‹ (La) RochefoucauldChapitre 13 sur 17 · M™« DE LA FAYETTE · texte numérisé non relu

M™« DE LA FAYETTE

écoulées depuis que la fille d'honneur de la reine s'était enfuie au couvent de Chaillot, et pourtant celle qui s'était vue si près du trône ne s'était pas résignée sans peine à l'obscurité du cloître, et ses vœux définitifs ne furent prononcés qu'après le mariage de Jean-François de la Fayette avec Marie de la Vergne (1655). Etre le frère d'une telle sœur, c'était quelque chose ; mais le comte de la Fayette n'est guère connu de la postérité que par sa sœur et par sa femme : près de celle-ci surtout, paisible propriétaire et mari discret, il brille d'un éclat si modéré qu'on ignorait la date même de sa mort (1683) jusqu'au jour récent où M. d'Haussonville Ta découverte. Ces vingt-huit années de mariage n'ont pas d'histoire, et pourtant ont dû être fort inégalement heureuses: de très bonne heure, le comte disparaît de la vie de la comtesse, et peu importe qu'il ait si longtemps survécu à une séparation sans éclat, puisque, trop tôt retiré au fond de l'Auvergne, il a, plus ou moins spontanément, abandonné à sa femme le soin d'illustrer son nom etd'élever ses enfants. Déçue de ce côté, elle se fût repliée sur ellemême et n'aurait pas évité peut-être la sécheresse égoïste, si le moraliste de l'égoïsme, aux dépens de son propre système, ne lui avait inspiré la plus dévouée, la plus fidèle des affections. Lassé des agitations stériles, la Roche-

foucauld aspire au repos, et il le cherche, il le trouve dans la charmante monotonie d'une amitié qui ne passe pas et ne lasse pas. Peu de gens savent être vieux^ écrit-il ; mais celui que M"* de Sévigné honore du nom de *< patriarche » était du petit nombre des sages qui respectent le souvenir de leur jeunesse sans en rêver la résurrection. Plus jeune de dix ans, mais non plus dans Féclat de la première jeunesse, d'une santé déjà peu ferme et d'une humeur déjà encline à la mélancolie, M"** de la Fayette écartait plus qu'elle n'attirait la foule des flatteurs indiscrets : ce qui plai^ sait en elle à quelques amis de choix, c'était la droiture de son jugement. Par là elle empiétait, pour ainsi dire, sur un âge plus mûr et rejoignait la Rochefoucauld. Mais elle n'était pas vieille avant le temps, et ne décourageait pas la sympathie de jeunes femmes comme Henriette d'Angleterre, dont on sait qu'elle fut l'intime amie et confidente. Elle-même caractérise fort bien cette c sorte de mérite si sérieux en apparence qu'il ne semblait pas qu'il dût plaire à une princesse aussi jeune que Madame ». C'est sous ces traits d'une gravité douce qu'elle se présente à nous, aimable, mais surtout judicieuse, tendre , mais sstns emportement dans la tendresse. M™* de Sévigné pouvait paraître froide, dans sa réserve souriante, avant qu'elle

LA FAXETTB

Ce portrait est extrait de l'édition de in Pnnceaae publiée en 1S18 par la maison Quantin )

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