‹ La RochefoucauldChapitre 14 sur 87 · M. LK PRINCE DK MARCILLAC · texte numérisé non relu

M. LK PRINCE DK MARCILLAC

Je ne présume pas a-<sez de ma vertu pour oser répondre que j'aurais haï le cardinal Mazarin, quand il m'aurait aimé ; peutêtre qu'il eût fait des choses pour mes intérêts qui mauraient déguisé tout ce qu'on lui a vu faire contre ceux de l'Etat, et une mauvaise iionte me ferait possible périr dans une mauvaise cause où des obhii:ations signalées mauraient engagé insensiblement. Je consens donc qu'il dise que je serais son ami, si mon malheur avait voulu qu'il eût été le mien ; que j'aurai- défendu ses crimes, s'il y avait eu heu de croire que je m'en fusse |)révalu, et qu'enfin j'aurais pu commettre de grandes injustices, de peur qu'il ne me semblât que j'eusse commis de grandes ingratitudes. Mais que peut-il conclure de tout cet aveu? Kallait-il (pie je me sacrifiasse pour lui, parce qu'il n'y avait rien à (pioi il n'eût été cajjaljle de me sacrifier? Devais-je mon épée à l'affermissement d'une autorité (pie je n'ai connue, en mon particuher, que par les dommages que j'en ai re(;us? Et scrai-je un ingrat et un traître pour n'avoir pas jnis, contre ma patrie et contre mon roi, le parti de celui (pii causait ma ruine aussi bien (|ue la leur? Sans mentir, si l'honneur et la conscience veulent qu'on se dévoue au salut de <es oppresseurs et de ses tyrans, c'est avec raison (ju'il se plaint de moi, et, par cette même raison, il ne doit avoir guère moins de irardes que cette couronne a de sujets, puis(pril en faudrait fjiire le dénombrement pour

GO = LA |{(H llKl'dl CA I 1.1» — ( IIAI' Il

siivoir roiiil)ioii s;i (•diuliiiti' a l;iit de iiiallicuicux. Mais, (|ii(>i- «liiil liait jamais ('i(' s()ii|((,(inii('' df tnij) do |)iidcin\ je lui en nuis assoz |Miiir MiMidTiiiviidrc |>as de nous (Irhitcr iiiic si t'-irannc ddctriiu' : cl je pirviiis (|ii(\ [Muir icnviM'si'r vv {\\w je di de lui, il luôliMulia (|u"il lui su!) i de ne lavouiM' pas. A la vôiili"', sil ne faut (|Ut' nier les maux (iu't»n a faits |)(uir on être justiliô, (iM no lo oonvainna |)as mômo i\v^ plus ôvidouts ; car c'est bion poli ilo lui avilir ouï diro, ou do lui avoir vu faire qucUiuo ciiose, piMir s'oser promettre de l'en faire demeurer d'accord; cl ce n'est qu'à se démentir soi-même, à toute heure, (ju'on peut assurer (pie la hardiesse ne lui mancpie point. Mais veut-il nous I-orsiiador (pi'il est innocent? Qu'il nous remett^ en l'état (pie nous étions (piand la paix p;énérale fut entre les mains do M. Servien, et que M. le duc do Lonu:ueville, (pii l'y avait mise, vit arracher des siennes la gloire d'un service (pii n'aurai! rien dû à ceux du promior comte do Dunois: (pi'il rende à cette monarchie la réputation (pie l'injuste opiniâtreté de nos arnu's lui on a fait perdre, chez nos alliés mêmes, depuis ce temps-là ; et (ju'il nous ronde en (in tant de milliers (Ihommos (prune liuerre continuée de «gaieté de C(rur a encore immohv avec moins do Iruit (pie de nécessité. Car de lui proptjser de rendre ce sauf^; dont il a achevé d'épuiser les veines de l'État, et de croire (pi'il fasse repasser les monts et les mers à tous ces millions de quoi l'Italie est la receleuse, ce serait espérer ridiculement (pi'il voulût commencer à se repentir de ses crimes par celui j)our l'Mpiol tous les autres ont été commis. Que si tous ces moyens i.W justification sont éii:alemont impossibles, et si son avarice no met pas moins les uns hors do sa puissance (pie les aulios sont hors do celle de la nature, (piil me pardonne d'avoir ou dos youx pour apercevoir on son ministère ce (pio tout le monde y aper(.-oil, et (juil trouve hon (pio je ronde à ses actions la justice (pi'il a fait si injustement dénier aux miennes ; car de lo garantir de la peine due à ses forfaits, parce (ju^il m'a frustré de la ré'compenso due à mes services, je ne sais quel raisonnement ni (juelle morale exitrerait cela de moi, (piand je le pourrais. Mais pour lui faire la guerre plus généreusement (pi'il no me l'a faite, je ne lui veux rien ôter de tous les avantaj^es (pi'il [)eut prendre h'^itimement. (pioi(pie je [misse les lui disputer avec succi's : et s'il croit alïaihlir mes dispositions par les sujets (pic j'ai do lui nuire, je lui on vais avouer [)liis (pi'il n'en oserait avouer lui-niêmo.

Lorsque la reine se vit en état do penser sérieusement à la

Al'oi.iM.ii; m, M \ i;( ii.i. m. = oi

n'U'iMio', il y avait dix ans (|u"rlli' nie tenait parliculiricnH'nt |M>ur son s('rvit«'ur, ot six ou sept (in'on nir tionunait tout pul»li(|U«Mn»'nt son nuulyr. Ma fortune et ma lilieité navaieiit pas »''ié les seules victimes nue j'avais offertes piujr s(Mi iiiléiét et pttur smi rep(t<, v\ riicveur îles suppliées les plus elïroyahles ne mavjut pas em|)êelu'' de lui faire aussi hon marché de ma vie, ipiand elle avait hien voulu conlier la sienne au counige, à la fermeté et à la [)rudeiice d"un homme de vinyt-deux ans.

