‹ La RochefoucauldChapitre 12 sur 87 · A i;(u:iii:i-(ii CAi 1,1» ciiAiv i · texte numérisé non relu

A i;(u:iii:i-(ii CAi 1,1» ciiAiv i

mort (lu (lue di' Hro/r. son bcaii-frôiT, (|iii avait t'iô tn('' ; le princo de (.'oiulr avait fait paraître son inéi-onteiitemeiit et s'était retiré à Valéry. Mme île Loiiiïtieville, iloiit javais alors toute la eoiiliame. sentait aussi vivement (pie je pouvais désirer la eonduite du cardiiud Mazarin envers le due (riMi<,diien, pour les intérêts de sa maison, ("es commeneements d"ai^n"eur l'urenl (piohpie temps méprisés |iar le eardiîial : il se liait à ses arlilicfs et à sa fortune, et jilus enecuT à Tesprit de servitude de la nation. Il liaïssaii le l'arlenuMit. (pii s'opposait aux édits par des assemhlées et par des rem(»ntranees, et il attendail une oeeasion (le l'abaisser. Il donnait ee|)endant des espéraïuns au due d'IOntrhien ptuir l'adoueir: il ménai^eait même un peu plus les partieuliers, et hien (pi'il fût énalenuMit op|)osé à ma fortune, je ne lui voyais |»as toujours la même dureté pour moi. 11 était maître absolu de l'esprit de la reine et de Monsieur, et plus sa puissanee autrmentait dans le cabinet, et plus elle était odieuse dans le royaume ; il en abusait toujours dans la |)ros[)érité, et il paraissait toujours faible et timide dans les mauvais suceès. Os défauts, joints à son manque de foi et h son avariée, le lirent bientôt haïr et mé|)riser, et disposèrent tous les corps du royaume et la |)lus <rrande |)artie de la cour à désirer un cliangement.

Le duc dl-Jiffiiieii, (pie je nommerai désormais le jjriiice de Condé par la mort de son père, commandait l'armée de Mandres, et venait de ira<,nier la bataille de Lens. Le cardinal, ébloui d'un si fïrand événement, son<i;t'a inoins à s'en servir contre les ennemis de l'État que contre l'Ktat même, et, au lieu de |)rofiter en Mandres de cette victoire, il tourna toutes ses pensées à se venirerdu l'arlement. 11 crut devoir autoriser de la présence du roi la violence (pi'il avait préméditée, et que la prospérité de ses armes retiendrait le peuple et le Parlement daus la soumission et dans la crainte. 11 choisit le jour (pu* tous les corjis étaient assemblés à Notre-Dame |)our assister au 7V Drum; et après (pie le roi et la reine en furent sortis, il fit arrêter le pn'-sident Mlancmesnil. Hrousscl et (pu'hpu's autres, (pii s'étaient opposés avec plus de chaleur aux nouveaux édits et à la misère publicpje. Cette entreprise du cardinal n'eut pas le succès (pi'il en attendait : le peuple prit les armes; le chan(;elier, pour éviter sa fureur, se sauva dans l'hrjtel de Luynes ; on le ciierclia dans la maison pour le mettre en pi(>ces, et le maréchal de La Meilleraye y alla en dilipjence, avec (juelques com|)a{(nies du régiment des gardes, pour le sauver. Il fut en péril lui-

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iiiêiiie ; ou ti-iulit les cliaitics des rues; nii lit |)art<tui iU->^ liarricadcs ; et h« roi et la n-iiie se virent investis dans le l'alais- Royal, et Utrvh tie reluire les prisonniers, ijne le l'arlcnient leur envoya demander. Dans ee troulile. le coadjuteur dr l'aris, (jui jus(|u'alors n'avait point eiu-ore paru dans les affaires et (|ui voulait s y donner part, prit eelte oeeasion |)our oITrir son serviee à la reine et piuir seiitreini'ttre d'apaiser la sédition: tnais son zèle fut mal re^n, et on lit même des railleries de son lupresseinent.

