‹ La RochefoucauldChapitre 22 sur 87 · I. A ItoCIIKKOlCAl l.l> «Il · texte numérisé non relu

I. A ItoCIIKKOlCAl l.l> «Il

de ne l'avoir \ms averti plus tôt de ce qui se disait dans le monde. On cherelui dès lors des moyens de rompre cette affaire sans ai«îreur; mais les intérêts en (étaient trop i^rands et les circonstauces trop piquantes pciur ne pas renouveler et accroître encore rancienne haine de Mme de Chevreuse et des Frondeurs contre M. le prince et contre ceux qu'ils soupçonnaient d'avoir part ;\ ce qu'il venait de faire. I.e pn^ident Vi(»lo fut eliari,Hi d'aller trouver Mme de riie\Teuse pour d(''ç;a<;er, avec quelque bienséance, M. le prince et monsieur son frère des j)aroles qu'ils avaient données pour le mariage. Ils devaient ensuite, l'un et l'autre, l'aller voir le lend(>main ; mais, soit qu'ils ne pussent soutenir la présence d'une pei-soime à qui ils faisaient un si sensible déplaisir, ou (pie les deux frères, qui s'aii^rissaient tous les jours pour les moindres choses, se fussent aif^ris louciianl la manière dont ils devaient rendre cette visite à Mme de Chevreuse, enlin ni eux, ni le président Viole, ne la virent point ; et l'affaire se rompit de leur côté sans qu'ils essayassent de garder aucune mesure, ni de sauver la moindre apparence.

Je ne puis dire si ce fut de la participation de M. de Chavigny que M. le j)rince accepta l'échange du gouvernement de Guyenne avec celui de Bourgogne, qui fut donné au duc dÉperiion ; mais enfin ce traité fut conclu par lui, sans (pTil y fût parlé de ce qu'il avait demandé pour monsieur son frère, jiour le due de La Kochefoucauld et pour tous ses autres amis. C'Cpendant les conseils de M. de Chavigny avaient tout le succès qu'il désirail. IJ avait seul la confiance de M. le prince, et il l'avait porté à rompre son traité avec la reine, contre l'avis de Mme de Longueville, de Mme la princesse Palatine et des ducs de Bouillon et de La Rochefoucauld. MM. Servien et de Lyonne se trouvèrent brouillés des deux côtés pour cette négociation et furent chassés ensuite. La reine niait d'avoir jamais écouté la proposition de Blaye, et accusait M. Servien de l'avoir faite exprès, pour rendre les demandes de ^\. le prince si hautes qu'il lui fût impossible de les accorder. M. le prince, de son côté, se plaignait de ce que M. Servien étant entré en matière avec lui de la j)art de la reine, sur des conditions dont elle n'avait point eu de connaissance, on lui avait fait tant de vaines proj)osilions pour l'amuser sous l'apparence d'un traité sincère, qui n'était en effet (pj'un dessein prémédité de le ruiner. lOnfin, bien que M. Servien fût soupçonné par les deux partis, cela ne diminua point l'aigreur (pii commençait à renaître eiiire la reine et M. le prince. Cette division était presf|ue é'/ah jnciii fdinenléc par tOUS ceux qui les

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de sa rctiiduito, i-llo no jxtuvaii l'iUlor trouvor on ••,

sans exposor au moins sa lihtrtô. IVpondant io chu ;.■-

villo voulait la rotiror auprrs do lui piir touto sorti- tic vuie.-^, ot ollo n'avait plus do pit-tixio d'ôvitor co pôrilloiix voyai^'o, qu'on portant nionsiour son frôro à la ^uorro oivilo. M. K' prince de Conti n'avait point do but arrêté ; il suivait toutefois les sentiments de matlamo sa sanir, sans les connaître, et voulait la guerre parce qu'elle l'éloif^nait de sa profession, qu'il n'aimait pas. Le duc de Nemours la conseillait aussi avec empressement ; mais ce sentiment lui venait moins de son ambition, que de sa jalousie contre M. le prince. 11 no pouvait souffrir qu il vit et qu'il aimât Mme do Châtillon ; et, comme il ne pouvait r«'mpêcher qu'en les séparant pour toujours, il crut que la iruorre ferait seule cet ofTot, et c'était le seul motif qui la lui faisait désirer. Les ducs do Bouillon ot do La Rochefoucauld étaient bien éloignés de co sentiment : ils venaient d'é[)rouver à combien de peines et do diUicultés insunnontablos on s'expose pour soutenir une g:uerro civile contre la présence du roi ; ils savaient de quelle infidélité de ses amis on est menacé lorsque la cour y attache des récompenses et qu'elle fournit le prétexte de rentrer dans son devoir. Ds connaissaient la faiblesse dos Iv-pairiiols, combien vaines et trompeuses sont leurs promesse-, il que leur vrai intérêt n'était pas que M. le prince ou le cardii lit

