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Kii arrivant ;'i 'ruii'iiiio, le iliic de Bouillon et lui euronl nou- \A\o^ (|ui' Mme hi princesse et M. le duc d'Kiifïhien, ayant suivi leur conseil, étaient partis secret enu'iit de Mourond et s'en venaient î\ Turenuo, pour se mettre entre leurs mains : mais ils apprirent en même temps que le duc de Saint-Simon ayant revu lies lettres de la cour et sur la |)risode Bellef^arde, n'était plus dans los mêmes sentiments, et (pie son changement soudain avait refroidi tous ses amis de Bourdeaux, qui jusque-là jianiissaient les jilus zélés pour les intérêts de ^L le prince. Néanmoins Langlade, dont le duc de Bouillon s'était servi dans toute cette négociation, les raffermit avec beaucoup de peine et d'adresse, et revint en donner avis au duc de Bouillon, qui assembla trois cents gentilshommes de ses amis, pour aller recevoir Mme la princesse et monsieur son fils. Le duc de La Rochefoucauld manda aussi ses amis, qui le vinrent joindre bientôt après au nombre de trois cents gentilshommes, conduits par le marquis de Sillery, bien que le maréchal de La Meilleraye les menaçât de les faire piller par se? troupes, s'ils retournaient le trouver.
Le duc de Bouillon, outre ses amis, leva douze cents hommes d'infanterie de ses terres, et sans attendre les troupes du marquis de Sillery, ils marchèrent ainsi vers les montagnes d'Auvergne, par où Mme la princesse et monsieur son fils devaient passer, étant conduits par Chavaignac. Les ducs de Bouillon et de La Rochefoucauld les attendirent deux jours avec leurs troupes, dans un heu nommé Labomie, où Mme la princesse et monsieur son fils étant enfin arrivés, avec des fatigues insupportables à des personnes d'un sexe et d'un âge si peu capable d'en souffrir, ils les conduisirent à Tureinie, où s'étaient rendus en même temps les comtes de Meil, de Coligny, Guitaut, le marquis de Ccssac, Beauvais-Chantérac, Briole, le chevaher de Rivière, et beaucoup de personnes de quahté et d'officiers di»s troupes de M. le prince, qui servirent durant cette guerre avec beaucoup de fidélité et de valeur. Mme la princesse demeura huit jours à Turenne, pendant lesquels on prit Brive-la-Gaillarde et cent maîtres de la compagnie des gens d'armes du l)rince Thomas qui s'y étaient retirés.
Ce séjour que l'on fit à Turenne par nécessité, en attendant
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qu'on eût remis la plupart des esprits de Bourdeaux, chancelants et découragés jiar la conduite du duc de Saint-Simon, et qu'on y pût allor m sùrolé, donna loisir au général de la Yallotte, frère naturel du duc dÉpernon, qui commandait Tarinée du roi, de se trouver sur le chemin de Mme la princesse pour lui empêcher le passage; mais, étant demeurée à une maison du duc de Bouillon, nommée Koohefort, lui et le duc de La Buchefoucauld marchèrent au général de la Vallotte et le joignirent à J\Ionclard en Périgord, d'où, ayant lâché le pied sans coml>attrc, il se retira par de? bois à Borgtjrac, après avoir perdu son baij;age. ^Ime la princesse reprit ensuite le chemin de Bourdeaux, sans rien trouver qui s'opposât à son iiassage.
Il ne restait qu'à surmonter les difficultés (jui se rencontraient dans la ville. ^EUe était partagée en diverses cabales. Les créatures du duc d'E|)ernon et ceux qui suivaient les nouveaux sentiments du duc de Saint-Simon s'étaient joints avec ceux (pli servaient la cour, et, entre aut res, avec le sieur de la Vie, avocat général au Parlement de Bourdeaux, homme habile et ambitieux. Ils faisaient tous leurs efforts pour faire fermer les portes de la ville à Mme la princesse. Néanmoins, dès qu'on sut à Bourdeaux que Mme la princese et M. le duc d'Enghien devaient arriver à Lonnonl, près de la ville, on y vit des marques l)ub!iques de réjouissance ; un très grand nombre de gens sortirent au-devant d'eux; on couvrit leur chemin de fleurs, et le bateau qui les conduisait fut sui\i de tous ceux qui étaient sur la rivière. Les vaisseaux du poi't les saluèrent de toute l'artillerie, et ils entrèrent ainsi à Bourdeaux, nonobstant les ciïorts qu'on avait faits, sous main, pour les empêcher.
