune fille, si longtemps uiuette et doni le caractère se révélai! avec tant d'< : au moment le plus inattendu, les avail frappés de stupéfaction.
— Ainsi iiune, s'écria le chevalier, vous avez déjà t'ait un choix ireux mortel,..
— Le voici ! dil Gudule en abandonnant son métier à denet en désignant Léopold Wilkins qui entrait.
\ •• coup île théâtre, le \i> illard laissa tomber sa pipe, qui se brisa en mille pièoes; la mère se n oversa dans son fauteuil en prononçant un lamentable Jésus mein (Jot; et les deux Français restèrent la bouche béante.
— Mon père, et vous, ma mère, dit la jeune fille les yeux modestement baissés, mais avec une grande fermeté dans la voix, ne, me cherchez pas d'autre époux que Léopold Wilkins. Nous sommes fiancés secrètement l'un à l'autre ; nous avons partagé un anneau d'or comme gage de notre union future.
— Et j'ai conservé ma moitié , dit Wilkins avec sa froideur habituelle.
— Et moi la mienne, répondit Gudule ; on ne peut plus nous séparer.
Cependant Archibald était en proie à l'une de ces colères froides et profondes des hommes bilieux. Il était d'une pâleur livide, et il dit à Wilkins d'une voix tremblante :
— Va-t'en ! va-t'en !
Wilkins ne bougea pas. Gudule se rapprocha de lui.et appuyant légèrement sa main sur le bras du robuste jeune homme , elle dit à son père :
— Si Wilkins quitte celte maison, il faudra donc que je la quitte aussi, car je suis sa fiancée.
La terreur , la colère , l'étonnement étaient au comble parmi les assistants. La mère , par un effort extraordinaire , se leva pour retenir sa fille. Quant au vieux négociant, on pouvait craindre que cette rage comprimée ne lui causât une attaque d'apoplexie.
— Va- t'en ! répéta-t-il.
— Je ne m'en irai pas , master Archibald , reprit froidement Wilkins, sans avoir fait la commission qui m'amenait près de vous. Guillaume Duldof et une députation de pêcheurs sont là dans le jardin ; ils désirent vous parler.
— Guillaume Duldof! qu'il entre; mais va-t'en.
— Je m'en irai quand Duldof vous aura parlé.
Du seuil de la porte il fit un signe ; le vieux Duldof, suivi de quelques autres marins, entra respectueusement ; il s'approcha d'Archibald et il lui dit avec politesse :
— Excusez, master, si je vous dérange ; mais, comme dit le proverbe : Erreur ne fait pas compte. Je viens d'apprendre que ce brave jeune homme, ajouta-t-il en montrant Wilkins, avait mérité le prix de la pêche ; j'ai voulu le lui remettre moi-même en votre présence.
Et il tendit à Wilkins une lourde médaille d'or aux armes de la ville d'Amsterdam. Gudule poussa un cri de joie et embrassa sa mère, qui ne comprenait pas la cause de ce transport. Quant au vieil armateur , cette nouvelle inattendue acheva de bouleverser ses idées ; il se laissa aller dans un fauteuil en murmurant :
LE PREMIER HiltKM 209
— Sûrei • rendront fou ! Mais , enfin, reprit-il en l'adressant à Duldof, que signifie...
— La i bose esl fort simple , répondit le vieillard. Wilkins n'avait pas pris un fario pour un hareng; il était incapable d'une pareille erreur ! mais un méchant, un jaloux, a profilé de
— Est-ce bien vrai, 66 que vous dites la?
— Cela esl «ai . dit Saroson l'é< bineur on surpissant tout a coup au milieu de l'assemblée ; c'est moi-même <pii ai Jeté le hareng à la mer; mais Wilkina sait combien je me suis repenti de ma faute, et il m'a pardonné. Quant au vrai coupable, le voici.
Lu même temps il se retourna vers Rolly, qui, paie et tremblant, balbutiait à son oreille •-""
— Misérable, tu oublies...