Aussi doii*-je av(»uer (|ue rien n'avait man<|ué à sa reconiiais- >anoe durant tout ce temps-là. .le ne hasardais ni ne perdais (pKti (pie ce soit pour elle, dont ses bontés et ses Imian^'es ne iiu' rêcom|»ensassent, nuMue avec excès; il semblait (pi'elle ne s'intéressât (ju'eii ma faveur au succès des {irnuVs où j'jdhus servir, et elle avait accoutunu'" de dire (pi'elle ne voyait plus de gazettes dès (pi'elle n'avait [dus à craindre pour moi. .Je lui j)araissais au-dessus de \o\\\ ce (pi'il y avait de oluutîes et de di^'nités, et on eiU dit (pt'elle ne souhaitait une extraordinaire |»uissance (pie pour m'élever à d'extraordinaires grandeurs. (V[»endant, (pioi(pie je la servisse, en l'occasion qui se |)résentait. plus utilement (pie je n'avais fait en toutes les autres, et que (piehjiu' sorte de réputation nie dctiinât moyen de lui acipiérir tous les jours (piel(|ue corps, tpiehjue pi ice, ou (piehpie personne d'extrêiiK' importance, je commen(,-ai à mapercevoir (pie je me reculais par les mêmes voies <pii devaient m'avancer et (pielle me donnait assez [leu de part en beaucoii|) de choses où d'autres n'en devaient possible avoir (pie par moi. Mais, comme elle ne voulait pa< enc(»re déclarer à ses serviteurs ce (pion avait déjà «fa^né contre eux auprès d'elle, ces cliai i^ements et ces réserves-là ne maïupiaient point de belles couleurs : le défaut de confiance passa pour un sini|)le défa U d'application : il fallait l'imputer à un embarras (pie je voyais bien, plut("»t (pià un dessein formé (pie je ne verrais d» ma vi.' : je devais croire (pi'elle lU' s'absieiuiit de me dire (pie ce (pielle jH'iisait m avoir d(''jà dit, et (pi'à force de m'avoir dans l'esprit, elle s'imaijinait (pie j'avais |)r(''sidé à tous ses c(uiseils. et distribué à cliiwun de ceux du parti l'emiiloi dopt i! était ca; able. Si un iKUiime, à demi persuadé |iar le propre mérite de ses action^, fut éuhevè de l'être par (W< a>siirauces où il ne voyait rien (pidii ne pût bien croire de la ;;ratitude et de I ("'(piité dune <;ran«le reine, il n'y a pas ^rand sujet de s'en étonner; et je |iei serais encore à cette heure avoir mérité tmis les traitements ipie j'en ai re(,us, si jeu avais pu couserver la crainte après les soins

r.i ---- i.A r.iH iii:i(iii:Ai Lit — ( ll\l'. Il ---=

i|u"ollo avait pris tic iiu' l'ôltM". rdiitcfois, ces ('(HmiicncciiH'iils-là iMiri'iU liii'iifôt (les siiilcs à dcvdir faire jii^icr ce (|u"(>ii a vu (It'piHs. l,a iiiorl (lu It'u roi arriva, et les |)rt'niii'rs scjiliiiu'nts de la rcini' mniiruriMit avec lui. (Mi lil (|u"<'ilo uriVcta de (Irsavoucr tiiut autn> iiitrn'l (|uc celui de ri">lal : iarrêt du l'arlenieiit (|ui la lit récente la d(Vliar<iea dans sa pensée de tout ce (prelle avait cru devoir jus(pralors : elle lut persuadée (pie ce uélait pjis à une princesse (pli disposait de tout à payi'r ce (pi'on avait, fait pour une princesse (pli ne pouvait rien; et, si les restes du cr('dit de son ancien ministre remportèrent sur le nouveau, eu ce cpii touchait le rappel et le rétablissement de (jiiehpies-uus de ceux (pi'on avait bannis et privé-s de leurs cliar^a^s, ce fut si manifestement sans y avoir fait de réliexion, (pi à peine y avait-elle acipiiescé (pfelle s"eii repentit.

Il est vrai (pi'avec tout cela je fus le dernier à (pii elle nia l'espérance : et (pioi(pie. à bien prendre h^s chosc^s, on pfit vérital)lemeiit dire (pie je n'étais de rien, elle disait encore à ceux (pii LMtuvernaient (pi'il n'y avait rien dont je puisse être. Mon zèle et ma ffénérosité étaient les modèles (pi'elle leur pr()|)osait, et voulant que le cardinal et moi fissions amitié, elle voulut encore (pie j'en fisse les lois, et (pril s'y soumît comme à une épreuve infaillible de la pureté de ses intentions. Je me joi},niis donc à lui, avec dessein de ne le quitter de ma vie, s'il ne se déparlait de s(»s véritables dev(»irs, ou s'il n'essayait de me faire dépaitir des miens. Je ne crai^fuis point d'en faire ma déclaration à ceux de (pli je croyais être le |)ius aimé, Itien (pie ce fussent ceux-là mêmes aux(pi('ls il était le plus odieux. Nous eûmes sur ce sujet ôo^' contestations, et fort obstinées et fort imililes; si je ne pus les faire entrer dans mon sentiment, ils ne me firent l)oint aus»:i entrer dans le leur. Ce n'est pas (pie leur aversion n'eût pour fondement ro|)inion (pi'ils avaient de son impuissance à se porter au bien, et les événements n'ont (pie trop souvent répondu à leurs conj(>ctures ; mais aimant beaucoup mieux (|u'on me reprochât (Je n'être pas heureux en mes juiicnients {pie de n'y être pas é(piital)le, je ne pus me résoudre à le condamner sur des fautes qu'il n'avait pas encore commises, et je fKMisai (pi'il était juste de bien espérer d'un homme (pli offrait (le se soumettre à toutes les censures et à tous les avis. Je liens même encore à juTscnl (pie ceux (pii se hâtèrent alors de rompre avec lui furent, sans y penser, les premiers auteurs de celle jiuissance où ils craijrnaient tant de le voir, et il eût beaucoup mieux vahi cj\rils se fussent faits ses modérateurs et ses conseil-

