I. A iKtClIKI'dl CM 1,1). — CllAP
tout 1p t('inj)s que col te affaire avait dun'', et oncore par les protestations qu'il lit à la princesse do roconimoneer toutes les fois i|u"il lui plairail lui commander (1).
Sans doute, sans doute, mais le brave Lenct, qui nous conte quelques paîjes auiiaravant les entrevues du duc et de ^lazarin, n'attache pas toute riniportance qui convient à un dialoj^ue auquel il assista cependant, ainsi que Bouillon : « Qui aurait cru il y a quinze jours, voire huit, dit le cardinal que nous eussions été tous quatre aujourd'hui dans un même carrosse? — Tout arrive en France », répondit La Rochefoucauld,
Ce « tout arrive en France » indiquait, une fois encore, que ce dernier était las de cette lutte, oii il s'était conduit si parfaitement cependant. Le caractère de La Rochefoucauld ne pouvait s'accommoder longtemps de l'apparence des choses, si belle qu'elle fût : «. Le plus grand défaut de la pénétration, a-t-il dit, n'est pas de n'aller point jusqu'au but, c'est de le passer. « Dans le plus beau fruit de sa jeimesse se mettait toujours le ver du scepticisme. Il voyait l'envers des actions humaines, avant même qu'elles ne fussent consommées, bien qu'il eût commencé par ne le point voir assez. Comme tous les grands passionnés, il passait aisément d'un extrême à un autre.
En réalité, La Rochefoucauld rêvait toujours d'être le négociateur — il se croyait seul capable de l'être — entre Coudé et la cour.
Sa nonchalance, elle était faite de son inclination naturelle et d'une sorte de mélancolie sans illusion qui sommeillait à peine dans son âme. Il se rendait compte que ni lui ni les autres féodaux n'étaient taillés pour défendre les pri\^èges de la caste. Il comprenait que la destinée de la noblesse était désormais d'être vaincue par le pouvoir royal. Bordeaux venait encore de prouver cette impuis-
(1) Cf. à cet égard la lettre du 20 décembre que La Rochefoucaulii lui-même écrit à la princesse douairière de Condé. Correspondance, ]). 41, 42.
LA nut.NDK im:s pu in ci; s kci
s.incc : l'aristocratie était coiiimc liii-iiièiiu', rmasciilée par le désir égoïste des honneurs et des plaees (1).
Alors, pensait-il, ne valait-il pas mieux traiter? De la sorte, au moins, il y avait quel(|ue chance de sauvegarder les apparences et même de tirer son épingle du jeu. Qu'avîlit donné la guerre de Guyenne? A peine quelcpios prolits personnels, tandis que la raison même pour laquelle elle avait été entreprise demeurait intacte : les princes étaient toujours les prisonniers de la cour. 11 valait donc mieux composer, quitte à se venger après coup des himiiliations que cette composition pouvait entraîner.
LA i)i:i.i\ i;axcr des princes
Après cette victoire, le cardinal, qui s'était avancé jusqu'à Rethel, retourna à Paris comme en triomphe, et parut si enflé de cette prospérité, qu'il renouvela dans tous les esprits le déi^oût et la crainte de sa dominatit)n. On remarqua alors que la fortune disposa tellement de Tévénement de cette bataille, que M. de Turenne, qui l'avait j)erdue, devint nécessaire aux Espai^nols et eut le commandement entier de leur armée, et que le cardinal, qui s'attribuait la gloire de cette action, réveilla contre lui ^en^^e et la haine pubhque. Les Frondeurs jugèrent qu'il cesserait de les considérer, parce qu'il cessait d'en avoir besoin ; et, craignant qu'il ne les opprimât pour gouverner seul, ou pour les sacrifier à M. le prince, ils entrèrent dès lors en traité avec le président "Viole, Arnauld et Montreuil, serviteurs particuUers lie M. le prince, qui lui mandaient toutes choses et recevaient ses réponses.
