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l/;imnistie fut consacrùe par la paix de Kiicil. (|ni lut si^fiuV 11' l^"" avril l()4i». Mme de Lon^iii'villi'. jjassioiiun' pour les iutôrôts de son amant blessé, avait cxii^ô Toiiroi du tabouret à la princesse de Mareillae et trois cent mille livres pour lui-même. Délicieuse éj)0(pte où c'étaient les maîtresses (pii prenaient souci des fortunes conjugales!...
L'illusion ne fut |)as d" lono;ue durée cependant. La j)rotection de M. le jjrince de Coudé avait permis aux souverains ?t au cardinal de rentrer dans leur bonne ville de Paris, mais, comme le sou.igjnera quehiue jour une des maximes, (( il n'est pas si dangere.ix de faire du mal à la plui)art des homnu's i\\w de leur faire trop de bien >'. Mazarin se lassa très vite de tant devoir au vaincpunir de Rocroi et de Lens, d'autant que celui-ci était de ceux qui vérifient cette autre pensée : « Tel honuiie est ingrat qui est moins coupable de son ingratitude que celui (pii lui fait du bien. -> C'ondé était en etïet devenu aussi terrible à vivre (pie le jiire des Vvondeurs et il ne craignait pas en pL'in accord d'ordonner de jeter à l'eau les envoyés de La reine. D'un autre côté, le ministre était réconcilié avec les | arlementaires et leurs amis Retz, Beaufort, ^Ime de Chevreuse. qui détestaient le prince. La Rochefoucauld fut victime de cette haine, et le tabouret à peine accordé fut repris. L'histoire de ces intrigues nous amène à la vraie Fronde, à la rupture com- ; lète avec la to:n- :
LA PAIX I)K un: IL
Le roi avait accunlé la paix au Purleiuent d.' Paris et à tout ce qui avait soutenu la guerre civile en ranuée 1G49, et la plus irraiule partie des peuples lavait reriie avec trop de joie pour donner sujet d'appréhender qu'on les pût porter une t^econdc
50= LA liOCIIKFdl'C All.l) — CIIAI». l"
fois à la n'V(tli(>. Le canliiiiil Ma/.arin, lanVrmi par la prolcctidU tic M. il' (lue il'(>ilt''iiiis cl (le M. ic |)riiic(', coiiiiiiciK.ail à iu> pliis ciaiiiiln' ics cIlVls de la liaiiic |iiil)ii(|iu', cl ces (icnx princes t'spéraicnl (ju'il aurait iiiic rcciimiaissaiic»' propoilioiiiirc à SCS promesses ci à ce (iwil leur cievail. M. le (lue d'Orléans en attendait les effets sans iiKiniélnde, et il était conlenl de la part ipi'il avait aux affaires et de l'espérance (prou donnait à Tabbé (le la Rivière, son principal ministre, de le faire cardinal ; mais M. le prince n"était |)as si aisé à satisfaire : ses services pa^ssi^s, et ceux qu'il venait de rendre, il la vue du roi, pendant le siège de Paris, jiortaient bien loin ses prétentions, et elles comnuMK.aient à embarrasser le cardinal.
La cour était encore à roin|)i(''u,iU', et, (|uel(|ues raisons (ju'il y eût pour la ramener à Paris, le cardinal ne pouvait se résoudre d\v retourner et d"exposer sa personne à ce (pii pouvait être resté d'animosité contre lui dans un peuple (iiii venait d'en téinoii,mer une si extraordinaire. 11 fallait néannuiins se détertniner. et, s'il lui paraissait dani;vrcux de se fier à ses eimemis, il ne l'était pas moins de témoitiiier de les craindre. Dans cette irrésolution, où personne n'osait lui donner de conseil, et où il n'en pouvait prendre de lui-même, M. le prince crut que, pour achever son ouvrage, il devait aller à Paris, afin (pie, selon la disposition ofi il trouverait les esprits, il eût l'avantage d'y ramener la cour, ou de la porter à [)rendre d'autres mesures. Il y fut ref.'u comme il avait accoutumé de l'être au retour de ses plus glorieuses cam{)agnes. ("e succ(''s rassura le cardinal, et on ne balan(;a plus pour retourner à Paris. M. le prince y accom- |ia<rna le roi, et, en arrivant au Palais-Royal, la reine lui dit publi(iuement (pion ne |)ouvait assez reconnaître ses services, et (pi'il s'é'tait glorieusement ac^piitté de la parole (ju'il lui avait donnée de rétablir l'autorité du roi et de maintenir M. le cardinal: mais la fortune changea bionl(')t ces f)aroles en di!s effets tout contraires.