maître dos aff;uros, mais soulotni'iit de fomenter . .:e

entre eux pour se prévaloir >' isions. l>e duc do liouiUun

joignit encore son intérêt i à cfhii du pubhc ; et il

espérait de s'acquérir quflijue niénii reine s'il contri-

buait à retenir M. le prime dans In . Le dnc i! • 1^

Rochefoucauld ne pouvait pas témoigner si ouv. -;i

répugnance pour cette guerre : il était obligé de sui\ i-

ments de Mme de Loniruivillo, et ce qu'il pouvai; nj

était d'essayer de lui faire désirer la paix; mais la ^wi.wi.i.^ de la cour et celle de M. le prince fournirent bientôt des sujets de

ll»l I. A liiiCIIKI-OIC \ll.l» ( IIAI'. Ili

driiaiicfs tlt' |i;iil cl d'ainrt', ildiil la suilc a ('xpdsr l'hltal cl tain il'illustrcs iiiaisoiis ilii niyaiiinc.

IViuiant (|iu' les choses se disposaient de tous colés à une entière iiiplurc, M. le prince avait envoyé (|ncl(pie temps auparavant le martpiis de Sillery en h'Iandres, sous prétexte de déiraicer Mme de Loni^ucville et M. de 'i'urenne îles traités (piils avaient faits avec les Ms|)ai,Miols |iour procurer sa liberté; mais en effet il avait ordre île prendre des mesures avec le comte de Kuensaldagno et de pressentir ipu'lle assistance il pourrait tirer du roi dlOspa^no, s'il était ohlii^é do faire la guerre. Fuensaldagne répondit s-olon la coutume ordinaire des Espagnols, et promettant en général beaucoup |)lus ipron ne lui pouvait raisonnablement demander, il iroui)lia rien pour engager M. le prince à prendre les armes.

D'un autre côté, la reine avait fait une nouvelle liaison avec le ("oadjiiteur, dont le principal foiuieinent était leur commune haiiu' jxuir M. le jirince. (V traité devait être secret par l'intérêt de la reine et par celui des Frondeurs, puisqu'elle lU' pouvait attendre aucun service d'eux (pie j)ar le crédit qu'ils avaient sur le peiii)le, lequel ils ne |)()uvai(>nt conserver qu'autant (pi'on les croyait ennemis du cardinal. Les deux partis rencontraient également leur sûreté à perdre M. le prince. On offrit même à la reine de le tuer, ou de Tarrêter prisonnier ; mais elle eut horreur de cette j)remière proposition et consentit volontiers à la seconde. Le Coadjuteur et M. de Lyonne se trouvèrent chez le comte de Montrésor pour convenir des moyens d'exécuter cette entre])rise ; ils demeurèrent d'accord qu'il la fallait tenter, sans résoudre rien pour le temps ni j)our la numière de l'exécuter; mais, soit que M. de Lyonne en craignît les suites pour l'Etat, ou que, voulant emj)êcher, comme on l'en soiqj(,'onnait, le retour du cardinal, il considérât la liberté de I\l. le prince comme le plus grand obstacle qu'on y pût apporter, il découvrit au maréchal de (iramont, qui était son ami, tout ce qui avait été résolu contre M. le prince chez le comte de Montrésor. Le maréchal de Gramont usa de ce secret comme avait fait M. de Lyonne et il le dit à M. de Chavigny, après l'avoir engagé, par toutes sortes de serments, de ne le point révéler; mais M. de Chavigny en avertit à l'heure même M. le prince. 11 crut (pielque tcmj)s qu'on faisait courir le bruit de l'arrêter j)Our l'obliger à quitter l'aris, et que ce serait une faiblesse d'en prendre l'alarme : il voyait avec quelle chaleur le peuple prenait ses intérêts, et il se trouvait continuellement accompagné d'officiers d'armée, de ceux de ses

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lrou|H's, iW st's (l<tiii(>slit|ui> t'i il»' sf> aini- |iailiniliiT>. I' (•('ttf rtmliuiKi', il lu' rlianj^i-a rien à sa tniuliiiic (|U«' tlf r plus au Louvre; iiuiis «rlU' |imauli<in lu- h* put uaraiiiii ilr st'xpovT lui-iiuMUc à ce (|u'il voulait rvitor; car il se trouv.i. par lia.»;ir(l. au Cours, ilaiis le tciups (juc U' roi y piissait t-n uaut de la cljtxse. suivi ih> ses ixarilcs v\ ili' st's chcvaii-li-. (Vtti' rcnnuitrc, (|ui th'vail ptrilrt' M. le jtriiu'e, ne produisit auruii effet. \a' mi continua sou eluiuiii, sans que pas un de eeux ()ui étaient aupn's de lui osât lui d(»niu'r de e«)nseil ; et M. le prince sortit aussitôt du Cours, pour ne lui donner pas le temps de former un dessein.