Le Parlement et les jurats, qui sont les échevins de Bourdeaux, ne les visitèrent pas en corps ; mais il n'y eut ])resque point de particulier qui ne leur donnât des assurances de service. Les cabales dont je viens de parler empêchèrent néanmoins d'abord que les ducs de Bouillon et de La Rochefoucauld ne fussent reçus dans la ville. Us passèrent deux ou trois jours dans le faidjourg des Chartreux, où tout le peuple alla en foule les voir et leur offiir de les faire entrer [)ar force. Es n'acceptèrent pas ce parti, mais se contentèrent d'entrer le soir, pour éviter le désordre.
Il n'y avait alors dans la province de troupes du roi assemblées que celles que commandait le général de la Vallette, qui (tait près de Liboume. Celles des ducs de BouiUon et de La Jîochefoucauld consistaient, comme j'ai dit, en six cents gentils-
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homiiH's de leurs amis el l'infauleiie sortie do Tuiemie; et comme ce n'Otuieut p;is de^ troupes ri^glées, il était im|)().s.->iblt' de les retenir plus lon}^tem[is. Ainsi l'on crut qu'il fallait s(' lulter de rencontrer le géni'ral de la Vallette, et, pour cet effet, on njartlia à lui vers Libourne ; mais en ayant eu avis, il se retira et t''vita une seconde fois le combat, juireant bien que, la noblesse •'tant sur le point de s'en retourner, il se rendrait eortaincment^ maître de la e.impaL,Mie, en ne combattant pas.
\'A\ ce même temps, le maréchal de La Mcillciaye eut ordre d(^ marcher vers Hourdeaux, avec son arnu''e, par le pays d'Enl redeux-Mers, et le roi s'avança vers Libourne. Ces nouvelles fireni hâter le duc de Bouillon et le duc de La Kociiefoiicauld difaire leur levée, malgré les em[)êchements continuels (ju'ils y rencontnuent, tant par lo manque d'argent que par le graïul nombre des gens du Parlement et de la ville qui traversaient, sous main, leurs desseins. On en vint même à une extrémité qui pensa causer de grands désordres, car un officier espagnol vint trouver Mme la jirincesse de la part du roi d'Espjw^ne et apporta viJi^t-cinq mille écus pour les plus pressants besoins. Le Parlenu'iit s'o[)i)osa à le laisser entrer dans la ville ; il avait seulement toléré jusqu'alors (ju'on y eût reçu Mme la princesse et monsieur son fds, sans g'exphqiu^r en leur faveur, comme avait fait le peuple, et sans témoigner ses sentiments sur ce (jui s'était passé entre les troupes du roi et celles qui les avaient poussées ; mais alors le Parlement crut qu'il suffisait de s'opposer à la réception de cet envoyé pour justifier par une seule action toute sa conduite passée et pour se faire un mérite envers la cour, en privant le pai-ti du secoiu-s qu'il attendait d'Espj^ie et le réduire cà la nécessité de recevoir la loi qu'on lui voudrait i mposer.