Je n'étais pas alors à l'aris. et j'étais allé par ordre de la reine tians mon ^'(Uivirminent : ma |)résenee même y fut néeessaire. pour eontenir le Poitou dans son devoir : eette provinee avait eommeneê de se soulever, et on y avait j)illé «|uelfjues Inireaux du roi. Devant (\\iv de |)artir, il me paraissait (\uv le cardinal voulait <|uel(pn'fois me ména}fi'r, et (juil feignait de désirer mon amitié; il savait <pie la reine s'était enj,'ai;ée à moi, dans tous les temps, de donner à ma maison les mêmes avanta^jes t|u'on aeeordait à celles de Hidian et de la Trimonille et à t|uel(|ues autres : je me voyais si éloii,Mu'' des ti;râees solides, (jue je m'étais arrêté à eelle-là. .l'en parlai au cardinal en partant ; il me promit positivement de me l'accorder dans peu de temps, mais qu'à mon retour j'aurais les premières lettres de duc (ju'on accorderait, afin que ma femme tût cependant le tabouret. J'allai en Poitou, comme j'ai dit, dans cette attente, et j'y pacifiai les désordres : mais j'appris (pie bien loin de me tenir les jiaroles que le cardinal m'avait donm''es. il avait accordé des lettres de duc à six personnes de (pialité, sans se souvenir de moi. J'étais dans le premier mouvcnu-nt (pi'un traitement si extraordiiuiire me devait causer, lorscpie j'appris, par Mme de Lonirueville, que tout le plan de la j,MU'rre civile s'était l'ait et résolu à Xoisy. entre le prince de ("onti. le due de Lon<,Mievilk'. le coadjuteur de l'aris, et les plus considérables du Parlement. Elle me mandait encore (pion espérait d'y eno:;i^er le prince de Condê : qu'elle ne savait (pielle conduite elle devait tenir dans cette rencontre, ne sachant pas mes sentiments, et qu'elle me priait de venir en dili«ie! ce à Paris, pour résoudre ensemble si elle devait avancer ou retarde^ ce proje . (\'tte n(juvelle me consola de mon chairrin, et je me vis en état de faire sentir à la reine et au cardinal Mazarin (piil leur iiu été utile de m'avoir ménagé. Je demandai innii conu;é : j fus peiiu' à l'ctblenir, et on ne me l'accorda (pi'à coiulition (pie je ne me plaindrais pas du tiiiitement que j'avais re(,u et que je ne ferais point d'instances

•i* =^ : KA Kociir.rorcAriJ) — ciiai'. v

iiituvt'lU's sur mrs |)it'tonti(»iis ; jo le ludiiiis l'acik'ineiit., et jairivai à Paris avor tout \o rossentiuuMit que je iK'vais avoir. .l'y tro ivai les cliosrs coiiimo Mme de l/diiiuniovillc m'avail maiult'''; mais j'y trouvai moins de clialciir, soit (|U0 le premier mouvement fût passé, ou (pie la diversité des iiiléréis et lairraiideur du dessein eussent ralenti eeux (pli l'avaient entrepris. Mme de Lomrueville même y avait exprès f(»rmé des dillieiiltés. pour me doniit r le temps il'arriver et me rendre [dus maître de déei- . tier : je ne l)alan(.-ai |)oint à le faire, et je sentis un ffrand plaisir de voir (pien (piehpie état (pie la dureté de la reine et la liaine ilii cardinal eussent pu me réduire, il me n^slait encore des moyens île me veni(er deux.

M. le prinee de Conti entrait dans le monde : il voulait réparer, par l'impression (pi'il y donnerait de son esprit et de ses sentiments, les avantaf^es que la nature avait refusés à sa personne. Il était faible et léj^er ; mais il dépendait entièretnent de Mme de Longucville, et elle me laissait le soin de le conduire. Le duc de Loniîueville avait de l'esprit et de rexpérience ; il entrait facilement dans les partis opposés à la cour, et en sortait encore avec plus de facilité: il éiaii faible, irrésolu et soup(,'onncux: sa longue autorité en Normandie l'avait rendu maître du parlement tle Rouen, d? la jdus i^rande j)ar,ie de la noblesse et lie plusieurs places de cette province.