Cependant les avis continuels (juoii donnait de toutes parts à M. le prince commencèrent à lui persuader <pi"on songeait en effet à s'assurer de sa personne, et dans cette vue il se réconcilia avec .Mme de Lon«;ueville et avec le duc de La Kocliefoucaidd. Il fut néanmoins (juel(|iic temps sans prendre de nouvelles précautions, quoi (|u"on put faire pour Iv résoudre ; mais, après avoir résisté h tant de conjectures ajipareiites et à tant d'avis certains, il fit, sur une fausse miuvelle, ce (ju'il avait refusé de faire par le véritable conseil de ses amis. Un soir, étant dans le lit et causant em-ore avec Vineuil. celui-ci re(.ut un hillet d'un «gentilhomme nomim'' le B(tucliet. (pii lui mandait d'avertir M. le prince (pie deux compairnies des ^jardes avaient pris les armes, et (pi'ellcs allaient marcher vers le faul)ourji Saint-dermain. Cette nouvelle lui lit croire ipi'ellcs ilevaient investir l'hôtel de Condé. au lieu (ju'elles étaient seuleuu'nt commandées | our faire payer les entrées aux portes de la ville. 11 se crut obliiré de monter à cheval à l'heure même, et étant seulement suivi de six ou sept de ses ^ens, il sortit par le faul)our«; Saint-Michel, et denu'ura (juelque temps dans le ^rand chemin pour attendre des nouvelles de M. le prince de Conti, qu'il avait envoyé avertir; mais une seconde méprise, plus vaine (pie la première. r(»l)litrea d'ahandoiiner son poste. Il entendit un assez i^rand iiomhre de chevaux qui marchaient au tntt vers lui, et, croyant que c'était un escadron (pii le cherchait, il se retira vers Fleury. prt*s de Meud(»n ; mais il se trouva que ce n'était que des coquetiers, (pli marchaient toute la nuit pour arriver à Paris. Dès (pie M. le prince de Conti sut que monsieur son frère était parti, il en donna avis au duc de La Kochefoucauld. (pii alla joindre M. le prince pour le suivre ; mais il le pria de retourner à l'heurt' même à Paris, pour rendre coiupte à M. le duc d'Orléans du sujet de sa sortie et de sa retraite à Saint-Maiir.

liJJi ^^ l-A lîdCIlKKorCAlLI». CIIAl'. III

Co dt'^|)jirt lie M. le i)riiu'e |)roduisit dans le muiule ce que les firandcs nouvelles ont aeeoutnnié d'y produire, et chacun faisait de différents projets. L'apparence d'un clianfroment donna de la joie au peuple et de la crainte à ceux qui étaient étaMis. Lo Coadjuteur, ^Inie de Chevreuse et les Froiuleurs crnnMit que l'éloifineinent île M. le prince les unissait avec la cour, et aiigmeniait leur considération par le besoin qu'on aurait d'eux. La reine prévoyait sans doute les malheurs qui menaçaient rj'Jlat; mais elle ne pouvait s'alTliij^er de ce qui pouvait avancer le retour du cardinal, il. le jirince craignait les suites d'une si grande affaire et ne |)ouvait se résoudre d'embrasser un dessein si vaste. Il se défiait de ceux qui le poussaient à la guerre, il en craignait la légèreté, et il jugeait bien qu'ils ne lui aideraient pas longtemps à en soutenir le poids. Il voyait, d'autre part, que le duc de Bouillon se détachait sans éclat de ses intérêts ; que M. de Turenne s'était déjà expli(]ué de n'y prendre désormais aucune part; que le duc de Loiigueville voulait demeurer en repos, et était trop mal satisfait de madame sa femme pour contribuer à une guerre dont il la croyait la principale cause. Le maréchal de La ]\lotte s'était dégagé de la parole qu'il avait donnée de prendre les armes ; et quelle que fût la raison de son changement, il dit qu'il n'avait plus de prétexte de se plaindre de la cour, jmisque Le Tellier en était chassé, qui lui avait seul attiré la persécution qu'il avait soufferte ; et enfin tant de raisons et tant d'exem[)les auraient sans doute porté M. le prince à suivre l'inchnation qu'il avait de s'accommoder avec la cour, s'il eût pu se confier à la parole du cardinal; mais l'horreur de la prison lui était encore trop présente pour s'y exposer sur la foi de ce ministre. D'ailleurs Mme de Longueville, qui était tout de nouveau pressée j)ar son mari de l'aller trouver en Nonnandie, ne pouvait év'ter ce voyage, si le traité de M. le prince s'aclicvait.