Ainsi, le Parlement s'étant assemblé, il ordonna que l'officier espagnol sortirait de Bourdeaux, à Theui'e même. Le peuple n'ayant pas peine à connaître quelles seraient les suites de cet arrêt, prit aussitôt les armes, investit le palais et menaça d'y mettre le feu, si le Parlement ne révoquait ce qu'il venait de résoudre, et s'il ne donnait un arrêt d'union avec Mme la priiiicsse et les ducs de Bouillon et de La Rochefoucauld. On crut (|u'on dissiperait facilement cette émotion en faisant paraître It^s jurats ; mais cela ne fit qu'augmenter le trouble par le retardement qu'on aj)portait <'i la demande du peuple. Le Pju-lemenl envoya alors donner avis aux ducs de Bouillon et de La Rochefoucauld de ce désordre et les prier de le faire cesser. Ils ne furent
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pas fâchés qu'on eût besoin d'eux en cette rencoude; mais outre qu'il leur ('•tait de graiule importance que le peuple obtînt {"arrêt d'union et la cessation de celui (pii venait d'êlre donné contre l'envoyé d'Espajine. ils craii;iiaient encore (pie, s'ils paraissaient avoir i»>ssez de pouvoir pour apaiser la sédition, on ne leur imputât de l'avoir causée. Ainsi ils résistèrent d'abord à co (pie le Parlement dt'sirait d'eux; mais enfui, voyant (pie les choses s'échauffaient à un point (pfil n'y avait plus de temps à perdre, ils coururent au palais, suivis de leurs gardes et do jilusieurs de leurs amis. Ce grand nonil)re, (pii était nécessaire pour leur sûreté, leur parut capable d'augmenter le désordre. Ils craignirent (pie tant de gens mêU^'s ensemble sans se connaître ne fissent naître des accidents qui pourraient porter les choses à la dernière extrémité, et même (pie le peuple ne s'imaginât, en les voyant arriver si bien accompagnés, qu'ils ne voulussent le faire retirer par force. Dans cette jiensée, ils renvoyèrent tout ce qui les suivait, et s'abandonnèrent seuls et sans aucune précaution à tous les périls qu'ils pouvaient rencontrer dans un tel tumulte. Leur pr(%ence fit l'effet qu'ils désiraient : elle arrêta la fureur du peuple dans le moment qu'il allait mettre le feu au ])alais. Ils se rendirent médiateurs entre le Parlement et lui. L'envoyé d'Espagne eut. dès lors, toute la sûreté qu'il désirait, et l'arrêt fut donné en la manière qu'on le demandait. Les ducs de Bouillon et de La Rochefoucauld jugèrent ensuite qu'il était nécessaire de faire une revue géiuérale des bourgeois, pour leur faire connaître leurs forces et les disposer peu à peu à se résoudre de soutenir un siège. Us voulurent eux-mêmes les mettre en bataille, bien qu'ils eussent reçu plusieurs avis qu'il y avait des gens gagnés pour les assassiner. Néamoins, parmi les salves continuelles qui leur furent faites par plus de douze mille hommes, il n'arriva aucun accident qui leur donnât lieu d'ajouter foi à cet avis. On fit après travailler à quehpics dehors ; mais, comme il venait peu d'argent d'Espagne, on ne put mettre aucun ouvrage en défense ; car, dans toute cette uuerre, on n'a touché des Espagnols que deux cent vingt mille livres : le reste fut pris sur le convoi de Bourdeaux, ou sur le crédit de Mme la princesse, des ducs de Bouillon et de La Rochefoucauld, et de M. Lesné. On leva néanmoins en très peu de temps près de trois mille hommes de pied et sept ou huit cents chevaux. On prit Castelnau, distant de quatre lieues de Bourdeaux ; et on se serait étendu davantage, sans les nouvelles que l'on eut de l'approche du maréchal de La Meilleraye du côté
LA GUKilllI': l>l f.in. .\.Nh us
d'Entro-deux-Mers, et de celle du duc d'Épernon, (jui vint joindre le u;éiu''nU de la Vallette. Sur cet avis, le luarcjuis de Sillery fut dôpêché en Espa<^ne, pour y représenter l'état des alTïûres l'i liâti-r le seeours d'hoiniiics, de vaisseaux et d'argent <|u'on en attciuhut.
