LA CONSPIRATION AUTOUR DU CKRCUEIL
Mme de Loiiguevillo et ^l, de Tureune s'étaient, couiuie je l'ai dit, retirés à Sleuay ; le duc do Bouillon à Tu renne. J.c prince de ilarcillac, que l'on nommera désormais le duc de La Kuchcfoucauld par la mort de son père, arrivée en même temps, était dans ses maisons, en Angoumois ; le duc de Saint- Simon, dans son gouvernement de Blaye, le maréchal de la Force en Guyenne. Ds témoignèrent d'abord un zèle égal pour M. le prince ; et, lor!«que les ducs de Bouillon et de La Roclicfoueauld eurent l'ait ensemble le projet de la guerre de Guyenne, le duc de Saint-Simon, à qui ils en donnèrent avis, oUrit de recevoir M. le duc dEngliien dans sa place ; mais ce sentiment ne lui dura pas longtemps.
Cependant lo duc de La Rociiefoucauld, jugeant de quelle importance il était au parti de faire voir qu'on prenait k's armes, non seulement pour la liberté de M. le prince, mais encore pour conserver celle de monsieur son fils, envoya Gourville, de la participation du duc de Bouillon, à Mme la princesse douairière, reléguée à Chantilly et gardée par un exempt, aussi bien que Mme la princesse sa belle-fille et M. le duc d'l<]ngliien. 11 eut charge de dire à Mme la princesse douairière l'étal des choses et de lui faire comprendre (pie, la personne do JVL le duc d'Kntrliicn étant exposée à toutes les rigueurs de la cour, il fallait l'en !netlre à couvert et le rendre l'un des principaux moyens de la liberté de monsieur son père, qu'il était nécessaire pour ce dessein que M. le duc et madame sa mère se rendissent secrètement à Brezé, en Anjou, près de Saumur. Le duc de La liochefoucauld s'ofîrit de les y aller prendre avec cinq cents gentilshommes, et de les conduire à Saumur, si le dessein qu'il avait sur cette place réussissait ; en tout cas, il offrit de les mener
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h ruicniic, où lo diK- île Bouillon se juiiiilrait h eux pour lu» iu*cuin|)agiu-r à Blayo, en attendant ([uc lui et I3 duc du Saint- Simon l'ussont achov»'' tU' disposer le l'arlonicnt et la ville d«' Hourdt-aux h les n'covoir. Qu<l(pu' avanlaiï»usc quo fût cetl»* proposition, il otaii diflicilo de prévoir si elle serait suivie ou rejeiée par Mme la princesse douairière, dont l'humeur iiit'i^'ide, timide et avare, était peu propre k entreprendre et k soutenir un tel dessein.
Toutefois, bien que le duc de La KocliefoucauUl lïit incertain du parti qu'elle prendrait, il se crut obligé de se mettre en ét'it d'exécuter ce (juil lui aviùt envoyé proposer. 11 résolut d'assembler pour ce sujet ses anus, sous un prétexte qui ne lit rien connaîtj'e de son intention, afin détre prêt à partir dans le temps de l'arrivée de Gourville, qu'il attendait à toute heure. 11 crut n'en pouvoir prendre un plus spécieux que celui de l'enlerrement de son père, dont la cérénujnie se deviut faire à Verteuil, Tune de ses maisons. 11 convia \)Out cet effet toute la noblesse des provinces voisines et manda à tout ce qui pouvoit porter les armes dans ses terres de s'y trouver : de sorte cpien très peu de temps il assembla plus de deux mille chevaux et huit cents hommes de pied.
