M"»' DE LA FAYETTE
eût épanché sur une seule les trésors d'une affection longtemps contenue. Comme elle , M"'* de la Fayette se réservait, sentant bien que la tendresse qui sommeillait en elle et s'y éveillerait un jour devait être exclusive pour être forte , mais tranquille aussi pour être durable.
On a voulu faire remonter cette liaison à 1655, époque du mariage de M™® de la Fayette. Mais, sans parler du séjour qu'elle fît en Auvergne avec son mari, la Rochefoucauld, de 1654 à 1659, vit retiré dans sa terre de Verteuil. C'est seulement après cette retraite de cinq années qu'il rentre à Paris, et qu'il peut voir M°** de la Fayette, soit chez M"® de Sénecé, leur parente commune, soit chez M"^ de Sablé, de Sévigné ou du Plessis-Guénégaud. En 1659, elle est mariée depuis quatre ans déjà, mais rien n'indique que le comte de la Fayette, qui « adore » sa femme en ces premières années (c'est elle qui l'écrit à Ménage), se soit déjà volontairement exilé dans ses terres de l'Auvergne. En 1663, dans une lettre à ce même Ménage, elle ne cache pas « la belle sympathie » qui est entre elle et la Bochefoucauld; mais il ne s'agit que de compliments relatifs à la Princesse de Montpensier , qui vient de paraître, et c'est par l'intermédiaire de Ménage que la Rochefoucauld les transmet à l'auteur.
C'est de cette même année, d'ailleurs, que sont les fameuses lettres à M°»« de Sablé, après une lecture du manuscrit des Maximes ;€ Ah ! madame, quelle corruption il faut avoir dans Tesprit et dans le cœur pour être capable d'imaginer tout cela 1 > Elle y protestait contre cette « corruption générales dont la Rochefoucauld était trop persuadé, peut-être parce qu' il la sentait en lui-même . C'est à Presnes,chez M*« du Piessis-Guénégaud, qu'elle avait pris connaissance des Maximes ; c'est chez M™« du Piessis-Guénégaud encore qu'en 1665 Arnaud de Pomponne voit M"*« de la Fayette et la Rochefoucauld ; sa lettre les nomme ensemble. En 1665 donc, la liaison, commencée plus tôt sans doute, est publique, mais ne parait pas encore intime. Il serait surprenant que l'année où parurent les Maximes, la première impression, si nettement défavorable, se fût tout à fait effacée ; il a fallu qu'elle vit la Rochefoucauld de près et apprit peu à peu à distinguer l'homme du livre. Cependant, de ce château deFresnes, elle écrit à Arnaud de Pomponne, le l'*" mai 1666 : a A l'abri des noms qui sont de l'autre côté de cette lettre, j'espère que vous apercevrez le mien. Aussi bien, il y en a un qui le suit assez souvent. » Ce nom, il est à peine besoin de le dire, est celui de la Rochefoucauld, qui a écrit sa part de cette lettre collective, rédigée par tous les hôtes de Fresnes.