MADAME DE HAUTEFORT
pour ses amis... Elle me parlait de tous ses intérêts et de tous ses sentiments avec une confiance entière, bien que je fusse fort jeune, et elle obligea la reine à me dire toutes choses sans réserve. » Ajoutez que Marie de Hautefort, à en croire M°^* de Motteville, était naturellement moqueuse. Entre eux régnait une parfaite communauté de goûts, de sympathies et de haines.
Il faut n'accueillir qu'avec réserve Tanecdote romanesque qui nous montre Marcillac, à la veille d'une bataille, préoccupé d'un seul souvenir et hanté par une seule image au point de choisir pour confident et pour dépositaire de sa pensée suprême le marquis de Hautefort, frère de la future maréchale de Schomberg. Cela sent trop son Astrée, Il est vrai qu'il serait piquant de commencer par V Astrée , quand on doit finir par les Maximes.
Une occasion s'offrit bientôt àjlui d'occuper son ardeur impatiente. L'armée des maréchaux de Châtillon et de Brézé allait rejoindre dans les Pays-Bas celle du prince d'Orange. Marcillac y entra comme volontaire, et prit une part brillante à la victoire d'Avein. Mais, au retour de cette campagne, tous les volontaires eurent ordre de quitter la cour. Ils n'avaient d'autre crime, selon lui, que d'avoir parlé trop librement. Peut-être s'attribue-t-il une importance imaginaire quand il s'accuse de leur avoir porté
malheur et quand il assure que le roi Téloigna pour « laire dépit à la reine et à M^^e de Hautefort ». Mais quand, l'année suivante, — Tannée du Cid, — les Espagnols menacent Paris, on le retrouve à son poste, en face de Tennemi.
Selon quelques biographes, réduit à partager l'exil de son père à Blois, il s'y maria à vingt-trois ans. Mais nous avons l'acte authentique et la date précise de ce mariage : 20 janvier 1628. Il avait donc quinze ans seulement lorsqu'il épousa Andrée de Vivonne de la Châtaigneraye, unique héritière d'un favori d'Henri IV, grand fauconnier de France. Nous savons peu de chose d'elle : plus heureuse que son mari, elle n'eut pas d'histoire, et consacra sa vie paisible à élever une famille de trois filles et de cinq fils. Son mari devait écrire, non sans quelque sécheresse : Il y a de bons mariages, mais il n'y en a point de délicieux. Du moins faut-il lui savoir gré d'avoir gardé sur ce sujet un silence délicat. On sait assez qu'il ne faut guère parler de sa femme. Cette maxime fut la règle invariable de sa conduite. On voudrait pouvoir attribuer cette discrétion au respect plutôt qu'à l'indifférence, car une honnête femme est un trésor caché; celui qui Va trouvée fait fort bien de ne pas s en vanter. Mais l'âme inquiète de Marcillac ne pouvait être retenue dans les liens d'une union assurée. Il y a, dans les Réflexions diverses, un