Ce commencement de négociation en produisit plusieurs particuhères et secrètes, tantôt avec M. le duc d'Orléans, Mme de ChevTeuse, le coadjuteur et M. de Châteaimeuf, et tantôt avec le duc de Beaufort et avec Mme de Mnntbazon ; d'autres trai-
(1) .yiinoiics de La Rochcjmimuld, p. 2.JU. Entre autres iiulites île cet état d'esprit, cette phrase : « Il venait d'é|)rouver à combien de peines et de difficultés iiisunnoiital)les on s'expose puur soutenir une guerre civile contre la présence du roi ; il savait de ([ueile infidélité de ses amis on est menacé, lorsque la cour y attadie des récompenses et qu'elle fournit le prétexte de rentrer dans son devoir. »
un 1. A KixllKI-drc.u:!.!) (MAI' III =^^
lôreiit avoc lo cardinal cliroetonicnl. Mais, (•(timiic .Miiu" la princesse Palatine avait alors pins de jiart (|ne pers(Mine à la coiifiancc des princes et à celle ilo Mme de Loni^neville, elle avait eonunencé tontes ces diverses ni''jïociations, et ^tait dépositaire lie tant d'eniragenients et de tant de traités op|)osés, qno, se voyjuit charijée tont à la fois d'un si grand nombre de choses contraires, elle crait!;nit de devenir susjiecte aux ims et aux autres : dans cette pensée, elle manda au duc de l^a Rochefoucauld qu'il était nécessaire (piMl se rendît à Paris sans être connu, atin (ju'elle lui dît Tétat des diverses cabales ((ui se formaient, et de se joindre à celle (pii pouvait le plus avancer la liberté des princes.
Le duc de La Rochefoucauld se rendit j)romptement à Paris, et demeura toujours caché chez la princesse Palatine pour examiner avec elle ce qu'on venait lui proposer de toutes parts. L'intérêt général des Frondeurs était l'éloignement et la ruine t'utièrc du ciirdinal, à quoi ils demandaient (juc les princes contribuassent avec eux de tout leur pouvoir. Mme de Chevreuse désirait que M. le prince de Conti épousât sa fille, qu'après la chute du cardinal on mît M. de Châteauneuf dans la place de premier ministre, et que, cela étant, on donnerait h M. le prince le gouvernement de Guyenne, avec la lieutenance générale de cette province, et Blaye pour- celui de ses amis (ju'il choisirai i, et le gouveniement de Provence pour M. le |)rince de Conti. Le duc de Beaufort et Mme de Montbazon n'avaient aucune connaissance de ce projet et faisaient aussi un traité particulier, que les autres ignoraient, lec[ucl consistait seulement à donner de l'argent à Mme de Montbazon et à lui faire obtenir pour son fils la survivance ou la récompense de quelqu'une des charges du duc de Montbazon. Le coadjuteur paraissait sans autre intérêt que ceux de ses amis; mais, outre qu'il croyait tniuver toute sa grandeur dans la perte du cardiiud, il avait une <,'rand(' liaison avec Mme de Chevreuse, et on disait que la beauté de mademoiselle sa fdie avait encore plus de pouvoir sur lui. M. de Châteauneuf ne voulut [)oint paraîire dans ce traité; mais, comme il avait toujours été également attaché à ^Ime de ("hevreuse, et devant et après sa prison, v'a toujours été aussi conjointement (pi'ils ont pris leurs mesures, premièrcïuent avec le cardinal, et après avec ses ennemis : de sorte qu'on se contenta des paroles (pie Mme de Chevreuse donna pour M. de Châteauneuf. 11 consentit que ce qu'il avait d'amis puissants et considérables dans la maison du roi et dans le Parle-
LA l»l-.IJ\ i;.\.N< i; liKS l'UlN» l.s
iiuMit, vissent socriMciiu-nl Mme lu |)riiict'ss(' l'a' .|u il>
lui promissont ti't'iilrtT avec lui dans tous srs « its; il
pouvait ciudn' beaucoup sur l'esprit de M. le Uul ilU:i et le Coadjuteur, Mme île Chevreuse et lui l'avaient entièn ; disj)ost^ à demander la lilterl»'' des princes.