— Je n'oublie rien, répondit ^amsontout haut; vous m'aviez donné cinq louis pour me taire, et en débarquant j'avais écorné un peu cette somme au cabaret ; mais quand le remords m'a pris, à la vue du désespoir de Wilkins , j'ai raconté l'aventure
-, 1 1 ons'( -t cotisé pour comploter la somme; immes quittes.
Et une poignée d'or roula sur le parquet de la salle.
ibald resta un moment pensif. Puis il prit la main de Wilkins.et la serra vigoureusement.
— Garçon, dit-il, j ai eu tort ; mais nous autres vieilles gens, vois-ti mmes plus disposés à croire le mal (pie le Pion. J'ai été injuste envers toi ; no m'en garde pas rancune ; Gudule
ra de ri parer mon injustice.
qui entourait l'âme énergique de Wilkins
rra à son tour la main d'Archibald sans pro-
i une parole , el une grosse larme roula dans ses yeux.
Gudule continuait a dévorer de caresses la pauvre Brigitte, qui,
à demi étouffée, tendait 1rs bras comme pour appeler au secours.
— Allons, allons, tout va bien , dit Duldoi ; vous avez eu raison, master, de récompenser ce brave garçon ; c'est un habile el hardi pêcheur , je \ous jure , et il a dignement gagné le prix. Je l'ai vu aller contre la mer et le vent dans un endroit oli je n'osais m'aventurer, moi, vieux loup de mer, et je regrettais bien que la récompense... Enfin non parlons plus, ajoutat-il brusquement, el maintenant, master, si vous avez un hareng et un pot de bière à dous donner...
— Oui, oui, allez dans le jardin avec mes pêcheurs, dit Arcbibald avec cordialité; buvez à ma santé et à celle de Wilkins; »t si jamais Benkland ou tout autre armateur vous refusait une
sur ses vaisseaux, veuez me trouver, vous en aurez sur les miens.
— ÏTourra! s'écrièrent les pêcheurs en se retirant. Duldof sortait le dernier, quand Wilkins le retint :
— Merci, Duldof, dit-il avec son flegme ordinaire ; j'en eusse fait autant pour vous.
Ces simples paroles suffirent entre ces deux hommes simples qui s'étaient compris.
Cependant le chevalier de Rolly et le marquis de Cavignon étaient consternés de ce dénouement inattendu. Une fois ttolly, assez peu rassuré sur les intentions de ces rudes marins û son égard, avait dit à voix basse à Cavignon :
— Mon cher, tout est Qni pour nous ; partons!
— Parle pour toi, répondit le marquis ; moi j'ai des raisons pour rester et je reste.
Le chevalier n'osa s'enfuir ; mais voyant que, parmi tant de gens qui pouvaient être offensés de son espièglerie à l'égard de "Wilkins, pas un ne semblait songer à la vengeance, il reprit son assurance. Bientôt même il se crut en droit de se montrer insolent, afin de se relever un peu de l'humiliation qu'il avait subie devant son ami. Il s'avança vers Arehibald qui causait avec Gudule, et il lui dit avec fermeté :
— Meinher , je ne sais ce que vous pensez du récit de ces marauds ; mais en ce qui me regarde...
Le vieux marchand jeta sur lui un regard de silencieux mépris et lui tourna le dos.
— Holà ! mon maître, c'est ainsi que l'on me traite, s'écriat-il en élevant la voix; mais on oublie sans doute que j'ai des moyens de nie venger. Mon enlèvement n'a pas été fait dans des formes entièrement légales, et si j'allais trouver le bourgmestre...
La large main de Wilkins lui frappa sur l'épaule.
— Meinher , dit-il, avant de passer chez le bourgmestre , il faut que vous rendiez visite à une dame arrivée de France il y a quinze jours, et qui, depuis ce temps, vous cherche avec une constance infatigable.
— - Une dame ? s'écria le chevalier en pâlissant ; que me veut-elle ?