Le coadjuteur de Paris, cpii était uni à lui par la j)arenté et par un loni^ attachement d'amitié, avait beaucouj) de crédit dans le peuple et dans le parlement de Paris })ar sa dit^nité de coadjuteur, et tous les curés exécutaient ses ordres ; il avait des amis et des partisans à la cour, et entraînait dans ses intérêts Xoiriimustier, Laii^ues, quelipie reste de la cabale des Importants, et d'autres personnes ipii cherchaient à se rendre considérables dans le trouble. 11 avait de rélévation et de l'esprit : son iiumeur était facile et désintéress(''e ; mais il cachait souvent ses sentiments à ses amis, et savait feindre des vertus (pli! n'avait pas. Il avait de l'orjrueil et de la fierté. Le mépris (pie la reine et le cardinal a\aient fait de son entnMiiise jKiur apaiser le (h'-sordre des barricades l'avait mortellement irril(''. Le Parlement, pi(pié de l'injun' (piil croyait avoir re(;ue en la personne du |jn''sident de Blancmesnil et de Hroussel, était devenu jiiiis lier par leur liberté, que la reine, n'avait osé refuser ; les plus puissants et les plus exj)os('s de ce c(irj)s sonireaienl à se mettre h couvert du ressentiment du cardinal et à prévenir sa venj'eance.

LA KKd.Mn: iv\kij:mi:.n I a nu:

.))' trouvai l(>s choses en cet état, et je iira|)|(li(|iiai inii(|ii(Miiont 1 siiriiiomcr les crainlrs et les irrésolu lions du priiici' de Toiiii ' I (lu (lue (le Lotiiriu'villc. (|ui devaient dontu'r le Itrarile :i un si rand dessein. Le |)riiH-e de Coudé avait clianijé de senlini.iil et ivnit pris des mesures avec la (-(uir. La liaison (pu' j avais nvee M. le prinee de (\»nli et avee Miiu' de Loni,Mieville ne lui était pa-s a:;réal)le : nuiis il ne m'en faisait rien paraître. Les esprits s'aiirrissaient de toutes parts, et le cardinal Mazarin, ne trouvant plus sa sûreté à l'aris. résolut enfin, de coticort avec Monsieur et .M. le l'rinc;', d'en former le siéi^e, après avoir nii'iu'' le roi à Saint-Germain. Cette entreprise ne se pouvait exécuter par les formes ordiiuiires : les conséquences en étaient trop périlleuses et troj) préjudiciables à l'imitât. Le roi avait peu de troupes : mais on crut (pi'il en avait assez pour occuj)er les p;t.ssaiîes et pour réduire cette jurande ville par la faim. On croyait quelle serait divisée par les cabales, et (pie, nuuuiuant lie chefs, de troupes refilées et de toutes provisions, elle recevrait la loi ([u'on lui voudrait imposer. Dans cette espérance, le roi, suivi de Monsieur, de la reine, de M. le duc d'Orh'ans, de M. le Prince et du prince de Conti. partit secrètement de Paris a minuit, la veille des Rois de l'année 1G49, et alla à Saint - Germain ; toute la cour suivit avec beaucoup de désordre. Aime la Princesse voulut emmener Mme de Louj^ueville, qui tait sur le iioint d'accoucher; mais elle fei<;;nit de se trouver mal et demeura à Paris,

Ce départ du roi, si précipité, mit un trouble et une agitation lans res|)rit du peuple et du Parlement qui ne se peut repréi-nter. Ceux mêmes (pii avaient j)ris le plus de mesures contre la cour furent ébranlés, et le monuMit de décider leur parut terrible. Le Parlement et le corps de Ville députèrent à Saint- ' iermain pour témoigner leur crainte et leur soumission. J'y allai le même jour que la cour y arriva; le duc de Longueville s'y rendit aussi ; je retournai à Paris, une fois ou deux, j)our rassurer ceux du parti qui étaient chancelants, et |»our concerter avec Mme de Longueville, le Coadjuteur, Loniiueil et l:>roussel, le jour (pie le prince de Conti et le duc de Lomrueville > y devaient rendre. Le cardinal Mazarin, sachant (jue je pouvais y aller et en sortir facilement, bien (pie les jiortes fussent Mjigneusement gardées, me |)ria de lui apporter de r<irgent ; mais je refusai de m'en chaiger, ne voulant ni lui faire ce plaisir, ni mal user de sa confiance. Cependant, toutes choses étant l»réparées à Paris, je retournai à Saint-Germain, pour en faire

