A iJOClIKIdl C \IIJ). — (MAI'. III
suit |Hiiii ji|iiiisrr rt'iiioiioii ; iiuiis \v ili-surcln! liiiil lr(i|) lût pour ildiiiuT lieu ;\ LalMuilayi" (l\'X('cuti'r un si iiifiiiiie dessein.
lV|ientljint les csiiiils faelienx d'entre I(^ pouple ne lurent pjws entièrement apaisé.s : la erainle du chàlinient les lit ra,ssenibler le soir pniir ehercher les moyens de s'tiii {garantir. Dans la vue qu'avait li- eardinal d'arrêter M. lo prince, il voulut auparavant le rendre irréconcilial)le avec les frondeurs, et pcuir y réussir plus fiuilement, il crut se devoir hâter do les faire parait re eou|iai)les du crime dont je viens de parli-r. Jl lit écrire par Servien à M. le prince, le soir même, pendant (pie le conseil particulier se tenait au i'alais-Royal, et il lui donnait avis que la sédition ilu matin avait été suscitée par les frondeurs pour attenter à sa personne; qu'il y avjiit encore une ;issemblée dans l'Ile du Palais, vis-à-vis du chevjil do bronze pour le même dessein, et que s'il ne donnait ordre à sa sûreté, il se trouverait exposé à un très i^rand péril. M. le prince lit voir cel avis à la reine, à M. le duc ilOrléans et à M. le cardinal, qui en paiul encore i)lus surpris ([ue les autres, et après qu'on eut balancé sur le bute (|Ui> 1 "avis lût faux ou véritable, et sur ce (ju'on devait faire pour sen édaircir, il fut résolu que, sans exposer la j)ersonne de M. le prince, on renvoyerait ses gens et son carrosse de la même sorte (pie s'il eût été dedans; et, comme leur chemin était de passer devant cette troupe assemblée, ou verrait qu'elle serait leur intention, et quel fondement on devait faire sur l'avis de iL Servien, La chose fui exécutée comme on l'avait airêté, et des gens inconnus qui s'avancèrent vers le carrosse, auprès du chev{;l de bronze, y tirèrent quelques coups de mous([ueton, dont un laquais du comte de Duras, (pii était au derrière du carrosse, fut liKvsé. Cette nouvelle fut aussitôt portée au Palais- Royal, et M. le prince demanda justice au roi et à la reine du dessein que les fnu'ideurs avaient eu de l'ii-ssassincr. Le cardinal se surpassa lui-même en cette occasion : il n"y agit pas seulement comme un ministre (pli considérait l'intérêt de l'État dans la conservation d'un |)rince (pii lui était si nécessaire ; mais il lit paraître plus de soin et plus de zèle encore (jue les plus proches parents et les |)lus passionm'-s amis de M. le prince. Lui, de son côté, crut d'autant plus aisément (jue le cardinal prendrait ses intérêts avec chaleur, (pi'jl le croyait trop haijile pour perdre une oecasion si favorable de s'acquitter, aux dépens de ses anciens ennemis, de la protection que J^L le jnince venait de lui donner contre tout le royaume. Ainsi, AL le prince aidant à se tromper lui-même, il recevait l'empressement du cardinal
1/AUUKST MION DKS PUINCKS = 81
riiiiime une marque de son amitié et de sa reconnaisitance, l»ini que ce ne fût qu'un effet de sa haine secrète et du d^*sir (rc\6ciiter plus sûrement sou entreprise.