Parmi tant de sentiments contraires, le duc de La Rochefoucauld voulait tout à, la fois garantir Mme de Longueville d'aller à Rouen, et porter M. le prince à traiter avec la cour. Les choses étaient néanmoins bien éloignées de cette disposition : M. le prince, peu d'heures après son arrivée à Saint-Maur, avait refusé de parler en particulier au maréchal de Gramont, qui était venu de la part du roi lui demander le sujet de son éloignement, le convier de retourner à Parrs et lui promettre toute sûicté. M. le prince lui répondit devant tout le monde, que bien que le cardinal ilazarin fût éloigné de la cour, et que MM. Servien, Le Tellier et de Lyonne se fussent retirés par ordre de la

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roinp, l'esprit et les nmxinu's du cardinal y réfrnaif'" • '■*

i\\ù\\n\{ souffert uiu' si rudo ft si injuste prison, il (juc soâ innocence ne suflisail pa.s pour ^tal)lir s;i mit. !•■ , ([n il espénii de la trouver dans sa retraite, où il conservirait Um? I! immis qu'il avait fait paraître tant d<' f<M> |Mnir le

Il i;it et pctur la i^loire du roi. 1^' nian''c|i;il .!.• (;ri!ii(»nt

fut surpns et piqut'' de ce discours. Il avait ci avec y\. le prince et commencer ipiehpu' m cour et hn ; mais il ne pouvait pa.s raisonnablement se plaindre que M. le prince refusât d'ajouter fui aux paroles qu'il lui venait porter porr sa sfiret^, puisque M. de Lyonne lui avait confié la résolution qu'on avait prise chez le comte de Montrésor de l'arrêter une seconde fois. Mme la princesse, M. le prince de Conti et Mme de Lonfirueville se rendirent à Saint-Maur aussitôt que M. le prince; et. dans les premiers jours, cette cour ne fut pas moins remplie de personnes de qualité que celle du roi. Tous les divertissements même s'y rencontrèrent pour servir à la politique, et les bals, les comédies, le jeu, la chasse et la bonne chère y attiraient un nombre infini de ces gens incertains qui s'offrent toujours au commencement des partis, et qui les trahissent ou les abandonnent d'ordinaire selon leurs craintes ou leurs intérêts. On jugea néanmoins que leur nombre pouvait rompre les mesures qu'on aurait pu prendre d'attaquer Saint- Maur, et que cette foule, inutile et incommode en toute autre rencontre, pouvait servir en celle-ci et donner quelque réputation aux affaires. Jamais la cour n'avait été agitée de tant dintrigues différentes. Les pensées de la reine, comme je l'ai dit, se bornaient au retour du cardinal. Les Frondeurs proposaient celui de M. de Châteauneuf, et il leur était nécessaire à beaucoup de desseins ; car, étant une fois rétabli, il pouvait plus facilement traverser sous main ceux du cardin:d et occuj)er sa place, s'il venait à tomber. Le nuoréchal de Villeroy contribuait, autant qu'il lui était possible, à y disposer la reine; mais cette affaire, conuiie toutes les autres, ne pouvait se résoudre sans le consentement du cardinal.

Pendant qu'on attendait ses ordres à la cour sur les choses présentes, M. le prince balançait encore sur le parti qu'il devait prendre, et ne pouvait se détermiiu'r ni à la paix ni à la iruerre. Le duc de La Rochefoucauld, voyant tant d"ineeriitti(l'-^. erut se devoir servir de cette conjoncture pour |iorier M. à écouter avec plus de facilité des propositions d'aet ment, dont il semblait que Mme de Longueville essaya*! de le

ii8 = i.A K()(.ih:k()1(:ai!LI). — ciim". ni =

iltMtiiiriU'r. Il cra vmilii aussi la poiivoir fiaraiitir {lallcr eu Sovluaiulit' ; ot rien ne (•diivcuail mieux à ces ilcux ilcsscius i^uc de la (lis|)i>s('r à simi aller à Mouroiul. Dans cette pensée, il 11 voir à Mme de L()ni,nieville ijuil uv avait ([uo sou éloii;iieueut de Taris ijui |)fit satisfaire monsieur son mari et rompre le voyaii,»' (|u"olle oraiiïuait : (pie M. le prince se pouvait aisiMneit lasser de la protection (pi'il lui avait donnée juscpralors, avant un prétexte aussi spécieux (pie celui de réconcilier uiu' femme avec son mari, et surtout s'il croyait s'attacher par là M. le duc de Lon<iueville : de plus, (pi'on laccusait de fomenter elle seule le désordre : (pielle se trouverait responsable en plusieurs façons, et envers nunisieur son frère et envers le monde, d'allumer une guerre dans le royaunu', dont l(>s évéiu>ments seraient fuiu'stes à sa maison ou à l'Ktat, et (ju'elle avait prescpu* un éjial intérêt à la conservaiion de l'un et de l'autre. Il lui représentait encore (pu' les excessives dépenses que M. le prince serait «hlijîé de soutenir ne lui laisseraient ni le pouvoir ni peut-être la volonté de subvenir à la sienne, et que, ne tirant rien de M. de Lonj^ueville, elle se trouverait réduite à une insupportable nécessité; (prenfin. pour renu>dier à tant d'inconvém'ents, il lui conseillait (le prier ^I. le prince de trouver bon (pu' Mme la princesse, M. le duc d'Eni^hien et elle se retirassent à Mourond, pour ne l'embarrasser point dans une marche précipitée, s'il se trouvait oblifié de partir, et pour n'avoir pas aussi le scrupule de participer à la périlleuse ré'sohition qu'il allait prendre, ou de mettre le feu dans le royaume par une guerre civile, ou de confier sa vie, sa liberté et sa fortune à la foi douteuse du cardinal Mazarin. Ce conseil fut approuvé par Mme de Longueville, et M. le prince voulut qu'il fût suivi bicnti'jt après.