Cependant, on laissa i,';uiiison dans CiisU-liiau, et on se relira avec le reste des troupes à Hlaiiipicl'ort, qui est à deux lieues de Hourdeaux où le duc d'Epernon vint attacjuer le quartier. Les dues de Bouillon et de Di Koehcfoucauld étaient retournés à Hourdeaux, et le Chainbon, inaréclial de camp, commandait les troupes. Elles étaient de lioaucoup plus faibles que celles du due d'Epernon ; néanmoitis, bien que le Chambon ne j)ût défendre l'entrée de son (pjartier, les canaux et les marais qui en environnaient l'autre partie lui donnèrent moyen de se retirer sans être rompu et de sauviT les troupes et tout k' baj^age. Sur le bruit de ce combat, les ducs de Bouillon et de La Rochefoueauld partirent de Bourdeaux avec un g;rand nombre de bouri,a*ois, et, ayant joint leurs troupes, retournèrent vers le due d'Epernon, avec dessein de le combattre ; mais le pays étant tout coiqié de canaux, ils ne purent en venir aux nuiins. On escîirmoucha longtemps de part et d'autre; le duc d'Epernon y perdit quelques otUciers et beaucoup de soldats ; il y en eut moins de tués du côté de Bourdeaux ; Guitaut et la Roussière y lurent blessés.
Les trou|)es du maréchal de La Meilleraye et celles du due d'Epernon serrèrent ensuite Bourdeaux de plus près ; ils reprirent même l'île de S<unt-George qui est dans la Garonne, à quatre lieues au-dessus de la \ille, où l'on aviiit commencé quelques fortifications. Cette île fut défendue, durant trois ou quatre jours, avec assez de vigueur, parce qu'à cha(iue uuuée ou y envoyait de Bourdeaux un réi,riment frais, qui en relevait la garde. Le ii;énéral de la Vallette y fut blessé et mourut peu de jours après ; nuiis enfin les bateaux qui avaient amené des troupes et qui devîiient ramener celles qu'on relevait ayant été coulés à fond par une batteiie que le maréchal de La Meilleraye avait fait dresser sur le l)ord de la rivière, la frayeur prit de telle sorte aux soldats et même aux otlieiers, qu'ils se rendirent tous prisonniers de guerre ; ainsi ceux de Bourdeaux perdirent tout à la fois cette île, (pii leur était importante, et douze cents hommes de leur meilleure infanterie. Ce désordre et l'arrivée du roi à Libourne, (pii fit aussitôt atta(pier le château de Vère, à deux Ueues de Bourdeaux, mirent une erande consternation dans
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la ville I^ Parlement et le peuple se voymeut à la veille ilY'lro ;issii'g<^s jiar le rui et iiiaïuiiuuent de luutos les ehoses iiécessivircs pour se défeiulre ; nul secours ne leur venait d'l'>j)agno; et la crainte avait enfui réduit le l*wleinenl iV s'jksseiubler, pour délibérer s'il enverrait des députés deniaïuler la paix aux eondilions qu'il phiirait au roi, lorsqu'on ajiprit (jue Vère était pris, «•t que le gouverneur, nommé .Kichon, s'étatit rendu à discrétion, avait été pendu. Celte sévérité, ])ar laquelle le cardinal croyait jeter la terreur et la division dans Bourdcaux, fit un effet tout contraire ; car cette nouvelle étant venue dans un temps où leïi esprits étaient, comme je l'ai dit, étonnés et eiiancelant^, les ducs de Bouillon et de La Kocliefoucaulil surent si bien se prévaloir d'une telle conjecture, (pTils remirent leurs affaires en meilleur état qu'elles n'aviiient encore été, en faisant pendre en même temj)s le nommé Canolles, qui commandait dans l'ile de Saint-George la première fois que ceux de Jiourileaux s'en saisirent, et qui s'éta't aussitôt rendu à eux à discrétion. Mais, afin que le Parlement et le peuple partageassent avec