Cependant M, le prince était dans une liaison particulière avec M. le duc d'Orléans : il l'avait étal)lie par les extrêmes déférences qu'il avait affecté de lui rendre durant la guerre, et il les continuait avec soin. Il ne garda pas longtemps les mêmes mesures avec le cardinal Mazarin, et bien qu'il n'eût pas encore résolu de rompre ouvertement avec lui, il témoigna, par des railleries pi(|uantes et par une opp.osition continuelle à ses avis, (pi'il le croyait peu digne de la place (pi'il occupait, et (pi'il se repentait même de la lui avoir conservée. Un attribue
=^ l'Ai A iiK Kl i:ii, :.i
(•('Ile ('((luliiit»' à (les imitifs hicii (linViciits : mais il c-t certain (|ii«' le piciiiicr sujet île leur niésiutelliLreiice avait etunnieiieé liuraut la icuerre de l'aris, sur ce ([ue M. le prince se persuada, (pu' le cardinal vciulail iulroiteineiit rejeter sur lui la haine des peuples, en le faisant jiasser pour lauteur de tous les maux (pj'ils avaient soufferts. Ainsi M. le |)rince crut en devoir user (le la sorte envers le cardinal, pour reiif^ner dans ropinion du inonde ce (pi'il y avait perdu par la protection (pi'il avait donnée à un homme si <ïr'néralement haï, en remp(''chant de sortir du royaume et de céder à sa mauvaise fortime. 11 se souvenait encore {.W> craintes et de l'aWattement (pie le cardinal avait témoiirné pendant les derniers désordres, et il était persuadé (piil sullisait de lui faire peur et de le mépriser pour lui attirer de nouveaux endjarras. ci Tohlijrer de recourir à lui avec la même dépendance (piil avait eue dans Text rémité où il s'était vu. M. le i)rince simaifina peut-être aussi, par les choses obliîicantes que la reine lui avait dites à Saint-dermain, cju'il ne lui serait pas impossible de lui faire remar(|uer les défauts du cardinal et de s'établir auprès d"el!e après (pfil l'aurait détruit. Enfin, quelles que fussent les véritables causes de ce chan^rement, on s"aper(.-ut bientôt de la désunion de M. le j)rince et du cardinal.