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jiarlir M. le luiiicc ili* ('diili ol le duc l^onnucvillc. (\» doniicr faisait iiailiT sjiiis fcssi- des olistaclcs, cl se rcpciilail »lc srlic l'iiujimr. .ra|(|in''luMulai iiumiic (iiiil ne passât |)liis liiiii. et (|iril ne (UVouvril à M. le priiuv ci* (pi'il saAait de ICnl reprise. Dans i-e doute, je renvoyai Cioiirville ;"i l'aris, pour dire à Mme de I<oii!;ue\"ille et au Coadjuteui- le soupçon (^1*011 devait avoir du duc de Loiiiïueville ; je le ehar^eai de voir Loiisïueil et liroussel, et de leur faire couipreiidre (juel \)h'\\ il y avait au retardenuMit. Oti doit trouver (^Irange (|ue j'eusse confié une alTairc d'un tel poids à Gourville, (pii était alors fort jeune et peu connu ; mais, comme j'avais é[irouvé sa fidélité en d'autres rencmitres, (|u"il avait l'esprit avancé et hardi, tous ceux avec (|ui je traitais |)rirent créance en lui et ce fut sur les paroles (pi'il jiortait des uns aux autres (pie l'on ai^issait de concert. il revint à Saint-dermain nous presser d'aller promptement à Paris; mais le duc de Lonirueville ne s'y pouvait résoudre, et nous fûmes contraints, le mar(piis de .Xoiriiiouslier et moi. de lui dire (pu* nous allions emmener M. le prince de ("oiiti,el (pie nous déclarerions dans le monde (pie lui seid marupiait de loi et (le parole à ses amis, apr(''s h^s avoir eni(afî(''sdan-; un parti (jud abandonnait. H ne put soutenir ces reproches, (t il se laissa entraîner à ce cpie nous voulions. Je me charf^eai de leur faire tenir des chevaux, à une heure aprè.^ minuit, dans la cour des cuisines: mais, sans m'avertit', ils en prirent d'autres et s'en allèrent à I*aris. .Je les attendais cependant au lieu (pi'ils m'aviiient manpié, et j'y demeurai jus(pi'à la pointe du jour; je ne pouvais rentrer dans le châleau pour savoir de leurs nouvelles, et je jugeais hien à (pioi j'»"tais exposé si l'affaire était découverte, et si on me trouvait leur gardant des ciievaux à une heure si suspecte; mais j'aimais encore mieux me mettre dans ce luisard (pie de les y exposer par un contretemps : en lin je sus (pi'ils étaient partis, et je me rendis à l*aris longtemps apr('S (ju'iis y furent €'irriv(''s.

ijQ bruit de leur venue se répandit en peu de temps et lit de différents eff(^ts : le peuple les reçut avec joie ; mais ceux partisans de la cour publiaient (pie c'était un artifice, et (pie !c prince de Conti et le duc de I.ongueville, liés au prince de Condé par tant de proximité et par tant d'intérêts, ne se mettaient à la tête d'un parti (pie [jour le sacrifier à la vengeanc(î du cardinal Ma/.arin. Cette im|ncssion, si aisée à recevoir par un peuple timide et par 'e Parlement étonné, fil douttM' (piehpie temps (le la sûreté de Mme de Longuevillle, du iiriiicc de Coiili

- I. \ I lio \ in; I' \ i; II. \li N I \ 1 1; I.

tt ilo IdiiJ ••»• (|iii les avait .-iiivis. Le l'arl.Miiciit icjcia d al-iuil leurs (ilTn'"^, t-i il lU' los rcvut (iira|in\- <|U il fut instruit par Ip t'dadjult'ur. Hriuisscl. Lnimucil et par ceux (pii savait-ut \v tr.uti^ M. If priiuf de ('(»i\ti et Mnic de Loui^MicvilIt', pour tloiiuer plus (le eimliauce, luiièreul dans l'Ilntt'l de N'ille et se livrèrent •iiiièrenieiit entre les mains du peu|tle.