les généraux une action qui n'était pas moins nécessaire ((u'cUe paraissait hardie, ils firerit juger CanolUa par un conseil de guerre où présidaient Mme la princesse et M. le duc d'En- L'hien, et qui était aussi composé non seulement des officiers des troupes, mais encore de deux députés du Parlement, qui y iissistaient toujours, et de trente-six capitaines de la ville, te pauNTe gentilhomme, qui n'avait d'autre crime (\\w son malheur, fut condamné tout d'une voix, et le peuple était si animé (pril attendit à peine qu'il fût exécuté pour mettre son cor|)s en pièces. Cetie action étonna la cour et redonna une nouveUe vigueur aux Boiirdelais. Ils passèrent si ijromptement de la consternation au désir de se défendre, qu'ils se résolurent, sans balancer, à attendre le siège, se fiant en leurs propres forces et aux promesses des Esp.agnols, qui les assuraient d'un prompt et puissant secours. Dans ce dessein, on se hâta de faire un fort de (pjatre bastions à la Bastide, vis-à-vis de Bourdcaux, de l'autre coté de la rivière. On travailla aussi avec soin aux autres fortifications de la ville. Bien (pi'on représentât aux bourgeois (pii avaient des maisons dans le faubourg de Saint-Surin, (pril serait attaqué le premier et qu'il était capable de loger toute rinfanterie du roi, ils ne voulurent jamais consentir (ju'on en brillât ou (ju on en fît raser aucune. Ainsi tout ce que Ton put faire fut d'en couper les avenues par des barricades et d'en percer les maisons. On ne s'y résolut même que pour contenter le peuple, et on no
i.A (iiKnni: dk ci'yknnk . i>7
enjt pas pouvoir d^foiuln» un lini de si f^raiido \iiiuh uvrc dts l»ourg«'ois «M h' pi'u de troupes *|iii rcstaii-iit, lc.si|ii('ll»'^ m* tiiuiit:iit'nt \ms à s(<|il ou huit ccrits liouiiiics de pied cl trois ctMils (lirvaux. Ni'aiiiiioins, rotiiiiic ou dt-pcndait du |K*upli> et du rarlnni'iit. il fallul les sali>fiurt' i-onirc l«'s rèfîl«'> dt* la f^uorn* i'( «'Ut reprendre tle tléfendre le faiilMiiirii de Saiiit-Suriu, hieu <pi il fùl ouvert des deux cotés. La porte de lu ville (pii eu v^\ plus proche est celle de Dijaux: elle fut trouvée si mauvaise. |»urce (prdle u'c";! défeiulue de rien et (|u'«tu y arrive de plaiiipied, qu'on \u^va à propos de la couvrir d'une deiui-luiu> ; mais, comme ou nuimpuiit de tout, on fut contraint de se tervir d'une petite hauteur de fumier (pii était devant la j)orte, lacpielle étant ewirpée on forme d'ouvrage à corne, sans |)arapet et ^ans fossé, t>e trouva néanmoins la |)lus gnuido défense de la ville.
lie roi étant demeuré à Bouriî, le cardinal vint à l'armée. Klle était de huit mille hommes de pied et de près de trois mille chevaux. (»n y résolut d'autant plus tôt d'attaquer le faubouri,' de S;unt-S'iriu, que n'y ayant (pic h's aveimes de t^ardées, on pouvait sans péril t!:<urncr les iiuiisoiis. entrer par là dans le faubouTf;, et cou])er même ceux qui défendaient les barricades et l'église, sajis qu'ils pussent se retirer dans la ville. Un croyait de plus que, la demi-lune ne pouvant être défendue, on se logerait dès le premier jour à la porte de Dijaux. Pour cet effet, le maréchal de La Meilleraye lit attaquer en même temjis les barricades et les maisons du faubourg, et l'aluau avait ordre d'y entrer par le palais Galien, et de couper entre le faubourg et la ville, droit à la demi-lune ; mais n'étant pas arrivé dans le temps que le maréchal de La Meilleraye lit donner, on trouva j)lus de résistance qu'on n'avait cru. L'escarmouche avait commencé dès que les troupes du roi