Le duc de Nemours commençait à revenir de son premier emportement, et, bien que toutes ses passions subsistassent encore, il ne s'y laissait pas emporter avec la même impétuosité (piil avait fait d'abord. Le duc de La Rochefoucauld se servit de cette occasion pour le faire entrer dans ses sentiments. Il lui lit connaître que leurs intérêts ne pouvaient jamais se rencontrer dans uiu' giu-rre civile; que M. le prince j)ouvait bien détruire leur fortune par de mauvais succ('s, mais (pi'ils ne pouvaient presque jamais se prévaloir des bons, puis(pu' la diminution de l'Klat causerait aussi n(''cessaircment leur ruine ; que, comme M. le prince avait peine à se ré'soudre de prendre les armes, il en aurait encore |ilus à les (piitter, s'il les |)renait ; (piil ne trouverait pas aisénuMit sa sûreté à la cour après l'avoir

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ulTi'iisct', |iiii>i|U il ne l y iminaii |)a> rciifdiitn'r saii.^ avoir t'ucort' rit'ii fait coniic v\U'\ (|U ciilin, outre ce (|u il avait à monai;or dans riiiiiiicur lU* .M. le prinei', il devait considérer qu'en réloiiîuaut de Paris, il seii éloi^riiait aussi lui-inéuu' et mettait sa destinée entre les niHins de son rival.

(es raisons trouvèrent le duc de Nemours disposé à les recevoir, et, soit qu'elles lui eusseni dniiiié des vues (pi'il n'avait [)as, ou (|ue, par une légèreté ordinaire aux personnes de son âu'e, il se portât à vouloir le contraire de ce (ju'il avait voidu. il se résolut de contrihuer à la paix avec le même empressement <|u"il avait eu jus(|u'alors pour la truerre, et prit des mesures avec le duc tle i.a Kochefoucauld pour ^^rir de concert dans ce dessein,

La reine était Jilors de plus en plus animée contre M, le prince ; les Frondeurs cherchaient à se ventrer de lui par toutes sortes de moyens, et cependant ils perdaient leur crédit |)armi le peuple, par l'opinion (pi'on avîiit de leur liaison avec la cour. La haine du (oailjutcur éclatait particulièrement contre le tluc de La Rochefoucauld : il lui attribuait la ru|»ture du marit^îe de Mlle de Ciu'vreiise. et, croyant t(tutes choses permises pour le perdre, il n"oul)liait rien pour y enj^ai^er ses ennemis par t(»utes >ortes de voies extraordinaires. I.e carrosse du duc de La Kochefoucauld fut attacpié trois fois de nuit, sans (pion ait pu savoir (juelles «rens y avaient part. Cette animosité ne l'empêcha pas néanmoins de travailler pour la paix conjointement avec le duc de X?mours. Mme de Lontrueville même y donna les mains, dès qu'elle fut assurée d'aller à Mourond ; mais les esprits étaient trop échaufîés pour écouter I9 raison, et tous ont éprouvé à la lin (|ue personne n'a hien connu ses véritables intérêts. La cour même, (pie la fortune a soutenue, a fait souvent des fautes considéral)les : et l'on a vu. dans la suite, (jue cluKpie [)arti s'est plus maintenu par les man(piements de celui (pii lui était opposé, que par sa bonne conduite.

Cependant M. le prince employait tous ses soins pour justiHer ses sentiments envers le Parlement et envers le peuple; et, voyant (pje la «îuerre qu'il allait entrepreiulre nuuupiait de prétexte, il essayait d'en trouver dans le j)roc(''dé de la reine, qui avait ra|)|)plé aupri's d'elle MM. Servien et Le Tellier. apr^'s les avoir éloignés en sa considération, et il (essayait de persuader (pie leur retenir était moins pour l'offenser (pie pour avancer celui du cardinal. Ces bruits semés p<irini le peii|ile y faisaient (piehpie impressi(»n. Le l'arlement était plus parlairé (pie jamais : le premier président Mole était devenu ennemi de M. le [iriiice,

\M\ I. \ lldCIIKFOl'C.M'IJ). — CIIAl' III =

croyant qu'il avait conlril)iit'' à lui t'airo ôtor les sceaux, poiii' les douner h M. do Châtoaiincuf. feux (|ui étaient ^a^,n(''s de la cour se joi<j;naient. à lui : mais la coiuluite des Frondeuis était plus réservée : ils n'osaient paraître i)ien intentionnés pour le cardinal, et toutefois ils le voulaient servir en effet.