\l'(t|.(M.| I. 1)1, M\|;MI.I.\" 03

Icrs, (|m' tl»' se faire m's fiiiiciiiis. Car, (lUlrc (|iic ccfic iiiialit/' Taisait s<)ii|iriiiin<'r dr iiiainaisc foi Idiis les triiMti<;ii;i::fs i|n ils ri>ii(l:ii('iil (le lui, «-llr lui doniiail riiriiic les tuoyciis de les en (■(iii\aiii(-rc, parce que, n'élaiM plus eu dmil d'apprenilre di* lui les luolifs iU'< elidses, il leur arrivait parfois d'ru lilânier ({ui MuritJiieiit d'être Itiuées «féiiéraleuieiit. Or, il n'eut jkis plutôt cette prise sur eux, (piil ira|iprélieiula |)lus (ju'iis en eussent sur lui, et la réfutation de (|iiel(|ues cal<unnies l'ayant mis en état de fjiire imputer à malice ou à i'jiioranco les plus lé<;itiines accusations, il ne tint plus (ju'à lui de faire indifféremment tout ce (pli lui plut. Ayant ilunc hien prévu le malheureux elïet d'une haine si précipiter, je mempécliai facilement de ui y em^airer contre ma parole, et si je la u;ar(!ai inviolahlement au cardinal, ce ne fut p«is peut-être sans (pichpie sorte de fruit ; car il eut quehjue honte de montrer ses vie s à celui (pli montrait encore de ne lui en croire point, et il suspendit au nnùns ses mauvaises inclinations, tant (ju'il me fut permis de lui suiriîérer de bonnes pens('*es. Kn effet, soit (pie ma liberté fût assez discrète pour ne lui fournir nid prétexte de perséTution ni de plainte, ou que sa tyrannie ne fût pas encore assez effrontée pour me faire un crime île ma seule circonspection, soit (piil ne me tînt pas assez détruit dans l'esprit de la reine, et (pie, se souvenant de l'ordre (pi il avait eu d'elle d'avoir en toute manière mon approbation, il ne pût s'imaiiiner qu'elle l'eût ol)li<ré à cette contriiinte pour un homme (pi'elle eût peu considéré, il feiunit de me considérer extrêmement lui-même, et de me vouloir admettre à ses plus importantes déliliérations, de sorte que. s'il avait de tout temps résolu ma |)erte, il eut au moins le déplaisir de n'oser pas sit("it le faire |)araitre et de contribuer en (pielque fa(;on à ma jrloire, en faisant juirer de la i;randeiir de mes services par celle des récompenses (pi'il leur proposoit. Mais n'y ayant plus (pio moi à lui faire douter de ses forces aupr(''s de la reine, il ne tarda l)as beaucoup à les reconnaître, et comme la pris(»n et le bannissement lui eurent fait raison de tous ceux (pli s'étaient ouvertement band(''s contre lui, il commema à ni" trouver assez criminel de ne mètre pîis absolument dé'claré contre eux. et ne s'offensa pas moins de voir que je faisais encore l'arliitre, (pi'il avait témoiijné nairuère de m'en savoir «jré.

La reine, qui m'avait fait vivre si sévèrement avec lui, elle (pli m'avait dicté mot à mot ce (piil y avait eu de plus dur et de jilus austère dans nos conventions, elle-même, dis-je, en parlait à riieure à mes proches, comme d'une conduite que

04= I, A noniF.roi'CAUiJ) — cww n =^---.r==

j'iivjvis dû JULMT (luCllc (ir's;i|t|)i(iiivoniil. Vdiiliiis-jc Idiitcfuis en vi'iiir à riVluiicisscnifiil, elle loiiniait «mi liiicss»' ou en liiillcrii' tout ce (lunn inavait dil, »'t. aprC's (lut'llc lUiiv.iil fniTi"' il'on riio avec clic, clic en lirait de nouveaux sujets de se plainilrc et île prendre |)nur témoins et pour jufi;cs contre nutinu'Mnc les niciucs personnes |)ar qui elle nu> taisait donner ces avis. Il est aisé de croire t|u"on n'en était pas venu là jiour y d'.Miu'urcr, et (pron ne travaillait pas tant à me rendre eoupahie pour me rendre heureux. Aussi ne s"ainusa-t-on jjIus à borner à la chariïe tic maître de camp des gardes toutes les prétentions (prou mavait iloiinécs sur celle de faraud écuyer, sur celle, do fiéncral des j^alèrcs, et sur le lïouveniement du Havre-de-(!râce : (tn me réduisit tout d'un coup aux simples espérances des choses communes (pii pourraient vaijuer, encore à condition (pu' je fjisse ;î^réal)lc tpuind elles vaipieraient ; et, comuTi" lin justice n'est (pie troj) féconde, celle-ci en eut bientôt produit si <irand noudue d'autres, (pie je pensai n'en être pa,s (juittc pour l'exclusion de tout ce qu'il mavait été permis d'es|)érer, et (ju'il s'en fallut peu (pi'on ne me fît ('>ter jus(pies à la lil)erté par la uu"'me reine i)our (|ui je l'avais autrefois perdue. 11 ne se pa-^sait jour où je n'eusse besoin d'une apologie : j'avais reparti |)our (piehpi'un (pu n'était pas en grâce, ou m'était trop peu échauffé pour l'accusateur ; j'avais ri de (pieUpie conte qui n'était pas assez du cercle ni du cabinet ; j'avais fait raison de quelque faute odieuse ; j'avais })assé dans queUpie rue ofi il y avait des logis suspects, hjiiin il marriva d'aller à Beaumont, où on voulait que toute la cabale de .Mme de Chevreuse eût un rendezvous, et où la ruine du cardinal ne pouvait pas maïupu-r d'être ré'solue. Alors, ne doutant plus d'avoir trop de (pioi faire mon proc^'s, ils me re(;'urent la l'remière fois à une défense régulière, a(in de tirer de nui boi:che ma condamnation ; nuiis le malheur vmdut pour eux ([ue, n'ayant chV-ouvert (pie mou innocence, ils n'eurent à condamner i\iw leurs pro|)res soup(;ous, et leur (•infusion les troubla de sorte (pj'ils s'engagèrent à dire (pie j'allais être mieux à la cour que je n'aurais jamais été. fleurs libéralités ni leur confiance ne nfen témoignèrent pourtant rien. On pensa (|uc c'était assez de me repré'senter (pie, pour lors, la reine n'avait (pioi que ce soit à donner, ni à dire ; car, de récompenser pour moi des oITieos de la couronne, et de m'en comimiiii(pier les secrets, on u\v. croyait trop raisonnable pour le d(''sirer, et pour m'aller souvenir (ju'il y avait huit ans (pion avait commencé à me juger digne de l'un et de l'autre.

.\l>(>!j)(;iK i)K M \i;t:iLi.A(; . ■ os

.l'uvoiu' (|U(> mu jialiciu-c fut |ilusii>ui's fois tentée du sorobul^, »'f «lUf je nie fusse, lU-^ rin'iiit', sdiiliu^é ri'sprit, si Trlul de ma fiiiuille m'eût permis de suivre nuiu ineliualiuii ; mjusj'iniérêt de ma miiisou ayant étouffé toute ma colère, je me résolus encore à voir le succès des belles promesses dont j'étais flatté; et pour faire (pie les faveurs trouvjissent en moi les dispositions nécessjùres à les recevoir, je m'abstins, autant que l'honneur et la bienséance le pouvaient souffrir, de toutes les sociétés et de tous les commerox's (pii pouvaieiii déplaire. La précipitation ni la vanité de mes espérances n'attirèrent point les refus ; elles furent motlestes et respectueuses, et je ne m'offensai pas mêiiie (pi'on ne m'offrît [toint ce qui veiwiit à vaquer par la mort de ceux à qui des enfants ou des frères pouvaient succéder ; mais je ne pus pas voir si tramjuillement ce qui se fit des char^^es de M. de Tournon, (jui était mon parent, et qui n'avait laissé ni enfants ni frères ; et il me fut insupportable que le cardinal me fît moins de justice (pie nu<s concurrents, et (pi'il m'enviât ce (pie M, de Rau(pielaure lui était venu déclarer (pi'il me cédait comme à l'homme du monde (pii avait le plus mérité de la reine, .le vis bien (pie j'aurais ditiicilement les dépouilles des étran^aTs, j)uis(pie celles des miens m'étaient refusées quand ceux (jui les avaient prétendues en même temps (pie moi me les adjugeaient, et ipron n'érait pas prêt à maciieter des charges, puisqu'on aimait mieux faire un trafic infâme de celles qui vaquaient en ma propre famille (pie d'en récompenser quehpies-uns des services que j'avais rendus. Mais mon ressentiment ne fut pas moins secret qu'il fut l(''i;itime ; ma retenue alla plus loin que mou espérance, et je ne voulus pas que mon jière me pût reprochi'r d'avoir ruiné une affaire à laquelle il était engagé d'honneur.