— Elle s'appelle madame de Rolly , et elle a le front de soutenir qu'elle est votre femme légitime. Elle vient, dit-elle, réclamer un arriéré de deux ans d'une pension alimentaire de douze cents livres qui lui est dû par vous. Du reste, elle vous expliquera elle-même le sujet de son voyage, car elle se présentera ici ce soir.
Le chevalier fléchit comme s'il venait de recevoir un coup de massue,
le rrtrMF.n hareng an
— Ma femme ! ma femme ii i ! s'écria-t-il ; mais elle me pour- Slii\ra donc jusque dans I
Puis, ^;um de Min. r personne, sans répondre aux
plaisanteries de Cavignon, il s'élança vers la porte ei b' enfuit à - jambes.
Sitôï qu'il eul disparu, Cavignon, qui s'était beaucoup amusé de cette plais, mie sortie, dit à Wilkins avec une sorte de fatuité insolente :
— Pieu réussi, mon drôle ! tu t'es habilement servi du secret que je t'avais révélé. Maintenant laisse-nous, j'ai à causer avec meinber Arcbibald.
Will immobile; le marchand regarda de travers
celui qui osait traiter ainsi son gendre présomptif.
—M prit' le courtisan d'un ton dédaigneux , je ne
puis croire que \"iis révoquiez si \ite votre promesse. Vous ne pouvez préférer à un homme de ma qualité ce pauvre diable sans naissance...
Avant qu'il « ùt achevé sa phrase, Wilkins s'était penché à son oreille et lui avait dit :
— Je ne suis pas à bout de mes secrets, monsieur le marquis. D ici quelques instants, un officier de police viendra avec une
rte s'emparer de votre personne. Si donc vous avez encore d*s injures à dire, dépêchez-YOUS. h»' i omprends pas...
— N'ètes-vous pas l'auteur de certaine satire dirigée contre renl el les ministres de Fiance.
— Je n'ai jamais renié nus vers ! dit le marquis avec une confiance qu il était loin d'éprouver.
— Eb bien! le gouvernement français a demandé votre extradii • ad conseil des Provi I extradition a et . est si vrai que ce matin on a voulu arrétiT à \ le chevalier de Rolly, (pion prenait pour \ous, et on ne l'a relâché que sur ma recommandation. voilà pourquoi je vous disais tout à l'heui
Le marquis bondit en arriére, saisit soi: chapeau et s'élança porte par laquelle Rolly venait de sortir.
— Vous êtes le diable en personne ! s'écria-t-il avec un effroj iMe juron.
Le soir, Relly el Cavignqn se rencontrèrent sur le pont d'un na\ire qui lei n . l> abord ils ne surent
■ ut du regard. Puis Pan d'eux partit il un éclal de rire, et sou camarade i imita.
— Sans raie une, dit le marquis.
— Nous ne nous devons rien, dit le chevalier; ah! mon
ami, trompés l'un par l'autre, au profit d'un manant , d'un rustre ! nous, des roués, des renards...
— Trompés par une petite coquette, une niaise f
— Trompés par des Hollandais !
— Je te disais bien que ces gens-là agissent plus qu'ils ne parlent.
Eue Bebtbbt.