Les frondeurs, voyant une si prompte et si datiircreu-c ,ui!i- ~;Uion s'élever eontro eux, crurent d'abord ([u'elie (''i.iii coiin'rtée entre M. le prince et le cardinal pour les perdre. Ils tcmoiirnèrent de la fermeté; et l)ii'n que l'on fît courir le bruit (pie M. le prince se porterait contre eux à toutes sortes de violences, le duc de Beaufort, sans s'en étonner, ne laissa pas dalK-i chez le maréchal de Gramont, où M. le prince soupait ; et quelque urprise qu'on eût de son arrivée, il y j)assa le reste du soir . [ parut le moins embarrassé de la compagnie. Le coadjuteur il lui employèrent toutes sortes de moyens vers M. le prince vt vers Mme de Longuenlle pour les îùloucir et leur prouver leur innocence, et 4e martpiis de Noirmoustier proposa même de leur part au prince de Marcillac de se lier de nouveau à toute la maison de Condé contre le cardinal ; mais M. le prince, qui n'était pas moins ai^ri |)ar le peu de respect qu'ils lui avaient -ardé dîuis ce qu'ils avaient publié à son désavantage de l'aftiiire de Noisy, que par ce qu'ils avaient eu dessein d'entreprendre contre sa personne, ferma Toreille à leurs justifications. -Mme de Lonijueville fit la même chose, animée par l'intérêt (le sa nuiison, et plus encore par son ressentiment contre le coadjuteur, des avis et des conseils quil avait donnés au duc lie Lono:ueville, contre son repos et sa sûreté.
Les choses ne pouvaient plus demeurer en ces termes ; il falhiit que iL le prince se fît justice lui-même, du consentement de la cour, ou qu'il la demandât au Parlement. Le premier parti était trop \''olent et ne convenait pas au dessein caché du cardinal, et l'événement de l'autre était long et douteux ; néanmoins, comme l'intention du cabinet était de mettre cette alT;ure entre les mains du Farlenient, pour endormir et pour mortifier ^L le prince par les retardements et par le déplaisir (le se voir, de même que ses ennemis, aux pieds des juges dans la condition de sup[)liant, le ciirdinal ne maïujua pas treinployer (les prétextes apparents pour l'y conduire adroitement ; et, pour avoir tout le temps dont il avait besoiii pour exécuter son dessein, il lui représenta que ce serait renouveler la guerre civile que d'attaquer les frondeurs par d'autres voies (jue par celle de la justice, qui devait être ouverte aux plus criminels; que l'affaire dont il s'agissait était d'un trop grand poids pour être décidée ailleurs qu'au Parlement, et que la conscience et la
La RocBirocc»ri r. ■*
8i = LA UOCHEFOUCAULl) — CIIAIV III
dignité du roi ne lui permettaient i)Jis d'employer d'aulres moyens; que l'attentat (^tjut trop visible pour n'Ctrc pas facile .\ vérifier ; qu'un tel crinu^ m(''ritait un ufrand exemple, niais que, pour le donner sûrement, il fallait garder les apparences et se servir des fonnrs onlinaires de la justice. M. le prince se disposa sans peine ù suivre cet avis, tant |)arce (pril le croyait le meilleur, iiu'à cause (pie son inclination est assez éloignée de se porter h d'aussi grandes extrémités que celles où il j)révoyait que cette affaire Fallait jeter. M. le duc d'Orléans le fortifiait encore dans cette pensée par la crainte de voir tomber les prétentidus de ral)bé de la Kivière pour le chapeau : de sorte que, se confiant en la justice de sa cause et plus encore en son crédit, il crut qu'en tout •'•vénement il se ferjiit raison lui-même, si on refusait de la lui faire. Ainsi il consentit de faire sa i)lainte au Parlement selon les formes ordinaires ; et,^ans tout le cours de cette affaire, le cardinal eut le plaisir de le conduire luimf'me dans tous les pièges qu'il lui tendait. Cependant le duc de Beaufort et le coadjuteur demandèrent d'être reçus à se justifier : ce qui leur ayant été accordé, les deux j)artis quittèrent pour un temps les autres voies pour se servir seulement de celles du Palais. Mais M. le prince connut bientôt, par la manière dont les frondeurs soutenaient leur affaire, que leur crédit y jiouvait balancer le sien. 11 ne pénétrait rien néanmoins dans ladissiimilation du cardinal ; et quoi que madame sa sœur et quelquesuns de ses amis lui pussent dire, il croyait toujours que ce ministre agissait de bonne foi.