Quoique tout le monde sût bien que la vioL'nco qui lui avait ôîé le gouvernemeni de Poitou pouvait lui faire prétendre de le retirer, aucun mouvement d'équité ni d'affection ne poussait le cardinal à lui en insj)irer la moindre pensée. Mais, quand M. de la Trémoille fit de si grandes olïres à M. de Parab(3re que la cour eut peur (pie feu M. le prince n'entrât pour quelque chose en ce marché-là, alors le zèle de la justice commen(;a à dévorer ce fidèle ami : il excita mon père au recouvrement de sa charge; il maintint que ce serait contre les bonnes mœurs de permettre à Cv'lui qui l'avait a<.-(piise odieusement d'en tirer à notre préjudice un si grand profit ; et parce que nous n'avions en cela que le mêma droit que M do Bassompierre avait eu

L\ HocHei-oiiCAiLo à

fif, :^= I. \ HnClIKFOrC AILI) — r.llAlV 11

contre M. de la Chastrc, cl que nous n'étions pas disposés à le faire valoir de la même sorte, si on ne nous en donnait les mêmes moyens, il offrit de faire rendre la chose pour le prix qu'on l'avait liaillée, et d'en faire sortir encore une bonne partie des coffres du roi ; mais ;\ peine la déclaration de M. de La Rochefoucauld eut-elle rompu le traité d'un autre, qu'on oublia les coiulitions qui l'avaient fait entendre à se déclarer : on re(;ut M. de Parabère à faire les sieniu's, comme pour une terre qui eût été de sa nuiison depuis cin(i cents ans. On eut aussi peu d'égard à la somme qu'à la manière des payements qu'il nous avait contraints d'accejjter ; il fut dispensé de toutes les lois que lui-mênu> avait faites. On lui jH'rmit d'abord de demander tout en argent comptant, et, au lieu de tout ce qu'on avait j)romis à mon père, on lui proposa pour cent mille livres d'assignations, sur quoi on n'eût i)as trouvé cent pistoles, et le refusat-on de la survivance qu'il demandait pour moi. Cependant il voyait aussi peu de jour à se dédire honnêtement de son cntre- |)rise qu'à en venir à bout sans y être aidé ; mais pour éprouver si le temps ferait naître quelque facilité à l'un ou à l'autre, il fallut tirer en longueur cette négociation, et cette affaire était en ces termes-là quand la crainte de la ruiner me fit dissinuih r la dernière offense que j'avais reçue. Cette discrétion iit bien que les choses n'empirèrent pas, mais elles n'en allèrent pas mieux : le cardinal biaisa, selon sa coutume ; et, soit qu'il témoi gnât un jour de l'affection ou de l'indifférence pour ce traité, il ne manquait jamais, dès le lendenuiin, de témoigner tout le contraire. Je reconnus à cela qu'il en voulait faire notre amusement, et que, par l'interposition de ce fantôme, nous ôtant la viie de ce qui se présentait de plus véritable et de plus réel, il faisait que toutes ces choses-là s'échpsaient pour nous. Il est M-ai que le gouvernement de Saintonge et d'Angoumois lui servit encore de leurre pour nous abuser, et que, nous obligeant de rien, il le fit offrir à mon père, comme s'il eût cru que M. de Brassac était mort, quoiqu'il sût très bien qu'il était déjà hors de danger. Mais le soin qu'il jirit à cacher sa fourbe la fit éclater ; et, de peur qu'on ne s'aper(,ût (ju'il nous eût payés d'une gratilication frauduleuse, il nous entretint de l'espérance de cette charge, jusques à ce que celui qui la possédait se sentît prêt à la quitter avec la vie. Ce fut lors que la sincérité de c;' grand ministre parut en son jour, en ce qu'il permit, contre sa parole, à ce pauvre mourant de vendre une chose où, par manière de dire, il n'avait plus rien, et qu'encore que sa mort précédât

— Al'i>l.(i(, 1 1. Il I M \ l; I 1 1 I, \<. — »i7

l'acoomi)lissojiUMit de la voiiti', tout ce (m'i'llc cliaiit^f.i en la condiliuM de rjUHjiu'icur fut i|u"il no lui coûta qu'un niiitrcicnicnt de ce qui lui devait coûter deux cent mille livres. Knlin M. de MiuUausier eut en effet ce (|u'()n peut dire (jue M. de La lîoelu'foucaidd avait eu en soni^e quatre mois durant, et il fallut encore revenir au traité de Poitou. Mais, j)ar une nouveauté assez surprenante, on fut étonné que le cardinal fit continuer sous mon nom ce qui s'était commencé sous celui de njtui père ; et, comme s'il se fût de soi-même repenti du tort qu'il m'avait fait, et qu'il eût toutefois eu honte de s'en confesser, il se mit à me l)lànier ofrieieusement de ne m' aider pa.s assez auprès de la reine ni auj)rès de lui ; et m'offrant toutes les entrées qui pouvaient marquer la dernière familiarité, il sembla (juil voulait encore me faire aspirer à tous les effets de la dernière hienveillance : mais cette nouvelle bonté n'eut que de l'écorce et de ra{)i)arence, non plus que les autres, et ne servit (pi'à me faire acheter trois cent mille livres un gouvernement (jue mon père avait été contraint de bailler pour deux cent cinquante, quand il n'y avait point de quartier retranché. Cjir jusques à la charge de maréchal de camp, que les ennemis de la reine m'avaient fait offrir il y a six ans, qu'elle-même avait accordée depuis la régence à deux de mes amis que j'avais recommandés, et qu'elle ne m'avait jamais refusée pour moimême qu'à force de la trouver au-dessous de moi, elle me la refusait alors pour des considérations bien différentes, et on m'en lit autant de difficultés qu'on aurait pu faire si j'avais demandé à être maire du palai»;. Le cardinal s'obligea pourtant de m'envoyer le brevet dès que je serais à l'armée, pour peu que M. le prince, qui devait en être généralissime, témoignât de le vouloir ou de l'approuver ; et ce fut à cela que je commençai à connaître d'où m'était venu ce rayon de faveur si hors de propos ; car, bien que cet officieux ne s'enquît de l'état où j'étais avec ce prince que pour la crainte qu'on peut s'imaginer qu'il avait que je n'y fusse pas assez bien, j'a])er(,us, au travers de cette méchante finesse, qu'on lui avait tait mon crédit plus grand qu'il n'était de ce côté-là, et que c'était sans doute la cause de toutes ces tendresses que j'avais trouvées si à contretemps. Ce me fut une espèce de satisfaction de voir que ces messieurs-là, ayant quelquefois de mauvais avis, pouvaient prendre quelquefois de mauvaises mesures aussi bien que nous, et je dédaignai également de le fortifier dans cette créance et de l'en désabuser. Mais son erreur ne lui faisant rien hasarder