LE
CIIASSEUR DE MARMOTTES
\ nos
Au pied du mont Genis, du côté de la France, on trouve Je village de Lans-le-Bourg. Une petite église, surmontée d'un cl cher en ardoises, une centaine de misérables cabanes, l'auberge du Lion à ut pour changer de chc-
! s diligences et les malles-postes qni se rendent à Turin, voilà Lans-le-Bourg. Cest nu de ces villages qui en euxmêmefl !!■• laissent aucun souvenir ; jeté sur la route pour réjouir un moment les yeux, on le regarde en passant, puis on nulilie son nom. Mais ce que l'on n'oublie pas aussi facilement, cY>t le magniâque paysage qui l'entoure, ce sont nliie verdure, émailïés de troupeaux, ces imque l'on voit de là se dresser «le toutes ;■•< éebiquelées, bleuâtres, et leur front il • d< . : 'l'un bout i l'autre de l'borizon, comme
pour défendre i surtout le Cenis, avec sa tète
blanch-1, hérissé de m il semble vouloir secouer
ralanebes sur !-■ pauvre vi Lans-le-Bourg sert en
lu point d< ible «le plus de seize
nte aux limes déchirés du mont, eu dé
tomber de l'autre c6li.;, à Suse, dans un nouveau climat, sous un nouveau ciel, en Italie. C'est à I pie le voyageur venant de France commence
à douter de la solidité de sa chai-e de poste ou de la sûreté du pied de ses mulets. Là aus-i se montrent des nuées d'enfants savoyard?, demi-nus, aux joues rondes et rouges, qui émigrent chaque hiver dans nos villes pour y exercer leurs petites industries. En attendant, quand une voiture traverse leur village, ils se mettent à sa poursuite et jettent par la portière des fleurs sauvages afin d'obtenir quelquec sous de récompense. Leurs parents, nus et misérables comme eux, assis sur le bord du chemin, profitent de cette aumône qu'ils n'ont pas demandée. Quand leur regard sinistre s'arrête sur le voyageur, on dirait plutôt de brigands qui menacent que de pauvres qui soutirent. Mais les appai ences s^nt trompeuses, car rette race infortunée a l'in-tinc' de la probité, et elle ut exclusivement dans sa montagne stérile du fruit des services qu'elle rend à l'étranger.
A quelque distance de ce village, sur le bord de la route, une cabane isolée, d'aspect misérable, s'élevait, il y a quelques années, dans une position aride et pittoresque au milieu d es rochers. On l'eût prise, à sa petitesse, pour une de ces maisons de refuge où le voyageur, arrêté par la tourmente, trouve gratuitement du pain, du vin et un gile en attendant la lin de la tempéle. Cependant telle n'était pas la destination de cette chaumière, bâtie de pierres ramassées au hasard sur la grande route, et de morceaux de bois arrachés anx pins du voisinage. Des pieds de chamois, des éperviers cloues sur la porte, indiquaient la demeure d'un chasseur; déplus, une planchette suspendue sur la façade laissait lire, en caractères grossièrement tracés, Gaétan Garlolto , bon guide au mont (Jeiiis.
Un soir d'automne, à l'époque où la jeune génération de ces contiées vient dans nos villes remplacer les hirondelles, un groupe assez nombreux de montagnards était arrêté sur la grau le route en face de la chaumière dont nous parlons. Malgré la misère du costume des hommes, des femmes et des enfants composant ce groupe, tous ces pauvres gens avaient pris leurs habits de l'êtes. Les hommes avaient des souliers comme aux jours des solennités; leurs jambes, que leurs culotles de. gms drap laissent nues d'ordinaire, étaient couvertes de somptueux bas de laine. Les femmes avaient orné de fleurs alpestres leurs chapeaux de paille, et les petits garçons, vêtus de neuf, peut-être pour la première fois de leur vie, tenaient à la main d'énormes bouquets de ces mêmes fleurs fraîchement cueillies au bord des précipices.
Les regards étaient tournés vers la grand* route, du côté
LE CHASSEIR DE MARMOT !■ fi 5
on elle l'élève en serpentant sur la croupe du * lenis ; on leniblait attendre quelqu'un qui n'arrivait pas. Une épaisse va* peur conviait l'atmosphère et enveloppait les cimes bkuichei Unes. Une brise âpre soufflait par intervalle, apportant les parfums de la verdure et l*urome des sapins. Quelques }•• su lui avec leurs sonne odaienl en l>eu-
glaut vers le village; le ><>i. il >e couchait, et personne ne se
uxquelsles enfants ne manquaient pas de demander la buona m mo en italien ou ; en français, suivant la qualité présumée
des voyageurs.
Toula coup un montagnard, grimpé sur une roche voisine, i un cri de joie, et dit en patois savoyard à ses compagnon qu I jue dislanc :
— Le voilà '.
\ nouvelle on se leva avec empressement.
— où donc, Janvier? demanda-t-on commeàl'envi les uns des autres.
— Là-bas, li- 'lu rocher Rouge, reprit la sentinelle, de toute la force de ses poumons. Il est avec son voyageur... dans un quart d'heure Ils seront ici.