Quelques jours se passèrent de la sorte, et l'aigreur augnici.tait de tous les côtés. Les amis de M. le prince et ceux des frondeurs les accompagnaient au Palais, et les choses se maintenaient avec plus d'égalité qu'on n'en devait attendre entre deux partis dont les chefs étaient si inégaux. Mais enfin le cardinal, espérant de recouvrer sa liberté en Tôtant à M. le prince, jugea qu'il était temps de s'accommoder avec les frondeurs, et que, sans craindre de leur donner un moyen de se réconcilier avec M. le prince, il pouvait en sûreté leur offrir la protection de la cour et prendre ensemble des mesures contre lui. "M. le prince en fournit même un prétexte assez plausible ; car ayant su que Mme de Longueville ménîi4ïeait secrètement. depuis quelque temps, le mariage du duc de Richelieu et de Mme de Pons, il les mena à Trie et voulut autoriser cette cérémonie par sa présence. 11 prit ensuite hautement la protection des nouveaux mariés contre tous leurs proches et contre la
LAHHKSTATION HKS l'IUNCES == 83
cour Le c:inliiial iiriit piis dv pdiu- ;\ iloiinor un sons criuiinol à celte conduite, et à persuader ipie les soins de AL le princo et de Mme de Longuevillo rejjtiirduient moins lY'tal)lissement de Mme de Pons (|ue le désir de sjissurer du Havre, dont son mari étJiit «gouverneur sous l'administration de la duchesse d'Ai- ;,'uillon, sa tante. Le cardinjd tourna encore la chose en sorte dans l'esprit de M. le duc d'Orléans (|uil lui jiersuada aisément (|u"il avait (|uel(|ue sujet de se plaimlre de .M. le |irinc<', du secrei qu'il lui avait fait de ce niari;me. Ainsi le cardinal voyant l'affaire .-issez acheminée pour pouvoir former le dessein de rîurêler, il résolut de prendre des mesures avec Mme de Chevreuse, sans s'expliipier ouvertement ; mais elle, se servant habilement de l'occ^ision, entra plus avant avec lui, et lui pro- |>osa d'al)ord contre la Uberté de M. le prince tout ce dont il n'osait se découvTir le jtremier à elle. Us en convinrent donc en général ; mais les particuhuités de ce traité furent ména^^ées par Liiii^ue, cjue M. le prince avait désobUgé quelque temi)s auparaviuit, et qui en avait toujours conservé un très grand ressentiment. Ainsi il ne manqua pas de se servir d'une occa.-ion si favoraljle de le faire paraître, et il eut l'avantage de régler les conditions de la prison de M. le i)rince, et de faire connaître combien il imjiorte aux personnes de cette (pialilé de ne réduire jamais des gens de cœur à la nécessité de se venger.
Tout se disposait «ùnsi selon l'intention du caidinal ; mais il restait eucore un obstacle qui lui jjaraissail le plus dillicile à surmonter : c'était de faire entrer M. le duc d'Orléans dans son dessein, et de le faire passer de l'amitié qu'il avait pour M. le prince au désir de contribuer à le perdre. 11 fallait encore détruire eu un moment de contiaiice (luil avait, depuis vingt ans, aux conseils de l'abbé de la Rivière, qui avait taiit d'intérêt h la conservation de M. le prince. !Mme de. Chevreuse se cluu-gea de
l'tte dernière difficulté, et, pour en venir à bout, elle se plaignit
i M. le duc d'Orléans du peu de sûreté qu'il y avait désormais à prendre des mesures avec lui ; que toutes ses paroles et ses sentiments étaient rapportés par l'abbé de la Rivière à iL le prince
i à ]^Ime de Longue\ille, et que, l'abbé de la Rivière s'étant livré à eux, de crainte d'être troublé à Rome dans sa prétention (!u chapeau, il les avait rendus arbitres du secret et de la conduite
le son maître. Elle lui persuada même qu'il était entré avec eux ilans la négociation du mariage de Mine de Pons; qu'ils agissaient tellement de concert que Mine la princesse la inèro n'avait assisté Mlle de Saugeon avec tant de chaleur dans le
K.i i.A ii(M II i;i (H i: \ I i.i) - I II \ IV iij ---^
(lossi'iii d'ôtro o^iriiirlitc i\uv pour léloimicr de Ih prrsciico et tlo \i\ oimliaiico do indnsiciir, et pour ciiipôclin' (pi'ollc ne, lui fil lonKiitjUor la ilrpcmlance aveugle île Talibé de la Rivière pour la uuiison de f'oudé. l'jifin Muio de Clievreuse sut si bien aigrir M. le duc (l'Oriraiis contre son ministre, (pi"elle le rendit dès lors capalïle de toutes les impressions et de tous les sonliiuiMils qu'on lui en voulut donner.