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contre son intérêt, il v^c tint fcniii- dans rcxpédicnt {|u'il avait trouvé, alin do no rion faire |)our moi (|u'avec cortitiule (iiio je pu^îso faire iW Im". II crut que, si jV-lais fort bien avec M. le prinoe. je ne manquerais pas de l'y servir, pour mériter Teniploi (|ue je demandais; il erut (pie le même M. le prince lui saurait quelque ^é de uw l'avoir accnnlé |)our l'amour de lui, et il crut j)eui-ètre encore (pj'il ferait valoir cela auprès de la reiiu', en lui faisant voir que j'étais capable de plus d'un attaclienient. Mais, d'autant que je témoif,'nai de ne vouloir rien avoir (pie par elle, et «pie j'en écrivis de Courtray et de Mardick, connu;' j'en avais parlé à Amiens, tout le mal qu'il me put faire fut de retarder l'expédition que j'avais désirée, juscpjes à ce (pie mes blessures m'empêchèrent de m'en prévaloir.

Voilà quelque partie des obligations dont je suis redevaljle à ce généreux et à ce bienfaisant ; voilà quelque partie des chaînes qui devaient m'attacher à ses passions et à sa fortun(\ Mais je n'ai encore rien dit d'une grâce par laquelle il |)(Misait avoir achevé de nie gjvgnor le cœur, et il ne serait p<i,s raisonnable de la dissimuler. Si toutes les choses que j'ai rapportées jus(pi"ici ont fait voir en ce premier ministre une opposition invincible à mon accroissement, elles n'y ont rien fait voir qui lu» soit naturel à ceux qui ne viennent point avec une vertu toute surnaturelle à l'administration des Etats. Je n'avais point di"i espérer d'un homme ordinaire qu'il souffrît que je m'éh'vaifise jusqu'à l'empêcher de s'élever lui-mênu? excessivement, et n'ayant jamais rien mérité de lui qu'une sorte d'estime (pii n'était pas propre à m'en faire aimer, la reine lui devait vouloir plus de nuil qu'à moi de celui qu'il me procurait, puisqu'on l'obligeant do montrer un oubli apparent de tous mes services, il lui débauchait insensiblement ses vrais serviteurs. Ce n'est pas que je ne puisse dire encore qu'il étendait trop ce (pie la jalousie peut faire excuser en un ambitieux ; car il eût pu laisser faire des choses à mon avantage qui n'eussent jamais é(é en obstacle au .sien, et ce n'était (pi'à force d'avoir 1;,' coeur bas qu'il n'y avait rien de si petit (pii ne lui fît ombre. Ce n'est p;is que je ne pusse même lui reprocher ma mauvaise fortune, ainsi qu'un elTet de sa mauvaise foi, puis(pie j'aurais eu de quoi in;': croire a^sez heureux, s'il m'avait tenu (pielque partie des chost^s qu'il m'avait jjromises ; néanmoins pa.ssons-lui pour justes toutes les injustices et toutes les inlidélilés (juc la crainte a pu lui faire commettre tandis qu'il n'a [)as été aussez assuré de son pouvoir; mais d'avoir fait survivre sa haine et sa [>erfidie au

M'OlJH.IK l)i: MAUCILLAC 1)9

frôle et nialhouriMix cri^dit (|ui semblait les avoir attin'i's sur iiKii, i»t (l'avoir affccicS dcpiiis ma destruction, do mo rendre le« csinVanns qu'il m'avait ôtées, pour avoir seulenuMit iiiiu\tlle matière de me désol)lit;er et de me trahir, c'est viVitahlniinii ce (jue j'aurais de la peine à lui pardonner, et que je ne puis m'empiVher de faire connaitro,

l'jnre toutes les choses (pie la reine avait eu envie de faire pour moi, la première qui s'était présentée à elle avait été de rendre à ma maison les prérogatives qu'on avait données ou rendues h trois ou (piatre autres, depuis vinj^t-cinq ou trente ans ; et, parce que ses recommandations y pouvaient aussi pou que ses ordres, elle se satisfaisait à ronouvolor, en toutes rencontres, les j)rouves que nous a\ions eues de cette intention. N'osant pas faire donner chez elle un sièjre à ma femme, elle n'en prenait point elle-même, quand elle l'allait voir; olle demeurait debout des heures entières à l'entretenir; elle lui protestait de ne la laisser pas un moment en cette posture, si elle se voj'ait jamais en état de l'en retirer, et elle la cha.>ssait, avec des bontés qui ne se peuvent dire, dès qu'elle ju«;eait que la foule de celles qui devaient être a^sis Fallait obliger à s'a-sseoir. Je confesse qu'un plus prévoyant ou plus intéressé que je ne suis se fût prévalu sajis doute de tant de favorables dispositions, et que, sommant la reine de sa parole dès qu'elle fut en pouvoir de l'exécuter, il ne lui aurait pas donné le loisir d'apprendre de son nouveau ministre de quoi elle devait payer les plus anciens et les plus fidèles de ses serviteurs ; mais, outre que j'aurais eu honte de lui parler pour moi en un temps où je croyais ne devoir ni parler ni vivre que pour elle, je pensais que sa reconnaissance no l'entretiendrait que trop de mes intérêts, et que les siens m'étant mille fois plus considérables, je n'aurais qu'à me préserver de ces grâces excessives qui rendent encore plus odieux ceux qui les font que ceux qui les re(,oivent. Véritablement je m'aper(;'us bientôt qu'il ne me faudrait pas de grands antidotes contre ce venin : ma faveur excita plutôt la pitié que l'envie. Dans la profusion la plus générale que l'on ait jamais vue, on me refusa jusqu'à un tabouret qui n'eût rien coûté, si ce n'est que rien ne coûte tant que de faire justice à un homme à qui on veut donner sujet de failhr, pour avoir sujet de le maltraiter. Je dis faire justice, parce (pie c'était à la lin ce (jue je demandai-^, et (pU'. ]iour dtVharger la reine des plaintes des autres pv aussi bien que de sa parole, je m'ofîns de prouver dan^ i que ce qu'on m'accorderait ne ferait conséquence pour qui que