Les elioses étaient en ces ternies lorsque M. le prince quitta Saint-Manr ixuir retourner à Paris : il crut être en état, par le nombre de ses amis et de ses créatures, de s'y maintenir contre la cour, et que cette conduite fièrc et hardie donnerait de la réjjutation à ses affaires, 11 fit partir en même temps Mme la princesse, M. le duc d'Enghien et Mme de Lonnjueville pour aller il Mourond, dans la résolution de les y aller joindre bientôt, et de passer en Guyenne, où Ton était disposé à le recevoir. 11 avait envoyé le comte île Tavannes en Champagne, pour y commander ses troupes qui servaient dans l'armée, avec ordre de les faire marcher en corps à Stenay, aussitôt qu'il le lui manderait. Il avait jiourvu à ses autres places et avait deux cent mille écus d'argent comptant : ainsi il se préparait à la guerre, bien qu'il n'en eût pas encore entièrement formé le dessein. Il essayait néanmoins, dans cette vue, d'engager des gens de qualité dans ses intérêts, et, entre autres, le duc de Bouillon et M. de Turenne.

Ils étaient l'un et l'autre particuhèrement amis du duc de La Rochefoucauld, qui n'oubha rien pour les faire prendre le même pai'ti qu'il'se voyait déjà obligé de suivre. Le duc de Bouillon lui parut irrésolu, désirant de trouver ses sûretés et ses avantages, se défiant presque également de la cour et de M. le ))nnce, et voulant voir l'affaire engagée avant que de se déclarer. M. de Turenne, au contraire, lui parla toujours d'une même nuiiiière depuis son retour de Stenay. Il lui dit que M. le prince ne l'avait ménagé sur rien depuis sa hberté, et que, bien loin de j)rendre ses mesures de concert avec lui et de lui faire part de ses desseins, il s'en était non seulement éloigné, mais avait mieux aimé laisser périr les troupes qui venaient de combattre pour sa liberté, que de dire un mot pour leur faire donner des quartiers d'hiver. 11 ajouta encore qu'il avait affecté de ne se louer ni de ne se plaindre de M. le prince, pour ne pas donner lieu à des éclaircissements dans lesquels il ne voulait pas entrer ; qu'il croyait n'avoir rien oublié pour servir M. le prince ; mais (ju'il prétendait aussi que l'engagement où il était entré avec lui avait dû finir avec sa prison, et qu'ainsi il pouvait prendre des liaisons selon ses inclinations ou ses intérêts. Ce furent les raisons par lesquelles M. de Tureime refusa de suivre une seconde fois

LKS • «illllMt I At.l.s - ^=== i'Si

la fortune de M. \v juince. Ia' duc do Houillon, (jui ym ' ' ' •.r de s\'xpli(|iii'r, se (ruuvuit Ijieii eiiili;unL><sé pour r

de répondre prreiM'iuent. M. le |»rinee et lui uvjiifin r

médiateur i'IiIk- fiix le duc de La Hochefoucaulil ; n. ,(■

1 leii (ju'un emploi comme celui-là - >

«. . lis (jui doivent convenir sur iJint (i is

articles et si iniportanls, il les eiijra^eu à se dire eux-meiue>, en sa présence, leurs sentiments, et il arriva, contre l'ordinaire de sendjlaliles échiircissements, (jue la conversation finit sans aifîreur, et qu'ils demeurèrent satisfaits l'un de l'autre sans être liés ni engapés à rion.

11 semblait alors que le princii)al but de la cour et de M. le jtrince fût de se rendre le Purlement favorable. Les Frondeurs affectaient d'y paraître sans autre intérêt que celui du public; mais, sous ce prétexte, ils choquaient M. le prince en toutes choses et s'opposaient directement à tous ses desseins. Dans les commencenu'nts, ils l'accusaient encore avec quehjue retenue ; mais, se voyant ouvertement appuyés de la cour, le Coadjuteur fou va de la vanité à j)araître ennemi déclaié de M. le prince, et dès lors non seulement il s'oj)posa, sans fi;arder des mesures, a tout ce qu'il pro|)osait, mais encore il n'alla plus au Palais sans être sui\i de ses amis et d'un grand nombre de gens armés. Un procédé si fier déplut avec raison à iL le prince, et il ne trouvait pas moins insupportable d'être obhgé de se faire suivre au Palais, pour disputer le pavé avec le Coadjuteur, que d'y aller seul et d'exposer ainsi sa vie et sa liberté entre les mains de son plus dangereux ennemi. Il jugea néanmoins qu'il devait préférer sa sûreté à tout le reste, et il résolut enfin de n'aller plus au Parlement sans être accompagné de tout ce qui était dans ses intérêts.