\a^ cardinal, de son côté, renouv(>la artilicieusement au duc de Rolian la proposition {ju'il lui avait laite autrefois d'engager M. le prince à demander d'être coniuMable, h quoi il n'avait jamais voulu prétendre pour éviter de donner jalousie ?i M. lo duc d'Orléans. Et en elïet, bien que M. le prince la rejetât encore wUte seconde fois j)ar la même considération, le cardinal sut tellement se prévaloir des conférence^s |iarticulières quil cul. sur ce sujet avec le duc de Kohan, qu'il leur donna toutes l(>s apparences d'une négociation secrète, que M. le prince iiiénaireait avec lui sans la participation de M. le duc d'Orléans, et en (|uel(iue fa^on contre ses intérêts : de sorte que ce procédé de yi. le prince paraissant tout ensemble [)eu sincère et |)eu respectueux à monsieur, il se crut dégagé de tout ce qu'il lui avait promis, et consentit sans balancer au dessein de le faire arrêter {jrisonnicr.
Le jour qu'ils choisirent pour l'exécuter fut celui du |)remier conseil. Us résolurent aussi de s'assurer de M. le prince (le Conti et du duc de LongueviUe, croyant remédier par là à tous les désordres qu'une telle entreprise pouvait causer. Ces princes évitaient, depuis (pielque temps, par le conseil de Mme de LongueviUe, de se trouver tous trois ensemble au Palais-Royal ; mais c'était plutôt par complaisance pour elle, que pour être persuadés que cette conduite fût nécessaire à leur sûreté. Ce n'est pas qu'ils n'eussent reçu plusieurs avis de ce qui était prêt de leur arriver ; mais M. le prince y faisait trop peu de réflexion pour les sui\Te ; il les recevait même quelcjucfois avec une raillerie aigi-e, et évitait d'entrer en matière, pour n'avouer pas qu'il avait pris de fausses mesures avec la cour : de sorte que ses plus proches parents et ses amis craignaient de lui dire leurs sentiments sur ce sujet. Néanmoins le j)riiice de Marcillac, remarquant les divers procédés de M. le duc d'Orléans envers M. le prince et envers les frondeurs, tlit à M. le ])rince do Conti, le jour qu'il fut arrêté, que l'abbé do la Rivière était assurément gagné par la cour ou perdu auprès de son maître, et (ju'ainsi U ne voyait pas qu'il y eût un moment de sûreté pour
I/AllIU- STATION DES PllI.NCr.S ==r 85
M. le prince et pour lui. Le inôiiie prince de Marcilliic avait dit à La Moussayo, le jour {jn^ciVIcnt, que le c^ipitaine de son (juartier lui t^ait venu dire (pion laviiit envoyé (pic'Tir de la p.irt du roi et (pj'on lavait nu'n<^ i\ Luxenibourp ; fpj'étant dans la izalerie, en prt'sence do M. le duc d'i )rl»^ans, M. Le Tellier lui avilit demaiule si le peuple n'approuverait pas (jue le roi fît (pielque action t'clatante pour rétablir son autorité : à (pioi il aviiit répondu (pu-, pourvu (pidn n'arrêtât j)oint M. de Beaulitrt, il n'y avait rien à ipioi le peuple ne consentît ; qu'ensuife te caiiitaiiu' du (puirtier était venu trouver le prince de Marcillac, ft (jue de la faeon (pi'il voyait les choses se disposer, ce devîiit rtre dans très jteu de temps. La M(»ussaye promit de le dire, et néanmoins il. le prince a assuré depuis qu'il ne lui en avait jamais j»arlé.