70 =• LA KOCIIK KOllCAllI.l) — CHAP. Il

ce fût. Co nVst pas que jt> no susse bien (|U(' je irôtais pdiiil lo soûl fils do (lue ; co n ost pas aussi quo jo voulusso diro (pril u\v eût que moi do qui los |)oros oussoul toujoui"s ro(,'u oot liountuir do nos rois d'en être avoiu''s pour paronts, car jo no sais point mo faire valoir aux dil'pons d'autrui ; mais, on justifiant co derni( r avantage par des titres qui ne peuvent pas être soupçonnés de faux en un temps où tant d'autres en sont convaincus, j'entendais maintenir que j'étais lo seul de qui la maison eût joint ec même avantage à oolui do la duché, et qui ne jouît pas do tous les privilèges que jo domaiulais. .lo demeure bien d'accord {\\w pour me sacrilior on me couronna, et que témoignant d'en croire encore plus que je ne m'otïrais d'en vérifier, on m'assura qu'on me satisferait dès cotto heure-là même, si tout lo moiulo voulait être aussi raisonnable que moi ; mais qu'ayant affaire à des gens qui ne se payent de rien que de ce qu'ils domandont, il fallait laisser venir un temps où on pût les obliger à ontoiulro raison, et qu'en tout cas je serais le premier pour qui on ferait ce que j'avais désiré. Mais cette assurance-là fut encore éludée ; on supposa grossièrement une possession en faveur de ceux à qui on voulut donner effectivement ce qu'on s'était contenté de me promettre ; mes plaintes ne servirent qu'à me faire écouter de méchantes excuses, et, le passé me faisant juger de l'avenir, je crus qu'on ne manquerait jamais de prétextes pour m'outrager, jusqucs à ce que le cardinal ne s'en laissa point à luimême dans les promesses qu'il me fit de la dernière fois (juo jo quittai la cour pour aller en Poitou. Il s'engagea si distinctement à me faire précéder tous les prétendants au tabouret que la seule malice dont il me restait à le soupçonner était qu'il fût bien résolu qu'on n'en donnerait plus de son ministère, et tout ce que j'avais vu de lui n'avait pu encore me faire concevoir qu'il affectât de prendre des précautions, de peur qu'on ne doutât qu'il ne fût le plus infidèle de tous les méchants. Je m'en allai donc dans mon gouvernement avec la croyance de n'avoir rien à craindre que d'attendre peut-être inutilement la satisfaction qu'on me promettait, et encore ne denuMirai-jc guère que je n'y trouvasse de nouvelles occasions de la mériter. Dans les calamités comnuines à tout cet Etat, les provinces les plus abondantes ou les plus soumises ont toujours été les plus opj)riméos ; et, comme si on leur avait dû imputer à crime leur obéissance et la bénédiction que Di^'U leur donnait, on a incessamment puni do nouvelles souffrances la facilité (luollos ont ténioiîrnéo d'avoir à souffrir. Les pays qui sont sous ma

MMii.dc.ii: i»i: MAiu;ii.i.A( — - ti

charge étant tous riinplis des funestes preuves de cette vérité, et leur désolation ne faisant (jue trop voir jusques où avait pu aller la fidélité de leur zèle, les peujiles se rebutèrent d'une patience ijui lU' faisait qu'attirer la persécution, et, sur l'avis qu'ils eurent (pu- le l'arlenu-iit avait réprimé (piantité d'excès, ils passèrent eux-mêmes à celui île se faire les juj^es en leur propre cause, et d'éteiulre les suppressions portées par les déclarations du roi sur toutes les choses dont ils eussent voulu être décharf^és. Ils se vengèrent sur quelques bureaux et sur quelques commis des injures qu'ils prétendaient en avoir reçues, et se voulant même imaginer que les plus anciens droits devaient être éteints en haine des nouveaux, ils se préparaient à payer aussi peu les uns que les autres. Je ne désavoue point que leur misère ne me fit regarder avec pitié leur rébellion, et que je n'eusse bien désiré que le souhigemeut qu'on leur accordait eût été plus proportionné à leur maladie ; mais le devoir l'emporta sur la compassion, et ne doutant point que messieurs du Parlement n'eussent fait tout ce que le temps permettait de faire, j'apportai la juste chaleur qui était nécessaire pour dissiper l'orage qui s'était formé. Je fis quelque sorte de justice de ceux qui avaient voulu se la faire à eux-mêmes, et, avec plus de réputation que de violence, je rétablis, en moins de hidt jours, l'autorité du prince, sans qu'il en coûtât la vie ni l'honneur à aucun de ses sujets.

L'avis que j'en donnai à la cour y fut reçu appareiimient d'assez bonne grâce ; on se loua de ma conduite et de mon crédit, et on fit semblant de croire que les circonstances des dioses rendaient ce service assez signalé ; mais, si on le croyait véritablement, je puis véritablement dire qu'il ne m'en parut rien ; car ayant demandé de récompenser le gouvernement de Niort, qui vaquait par la mort de M. de rseuillan, ou le doona à mademoiselle sa sœur, sans daigner seulement me faire réponse ; et, lorsque la mort de M. de Chémeraut fit vaquer les capitaineries de Civray et de Lusignan, un homme (jue j'avais à la cour les ayant demandées en mon nom, faute de savoir que je n'eusse pas voulu, pour mourir, les ôter à ses proches, quand elles m'auraient pu accommoder, on me traita en cette occasion comme on avait fait en la jjrécédente : de sorte que, dans les choses que j'aurais refusées aussi bien que dans celles que je désirais, je reçus des marques certaines de la bonne volonté qu'on avait pour mol. Encore ne crut-on pas que ce fût assez de payer mes derniers services de méconnaissance : on y voulut ajouter quelque sorte d'affront, et, dans le temps que mon

72 =^ LA IloCIIKKnlC Al II). — Cil AP II

affection ol imm autorité paraissaitMit k l'cnvi dans toutr r^tcMiduo de iu;i cliargo, je découvris (ju'oii employait jiis(|u'à dos personnes quasi incoimuos pour y avoir Id'il et pour en maiidiT à la t-our Cf (pii leur en sciublaii.