Tout était ainsi préjiaré. .M. le prince, qui en était exacteincni averti, sj-mblait pencher à conclure avec les Frondeurs ; mai.-> le duc de La Kochefoucauld, qui jus(|u"alors avait été ennemi du Coadjuteur, de Mme do Chevreuse, du duc de Heaufort et de Mme de Montbazon, voyant les négociations également av;uicées de tous côtés, empêcha Mme la princesse Palatine de faire ratilier à M. le prince le traité des Krondeurs et retarda de le ligner lui-même. Il jugeait que, si on traitait avec eux, Uprinces ne pourraient sortir de prison sans une révolutinn entière, et qu'au contraire le cardinal, qui avait les clefs du lla\Te, les pouvait mettre en liberté eu un moment, et se servir peut-être il'une voie si juste et si honnête pour éviter les périls dont il était menacé.
Aussitôt que le cardinal fut averti par Mme la princesse Palatine que le duc de La Rochefoucauld était à Paris, il souhaita avec empressement de le voir la nuit, en secret. Il se hasardait même, contre sa coutume, pour faire entrer le duc de La Rochefoucauld dans son appartement sans être vu ; il descendait seul et sans lumière dans la cour du Pidais-Royal, et s'exposait ainsi à ce qu'on aurait pu entreprendre contre lui. Dans la première conversation, il justifia d'abord, avec beaucoup de soin et d'artifice, ce qu'il avait été contraint de faire contre M. le prince, et s'étendit sur les raisons qu'il avait eues de le faire arrêter ; il n'oublia rien pour persuader au duc de La RochefoucaukI • |u'il souhaitait sincèrement de se réconcilier avec la maison de Condé, qu'il voulait entrer désormais dans tous leurs sentiments et dans toutes leurs liaisons, et que leur haine comimir.e et irréconciliable pour le coadjuteur de Paris devait être lo nœud de leur union. Il lui dit encore qu'il ne voulait de sûreté, dans son raccoimnodement avec M. le prince, ijue la parole d( Mme de Longueville et celle du duc de La Rochefoucauld ; m;ii- «lu'il demandait du temps avant ipie de conclure un traité .ji < pouvait avoir de si trrandes suites. Il voulut même ■ duc de La Rtjchefoucauld de toutes les espérances qui [ . le jilus Hatter son ambition : il lui offrit la disposition entière du jnariage de ses trois nii-ces, pour lui prouver, ce disait-il. par une marque si singulière de confiance et d'estime, quelle
HHi — 1. \ KOClIKFdrCAII.I). — (MAP III
pr^'féronce il lui voulait iloniUM- sur tous ses autres amis. Dos offres si grandes et si étendues donnèrent plus de défiance au duc de La Koelieroueauld qu'elles ne lui donnèrent d'espérances. Néanmoins, comme tous les intérêts du cardinal le devaient obliger à traiter de bonne foi, le duc de La Rochefoucauld eut linéique temps sujet de croire que sa négociation ne serait {).*is inutile, et que le cardinal, environné de tant d'ennemis et exposé à tant de i)érils, ])n mirait enfin le seul bon parti qui lui restait h prendre. 11 ciut aussi qu'il était inutile de justifier la conduite passée de M. le prince. 11 loua seulement le cardin;d d'avoir soutenu avec tant de gloire et de fermeté le poids des affaires dans des temps si difficiles ; il lui fit paraître qu'il recevait avec beaucoup de respect et de reconnaissance les marques particulières qu'il lui donnait de son estime et de son amitié, sans lui laisser croire toutefois qu'il pût se laisser toucher à tant de vjiines espérances ; mais il le pria, eu même temps, de se souvenir de ce qu'il lui avait dit à Bourg, en sortant de Bourdeaux, après que la paix fut signée, et que, comme il lui avait dit alors que son engagement vers M. le prince et M. le prince de Conti durerait autant que leur prison, il lui répétait les mêmes choses dans le Palais-Iioyal, étant encore plus entre ses mains qu'en Guyenne, et lui déclarait que la liberté des princes était le seul intérêt qu'il eût alors à ménager. 11 lui fit voir que les retardements étaient également contraires aux intérêts de la cour et à ceux des princes, et que cette entrevue, qui ne pouvait être longtemps secrète, donnerait de nouvelles défiances aux Frondeurs. Il représenta ensuite à ce ministre tout ce qu'il crut capable d'augmrnter ses soupçons et ses craintes, sans lui rien dire néanmoins de ce qui se formait tous les jours pour le chasser. Enfin il lui dit qu'il voulait une réponse positive, parce que la durée de la négociation pouvait faire perdi'c aux amis de MM. les princes des occasions favorables de les tirer de prison ; qu'ils étaient encore en état de tenir cette grâce de lui et de se joindre h ses intérêts contre leurs ennemis coimnuns ; mais ({u'on était sur le point aussi de se joindre à tout ce qui lui était opposé, s'il refusait de mettre les princes en hberté; que tout ce qu'on pouvait faire était de lui donner vingt-quatre heures pour résoudre s'il lui était i)lus avantageux de s'unir à M. lo' princ(^ pour perdre les Frondeurs, ou de voir M. le prince uni aux F'rondeurs pour le perdre lui-même. (V discours ébranla le cardinal ; il ne put néanmoins se déterminer sur l'heure : il remit au lendemain à rendre une réponse décisive ; mais son irrésolution natu-
LA nh'LIVIlANCE DES PHINCES = 107
relie et le p»>u de connaissance de son ^tat présent lui firent perdre iinitilenicnt le temps de conclure, et obligùrent le duc di* La Roeliefi»uta\d(l de traiter deux jours apri^s avec M. le dur d'Orléans et avec les Frondeurs, et de si'jjrwr ce qu'Us avaieni désir»'.
