‹ (La) RochefoucauldChapitre 3 sur 17 · M""*' DE HAUTEFORT ET DE CHEVREUSE. — LA GALANTERIE CHEVALERESQUE · texte numérisé non relu

M""*' DE HAUTEFORT ET DE CHEVREUSE. — LA GALANTERIE CHEVALERESQUE

François, prince de Marcillac, aîné d'une famille de sept garçons et sept filles, naquit à Paris, le 15 septembre 1613, de François V, comte de la Rochefoucauld, créé duc et pair, en 1622, par Louis XIII, et de Gabrielle de Liancourt. C'était le vingt et unième descendant de Foucauld, seigneur de la Roche sous le roi Robert. Si Tainé de la famille portait toujours le nom de François, c'est que François I" de la Rochefoucauld avait été le parrain d'un autre François le^ futur roi de France. « Il y a trois cents anS| écrira Marcillac, que les rois n'ont

if LA ROCHEFOUCAULD

point dédaigné de nous traiter de parents. » M"' de Sénecé, surintendante de la maison de la reine, qui appartenait à cette famille, éprouvait, selon M"^* de Motteville, une joie extrême rien qu'à prononcer le nom de la Rochefoucauld. La sœur du cardinal de la Rochefoucauld allait plus loin : elle disait au duc, son neveu, que la maison de la Rochefoucauld existait plus de trois cents ans avant Adam ; quant au déluge, elle se refusait à l'admettre. Les plus modestes ne remontaient que jusqu'à la fée Mélusine.

Longtemps après, Saint-Simon nous parle encore de l'orgueil des la Rochefoucauld et de ce « ver rongeur de princerie » qui passait des pères aux fils. Mais cet ambitieux orgueil est un ressort singulièrement puissant pour le caractère. Les grands noms, dira l'auteur des Maximes, abaissent, au lieu d^élever, ceux qui ne les savent pas soutenir. De très bonne heure il se montra résolu à porter fièrement le sien.

Il paraît certain que son éducation fut négligée. « M. de la Rochefoucauld n'avait pas étudié », c'est Segrais qui l'affirme, et Segrais l'a bien connu. M°^* de Maintenon lui trouvait beaucoup d'esprit, mais peu de savoir. Peut-être en faut-il moins accuser la science du maître, Julien Collardeau, avocat et procureur du roi à Fontenay, que la nature de l'élève, et l'idée très incomplète que ses nobles parents se faisaient de

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réducation : Uéducation que Von donne d'ordinaire aux jeunes gens est un second amourpropre qu'on leur inspire. Mais il n'avait pas besoin, en vérité, qu'on lui inspirât cet orgueil, lui chez qui brillait cette fierté naturelle qu'il a définie Véclat et la déclaration de Vorgueil. — Il y a une élévation qui ne dépend point de la fortune : c'est un certain air qui nous distingue, et qui semble nous destiner aux grandes choses. Au témoignage do Retz lui-même, la Rochefoucauld avait cet air-là.

Dès seize ans, il est mestre de camp du régiment d'Auvergne à l'armée d'Italie qui va délivrer Casai. Certes, il sait être jeune. Il faut que les jeunes gens qui entrent dans le monde soient honteux ou étourdis: un air capable et composé se tourne d'ordinaire en impertinence. Mais à travers la fougue et l'inexpérience de la jeunesse il laissait déjà deviner des qualités réfléchies, que le temps devait mûrir. Quand, après sa première campagne, il revient à la cour, au milieu des plaisirs et des intrigues qui s'y entre-croisent, il reste maitre de lui-même et jette sur ce qui l'entoure un regard scrutateur. Il avait trop de finesse pour ne pas sentir combien Richelieu était supérieur à ses adversaires. Il savait que <t tout ce qui n'était pas dévoué à ses volontés était exposé à sa haine ». Mais, engagé dans le parti des mécontents, fils d'un

père compromis dans la révolte de Montmorency et momentanément exilé à Blois, il mettait son honneur à courir au-devant du péril. « Tous les grands du royaume, qui se voyaient abattus, croyaient avoir passé de la liberté à la servitude. J'avais été nourri dans ces sentiments. » Ainsi, on lui avait appris à détester Richelieu moins pour sa tyrannie que pour l'usage qu'il en avait fait contre les grands : On blâme Vinjus* tice non pas pour Vsiversion que Von a pour elle, mais pour le préjudice qu'on en reçoit.

C'est à la reine que Marcillac porta ses vœux. Le meilleur titre d'Anne d'Autriche au dévouement d'un homme de cœur, c'est qu'elle était délaissée. Plus ses défenseurs étaient rares, plus il était glorieux d'en faire partie, plus aussi il était facile de tenir entre eux le premier rang. Mêla-t-il au sentiment chevaleresque un calcul égoïste ? L'auteur des Maximes nous a lui-même appris à chercher au fond de l'acte en apparence le plus désintéressé Tarrière-pensée personnelle. Mais il est jeune, ardent, adversaire du cardinal, et son ennemi est ennemi de la reine. Il n'en fallut pas davantage pour former entre elle et lui une alliance sincère. La galanterie l'y retint autant que l'honneur: a: J'étais dans une grande liaison d'amitié avec M^^e de Hautefort, qui était fort jeune et d'une beauté surprenante ; elle avait beaucoup de vertu et de fidélité

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