L'âiïo, roxpériiMico et la dipiiito de mon pure \\v le u;araiitiniit pas d'un jianil mépris; ot, qiioiipio six ans i\v disuirâcc et df hannissrmciit n'ouss(Mit pas ompôclu* le cardinal de HichclicMi, qui on était cause, do lo choisir, en six cent trontc-six, |)our aller coniinandt>r en Poitou, Sainton^f»' ''t Aiitfoumois, et de donner ordre à MM. de lirassac et de Parabère de le venir trouver (>l de recevoir les siens ; quoicpie cet emploi lui eût assez hieii succédé pour offrir au feu roi do lui mener en Picardie douze cents genlilsliomnies et six mille hommes de pied, et quoifpio ce prince et son premier ministre eussent dit séparément (ju'il n'y avait que lui en France ca|)al)le de cela : toutes ces choses-là, dis-je, n'obligèrent pas le cardinal Mazarin à le traiter mieux qu'il ne nie traitait, et il eut le déplaisir de se voir dédaiiiuer de celui qu'il croyait son i)arfail ami, après que le plus cruel de ses ennemis, postposant la haine à restime, lui avait conlié un si grand intérêt, et lui avait donné une si notable occa-sion de gloire.

Avec tout cela, il ne me pouvait encore entrer dans l'esprit que le cardinal osât me mamjuer jiour le tabouret, et (piaiiil on m'écrivit qu'on parlait de l'accorder à Mme la comtesse de Fleix, j'en écrivis au cardinal, conmie ne doutant pas qu'il ne rao tînt parole. Je ne laissai pas néanmoins de le faire souvenir de l'avantage que j'avais sur tous les prétendants, aussi bien que des assurances qu'il m'avait données de le faire valoir, et je ne voulus j)oint que le défaut de sa mémoire servît de prétexte ni de couverture à celui de sa foi ; mais cette circonspection se trouva fort inutile. L'impiidence ne fut pa>< moindre en ce grand ministre que liniquité : il m'empêcha d'avoir, même après un autre, ce ipi'il mavait jjromis (pie personne n'aurait qu'après moi, et, bien que toutes mes affaires fussent à l'aris, il ne me fut j)as mémo permis d'y aller qu'à la charge que je JU' parlerais point de celle-là. Je n'avais pas toutefois achevé ma première journée (juo je ne me vis que trop bien dispensé de cette condition; car j'appris que ce dernier tabouret avait été suivi de six ou sejtt autres, et qu'ainsi je ne devais plus espén r de justice, puisque, par la qualité et par le nondire des sujets qu'on m'avait donnés de la demander, on s'était déjà ôté la puissance de me la faire. Aussi ne prétendis-je plus d'autre

AiMii.(M.iK lu: .maucn.i. \c -=-

Mitisfaciion (pip vvWv ilc iiu» fairt* voir riicoro h un hnmnu* à i^ui iUMii almnl ih'vait ri'pnK'licr tant ilf pcrfulifx, vl je n \'s|H'Tai point «luil iiu< fit de r('|)aratioii (I'iiih' ofT<>iis(> (|iii m- pouvait plus ôtr»' ropanV dv sorti' (juil m* 111(11 ilcincurâi hrainn.jp iK» rcsstiitiiiuMit. .K' ini' trompai iiutics m ti'la (pu* je n avais fait en la roiifiisioii dont je m'iiiuivinais (pio mon visn{;c couvrirait N' sien à notro l'iitri'vuo ; car il ne uw parut jamais m(»ins cmbarnu»;s(\ et il me revut connue si j avais eu tous les remerciements du monde à lui Hiire, et que, par un excès de Konèrosité ou de modestie, il ne m'en eût pas voulu donntr le loisir. Ce fut un dèl)ordement de caresses et de civilités : une cajolerie n'attendait pa.s l'autre, et tout |)ri''paré ([.te j'étais à n'en recevoir que des déplaisirs, je doutai s'il lu' me voulait point disposer par là à me contenter de ce qui lui nstaii à faire pour moi, et à croire que pour être en efTet le dernier oblitîé, je ne laissais pas d'avoir été le premier dans l'intentioi'. Mais, voyant (pie pa.s un de ses discours n'alxtutissait là. je connus bien tpt'il ne tendait (pi'à faire pfisser en de vaines démonstrations de tendresse un entretien (pt'il éviterait, apn'-s cela, des stmaines entières sans (ju'il y parût, et (pi'il croyait (pie, cette occa.sion étant une fois p,-ussée, je penserais moi-même n'avoir phis de j^râce à me plaindre de ce qu'une longue dissimulation semblait déjà avoir approuvé. Q'ia me lit résoudre à le faire déclarer en cpielque fa(,'on et à quelque prix que ce fût, et mimairinant bien (pte sa confusion me divertirait mieux que sa colère, j'aimai mieux le réduire j)ar mes paroles à demeunr d'accord (pi'il ne lui en restait po'nt. que de lui donner un prétexte de me tourner brusquement le dos et faire croire (pj'il n'aurait nuuupié à m.' répondre que p(»ur n'avoir pas voulu m'olTenser. Mais que ne peut l'efl'ronterie, cpiand elle est venue jusipià l'excès ? Il osa me débiter d'ab(ir(J la urâce que l'on avait faite à tant de personnes p(tur une chose à laquelle je n'avais aucun intt'rêt, et qui choquait aussi peu sa promesse que ma prétention, puiscpie c'était pour ma maison (pie je demandais ce que les services de Mme de Senecey avaient obtenu pour la seule personne de madame sa fille, et ce qu'il avait fîvllu accorder tut-essairement à ceux qui avaient des lettres de duclu"'. J'aurais pu répondre à cela (pi'il devait s'accorder avec ses t^azettes, en ce ipii ret,'ardait Mm? la c(mitesse de Fleix, et (pu-, pour ce (pii rej^ardait les auires, nous avions eu tout loisir d apprendre dans notre famille tpie le tabouret n'est dû de plein dntit (piaprès (|ue les lettres de duché ! pairie ont été vérifiées dans le l'arlement ; nuiis, attendu