s'étaient avancées. Ceux de la ville avaient mis des mousquetains dans des haies et dans des vignes qui couvraient le faubourii; : ils arrêtèrent d'abord les troupes du roi avec une assez grande perte : Choupes, maréchal de camp, y fut blessé, et plusieurs ofliciers tués. Le duc ùj Bouillon était dans le cimetière de rét,dise de Saint-Sarin. avec ce qu'il avait pu faire sortir de bourgeois pour rafraîchir les postes ; le duc de La Kochefoucaulil était à la barricade, où se faisait la {)rincipale attacpie ; et après qu'elle eut en lin été enq)ortée, U alla joindre le duc de Bouillon. Beauvais-Chanterac et le chevalier Totiias v furent pris prisonniers. Le feu fut très grand de part et d'autre. Il y eut cent ou six->'ingts hommes de tués du côié des ducs, et
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près de rinq cents de celui du roi : le faubourg néanmoins fut emporté ; mais on ne pju^sa pjus plus outre, et on se résolut d'ouvrir la francliéc pour prendre la demi-lune. On fit aussi une autre atUupie par les allées de l'arelievêehé. .l'ai (léj;\ dit (piil n'y avait puint île fossé à la demi-lune : de sorte (|ue, pouvant être emportée facilenu'ul, les l)ouri,'eois n'y voulurent point entrer eu srarde et se eoulenlèrenl de tirer de derrière leurs murailles. Les assiégeants l'atlaipièrenl trois fois avec leuis nu'illeures troupes, et à la dernière ils entrèrent même dedans; juais ils furent repoussés par le duc de La Uoehel'oucauld, (pii y arriva avec ses gardes et ceux de M. le prince, dans le temps que ceux qui défendaient la demi-lune avaient plié et en étaient sortis. Trois ou (juatre officiers de Navailles furent pris dedans, et le reste fut tué ou ciui^sé. Les assiégés firent trois grandes sorties, à chacune des(pielles ils nettoyèrent la tranchée et brûlèrent le logement des assiégeants : la Chapelle-Biron, maréehal de camp des troupes du duc de Bouillon, fut tué à la dernière. l'Jifm, après treize jours de tranchée ouverte, le siège n'était pa< plus avancé que le premier jour. ^lais, comme il y avait troj) j)eu d'infanterie dans Bourdeaux, outre les bourgeois, pour relever la garde des postes attaqués, et que ce qui n'avait [)oinl été tué ou blessé était presque hors de combat à force de tirer et par la fatigue de treize jours de garde, le duc de Bouillon les fit rafraichir par la cavalerie, qui mit pied à terre ; et lui et le duc de La Rochefoucauld y demeurèrent les quatre ou cimi derniers jours, sans en partir, afin d'y retenir [)lus de gens par leur exemple.
Cependant ^L le duc d'Orléans et les Frondeurs, voyant que non seulement on transférait les princes à Marcoussy, mais qu'on se disposait à les mener au Havre, et craignant que la chute de Bourdeaux ne rendît la puissance du cardinal plus formidable, ils ne voulurent point attendre révénement du siège et firent partir des députés pour s'entremettre de la paix. Ces députés furent les sieurs Lemeusnier et Bitaut, conduits par Le Coudray- Monlpensier de la part de M. le duc d'Orléans. Ils arrivèrent à Bourg pour faire des propositions de paix au roi ; ils en donnèrent avis au parlement de Bourdeaux, et l'on convint de pari et d'autre de faire une trêve de quinze jours. Dès qu'elle fut résolue, L<' Coudray-Montpensier et les deux députés entrèrent dans la ville jiour y porter les choses au point qu'ils désiraient. La cour voulait la paix, craignant l'événement du siège et voyant les troupes rebutées par uiu; résistance d'autant plus opiniâtre
LA 1. 1 i: uiu: iti: (iLVi:.N.\K === 9'.»