Et Janvier, se laissant glisser sur le dos ot les talons à bas p -t.' d'observation, vint rejoin Ire la bande.
— Qui va lui parti i ! dera va I \ u e voix.
— Moi, dit J mi ier, homme robuste et de mine avenante. Attenl ontinua-t-il en ni aux entants, qui élevaient ti nient leurs bouquets au niveau de leur- têtes bloi
Ton- - rent debout et immobiles au milieu
du chemin, avec le recueillement de sujets qui att ndent un
qui \uitt paraître devant un bienfaiteur.
A un quart de lieue environ de l'endroit où la troupe avait
fait halte, deux hommes, cachés en ce moment par uw
énorme rocbei R e «lis bruyères
I couvert, s'avançaient d'un pas Iranquill !
que Janvier v. uail d t'approche. L'ui
à tournure ma mo t-
frotterai m de la ci i peut eu-
i li 1 1 • encadrait nt ni
l'inlempi i
11 était dans la force de l'âge} il y avait dans Sun attitude
quelque chose de noble, résultant d'une conscience pure et aune vie sans reproche. Un bonnet de laine, un surtout grossier, des culottes de drap et des guêtres de cuir formaient son costume; une gourde se balançait sur sa banche; un sac de peau de bœuf, le poil en dehors, était attaché sur ses larges reins. Il portait sur son épaule une de ces longues carabines rayées qui, dans des mains habiles, logent une balle entre les deux cornes d'un chamois à deux cents pas de dislance. Enfin, de la main qui lui restait libre, il tenait un piège à bascule destiné à prendre des animaux bien petits, à en juger par la légèreté de ses proportions.
Les traits de cet homme, chasseur, trappeur ou guide, car chacune de ces trois dénominations pouvait également lui convenir, n'exprimaient pas l'avidité assez habituelle à la physionomie du pauvre. Un sang fier coulait dans ses veines, et certainement la faim n'avait jamais pu le dompter assez pour le forcer à une bassesse. Son regard n'était pas. non plus terni, hébété par l'ignorance et la misère : l'intelligence, l'âme, le feu rayonnaient dans cet œil fauve connue celui d'un aigle; ses paroles étaient simples et justes, ses manières franches et même polies. Cette nature, qui eût été belle encore dans sa grossièreté native, avait reçu quelques coups de lime de la civilisation.
Le voyageur qu'il accompagnait en ce moment devait être un Français, à en juger par la coupe de ses vêtements et par le ruban ronge de sa boutonnière. C'était un homme d'une cinquantaine d'années, au visage paisible; une pâleur légère, provenant sans doute de veilles et de travaux de cabinet, lui donnait l'air d'un savant. Ses yeux, abrités par des lunettes d'écaillé, étaient continuellement tournés vers la terre; même à cette heure où l'obscurité commençait à envelopper les objets, il se livrait, tout en marchant, à de minutieuses investigations. Les plantes innombrables dont ses mains étaient chargées, celles qui s'échappaient d'un vaste carton attaché sur ses épaules, décelaient un de ces botanistes qui viennent chaque année étudier cette flore des Alpes si riche et si brillante. Pendant que son guide était absorbé dans des réflexions silencieuses, il scrutait avec attention les bords de la route, se penchant ià pour recueillir une fleur, là pour aspirer l'odeur d'une feuille. Tantôt il rejetait avec dépit une plante déjà connue, tantôt il récoltait avec une joie d'enfant une variété nouvelle, murmurant sans cesse des mois latins ou des noms français scientifiques plus bizarres encore. Le montagnard s'arrêtait où s'arrêtait l'étranger, calme, résigné, patient.
LE Cl 188X1 il DE MARM01 Ils 817
Enlin le botaniste .-embla fatigué de ses recherches: il se redressa péniblement, ôtases limettes, qu'il replaça dans leur étui, el b écria d'un ton de mauvaise humeur :
— Allons ! il bol renoncer pour aujourd'hui à trouver la
ne naine, gentùma inininui; il me manque cette seule • pour compléter le genre, el pendant toute la journée le diable s'esl faii un jeu de me la ça* her.
exclamation tara le guide de sa taciturnité.
