MADAME DE CHEVREUSE
morceau bizarre, intitulé De Vorigine des malsLdies. On y lit que « Tennui du mariage a produit la fièvre quarte ». Il produisit en Marcillac un effet plus surprenant, car il lui fit oublier tous les périls qu'il avait courus. De la vie calme qui s'ouvrait devant lui il le rejeta dans la vie tourmentée où tant de déceptions l'attendaient.
Dans le portrait qu'il trace de M"»* de Chevreuse au début de ses Mémoires, il observe qu'elle a presque toujours porté malheur aux personnes qu'elle a engagées dans ses desseins. « Ses disgrâces, dit-il ailleurs, ont causé les miennes particulières, par un enchaînement d'accidents que je n'ai pu éviter. * Il croyait à la fatalité de certaines destinées : Il semble que nos actions aient des étoiles heureuses ou malheureuses, M°^' de Chevreuse fut vraiment son mauvais génie.
Reléguée à Tours, elle semblait souffrir la persécution pour la cause de la reine, et de la reine à son amie Marcillac allait et venait, chargé souvent par l'une ou par l'autre de commissions périlleuses. C'est lui qui l'affirme, il est vrai ; mais quoi! La jeunesse est une ivresse
continuelle : c'est la, fièvre de la raison. Près de cette incorrigible aventurière, il se sentait bientôt envahi à son tour par Tesprit d'aventure, car il y a des folies qui se prennent comme les maladies contagieuses. Plus tard, il connaîtra la prudence, même timorée ; mais alors l'amour de la gloire est tout-puissant sur une âme où régoïsme sommeille encore. Il a Tesprit mordant et audacieux, cet esprit incapable de s'interdire une plaisanterie et de reculer devant une entreprise hasardeuse, cet esprit dont il dira, se souvenant de sa jeunesse : L'esprit nous sert quelquefois à faire hardiment des sottises.
Lorsqu'en 1637 son père reparut à la cour, il Ty suivit, mais sans que sa fidélité à la reine se démentit un seul moment. La fidélité qui paraît en la plupart des hommes n'est qu'une invention de V amour-propre pour attirer la confiance ; c est un moyen de nous élever au-dessus des autres et de nous rendre dépositaires des choses les plus importantes. Il y aurait peut-être quelque injustice à faire retomber sur lui la condamnation absolue qu'il porte contre les autres. Mais, sans supposer à son dévouement chevaleresque des motifs trop intéressés, n'eston pas en droit de croire que ce titre de confident de la reine flattait sa vanité, et qu'il se proposait de tout faire pour ne pas s*en montrer indigne? Rien ne flatte plus notre orgueil que