1^ eour cependant avait ressenti vivenu'iit la retraite du l'iiiu-e de ('(iiiti, du lUw de Loiijrueville et iWi^ autres; le cardinal soupçonna (pielle fût de concert avec M. le prince ; et, se trouvant trop faihie pour soutenir de si prandes alTaires, il se pi épatait à sortir du rovaume : mais M. le [uiiKe le rassura hientot. et Taii^reur (pi'il lit paniitre contre M. le prince de ( onti, contre Mme de Loiiiruevilie cl contre moi fut si <i:raiule, (|u"elle ne laissa pcis lieu au cartiinal de douter (|u"elle m' fût véritalde. On prit de nouvelles nu'sures pour affamer Paris, et le priiu-e de ("onde se cliarijea de révénement dune si jurande entreprise. I^ parti opposé uo iu''jf|i<,'eait rien aussi pour sa sûreté. Le duc dKlheuf, gouverneur de Picardie, s'était offert le premier au Parlement, et il croyait trouver de f;rands avantages en se mettant à la tète du i)arti. Il avait de resjjrit et de rèlo(|uence, mais il était vain, intéressé et peu sûr. L"arrivée du prince de (onti et du duc de ].,ongueville lui donna de la jalousie ; il n'osa toutefois s'opposer ouvertement à la contiance (ju'on devait prendre en eux, mais il la traversait avec heaucou|) dartitice. Le duc de Bouillon se joignit en même temjis aux intérêts du ParlenuMit ; j'ai parlé ailleurs de ses grandes (pialitès et de son im'rite. Le vicotnte de Turenne, son frère, était uni à lui, et il commandait rarnu''e d'Allemagne. Les vertus de ce graïul homme sont plus connues par ses actions (pie par ce que je pourrais dire ici, et ce (piil a fait dejuiis pour la «rloire du roi et de l'Liat doit effacer la faute (|ue l'intérêt du duc de Bouillon et de sa nuiison et son mécontentement particidier lui tirent connnettre en cette rencontre. Il entra dans les liaisons de son frère, et voulut employer rarnu''e (|u'il commandait pour soutenir le parti de Paris: mais ses troujies suivirent leur devoir, et il fut contraint, pour chercher sa sûreté, de se retirer en Hollande. Le nuiréchal de la .Motte-lloudjuicourt était ennemi particulier du Tellier : il cherchait à se venger du iraitenu'ut (ju'il lui avait procuré en le faisant arrêter prisonnier après lui avoir (')té lemploi de t'atalogne. H avait de la valeur, de la capacité dans la guerre, un esprit médiocre, du bon sens, et, par un sentiment ordinaire à ceux t^ui ont fait

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(Mix-iiirMiH's leur forluno. il cnuiiii.iil hcaiicnup do l;i liasanlcr ; il prit iioaniiuiins le parti du Pailcniciit. Le duc de Hcaul'oil suivit bientôt cet cxciuplc : il s'était sauvé du doiijou ilo Vinl'cnnos avec beaucoup de hardiesse, d'industrie et de Ixinlieur, et il fut iTçu du |)euple coinuu» r^ow libérateur. Tant de personnes considérables élevèrent les espérances du parti. Ou leva de >;randes sommes d'arycnt ; on lit des troupes ; le parlement lie Paris écrivit aux autres |)arlements du royaimie ; on envoya îles lettres circulaires dans les provinces; on distribua les charités de la guerre : les ducs de Beatifort, d'Kll)euf, do Bouillon et le maréchal de la Motte furent ijénéraux sous M. le prince de Conti ; le duc de Luynes, Noirmonslier et moi, fûmes lieutenants lijénéraux ; le duc do Lon2;ueville, pour éviter rembarras (pie le ranu' (piil prétendait lui ei'it |)U donner, alla en N'ormandie, [lour maintenir cette province dans ses intérêts. On accepta les offres considérai)les (pie rarcliiduc fit (riiommes et d'arirent : enfin on se préparait à la «uerre civile avec d'autant plus de chaleur (pie c'était une nouveauté: mais elle n'avait jiour fondement que la haine du cardinal Mazaiin, ipii était presque étralement odieux aux deux |)artis.