M. le jirince ré^olut alors de se r(''concilier avec les frondeurs, croyant ne j)ouvoir mieux détruire les mauvaises impr»'ssions <|ue Ton avait de lui, (pj'en se liant avec des p;ens dont les peuples et la plus faraude partie du Parlement é|)ousaient aveu^démeut Us affections et les sentiments. Le nom de frorxieurs avait été donné, dès le commencement des désordres, à ceux du Parlement qui étaient opposés aux sentiments de la cour. Le duc de Beaufort, le coadiuteur de Paris, le manpiis de >'oirmoustier et Laif^ues, s"étant depuis joints à cette cal)ale, s"en rendirent les chefs : Mme de Chevreuse, M de Ciiriteauneuf et leurs amis s"y joiuiiirent. Ils demeurèrent tous unis, sous le nom de fiitndeurs, et eurent une })art très considérable à toutes les affaires qui suivirent. Mais, (piehpies avances cpu^ M. le prir.ce fît vers eux, on crut qu'il n'avait jamais eu intention de se mettre à leur tête, qu'il voulait seuknu'iit, comme je l'ai dit, reiratrner l'esprit des peuples, se rendre par là redoutable au cardinal et faire sa condition plus avant cireuse. H avait paru jus(pie-là irréconciliable avec M. le prince de Conti son frère et Mme de Longueville leur sœur, et même, dans le traité de la paix de Paris, il s'emjjorta contre eux avec toute laideur
52 = LA IlOCIIKKdrCAUl.l). — CIIM'. 1" ===
inuliiinable, soit ptuii l'aiiT sa cour, on par un scMilinioiil di» vcigoaiu'o. à oaus(> (juils s'ôtaicnt sôparrs de lui. Cela alla*^l^Mlu^ si avant, (pfil tut iliiTt-tenuMU contiaiii' au rôlablisscnuMit dr M. le prinro ilc l'ont i et du duc do Louii,ucville dans leurs «^ouvcniiMucnts, et i\m\ par une fausse |)oliti(pu', il s'opposa à lintcntion (|u"on eut à la coui' de iIouium" le Mout-Olyiupe et ("harleville à M. son frère, et il le restreiiiiiit à accepter l);uiivilliers. M. le prince de Conti et Mme de Loui;uevillo trouvèreul ce procédé de M. le prince aussi surprenant et aussi lude ({u'il Tétait en effet, et, dans cet embarras, ils chargèrent le prince de Marcillac, fils aîné du duc de La Rochefoucauld, (pii avait alors t(uite leur confiance, découter les |)ropositions (pie l'abbé de la Rivière leur faisait faire par le martiuis de h'iammarins. Elles étaient (pte M. le duc d'Orléans entrerait daiis leui's intérêts contre j\l. le prince, (pie M. le prince de ("onti aurait Tentrée au Conseil, qu'on lui donnerait Damvilliers pour place de sûreté, et que lui et le duc de Longueville seraient rétal)lis dans les fonctions de leurs charges, ])ourvu (\\w M. le prince de Conti reuon(,-ât, en faveur de l'abbé de la Rivière, au chajteau de cardinal, et qu'il l'écrivît à Rome. Cette affaire fut conclue, à Theure même, par le prince de Marcillac (1), et il la trouva d'autant plus avantageuse à M. le prince de Conti, que ce prince étant déjà résolu de chanj^cr de condition, on ne lui faisait nen perdre, en lui conseillant do renoncer au cardinalat. On obtenait aus-i par cette voie tout ce (pie la cour refusait à M. le prince (l(! Conti et au duc de Longueville ; et, ce (pii était encore j)his considérable, c'est qu'en s'attachaiit l'abbé de la Rivière j)ar un si grand intérêt, on engageait M. le duc d'Orh'ians à soutenir, en toutes rencontres, M. le |)riiice de Conti et Mme de Longueville.
Ce traité fut ainsi conclu sans (pie M. le prince y eûl daulre part que celle (pie l'abbé de la Rivière lui en voulut donner; et parce qu'd avait senti le mal que sa division avec sa famille lui avait causé, il souhaita de se réconcilier avec monsieur son fière, avec madame sa sœur, et même avec le prince de- Marcillac. Aussitôt ajtiTs, M. le prince, pour témoigner cpi'il entrait
(1 Cctt»' partie ries Mnnoire'^^. éi rite avant la prcniiiT- (•('!!(' (|ii(' nous avons citée jusqu'ici, est rédigée en style indirect, (■(.innic les i'.nmtut'nlaircs de ('ésar. Désormais, ; u lieu (Tonipl yor la picni ère pers une l'auteur écrira « le prince de Marcillac », puis, à i)artir de 1650, " le duc de La Kochefoucauld ».