L'habileté que le cardinal Mazarin avait fait paraîtri- «-n tant d'occîisions ne parut pas au due de La Kochefoucauld dans tout le temps que dura cette né'^'ociation : il le trouva presque toujours étonné, irrésolu, affectant de fausses vanités et se servant de petites finesses. Tout défiant qu'était ce ministre, et quelque besoin (ju'il eût ilc ne se pas méprendre à juger de l'état présent de ses affaires, il ne pénétra jamais ce qui se préparait contre lui : il ne connut point les divers intérêts, ni les sentiments de tant de gens qu'il croyait attachés à sa fortune, et qui traitaient néanmoins tous les jours de son éloignement et de la liberté des princes.
I^s choses étaient venues à un point que rien n'était capable de les empêcher d'éclater. M. le due d'Orléans, (jui suivait alors, comme j";ii dit, les avis et les sentiments de Mme de Chevreuse, de ^L de Châteauneuf et du Coadjuteur, déclara ouvertement qu'il voulait la liberté des princes. Cette déclaration de M. le duc d'Orléans donna une nouvelle vigueur au Parlemi-Lt et au peuple et mit le cardinal dans une entière consternation. Les bourgeois prirent les armes : on fit la garde aux portes, et en moins de six heures il ne fut plus au pouvoir du roi et de la reine de sortir de Paris. La noblesse, voulant avoir part h la liberté des princes, s'assembla, en ce même temps, pour la demander : on ne se contentait pas de fjiire sortir les princes de prison, on voulait encore la vie du cardinal. M. de Châteauneuf voyait ainsi augmenter ses espérances ; le maréchal de Villeroy et presque toute la maison du roi les a[>puyaient sous main de tout leur pouvoir. Une partie des ministres et plusieurs des plus particuliers amis et des créatures du cardinal faisaient aussi la même chose. Enfin la cour, dans aucune rencontre, n'a jamais mieux paru ce qu'elle est.