Cependant, le cardinal, pour ajouter la raillerie à ce qu'il préparait contre M. le prince, lui dit qu'il voulait, ce jour-là même, lui sacrifier les frondeurs, et qu'il avait donné ses ordres pour arrêter des Coutures, qui était le principal auteur de la sédition de Joly, et qui commandait ceux qui avaient attacpié ses sjens et son carrosse sur le Pont-Neuf ; mais que, dans la crainte que les frondeurs, se voyant ainsi découverts, ne fissent (pu'lque effort pour le retirer des mains de l'officier qui le devait mener au bois de Vincennes, il fallait que M. le prince se donnât le soin d'ordonner les gendarmes et les chevaux légers du roi pour le conduire sans désordre. M. le prince eut alors toute la confiance qu'il fallait pour être trompé. Il s'acquitta exactement de sa commission, et prit toutes les précautions nécessaires pour se faire mener sûrement en prison.
]je duc de Longueville était à Chaillot : et le cardinal lui manda par Prioleau, son agent, (pi'il parlerait le jour même au ('onseil de la survivance du vieux palais de Rouen en faveur (lu fils du marquis de Beu\Tou, et qu'il la lui remettrait entre les mains, afin (pjc cette maison la tînt de lui. Le duc de Lon- !.nie\ille se rendit aussitôt au Palais-Royal, le soir du 18 janvier 1650, et M. le prince, M. le j)rince de Conti et lui, étant entrés dans la galerie de l'appartement de la reine, ils y furent arrêtés par Guitaut, capitaine de ses gardes. Quelque temps après, on les fit monter dans un carrosse du roi qui les attendait à la petite porte du jardin. Leur escorte se trouva bien plus faible qu'on n'avait cru ; elle était conmiandée par le comte de Miossens, lieutenant des gens d'annes ; et (^mmin^es, lieutenant dt' Cluitaut, son oncle, gardait ces princes. Jamais des
8(î =^ LA IlOCllKlPl C \l 1.1). CII.M'. 111
personnes do cette importance n'ont 6i6 conduits en prison par un si petit nombre de iiens : il n'y avait (pie seize hommes à cheval, et ee (pii était on carrosse avec eux. l/ol>seurité et Ir nia\ivais chemin les tirent verser, et ainsi donnèreiil un temps considérable à eeiix qui auraient voulu entrepreudre de les délivrer; mais j)ers()nno ne se mit en devoir de le faire.
On voulait on même temps arrêter le prince de Manillac et La Moiissayo : mais on ne les rencontra pius. On envoya M. de la Vrillière. secrétaire d'État, ])orter un ordre ;\ Mme de lion^ueville d'aller trouver la reine au l'alais-Royal, où on avait dessein de la retenir; au lieu dObéir, elle résolut, par le conseil du prince de Mareillac, de partir, à l'heuro même, pour aller, en très irrande dilit^ence, en Normandie, afin d'enj^ager cette pro\Tnce et le Parlement de Rouen à prendre le parti des princes, et s'a.ssurer de ses amis, des |)laces du duc de Longueville et du Hâ\Te-de-Grâce ; mais, comme il fallait jtour pouvoir sortir de Paris qu'elle no fût point connue, fpu' irailleurs elle voulait oimnener avec elle Mlle de Longuoville, et que, irayanl ni son carrosse ni ses gens, elle était obligée de les attendre en un lieu où on ne pût la découvrir, elle se retira dans une maison particulière, d'où elle vit les feu.K de joie et les autres marques de la réjouissance publiijue i)our la détention de messieurs ses frères et de son mari. Enfin, ayant les choses nécessaires pour sortir, le prince de Mareillac raccompagna en ce voyage. Mais, après avoir essayé inutilement de gagner le Parlement de liouen, elle se retira à Dieppe jusqu'à la venue de la cour, qui fut si prompte et (pii la pressa de telle sorte, que pour se garantir d'être arrêtée par les bourgeois de Dieppe et par le Plessis- Belière, qui y était allé avec des troupes de la part du roi, elle fut contrainte de s'embarquer avec beaucoup de péril et de passer en Hollande j)our gagner Stenay où M. de Tureinu' s'était retiré aussitôt que les ])rinces avaient été arrêtés.