Le l)esoin qu'on eut à Paris de faire promptement des troupes en fit lever de mauvaises : on ne put choisir les ofriciers ni les soldats, et on fut contraint de recevoir indifféremment tout ce (pli se présentait. re|)endant le cardinal mettait tout en iisaoe ])our former des cabales dans le Parlement et pour diviser les «fémVaux. La diversité de leurs senliinents et de leiiis intérêts lui fournit bient(")t toute la matière (ju'il pouvait désirer. Dans Taulro parti, l'armée du roi se fortifiait tous les jours, et le prince de Coudé, animé jtar son ressentiitient ])articulier, faisait sa propre cause de l'intérêt du cardinal. ]1 avait occupé les passajïes les plus considérables pour empêcher la communication de la campagne avec Paris, et il ne doutait point que, man(piant de secours et de vivres, cette ville ne fût bientôt réduite à la dernière extrémité, Charenton était retranché, et ceux de Paris qui s'en étaient emparés y avaient mis Clanleu avec deux mille hommes, pour conserver un poste sur les rivi("'res de Seine et de Marne. Le prince de Condé l'y força, sans trouver presipie de r(''sistance. ("ette action se fit en plein jour, à la vue de toutes les troupes du parti et de plus de cin- ( plante mille Ixnirgeois sous h^s armes. Le duc de Châtillon, lieutenant général dans rarm(''c du roi, y fut tué; de l'autre côté, Clanleu et toute sa garnison furent taillés en pièces. Ce

LA FHO.NDK V \ IU,i: M K N TA I U K

(1 ('savant hl'o mit iino ^naiulc cKiishTiiaiitm à Paris : 1rs mmcy fiicln'-rU-.iifiii, cl un ctniimciirail à craiiulrc i\\u\ iiiaii»|iit'r. Il y filtrait iicaiiiiioins souvent di'^ convois, et un jour i|n un cil amenait un ciuisidéialilc, les ti'ou|ies du roi commamlci ^ |)ai .Ncrlieii se trouvèrent sur le clicmin auprès de \'illejiiivc. Il \ cul un coml)al jussi'/ o|»iniâtrc dans le villai,'e de N'ilry, où Nerlieu l'ut lue; le convoi passa, et. comme cette action dura (iucl(|ue temps, tout Paris en prit lalarme. et plus de cent mille Ixniifîeois sortirent pour nous recevoir. Ce succès, (jui nétiiit d'aucune inijiortance, fut reçu de ce peuple préoccupé comme une victoire si^malèe. (|u"il voidait devoir à la seule valeur du duc de Beaufort, et il fut conduit comme en triomphe juscprà 1 llt'ttel lie Ville, au milieu des acclamations dune foule iiinomhraltle de motule.