]\Lne de Chevreuse et K de Châteauneuf gardaient encore alors exactement les apparences, et rien ne les avait rendus suspects au cardinal, tant sa fortune présente et la secrète désertion de ses propres amis lui avaient ôté la connîiissance de ce qui se passait contre lui : de sorte qu'ignorant la proposition du mariage de iL le prince de Conti, et considérant seulement Mme de Chevreuse comme la personne qui avait plus
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contribua h la prison des princes en disposant M. le duc d'Orl^Ans h y consentir, il eut d'autivnt moins do défiance des con- <^eils qu'elle l\ii donna, que son ahattemer.t et ses craintes ne lui |»orniettaient pas den suivre d'autres que ceux qui allaient {\ pourvoir à ea sûreté. 11 se représentait sans cesse (prêtant au milieu de Paris, il devait tout appréhender de la fureur d'un peuple qui avait os('> prendre les armes pour empêcher la sortie du roi. Mme de Chevreti-^e se servit avec lieaucoup d'adresse de la disposition où il était, et désirant en effet son éloignement pour établir M. de Châte.Tuneuf et pour achever le mariap,e de sa fille, elle se ménagea si bien, qu'elle eut beaucoup de part à la résolution (pi'il prit enfi)i dr se retirer. Il sortit le soir de Paris à cheval, sans trouver d'obstacle, et, suivi de quelques-uns des siens, il s'en alla ;'i Saint-Gi^rmain. Cette retraite n'adoucit point les esprits des ]\arisiens ni du Parlement. On craignait même qu'il ne fût allé au Havre, pour enlever les ])rinces, et (jue la reine n'eût dessein en même tenqis d'emmener le roi hors de Paris. Cette pensée fit prendre de nouvelles précautions. On redoubla toutes les gaides des portes et des rues proches du Palais-Royal, et il y eut encore toutes les nuits non seulement des partis de cavalerie pour s'opposer à la sortie du roi, mais un soir que la reine avait effectivement dessein de l'emmener, un des principaux officiers de la maison en donna avis à M. le duc d'Orléans, qui envoya des Ouches, à l'heure même, supplier la reine de ne persister pas davantage dans un dessein si périlleux et que tout le monde était résolu d'empêcher ; mais, quelques protestations que la reine pût faire, on n'y voulut ajouter aucune foi. 11 fallut que des Ouches visitât le Palais-Royal pour voir si les choses paraissaient disposées à une sortie, et qu'il entrât même dans la chambre du roi, afin de pouvoir rapporter qu'il l'avait vu couché dans son lit.
Les affaires étant en ces termes, le Parlement, de son côté, doimait tous les jours des arrêts et faisait de nouvelles instances à la reine pour la liberté des princes ; mais les réponses qu'elle faisait étaient toujours ambiguës et aigrissaient les esprits au lieu de les apaiser. Elle avait cru éblouir le monde en envoyant le maréchal de Gramont au Havre ainuser ]\EM. les princes d'une fausse négociation, et hii-mêrne l'avait été des belles apparences de ce voyage ; mais, comme il ne devait rien produire pour leur liberté, on connut bientôt que tout ce (pic la reine avait fait, jusqu'alors n'était que pour gagner du temps. Enfin, se voyant I)ressée de toutes parts, et ne sachant pas encore certainement
-^- \\ Itl.l.l \ li.\.\t I ltl> i'lil\<K.s^ lii'
«i le cariliiial promlniit h' jwirti de d«''livi('r les jiiiiUH*> mi «le les «•iiuii» lier avfc, lui, clU' nVdliii (le pidiiicttro soU'iiiu'Ilcfiient au l'juli'iiu'iii \i% liluTtô (l«'s priiices sans plus dinÏTtT; et le duc d»- La Kocht'fourauld fut clioisi pour jdlcr |)urtcr au Havre, au sieur de Bar, «pii les «rardaii. ccl ordre si positif ei )pii déiruisaii tous ceux (juil ;Mirait pu avoir au eunlraire. M. de La Vrillièn-, st'cnHaire d'Etat, et ("oimnintres, capitaine des {jjirdes de Ih reine, eurent charge de l'aceompauner pour rendre la chost; plus solennelle et laisser ino'ns de lieu de douter de la sinciVité de la reine. Mais tant de helles a[tparences néhlouirenl pa>^ le duc de La Rochefoucauld : il dit, en partant, à M. le duc dOrléans, (pula sûreté de tant d'écrits et de tant de paroles si soleiinellerneni données dépendait du soin (ju'on apporterait à garder le l'alais- Koyal, et que la reine se croirait dé;r;igée de tout, du moment qu'elle serait hors de Paris. Kn effet, on a su depuis qu'elle envoya en diUi^ence donner avis de ce voyage au cardinal, qui était prêt d'arriver au llaxTC, et lui dire que, sans avoir éf!;ar(l à ses promesses et à récrit du roi, d'elle et des secrétaires d'Etat, dont le duc de La Kochefoucauld et M. de La Vrillière ét.