l'.VIX l)i: lU'KIL = b.i
sinc«''renuMit dans les iiiiôrôts de sos pioclios, prit un piY'toxte (Itrlatcr t'oiilrc le fardinal, sur ce (|u"au pcrjuclicc de la parole (|u"i>ii on avait ilcinuéf, «uj refusait au (lue de i>(intîue\ille le ^[ouverneinent ilu l'ont-de-rArche. Les frondeurs en eurent uiu' ffraiule joie. Mais, soit (pie M. le prinee ne pût se lier en eux. ou (pi'il lu' voulût pas denu'urer loiii^temps mal à la eour, il crut bientôt en avoir assez fait pour le monde, et se raeeoninuida. huit jours après, avec le cardinal. Ainsi il perdit de nouveau les frondeurs, lis s'emportèrent contre 4ui, sans aucun éirard de ce qu'ils devaient à son mérite et à sa qualité. Ils dirent l'.auteinent que ce (pi'il venait de faire était une suite des artitiees dont il sétait servi pour les surprendre. Ils renouvelaient laffaire de Noisy, près de Saint-Germain, où Mme de Lon^nieville avait passé quelques jours, et où M. le prince de Conti et le duc de Longueville l'étant allé voir, le duc de Retz et le coadjuteur de Paris, son frère s"v rendirent sous prétexte d'y visiter aussi cette princesse, mais en effet pour les porter, comme ils iirent, à se lier avec les fromleurs. Ils soutenaient que M. le prince avait su tout ce traité, qu'il avait pris avec eux les mêmes enjjagements que ses proches, et ils ajoutaient que la suite avait assez fait voir que M. le prince, bien loin de tenir cette parole, ne l'avait donnée (pie pour les sacrifier plus aisément aux intérêts et à la haine du cardinal.
Ces bruits semés dans le monde y faisaient (pichpie impression, et le peuple recevait, sans les examiner, toutes celles (pie les frondeurs lui voulaient donner : de sorte ijue il. le prince se vit abandonné en un instant de tout ce qui s'était joint à lui contre le cardinal. Sa famille seule demeura dans ses intérêts, et elle ne lui fut pa- inutile. La considération de Mme de Lonii:ueville était a'.iiimenté'e par l'opinion (pi'elle avait donnée de son désintéressement et de sa fermeté, mais plus encore j)ar sa liaine déclarée contre le cardinal (jui comnien(;ail à la craindre, et qui gardait jjIus de mesures pour elle, jiar cette raison, (pie pour messieurs ses frères.
11 arriva en même temps une (pierelle particirlière, (jui pensa renouveler la générale. M. de Beaufort. croyant que le nuuquis de Jarzay et d'autres dépendants du cardinal avîiient aflecté de le morguer aux Tuileries pour persuader que son crédit dans le peuj)le était fini avec la iruiMie, il rt'^solut de leur faire un affront public. Ainsi, lors(|u'ils étaient assemlilés pour souper dans le jardin de Renard pr('s des Tuileries, il y alla fort accompagné : il clir.sa les violons, il renversa la table, et la confusion
Î14 I, A KdCIIKKtil CAUI.I» — CHAI». T
i>t le iIôsiirIic finciil si niaiuls, ([iic lo duc do Caiulalo, lîoiilovillc. Sailli -Mcsifiin cl pliisicms autres (|ui claiciil du souper, (•(iiMuri'iit forliiiic dèlr»' tués, et ([iic le uiarijuis de .la,r/av y iut hlessé par ties domestiques un due de l^eaufort. Celte alTaire u'eut |)as néauiiioiiis les suites (pie vraiseMil)lal)leiiieiil on (levait en allendre : plusieurs de ceux (pii avaient part à cette oiïeiise iireiit appeler le duc de lîeaul'ort : mais il ne crut pas les devoir satisfaire dans cette conjoncture. M. le prince y prit les inlérôts de la cour et ceux du cardinal avec la même chaleur (pi'il avait eue dans les autres temps.