— Monsieur le docteur, dit-il tranquillement, aujourd'hui ne sommes pis montes asses haut pour trouver l'herbe
dont vous parles. La gentiane naine Beurit auprès des gla- . sur là limite Je la région des neiges, et vous êtes resté bien au-dessous de celte région pendant que j'essayais de prendre des marmottes.
— Tu es donc naturaliste, Gaétan ? demanda le Français avec étonnement en écarquillant ses gros yeux myopes; connais-tu dune la gentuma minimaf
— L'habitude de conduire des savants à travers les mon- - m'a lait remarquer les lieux où se trouvent uns miné-
! lui les plus remarquables... j'ai appris ainsi à en connaître quelques-uns.
— Au lut, c'est possible, reprit le docteur en souriant et comme s'il se parlait à lui-même. Claude Anet était excellent botaniste, sans êtie plus lettré que toi. — Ils se remirent en
be. La conversation étant une fois engagée, le docteur ne parut pas t en rester là. — Et toi, Gaétan, reprit-
:u été heureux dans ta ebasse? Pendant que j'hsrborieo le temps de \ isitor tes pièces à marmottes et de pouisuivre le chamois. 11 me semble, ajouta-t-il en jetant un regard malin mu- le sac vide du ebasseur, que les pièges et la carabine n'ont produit aujourd'hui ni gibier mort ni gibier \i\ant ?
— Oui, monsieur, répondit Gaétan,, la journée n'a pas été b"m,e. Je n'ai pu approcher à portée d'aucun chamois, et le meilleur de mes pièges a besoin de réparations. Il est bien dommage que je n'aie iéussi à rien aujourd'hui, j'avais pro-
une marmotte au petit Paolo... Sa rnère est vieille, inlu m--, et l'enfant se serait fait un moyen d'existence de la m .1 motte que je voulais lui donner; les autres partiront, el le pauvre Paolô restera encore cette année au pays. Toute une famille ion...
I les, prononcées d'un ton mélancolique, frappèrent
le botaniste.
— En effet, reprit-il, tu jouis d'une grande considération
ici; on m'a dit que tu étais une espèce de petit souverain... Ton habileté à prendre des marmottes te permet de faire des heureux !
— J'y trouve bien mon intérêt, répondit le guide avec un sourire; quand les enfants reviennent à la montagne, ils me pavent une petite rétribution, suivant leurs profits. Ceci, ajouté aux produits de ma chasse, à l'argent que je gagne à guider les voyageurs, suffit à me faire, vivre honnêtement, et surtout sans mendier, car mendier c'est le comble du déshonneur.
Le docteur le regarda avec étonnement.
— As-tu quitté quelquefois ces montagnes?
— J'ai habité longtemps Paris... J'étais parti à l'âge de dix ans, avec un Frère que j'aimais plus que moi-même... c'est aujourd'hui un bourgeois, un monsieur.
— Il y a en toi quelque chose d'extraordinaire, reprit ie botaniste, qui pour la première fois depuis son arrivée au Cenis se donnait la peine d'observer son guide. Tu sais lire et écrire sans doute, tu sais...
— Je sais distinguer le sifflement d'un chamois et celui d'une marmotte; je sais reconnaître la veille le vent qui soufflera le lendemain sur le Cenis; je sais diriger un coup de carabine, franchir un précipice, éviter une avalanche, et tirer au besoin mes voyageurs d'un mauvais pas ; je sais encore donner un bon conseil à un ami ou à un pauvre enfant qui part pour la France ; mais je ne sais ni lire ni écrire.
— Et sans doute tu es heureux?
— Heureux! répéta Gaétan avec un soupir.
En ce moment le docteur aperçut devant lui, aux dernières lueurs du erépusi ule. l<*s montagnards postés sur la route comme une rangée de spectres noirs et muets. 11 se rapprocha de Gaétan .avec une sorte d'effroi.