-uent chargés, il pouvait disposer à son gré de la destinée des jirinces, pendant qu'elle chercherait toutes sortes de voies pour tirer le roi hors de Paiis. ('et avis ne fit p:is changer de des.-ein au cardinal : il résolut, au contraire, de voir lui-même M. le prince et de lui parler en présence de M. le prince de Conti, du duc de Longueville et du nuiréchal de Gramont. H commença d'abord à justifier sa conduite sur les choses générales ; il lui dit ensuite, sans paraître embarrassé ef avec assez de fierté, les divers sujets qu'il avait eus de se plaindre de lui, et les raisons qui l'avaient porté à le faire arrêter. Il lui demanda néanmoins son aniitié ; mais il l'assura en même temps qu'il était fibre de la lui accorder ou de la lui refuser, et que le parti qu'il |)rendrait n'empêcherait pas qu'il ne pût sortir du Havre, à l'heure même, pour aller où il lui plairait. Apparemment ]M. le prince fut facile à promettre ce qu'on désirait de lui. Ils dînèrent ensemble avec toutes les démonstrations dune grande réconciliation; et incontinent après le ciirdinal |)rit congé de lui et le vit monter en carrosse avec iL le jjrince de Conti, le duc de Longueville et le maréchal de Gramont. Ils vinrent coucher à trois lieues du Ha\Te, dans une maison nommée Grosmesnil, sur le chemin de Rouen, où le duc de La Rochefoucauld, M. de La Vrillière, Comminges et le président Viole arrivèrent presque en même temps et furent témoins des premiers moments de leur joie. Ils recou-
MO LA UOCIIKFOIJCAULI). — CIIAIV 111
vrèrent ainsi leur liberté treize mois après l'avoir perdue. M. le prince supporta cette ilisiijrâcc avec beaucoup de résolution et de constance, et ne perdit aucune occasion de faire cesser son malheur. Il fut abaiulouné de |)lusieurs de ses amis; mais on peut dire avec vérité {pu> nul itutre n'en a jamais trouvé de plus fermes et de plus liilèles (pie ceux/pii lui resièrent. Jamais personne de sa (pialité n'a été accusé de moindres crimes, ni arrêié avec moins de sujet ; mais sa naissance, sou nu'>rite et son iimoeencc même, (pii devaient avec justice empêcher sa prison, étaient de g;rands sujets de la faire durer, si la crainte et Tirrésolution du cai"dinal et tout ce qui s'éleva en même temps contre lui ne lui eussent fait prendre de fausses mesures dans le commencement et dans la fin de cette affaire.
Après cela, La Rochefoucauld se ligurait avoir fait « des merveilles (1) ». Il s'était ])lii au mystère entourant son voyage à Paris. Son imiigination avait travaillé de concert avec son habileté. Écrivant au marquis de SiUery, au moment de se mettre en route, il lui disait :
Voyez si vous avez quelque chose à m'ordonner au pays où je vais avec celui qui vous écrit ce que dessus {Gourville sans doute lui servait de secréinire). Personne du monde ne saura le lieu où je loc;erai que Perrenelles, à (lui je le ferai savoir par mon valet nommé Pierre, par qui elle m'enverra dire où elle voudra que je la voie. J'envoyerai ce valet Pierre parler à elle aussitôt que je jugerai que vous aurez pu lui faire savoir de vos nouvelles et des miennes (2).
Ah ! le beau manteau couleur de muraille que revêtait cet incorrigible romanesque jusque dans les conciliabules les plus serrés ! y
L'illusion d'avoir accompli des prouesses ne l'éblouit 4|
(1) Correspondance, p. 46.
(2) Ibid., p. 45, 46.
LA FIlO.NDt: ItKS PIUNCES 111
pas lonertenips toutefois. Condi\ qui lui avait battu froid depuis la délivrance, se réconcilia avec lui ainsi qu'avec Mino de Longueville. Tous les intérêts particuliers, gâchés vl mal utilisés aupr^'s de la ré«,a'nte, inaltérahleiiu-nt liée au cardinal exilé, se refonnèrcnt en cabales. Le prince se retira à Saint-Maur auprès de sa mère, avec sa suMir et La Kochefoucauld lui-même, a lin de pré[)arer le nouveau plan de campagne révolutionnaire.