(Vpendant le cardinal, perdant aisément le souvenir des ohli^^ations fpril avait à M. le prince, se souvenait seulement des mécontentements qu'il en avait reçus; et sous prétexte d'un raccommodement sincère, il ne perdit point d'occasion de se prévaloir avec industrie de sa trop grande confiance. 11 connut bientôt que les desseins de M. le prince n'allaient à rien de plus, comme je l'ai dit, ipi'à lui faire peur : il crut le devoir entretenir dans cette pensée et faire semblant de le craindre, non seulement pour lempêcher par ce moyen de prendre des voies ])lus violentes contre lui, mais aussi pour exécuter plus sûrement et |)lus facilement le j)rojet qu'il faisait contre sa lil)erté. Dans cette vue, tous ses discours et toutes ses actions faisaient paraître de rabattement et de la crainte ; il ne parlait que d'abandonner les affaires et de sortir du royaume ; il faisait faire tous les jours quelque nouvelle proposition aux amis de M. le prince pour lui offrir la carte blanche, et les choses passèrent si avant, «ju'il convint (pie désormais on ne donnerait plus de gouvernements de provinces, de places considérables, de charités dans la maison du roi, ni d'offices de la couronne, sans l'approbation de M. le prince, de M. le prince de Conti, et de M. et de Mme de Longueville, et qu'on leur rendrait compte de l'administration (les finances. Ces promesses si étendues et données en termes généraux faisaient tout l'effet que le cardinal pouvait désirer. Elles éblouissaient et rassuraient M. le prince et tous ses amis. Elles confirmaient le monde dans r(jpinion qu'on avait con(;'ue de l'étonnement du cardinal, et elles faisaient désirer sa conservation à ses ennemis même, |)ar la créance de trouver plus aisément leurs avantages dans la faiblesse de son ministère que dans un gouvernement |)lus autorisé et jjliis ferme ; enfin il gagnait av(>c beaucouj) d'adresse le temps qui lui était nécessaire pour les desseins (pi'il formait contre ^1. le prince.
I,.\ KnCIIKIdlC M'IJi JL'Snl A L\ lIKtNDK :,:,
Les c-luisos di'im'uirrcnt en t-i't état diiiaiit un temps usst'Z considérable, et l'epeiulaiit le cardinal donnait toutes le« d<^nuinst rat ions |iul)li(|iies de vctnloir, non seulement entrer dans les sentiments de M. li' |)rinee, nuiis eiu-ore ilans les intérêts de ses amis, hien (|u"en eflet il y ITU direetement eontraire, comme il le lit voir lians une rencontre (|ui se pré>^enta. M. le prince ayant obtenu pour la maison de La liocliefoucauld les mêmes avantages de rant; (|ui avaient été accordés à celles de Hohan, de Koix et de Luxeml)ourfî, le cardiiud lit demander une pareille «-race pour celle dAlbret, et suscita en même temps une assembliH» de noblesse pour s'y opposer ; mais, soit qu'il en craifinît enfin les suites ou qu'il feif^nît de les craindre, il aima mieux faire révoiiuer ce qu'on avait déjà fait en faveur des autres maisons, (pie de maintenir ce (pie M. le jjrince avait obtenu pour celle du prince de Marcillac.
Cette fois, la mesure est comble. La Rochefoucauld, qui avait été lieiireux de voir fiinr cette guerre où il prétendait n'être entré (pi'à force, sent (pie tout espoir d'accommodement disparaît; ses dernières illusions sont envolées. 11 a compris que l'on se jouait de lui, que vraiment ou l'avait amusé trop longtemps. Ce« ver rongeiir de princerie » qui, nous dit Saint-Simon, passait des pères aux fils dans la famille, a réduit Céladon à mourir. Si l'on jmuvait conserver quelque doute à cet égard, son premier acte, au lendemain du retrait de ce fameux taboiuTt. suffirait à nous convaincre. Fini VAstrce... C'est d'une plume inspirée par d'autres modèles qu'il écrit son premier ouvrage, qu'il rédige sa déclaration de guerre, V Apologie de M. Je prince ili> Mart-illitc.