On crut que la reine était bien aise de voir naître ce nouveau sujet de division entre deux personnes que dans son cœur elle haïssait presque égîJement, et qu'elle inuiginait a«sez quelles en j)ourraient être les suites pour espérer d'être vengée de l'un |)ar l'autre et de les voir périr tous deux. Elle donnait néanmoins toutes les aj)i)arences de sa protection au Coadjuteur, et elle voulut qu'il fût escorté par une partie des gens d'armes et des chevau-légers du roi, et i)ar des officiers et des soldats du régiment des gîirdes. M. le prince était suivi d'un grand nombre de personnes de qualité, de plusieurs officiers d'armée et d'une foule de gens de toutes sortes de professions, qui ne le quittaient plus depuis son retour de Saint-Maur. Cette confusion de gens

I3i =^ I. A liiMii i;i'(ii(; \ I II» iii\i' III ==-

ilo cliUiTciils |)arlis, si- lidiivaiil Unis ciisi'iiihli' dans la i^iaiulc sallo (lu Palais, lit apitriMn'iuli'r au Parlouu'nt de voir arriver un désordre (pii les jiourrait tous eiivelo|)|)er dans un même péril et (|ue personne ne serait eajiahle dapaiser. Le premier président, |)our |)révenir le nud, résolut de prier M. le prince de ne se pins faire aeeompaiiner au l'alais. 11 arriva mênu' un jour (pie .M. le due (r()rli''ans ne s"v étant |)oint trouvé, et (pie M. le prinec et le ("oadjuleur s "y étant rendus avec t(Mis leurs amis, leur nombre et raiii;reur (|iii paraissait dans les esprits aui:,inentèreiit de Ixnuicoup la crainte du premier pré'sident. ^1. le prince dit même tpiehpies ])aroles piipianles, (pii s'adressaient au ('oadjutciir : mais il y répondit sans s'étonner, et osa dire pul)li(inemenl (pie ses ennemis ne raccuseraient |)as au moins davoir maïupié à ses })romesses, et (pie pou de personnes se trouvaient aujouidlmi exemptes de ce reproche, voulant d(>sij;ner par là M. le prince et lui reprocher tacitement la rupture du mariaji,e de Mlle de Chevreuse, le traité de Noisy et rabandonnement des Frondeurs quand il se réconcilia avec le cardinal.

Ces bruits semé's dans le monde ])ar les partisans du Coadjiiteur, et renouvelés encore avec tant daudace devant le Parlement «assemblé et en i)résence de M. le prince, le devaient trouver sans doute plus sensible à cette injure, (piil ne le parut alors : il fut juaître de son ressentiment et ne répondit rien au Coadjuteur ; mais, en même temps, on vint avertir le premier président (pie la grand'salle était remplie de gens armés, et (prêtant de partis si opposés, il n'était pas j)ossible (piil n'arrivât (piehpie grand malheur, si on n'y apportait un |)romj)t remède. Alors le premier jjrésident dit à M. le prince (pic la Compagnie lui serait obhgée, s'il lui i)laisait de faire retirer tous ceux qui l'avaient suivi ; qu'on était jussemblé pour remédier aux désordr(^s de l'État et non ])as jxiur les augmenter, et (pie personne ne croirait avoir la liberté entière d"opiner tant (pi'on verrait le Palais, (pii devait être lasile de la justice, servir ainsi de j^Iace d'armes. M. le j)rince s'offrit sans hésiter de faire retirer ses amis, et pria le duc de La Rochefoucauld de les faire sortir sans désordre. En mêjne temps, le Coadjuteur se leva; et, voulant que l'on crût (pi'il le fallait traiter d'('gal avec M. le prinCe en cette rencontre, il dit (|u'il allait donc de son côté faire la même chose, et, sans attendre de réponse, sortit de la grand'chanibre pour aller parler à ses amis. Le duc de La Rochefoucauld, indigné de ce procédé, marchait huit ou dix pas derrière lui, et il était encore dans le partpiet des huissiers, lorscpie le Coadjuteur était dé'jà airivé