74 I. \ IlOCIIKItirCAl 1.1). — t IIAIV II --^ -

qiu» vvUv faveur avait 6lô faite à des personnes que j'en esiiuiiiis extrêmenu'nt dignes et |utur <|ui je l'aurais désirée connue pour nidi-nUMue, je me eoiitentai de lui soutenir qu'elles nv eiio- (piaient pas si peu sn pnunesse ni ma pr6teniu>n qu'il faisait semblant de se l'imnijiner; car, sans eomnter i\\n\ dans la pariile qu'il m'avait d«»nn^e, il avait fitriuellenu'ui iléniiié aux explications tlonl il se servait, c<«s jnénu's explicatiniis-ià se trouveraient encore à son désavantagée, et (.-'aurait toujours (''lé une m«'*ehante raison |)our ne maccorder pas ce qii'on avait l)ien vouh» accorder aux autres, (pie de s'être entjjmé à me servir en queitpie chose de plus (pie ce (pie les autres avaient uldeiui. L'évidence et la force de ce niisonnemeni le mirent en (It-sunlrc. et ne pouvant dé'tîuiscr ni confesser une vérité si cl.-iire cl si contrjiire à son intention, il essaya de me faire prendre le cliaiifie, et, sans répondre à ce que j'avais dit pour l'établissemeiil de mon droit, il voulut me j)ersuader de ne m'en servir pas. Mais je n'eus pas besoin des lumières (pie l'intérêt fait trouver même aux plus stupides, p(»ur d(''couvrir le faible de cet arlilice et des moyens qu'il tenait pour y réussir; car il ne me j)roposa rien de plus délicat tpie de mépriser ce que je n'avais pas obtenu, et ce (pi'il lit d'abord pour m'y disposer fut d'ex.u,'éier. avec son élo(pieii(e italienne, la gloire de ma naissance, et de me soutenir (prelle me mettait fort au-dessus de ces choses-là; enlin (tn aurait dit. à l'ouïr parler, que c'était un faraud avantage à ma femme de n'oser aller ou d'être oblijjé'e de se tenir debout en un lieu nù trente autres femmes se trouvaient fissises, et (jue tout le monde saurait (piii n'y a point de souvtraiiis dans la chrétienté (pii ne soient sortis (rinie (illc de ma maison, d('*s (pi'on verrait les filles de ma maison derrière des demoiselles, parmi Ies(pielles il y en a (pii ne le sont nu''me que mé-diocremeiil. De cette belle persuasion il passa à une autre de la même force, et |H)ur me prouver que je ne devais point m'arrêter à Iheure à ce tabouret, il s'avisa d'une raison dif^ne du j)riiKipjd >rvuu' de ri'^tat, et (pli sérieusement était merveilleuse par relTronleri(; «pi'il fallait avoir pour oser entreprendre de m'en pjiyer; car il me dit, et comme un secret et comme un reproche, (pie ce (pie je désirais ne pouvait me mainpier avec je icmjis, |iar i.i fii;.(iiité (pli était dans notre famille, et m'en parla de si bon air (pn; je fus sur le fioint de lui demander s'il venait de faire num père duc et pair de {•"raiicc, ou s'il avait fort aidé à rendre les servi(-es (pli lui avaient fait mériter de l'éire. dix ans devani (pie la l'r.jiicc cûl iiuï -riilcHinil le nom de Mazariii. .Mai.> si je ne suivis

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• a ua-t-jl (|ii li lui pnrU'raji oi (|ii il nu* n*nlUi!. : .rt j)OU de jours. Opomljuit vA\v (juil me il nVii avait point fiiror»' parlô, pan*' (juil avait qu«' jfii parlassi- nioi-niéine, mais ni sa pn->«'iK'*, m'a.viurant qu'il m'en donnerait bit-ntôt le moyen, et celui de connaître de-<juelle façon il me voulait servir. 11 s'acquitta fort bien de la dernière partie de sa promesse, par le peu de soin qu'il prit de s'accjuitter de I' tout ce qu'il me procura aupri-s

de la n'ine fut le <•■.: n-nt d'aller en Poitou, aussitôt

que la cour >■ l'ari> pour :■ - ( .;,,; car

lui ayant r. , ^ue rien ne pi' uverne-

meni et que j avais beaucoup dallaires a la cour, elle me répondit d abord que je savais bien (piil n'y avait point d'argent ; et, sur ce que je rejtartis qu'on pouvait au moins me donner des assignations et me contenter sur des choses dune autre nature, elle me réjiliijua, d'un ton décisif, que ce n'était pas le temps de parler d"aflairi*s. Ainsi je recoimus véritablement de quelle fa<^in le cardinal me voulait servir, ou, pour mieux dire, je tirai de sa mauvaise volonté et de sa mauvaise foi toutes U's con\ictions aue j'aviiis jugées m'ressaires jiour le contraindre d'approuver lui-même le ressentiment que je devais avoir de Tune et de lautri'. Cependant il se trouve qu'il parle de moi comme s'il m'avait tiré de dessus léchafaud pour nu- nuttre dessus le trône, et (jue je ne me fusse souvenu de la t:raiuleur et de la «;loire où sa protection m'aurait élevé, que pour ra<-cabler des misères et des infamies dont cette même protcc ion m'aurait garanti.

Si ce procédé-là est d'un homme d'honneur, ou d'un homme qui s'est trop bien trouvé de ne l'être pas pour en vouloir jamais faire profession, j'en laisse le juuement à celui (|ui aura pris la peine de voir ce discours. Je n'y ai rien oubhé volontairement de toutes les offen>es qui ont dû m'animer contre lui. S'il veut

fiourtant me faire souvenir de (juelqu'une (|up j'»ie omi<«'. je ui promets de l'avouer de iMnine foi, et je ne 1 ;ne

que je n'aie bien cru que celui qui aimait in sa

propre vergogne que de manquer à me rendre ^es tuauvais

7C. = LA HOCIIKKdl CAILI) — CIIAIV II ==

oflices. ne me los a pas (''paVf^jiu's (juiiiul il n eu lieu de u\\'\\ l'iiiri' sans (|ii(» ji'usso lieu do los lui iinputor. Mais (piol avanfa;iïo pout-il proiulrodos iiijuros (pio j'ai rcçuos i\o lui? Quollo jiirisprudouco lui approiul (ju'un crimo so luoHo h couvort par un autro crimo, ot (piun hoiuiiio dût ôlro alisous d'un assassinai, s'il no l'avait cnniMiis (juo dovanf dos ti'nidins j\ chacun dos(iu(>ls il |iourrait prouver d'avoir fait d'autres violences? Je sais hion <|U0 si l'ont rairo reçu a (^(^ suivi d'un ressentiment que los lois (((''fendent, (>llos no veulent ))as que la justice ('conte le t(''iHoiunaire do celui qui a pris (rautr(^s voies (pic les siennes pour se venc;er. Mais tant s'en faut (pie ma veni,Tance tombe dans cette esp('To-là, (pie je me suis armé pour la justice, avant (pie la justice songeât parliculi(''rement à s'armer pour moi ; que, di\ qu(>lque juste douleur que je fusse touclKS c'est la douleur pul)li(pie (pli a tirt^ de ma houche les i)remi(>res plaintes, et qu'enfin il a fallu (juc le cardinal ait Hé déclari^ ennemi de l'Etat, avant que je me sois déclaré le sien.

chapitrl: m

LA FRONDE D K S PKINCKS

Kn fuit, ravanie filite à .Ma.tJlai- k' visait, iii;.is par ricochet. L'alTront portait plus haut et plus loin. En reprenant le tabouret accordé à sa femme, c'était Condé que le cardiiitd voulait surtout atteindre et ruiner dans son crédit. Pas une seconde, après avoir déversé sa bile dans son Apologie. La Rochefoucauld ne s'y trompa. 11 i)révint Condé, Conti et Longueville des nuages qui s'accumulaient audessus de leur tête.

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