Dans les premiers jours, cette cour ne fut pas moins remplie do personnes de qualité que celle du roi. Tous les divertissements même s'y rencontrèrent pour servir à la politique, et les bals, les comédies, le jeu, la chasse et la bonne chère y attiniient un nombre infini de ces gens incertaiiis qui s'offrent toujours au conunencement des p;u-lis et qui les trahissent ou les abandonnent d'ordinaire selon leurs craintes ou leurs intérêts.
Ce fut la dernière halte avant le dégoût suprême, avant tous les dégoûts, avant la lassitude même de sa mîiîtresse. Dans ce décor nuignifique, les deux amants purent sans doute dérober aux fêtes et aux complots quelques-unes de ces heures heureuses qui laissent flotter comme une sorte de souvenir attendri sur les Maximes elles-mêmes. Parmi les frivolités équivoques de ce milieu, attaqué par tous ces jouisseurs sans foi et sans âme, qui minent les partis politiques, la charmante et héroïque Longueville dénoua dans les mains de son amant ses longs cheveux d'un blond cendré, tendit vers lui son visage très pur, qui devait à la petite vérole des reflets de perle, ses grands yeux de turquoise, à la fois ardents et soumis. Elle demeurait dévouée aux passions, — cornélienne dans la lutte, racinienne dans l'amour, — à toutes les passions qui les avaient unis. Elle avait tout sacriiié à leur fortune, comme nous le révèlent les deux seules lettres qui soient restées de leur corre^:^)ondance, si touchantes, si abandonnces l'une et l'autre. Voici en effet ce qu'elle écrivait (1) de
(1) Correspondance de Lu Rochefoucauld, t. TU, ap[»endice !•=', p. 209, 2G0.
Hi I \ UOCIIKI-OUCAI I.l>. — CIIAI'. III
StoïKiy à iii» liocliofoucauld, qiu>lquos semaines aiiparavanl. alors qu'ils coinbattaicMit l'un et l'autn» pour la MuMiie wuisf, aux extrémités de hi Pi'ance :
Jjii uulilit- de vous prier de fjiire en sorte nue le lils aîné do Mandane (Mme de Longueville) revieiuic du lieu où il est, car j'ai su (ju-ii n'y est pas trop bien ; et puis pour niillo conséquences (|ui seraient trop longues à vous déduire, cela est plus à propos ; il faut, s"il vous plait, le fjiire agn'er h Belinde (la princesse douairi»''re de Condé) et eu jjarler à Mme de Bourgnenf, lui prétextant ce retour sur ce que, les es|)éranccs que l'on aurait de former un parti en Normandie étant perdues présentement, il n'est plus nécessaire que cet enfant soit en lieu où on ne le connaisse pa^ : pour la raison de sa sûreté, elle n'est pas plus consirérable, car on ne lui veut pas jdus de mal qu';\ son frère. Vous examinerez tout cela s'il vous plaît, et en userez comme vous le jugerez le ])lus à propos, car je soumets mon sens au vôtre en cela, comme je ferais en toute autre chose. Je vous devrais bien faire des excuses de vous entretenir comme cela de nos affaires domestiques et de vous en donner le soin; mais votre bonté supplée à ce que ma reconnaissance toute seule ne pourrait pas l'aire dignement ; tout de bon, je suis honteux (au masculin |iour dérouter) cent fois par jour de toutes ces fatigues que je vous doime, et cela mêle une vraie amertume dans le plaisir (pie me donne la manière dont vous agissez pour moi. Je vous jure au moins (pu* ces bontés font leur effet, et un effet si tendre dans mon cœur, qu'il me donne plus à vous que je n'ai jamais été à moi-même ; et je suis ravi d'y être autant par obligation (pie j"y ai été d"al)ord par inclination, et d'y être enfin par une union si ferme quil n'y ait que la seule mort qui la puisse détruire.
EUe terminait ain.si (i) son autre lettre, après avoir déploré « cette étoile enragée, qui renverse avec rien la (leniièrc (2) puissance quand elle est favorable à M. du Val (lisez Mme de Longuevillc) » :
Jusques au dernier moment, M. du Val (Mme de L.) aura les sentiments que je vous dis dans le dernier trouble : il considé-
(1) Correspondance de La Roche foumuld, appendice I'^'^, p. 2G3.
(2) Dernière, dans le sens de la plus grande. {Dictionnaire de V Académie, 1094.)