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ilaiis la ^raiHi'salU'. A sa vue, tout ce (|in tenait son parti mil l'épéi' à la main sans en avuir la raison, vi Ivs amis de M. U» priiut' liri'nt aussi la mêmt' chose : iliaeun se nui^ea du vitU' (|u"il servait, et, en un instant, les deux troupes m* furent séparée> ijue de la lonmieur de leurs épées, ^a!ls (pie, parmi un si tjrand nomltre lie Injives ^'ens, aniim''s par tant de haines dilTérentes et |iar tant irinlérêts eoiitraires, il s'en trouvât aucun (pii allongeât un coup ilépée ou (pli tirât un ciuip de pistolet. Le Coadjuteur, voyant un si trrand dés(»rilre, connut le pt'-ril où il était, et voulut, pour s'en tirer, retourner dans la t^randchainhie : mais, en arrivant à la porte de la salle par où il était sorti, il trouva (|ue le duc de La Hochefoucauld s'en était rendu le maître. Il essaya de l'ouvrir avec effort, mais, contme elle ne s'ouvrait <jue par la m(»itié, et «pie le duc de La Hochefoucauld la tenait, il la referma en sorte, ilans le temps «pie le Coadjuteur rentrait, «pi'il l'arrêta ayant la tét«' jiiissi'e du c(ité du partpiet des huissiers et le corps djuis la irrandValle. On p«)uvait croire «pu» cette occasion tenterait le duc lie La K«»clufoucaul(l. apn's tout ce «pii s'était passé entre eux. et «pie les raisons ^'énér.des et particulières le pouss»'raieiit à perdre son plus moriel ennemi. |)uis<pie avec la satisfaction de s'en venger il ven«ieail encore M. le prince des paroles audacieuses qu'on venait de dire contre lui. Le duc de La Hoclu'foucauld trouvait juste aussi tpio la vie du Coadjuteur répondît de l'événement du désordre «pi'il avait ému. et duipiel le succès aurait sans doute été terrible: mais, considérant «pion ne se battait point dans la salle, et ipie de ceux «pii étaient amis du Coadjuteur dans le panpiet des huissiers, pas un ne mettait l'épée à la main p«»ur le tléfendre. il n'eut pas le même prétexte pour ratta«pier «pi'il aurait eu si le c«imbat eût été commencé en «pieltpie endroit. Les j^^ens même de M. le prince (jui étaient près du duc de La Kochefoucauld ne sentaient pas de «piel poids était le service «pi'ils pouvaient rendre à leur maître : et en lin l'un pour ne vouloir jtas faire une action «pii eût jiaru cruelle, et les autres, pour être irrésolus dans une si f^rande affaire, donnèrent temps à Champlâtreux, Hls du jiremier président, d'arriver, avec ordre de la jirand'chambre de d(''<fa<;er le Coadjuteur, ce qu'il lit, et ainsi il le retira du plus yrand péril où il se fût jamais trouvé. Le duc de La K«»chef«iucauld. le voyant ««ntre les mains de Champlâtreux, retourna ilans la ^naud'cliambre prendre sa place, et le Coadjuteur y arriva dans le même temps, avi-c le trouble qu'un péril tel que celui «pi'il venait d'éviter lui devait causer. Il commença par se plaindre à l'assemblée de la violence

l;!4 — - LA lUiClIKI ULCAIIJ) — CM AI'. III — ^

du due de La Koclu'foucauld. 11 dit (ju'il avail H{^ près d'elle îvssassiné, et qu'où ue Tavait touu à la porte que pour rcxi)oser à tout ce que ses einiemis auraient voulu entreprendre contre sa personne. Le duc de La Kochei'oucauld, se tournant vers le premier président, répondit (juil fallait sans doute (pie la peur eût ôté au C'oadjutour la lil)erié de juger de ce qui s'était passé ; (ju'autrenienl il aurait vu qu'il n'avait pas eu dessein de le perdre, j)uisqu"il ne Tavait [)as l'ait, ayant eu lon{i,tenips sa vie entre ses mains; qu'en effet il s'était rendu maître de la porte et l'avait empêché de rentrer, mais qu'il ne s'était pas cru oblif^é de remédier à sa peur en exposant M. le prince et le Parlement à une sédition, que ceux de son parti avaient énme en le voyant arriver. Ce discours fut suivi de quelques paroles aigres ei piquantes, qui obligèrent le duc de Brissac, beau-frère du duc de lletz, de répondre ; et le duc de La Rochefoucauld et lui résolurent de se battre le jour môme sans seconds ; mais, comme le sujet de leur querelle était pubUc, elle fut accordée, au sortir du Palais, par M. le duc d'Orléans.

Cette affaire, qui apparemment devait avoir tant de suites, liP-it ce qui pouvait le j)lus contribuer au désordre ; car le Coadjuteur évita de retourner au Palais, et ainsi ne se trouvant ))lus où était M. le prince, il n'y eut jikis lieu de craindre un accident pareil à celui (pii avait été si près d'juTiver. Néanmoins, comme la fortune règle les événements plus souvent que la conduite des hommes, elle fit rencontrer Monsieur le prince et le Coadjuteur dans le temps qu'ils se cherchaient le moins, mais dans un état, à la vérité, bien différent de celui où ils avaient été au Palais ; car un jour que M. le prince en sortait avec le duc de La Rochefoucauld, dans son carrosse, et suivi d'une foule innombrable de peu[)le, il rencontra la procession de ÎS'otre-Dame, et le Coadjuteur revêtu de ses habits pontificaux, marchant après plusieurs châsses et reliques. M. le prince s'arrêta aussitôt i)0ur rendre un plus gi'and respect à l'Eglise, et le Coadjuteur, continuant son chemin sans s'émouvoir, lorsqu'il fut vis-à-vis de ^1. le prince, lui fit une profonde révérence, et lui donna sa bénédiction et au duc de La Rochefoucauld aussi. Elle fut reçue de l'un et de l'autre avec toutes les ap[)arences de respect, bien que nul des deux ne souhaitât qu'elle eût l'effet que le Coadjuteur pouvait désirer. En même temps, le peuple qui suivait le carrosse de M. le prince, ému d'une telle rencontre, dit mille injures au Coadjuteur et se prépai"ait à le mettre en pièces si M, le prince n'eût fait descendre ses gens pour apaiser le tumulte.

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