([Uc les a-'^irfjt's t'spi'Taicnt U* î^irours d'fv'^patriir <t (•.•Im du mariflial dr La Fora', (|iii ^lait sur le point dv ■<■ il-rl.inr; d'autn- part, If parlfiiieiit de Bi»urdt'aii\, i'iimiyt' ■ ■ un»
ot des prrils du siè^c, se dtVIara pour la paix, l.' - de
la rour t't colles du duc d'Epcnioii iii,M>>aicut puissaimneiit pour y disposer le reste de la ville; I infanterie »''tait ruinée, et les secours d'Espaijne avaient trop souvent manqué, pour pouvoir encore niisonnahlenu'nf s'y attendre. Toutes c<»s raisons firent résoudre le parleiiu-nt de Hourdeaux d'envoyer des dé()utés à Biturir, où était la cour. Il convia Mme la primesse et les duvs de Bouillon et de La H(»chefnucauld d'y envoyer aussi ; mais, comme ils n'avaient d'autres intérêts (jue la liberté des princes, et qu'ils ne pouvaient désirer la paix sans celte condition, ils se contentèrent de ne s'y opjxiser point, puisijuo aussi bien ils ne la pouvaient empêcher. Ils refusèrent donc d'y envoyer de leur part, et prièrent seulement les députés de la ville de ména£:er la sûreté et la liberté de Mme la princesse et de M. le duc d'Enc;liien avec le rétablissement de tout ce qui avait été dans leur parti. Les députés allèrent à Bourg, et y traitèrent et conclurent la paix avec le cardinal Mazarin, sans en communiquer les articles à Mme la princesse ni aux généraux. Les conditions étaient que le roi serait reçu dans Bourdeaux en la manière qu'il a accoutumé de l'être dans les autres villes de son royaume, que les troupes qui avaient soutenu le siège en sortiraient et pourraient aller en sûreté joindre l'armée de M. de Turenne à Stenay, que tous les privilèges de la ville et du Parlement seraient maintenus ; que le Château-Trompette demeurerait démoli ; que Mme la princesse et M. le duc d'Engliien pourraient se retirer à Mourond, où le roi entretiendrait, pour leur sûreté, une très petite garnison, qui serait choisie de leur main ; que le duc de Bouillon pourrait aller à Turenne, et le duc de La Kochefoucaidd se retirer chez lui, sans faire les fonctions de sa charge de gouverneur de Poitou, et sans aucun dédommagement pour sa maison de Verteuil (pie le roi avait fait raser.
Dans le temps que Mme la princesse et Monsieur son fils sortaient de Bourdeaux par eau, accompagnés des ducs de Bouillon et de La Rochefoucauld, pour aller mettre j)ied à terre à Lormont et prendre le chemin de Coutras, ils rencontrèrent le marirhal de La Meilieraye, qui allait en bateau à Bourdeaux. Il se mit dans celui de Mme la princesse, et lui proposa d'abord d'aller à Bourg voir le roi et la reine, lui faisant espérer qu'on accorderait peut-être aux prières et aux larmes d'une femme ce qu'on
«•M. 1, A li»M liri «.( ( M 1.1» — ( IIAI' III
avail cru drvdir n'lH<fr lorstiuoii lavait tltiiiaiulr les arims ;\ la iiiaiii. QmIqiU' n'|Mi<i;naiUH' (ju'cùt Mme lu |iiiiMi'sso à faire ce voyaijo. les ducs ilc Houillon cl do La Rochefoucauld lui conseillèrent de la surmonter, et de suivre l'avis du niarcch.il de I.^ Meilleraye, afin (pTon \\v |»ril lui reprocher d avoir néj^lif^c aucune voie pour olitenir la liberté de nuuisieiir iikhi mari. Ils jiii;èrent encore (pleine entrevue comme celle-là. (pii ne pouvait avoir été concertée avec les Frondeurs m° avec M. le dui' dOrléans, leur donnerait sans doute de rimpiiétude et pourrait produire des effets cojisidérahles. l.e maréchal de La .Meilleraye retourna à Hiuirjî porlcM- la nouvelle do l'arrivée de Mnu' la jirinces.so et <le sa suite. Ce chan<i;ement si soudain surprit madenioisolle, et lui lit croire tjue l'on traitait l)i>aucoup do choses sans la i)articipalion de nmnsieur son père; elle fut encon; confirmée dans cette opinion par les lon^'ues et particulières conférences (|ue le duc do Bouillon et le dnv de f,a Koclu'foiu-auld eurent séparément avec le cardinal, dans le dessein do le faire résoudre do donner la liberté aux [)rinces, ou au moins de le rendre suspect à M. le duc d'Orléans. Ils étaient convenus de parler au cardinal dans le nu"'me sens, et ils lui dirent que M. le priiu'o lui serait d autant plus oblif^é de sa liberté, (|uo le succès de la «iuorro no Tavait pas contraint do l'accorder. Ils lui repré- .