Outre ce corps de noblesse et d"infanterie, Beins, colonel allemand, lui promit de se joindre à lui, avec son régiment, pour servir M. le prince ; et ainsi le duc de La Rochefoucauld se crut en état d'exécuter, en même temps, deux desseins considérables pour le parti qui se formoit : l'un était qu'il avait envoyé proposer à Mme la princesse douairière, et l'autre était de se saisir lie Saumur. Ce gouvernement avait été donné à Guitaut, ai)rès la mort du maréchal de Brezé, pour réconij)ense d'avoir arrêté M. le prince. Cest une place qui se pouvait rendre très importante dans une guerre civile, étant située au miUeu du royaume, et sur la rivière de la Loire, entre Tours et Angers. Un gentilhomme, nommé Dumonz, y commandait sous le maréchal de Brezé. et sachant que Comminges, neveu de Guitaut, y allait avec les ordres du roi et menait deux mille honmies de pied, j)Our l'assiéger s'il refusait de sortir, il différa, sur (pielque prétexte, de remettre la place entre les mains de Comminges, et manda au duc de La Kochefoucauld (pfil l'en remlrait maître et prendrait son parti sil vouhiit y mener des troupes. Le mar- (piis de Jarzay lui offrit aussi de se jeter dans la phice avec ses iimis et de la défendre, pourvu que le duc de La Kochefoucauld lui promît par- écrit de le venir secourir dans le temps
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(|iril lui avait inaniiiô. (.'es conditions liirciil d autant plus volontiers acceptées et siii^nées du duc de La Kochefoucauld, (|U(' les deux desseins dont je viens de parler convenaient ensemble et se pouvaient exécuter en nu''nu' lein|)s.
Dans cette vue, le duc de La Rochefoucauld fit assembler ittute la noblesse (pii était chez lui pour les l'uiUMailles de son père, et leur dit (pfayant évité dêtre arrêté jjrisonnier à Paris avec M. le priiu'c, il se trouverait peu en sûreté dans ses terres, (|ui étaient environiu''es de j^ens de guerre (pi'on avait affecté (le disposer tout autour, sous prétexte du (piartier d'hiver, nuiis en elïet jtour pouvoir le surpieiulre dans sa maison ; qu'on lui offrait une retraite assurée dans une jilace voisine, et ((u'il ih'mandait à ses véritables Jimis de l'y vouloir acc(Mn]);ii;ner et laissait la Uberté aux autres de faire ce qu'ils voudraient, l'iusieurs parurent embarrassés de cette j)roposition et prirent divers prétextes pour se retirer. Le colonel Beins fut un dés premiers qui lui manqua de parole ; mais il y eut sept cents «gentilshommes (pii lui promirent de le suivre. Avec ce nombre de cavalerie et l'infanterie (piil avait tirée de ses tenvs, il prit lo ehemin de Saumur, (pii était celui ((uc Gourville devait |)rendre pour le venir joindre, ce qu'il fit le jnême jour. 11 lui rapporta (pie Mme la princesse douairière avait approuvé son conseil; qu'elle se résolvait de le suivn^; nuiis (prêtant obligée de garder des mesures vers la cour, elle avait besoin de tenijis et de beaucoup de précautions jxiur exécuter un dessein dont les suites devaient être si grandes ; qu'elle était peu en état d'y contribuer de son argent, et que tout ce qu'elle pouvait faire alors était de lui envoyer vingt mille francs. Le duc de La liochefoucauld, voyant ainsi son premier dessein retardé, se résolut de continuer celui de Saunuir ; mais, bien (ju'il y arrivât huit jours avant la fin da temps que le gouverneur lui avait promis de tenir, il trouva la capitulation faite, et que le marquis 'le Jarzay n'avait point exécuté ce dont il était convenu avec lui : de sorte qu'il fut obligé de retourner sur ses pas, 11 défit dans sa marche quelques compagnies de cavalerie des troupes du roi, et étant arrivé chez lui, il cong(''dia la noblesse qui l'avait suivi, et en repartit bientôt après, parce que, le maréchal d(; La Meilleraye marchant à lui avec toutes ses troupes, il se trouvait obUgé de se retirera IMrenne chez le duc de Bouillon, après avoir jeté dans Mourond cinq cents hommes de pied et cent chevaux, qu'il avait levés et armés avec une diligence extrême.
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