Peu lie temps ajjrès, le niarcjuis de Xoirmoustier sortit avec sept ou iiuit cents chevaux et (iuel(|ue infanterie, pour escorter un «iraiid convoi qui venait du coté de la Brie. J'allai au-devant de lui avec neuf cents chevaux, pour faciliter son passa^je, que le comte de Grancey voulait empêcher avec pareil nombre de cavalerie et deux rét^iments (rirdanterie. Nous étions à une demi-lieue l'un de l'autre, le mar(|uis de Noirmoustier et moi, et nous étions convenus de nous secourir en cas que le comte lie (irancey vînt atta(|uer l'un de nous. 11 me manda de m'avancer, et qu'il allait être chartié : je lis ce qu'il désirait de moi; mais le comte de (Iraiicey, qui sut que j'avançais, quitta le dessein d"atta(|uer Xoirmoustier. et vint au-devant de moi pour me combattre seul. Le marquis de Noirmoustier lui vit faire ce mouvement ; mais, au lieu de faire pour moi ce que j'avais fait pour lui, il continua son chemin avec le convoi, et se mit peu en peine d'un combat qu'il rendait si inéj^al par sa retraite. Nous marchâmes l'un à l'autre, le comte de Grancey et moi, avec par .'il nombre de cavalerie, mais très dilïérent par hi bonté des troupes : il avait de plus deux régiments d'infanterie, comme j'ai dit. -le fis ma première li<rne de cinq escadrons, et la seconde de (piatre, commandée [)ar le comte de l-îozan, frère des marécjiaux de Duras et de Lor^es : mais, comme le comte de (îrancey étaii éloif^né de mille pas de son infanterie, je fis toute la dili^^ence qu'il me fut |)ossiijle pour le charger avant i|u'elle fût arrivée. Nous trouvâmes, à viujft pjvs les uns des autres, une ravine ijui nous séparait ; nous la côtoyâmes deux cents pas pour en prendre la tête; dans cet espace, une partie de l'infanterie du comte de (irancey eut le

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loisir d'arriver, ol, à l;i luotnièri' dôc-iiar^o, tout co quo j'avais ili' trimpos s'iMifiiit, et mou clunal tut tu('';o('ii\ du clu'valirr dt' l.a. l\oc-lu'fnurauld et de (iourvilK' lo furent aussi, lin i;i'nliihouiiuc i|ui était à uH)i mit pied à teiro pour me douuer lo sieu, mais je nv pus m'en servir, parée (|u'uu des eseadrous (pli poussaient les fuyards était trop jirès. Le comte d'Ilollae, (pli était à la tête, ei trois autres cavidi(>rs vinrent à uu)i, me criant (piartier; j'allai à lui, r(''solu de ne le pas accepter; et, croyani lui domier de rép('e dans le corps, je ne ]ter(.'ai (pu* U's deux épaules de son cheval, et mon épée s'arrêta toute faussée dans la selle. 11 nu^ tira aussi à bout touchant ; le coup fut si tj;raud (pie je tondiai à terre ; tout son escadron, en passant |)res(pie sur moi, me tira encore. Six soldats arrivèrent, et, me voyant l)ien vêtu, ils disputèrent ma dépouille et (lui me tuerait. Dans ce moment, le comte de Ro/an char<;ea les ennemis avec sa seconde h'on(\ Le bruit de la d('chariie surprit ces six soldats, et, sans (pie j'en sache d'autres raisons, ils s'enfuirent. Quoi(pie ma blessure lût fort orande, je me trouvai lu'-an moins îi-;se/. de force pour me relever, et, voyant un cavalier auprès de moi (jui voulait remonter à cheval, je le lui ôtai et son épée aussi. Je voulais rejoindre le comte de Kozan : mais, en y allant, je vis ses troupes (pii suivaient Texemple des miennes, sans (pi'on les pût raUier. 11 fut pris et blessé, et mourut l)ientf)t après. Le inar(iuis de Sillery fut pris aussi. Je joignis le comte de Mat ha, maréchal de camp, et nous arrivâmes ensemble à j'aris. Je le i)riai de ne rien dire de ce qu'il avait vu faire à Xoirmoustier, et je ne hs aucune plainte contre lui ; j'empêchai même (pion ne punît la lâcheté des troupes qui m'avaient abandonné et (pi'on ne les fît tirer au billet. Ma blessure, (pii fut ^'rande et dani^ereuse, nfôta le moyen de voir par moimême ce (pli se passa dans le reste de cette p;uerrc, (h)nt l(>s événements furent peu (hgnes d'être écrits. Noirmousiier et LaiL'ues allèrent en Flandres, pour amener Tarmée d'Ksi)ai;ne (pie l'archiduc devait envoyer a,u secours de Paris; mais les promesses des Espagnols et leurs assistances furent inutiles, et le Parleinent et le peuple, épuisés par tant de dépenses mal em[)loyées et se défiant presque (''gaiement de la capacité et de la bonne foi des généraux, reçurent Lamnistie bient(')t apr(''S.

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