-enlèront (juc le j)rocédé dos Frondeurs lui devait faire connaître leurs desseins, et qu'ils ne voulaient avoir les princes en leur disjjosition que pour se joindre à eux contre lui ; que la f^uerre civile était finie en Guyenne, mais que le désir de la rallumer dans tout le royaume ne finirait jamais qu'avec la i)rison des princes. Ils ajoutèrent que tous les peuples et tous les parlomeiiis s'uniraient pcuir une cause si juste, et qu'elle serait soutenue du mémo j)arti (pii venait de faire la f(uerro ; mais ils lui dirent aussi (pi'il était en son pouvoir de détourner tant de malheurs en mettant les princes on liberté, et de les attacher inséparablement aux intérêts de la reine et aux siens. I3ien que cotte convei-sation fit alors peu d'effet sur le cardinal, elle eut néanmoins d'ailleurs une partie du succès qu'on avait prévu : M. le duc d'Orléans et les PVondeurs oïi eurent du soupçon, et perdant respéraïu-e d'avoir les princes entre leurs mains, ils se résolurent à chercher de nouveaux moyens de ruiner le cardinal.
C'est ainsi que finit la guerre de Hourdeaux. On s'étonnera peut-être que les ducs de Bouillon et de La Rochefoucauld eussent osé l'entreprendre, et que deux jKirliculiers, sans jilaces, sans troupes, sans argent, et sans autre prétexte que la liberté
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rf«,< Priners, aient pu eoutt'iiir cotte guerre, dans le teiims que tdut le royaume était soumis au roi et <jue M. le due d'Orléam» et les Frondeurs étaient unis au eanlitial pour opprinuT M. le priiu-e. Mais n- (pii n'e*t pas moins «'Xtranrdiiiaire, c'est qu'il» aient défmdu une plaee ouverte en beauioup d'endroits, avec si |>eu de forées, rontre une aniu'-»' eonsidéralile, CDminandée par le maréelial de J.a Meilleraye, sous le cardinal Mazarin, et foriiliée de la prési'iice du roi ; <pi apn''s treize jours de irandiée. les afsiég^^ants n'aient pu se rendre maîtres d'un ouvra<;e fait de fumier et de barritpus, sans fossé et sans parapet, et (pie, durant tout ce temps, les généraux îiient toujours été plus en péril par les factions du peuple et du i'arlement que par l'armée qui les assiégeait. On peut ajouter encore que, pendant cette résistance, la duchesse de Bouillon était en j)rison ; que la mère, sa femme, et les enfants du duc de La Rochefoucauld étaient sans retraite, qu'on pillait ses terres et qu'on rasait ses in;uson£.
Cette résistance avait valu à J.a Kochefoucauld iadniiration de la cour aussi bien que celle de ses partisans, car à cette époque on était cajiable d'admirer ses adversaires niôine lorsqu'ils étaient des fauteurs de guerre civile. Retz parle du courace du duc « dans tout le cours du siège et |)articiilicrenu'nt à In défense de la deini-Iune, où il y eut assez de carnage ». Miiu' de Motteville est à l'unis-soii. Et l.enet nous peignant le départ de son ami pour Verteuil - -rit (l) :
Il emmena avec lui (juantité de noblesse (jui l'avait mum, n laissa un grand regret à Son Altesse, à ,M. le duc (de Bouillon) et à toute la cour de cette séparation, s'étant acquis l'amitié et l'estime de tout le monde par son courage, son esprit, I agrément de sa conversation et la netteté de son procédé pendant
(\) Mtitiuln.th Uml, t. Il, p. H.l.