— Qui sont ces gens-là? demanda- t-il à voix Lasse. Un sourire effleura les lèvres de Carlotlo.
— Ne vous a-t-on pas dit que j'étais un petit souverain dans ce village? Vous allez voir ce que vaut un marmottier au Cenis.
Il s'avança tranquillement vers les montagnards. Quand il fut à quelques pas d'eux, Janvier lui dit d'une voix foi accentuée : — Bonsoir, Gaétan. •
— Bonsoir, Gaétan, îépéterent les autres.
Et tout le monde se tut à la fois, comme si ce mot seul eût épuisé l'éloquence de ces braves gens. Le guide s'arrêta, et )ai.-sa tomber à terre la crosse de sa carabine.
Ll CHASSEUR DE MW'.M'ÏTTFS -1 9
— Bonsoir, mes amis: eh bien, que faites-vous la a celte heure .il n'y a [ as de \ j iui en
dans li monl i Janvier, un moment Interdit, rvit «lins sa main calleuse la main plus '\ et lui dit avec nue sim-
plicité cordial • :
— Il ne s'agit pas de voyageurs, monsieur Carlotto. mais os; v< .ici la chose. Demain matin ces enfants quittent le
fp mr se ii n Ire à Paria. « iui leur avez donné
iyens de gagner leur pain, et peut-être de rapp rter quelques écus dans six mois a leurs pauvres ramilles... Vous /. instruits de ce qu'ils devaient faire pour réussir dans - les via I dit : « II faut aller
dieu i monsieur l larlotto. » L< s pries el les m- n - sont e \. ' nous voilà.
entèrent louis bouquets à Gaétan.
• i-ci jeta un regard d • triomphe sur le docteur qui, avec
l'avidité d'un botaniste, s'étail emparé des II urs champêtres
offertes par les enfants à leui . i fard jaillit
r de la prunelle du robuste montagnard, <t
i lit sur toute sa physionomie un reflet de puissance;
i nit au bout d'une seconde; le roi était re-
, et il dit avec émotion en serrant la
— Merci, camarade; merci, pictoM; ce n'était pas la
.vies doivent s'entr'aider. D'ai leurs, vous le .. J'ai une iee mi us faire, j'ai un
ne à fous ceux qui, depuis lix ans, partent pour la
Il -' 'ait «le se- yeux animés
un moment ai d'un si vif éclat, Les rrj
•it quelques mots à voix ' >mm.e s'ils
ùnt de tmubler sa douleur. Mais cet abattement
dura p-'u : le lui-même, releva vivement
sur son dit avec une gaieté
— Allons, z-moi tous; je vous contei
ma petite maison un peu ; it-Julien pour boire à la santé des enfants qtt| '•
— Merci, répéta la foule avec, une joie
CarloUo se tuuina vers le botaniste, qui partageait son
attention entre cette petite scène et le bouquet des piccoli.
— Monsieur le docteur, lui dit-il, dédaignerez-vous d'entrer un moment dans ma cabane avant de retourner à l'auberge du Lion d'or? Vous entendrez ce que j'ai à dire à ces pauvres enfants, et peut-être pourrez-vous me procurer vous-même Ses échu' crissements sur...
— J'irai, monsieur Gaétan, répondit le docteur avec une ironie bienveillante, j'irai d'autant plus volontiers que je ne serai pas fâché de me reposer un peu avant d'arriver à Lansle-Bourg. D'ailleurs je suis impatient de voir à la lumière les plantes que ces petits drôles ont apportées... Des plantes rares et curieuses, mon brave guide! d'abord la viola bi/lora, \'ar~ themisia glacialis...
— Toutes croissent sur des pics escarpés, sur le penchant des précipices... peut-être, monsieur, ces enfants ne voudraient-ils pour aucun prix retourner chercher des fleurs pareilles. Ils ont risqué leur vie pour fêter leur ami le marmottier.
En achevant ces paroles, il se mit en marche vers sa cabane, et la troupe le suivit tumultueusement.