( iiAi'i'i i;!". 1 1
1/.\1M>I,0(IIK l)K M. LK l'KINCi: 1) l". MAlîCIl.I.M
Il récrit. Mais il iic la public pas. ce qui est bien dans sa liirne de conduite, l.a plume d'oie sur la margelle de lécritoire. la pouilre ayant séché les dernières liirnes, il demeure insatisfait, mais il n'ose pas aller jus(pi"au bout. Ce n'est pas lui qui dirait comme Lucain :
y il ad uni rcpulans, si quid superessel agendum.
Désormais, il s'arrêtera toujours à mi-chemin des résolutions, maintenant que la j)ensée a subordonné le cœur. Pour accorder sa conduite avec ces desseins nouveaux, non seulement il ne publie j)as cette .Ipo/o^/V, mais un jour il arrachera du volume de manuscrits où elle a été insérée les liages qui la composent.
L'œuvre ne nous est parvenue ([u'en copie. C'est Victor Cousin qui Ta retrouvée en 1855, dans les textes du Recueil de Co}trart et qui l'inséra en a|)pendice du volume : la Jeunesse de Madame de LongueviÙe.
11 eût été dommage que ce morceau demeurât enseveli dans les archives. 11 constitue le premier chef-d'œuvre de La Rochefoucauld et ])eut-être, aussi bien, le premier cliefd'tJL'uvre de la prose classique du dix-septième siècle. On a fait remarquer à son |)ropos qu'il se situait dans le teinps après les Lettres de Balzac et le Discours de la Métliudr, parus respectivement en 1624 et 11)30, et avant les Provinciabs qui commeiu*ent à sortir des |)resses eu liiôt). L'on pensera peut-être, après l'avoir lu, (pi'il est très supérieur, beaucoup plus net comme langue (]ue les ouvrages île
ris LA Kdciir.i'orcAiii.i). — ciiai'. ii
lîal/.af ot lie l)('si;iiU'S ot, commo toi, ([ifil ost bien le |)iiMiiior iiiocUMo d(> la vraio |)n)S(' classique, — celle de riionnête hoinine, s'ailaplaiit tour à tour à tous les genres, à toutes les dialectiques, celle de l'éloqueucc ou celle de rironie. Et pa" aille irs, pour ne pas l'élira er sous une comparaison aussi lourde ;\ supporter que celle avec h\< Prori)iciaIes, on le rapprochera de ces |)aniphlets léi^ers et nu)rdants. |)ers()niu'ls et iuCmuc égoïstes, (pTécrivireut Racine, Beaumarchais et Courier. 11 soutient la comparaison avec les Lettres à Vauteur des Visionnaires, les Mnnoires, la Lettre à il/. Renounrd ou la Pétition.
\\i point de vue |)sychologique, le morceau est capital. C'est là seulenuMit que nous voyons, en i)leine lumière, w l'envers de La Rochefoucauld », connue disait Retz. Les Mémoires ont été écrits ajirès la bataille par un \'aincu qui tenait à préserver les débris de sa fortune et qui ne conservait aucune illusion sur ses frères d'armes, par un grand seigneur qui préparait son portrait jiour la ])ostérité. Les Maximes sont d'un caractère troj) universel pour fournir un témoignage indiscutable contre l'homme. Enfin, la Correspondance est trop j)eu abandonnée pour nous renseigner. Seule VApolociie, jaillie d'un premier mouvement, est tout à fait sincère.
C'est là seulement que nous trouvons quelques-uns de ces beaux cris de rage (pii dénudent le personnage et le font a|)paraître, libre de toute attitude et de toute hypocrisie. C'est là que l'égoïste i)roi'ond, le féodal vindicatif et sans foi, se livre, presque malgré lui, en plein cynisme. On comprend que La Rochefoucauld rasséréné ait voulu détruire ces feuillets ; on comprend aussi bien que la postérité les scrute et les utilise, avant tout autre document, pour [)eindre le [)ersonnage.
APOLOdli:
DE