Le prince de Mareillac partit de Dieppe quelque temps avant Mme de Longueville, et s'en alla dans son gouvernement de Poitou, pour y disposer les choses à la guerre et pour essayer, avec les ducs de Bouillon, de Saint-Simon et de la Force, de renouveler les mécontentements du Parlement et de la ville tie Bourdoaux, afin de les obliger à prendre les intérêts de M. le prince. Cette ville et ce Parlement y étaient d'autant plus engagés que les manifestes de la cour, depuis la prise de M. le prince, ne lui imputaient point de plus grands crimes que d'avoir protégé avec trop de chaleur les intérêts de la Guyenne.
LA KUoMir. IHS rUINCKS 87
L'arrestation maiiquée de La Rochefoucauld le plavait au premier rajiî;. Au fond du cœur il dut éprouver un instinctif mouvement de reconnaissance à l'endroit du eardiniiJ qui, l'oubliant dans ses faveurs, le distinguait au iiinius dans la haine. Du coup, il se sentit un autre honinu». 11 aima davantage cette maîtresse, réduite ainsi (pie luimême à la fuite. Quoi qu'il ait dit dans la suite, il connut sans nul doute, à ce moment, une plénitude de vie qui lui lit éprouver absolument l'amour, Tori^ueil, l'héroïsme, tous ces irrands sentiments qui étaient demeurés jusqu'alors en germe dans son âme. Céladon déchu, il retrouva dans le crime tout ce romanesque quil avait vainement cherché dans la vertu.
Il y il, entre cette fuite de Paris et le retour dans la capitale, les pages de sa vie qui démentent le mieux les Maximes. 11 lutte pour son hitérêt, c'est entendu ; il oublie sa famille, c'est certain ; il est un rebelle et nous ne l'oublions pas. mais très certainement, en conduisant la duchesse de Longueville à Dieppe, en rassemblant la noblesse poitevine autour du cercueil de son père, en donnant pour la cause, en Guyenne, son or et son sang, en supportant jjresque joyeusement la destruction de Verteuil, eu chevauchant à postes forcées aux côtés de M. le prince à travers la France pour rejoindre Tannée, il oublie luimême et ses « grands desseins » et ses calculs : il ne songe qu'à vivre ; et humainement, il est héroïque.
Lenet nous raconte en effet qu'aussitôt l'arrestation des princes perpétrée. La Rochefoucauld courut chez sa maitresse, bien décidé «( d'abandonner toutes choses et de ris(pier la ruine de sa maison pour suivre sa fortune u. Ces mots sonnent comme s'ils étaient de lui. Il a dû les prononcer, dans cette fièvre généreuse et cornélienne q«ii
ss I. \ liociiKi'dic \ri.i). — CHAI», m
s'(Mn|i;ir;i de son àtno à col instant. Coninu' ses haiscis durent être sincères alore, coninie il dut vibrer à l'unisson de son héroïne ! Xons aurons peine à discerner cet enthousiasme et cette siiu-érité à travers les souvenirs lefroidis du mémorialiste, mais, si Ton veut bien se mettre dans cette atmosi»hère que j'essaie de recréer, peut-être jjarviendra-t-on à lire entre les lignes ce qui s'y trouve en réaUté.