‹ La RochefoucauldChapitre 23 sur 87 · I. \ !• U<»MU: IH:S l'KI.NCKS · texte numérisé non relu

I. \ !• U<»MU: IH:S l'KI.NCKS

On conspirait sur place, iravauçiint guère ; et les factions se ihVhiraieiit entre elles, sans nuire h la cour, mieux jnônie en la servant. Chacun souhait il son intc'» et avant tout et ^tait pour la paix ou la guerre, suivant qu'il juj^eait devoir en tirer davanta«!:e. Ces desseins, ces marchandages politiques s'alourdissaient encore d'histoires galantes.

Peu à peu tous cependant se rendaient compte de la vanité de la lutte. Depuis un certain teuq)sdéjà, La Rochefoucauld avait pressenti cette issue. Condé à son tour comprenait qu'il fallait ou bien traiter ou chercher des alliances étrangères, (pii lui permissent de figurer en force, à l'heure des acconmiodements. Quant aux autres, « chacun se repentait d'avoir porté les choses au point où elles étaient, et la guerre civile leur paraissait alors avec tout ce que ses événements ont d'incertain et d'hurreur >». Ce n'était pas le repentir mais l'exacte notion des faits qui gouvernait leurs réflexions.

Toutefois, bien que ce fût le commencement de la fm, il était trop tard j)our rallier l'ordre, discrètement II fallait aller jusqu'au bout des « chipotages « et de la guerre. Condé repartit pour la Guyenne avec La Rochefoucauld : celui-ci emportait avec soi, de façon fort honnête d'ailleurs, sa mauvaise humeur d'honmic perspicace. Repoussé devant Cognac, il se repliait sur Bordeaux, puis allait investir Stattfort, aujjrès d'Agen. Mais « l'étoile enragée » de Mme de Longueville semblait accomiKigner la marche de la famille et n'éclairer que les vicissitudes de Condé et de La Rochefoucauld. En j)eu de temps, M. le Prince sentit qu'il était indispensable de revenir sous Paris, essayer de porter les coups décisifs : on laissa Conti dans Agen, et dans Bordeaux Mme de Longueville. avec le président Viole et Lenet. Au même moment l'ordre était donné à Nemours,

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(lui se ((iifi'i'llait à rariiiri' de h'iaiulri' a\'t'c B(>aiil'()rt. de passer la LoiiT i>t lie lallicr la (liiyeiiiie. Alors le vaiii(|ii(Mir de Hocroy ont, écrit La Koelicloiicaiild, u la joie de voii- au milieu de la l^'ranee une année d'Espagne ».

La situation étant telle, Condé se décida délinitivenieut à entrepreudie le périlleux voyage de traverser la Fraïu'c» pour rejoiiulre son année. Qui sait si le lettré (pTil était névotjua pas à ce moment le voyage aussi audacieux d'un autre général, quittant ses troupes de Gaule pour reparaître à rinijiroviste dans Rome? .

(> l'ut en ce lieu-là eii il c(inuiunii((ua le dess'.'iu du voyage de Paris au duc de l^a Rochefoucauld et au comte de Marcliin. L'un et l'autre lui représentèrent é<;alenient ce qu'il y avait sujet d'en craindre et d'en espérer: pas un ne lui voulut doiuieide conseil, mais tous deux lui demandèrent instanunent de raccom[)agner. Il choisit le duc de La Rochefoucauld, et laissa le comte de Marchin auprès du prince de Conti, se reposant entièrement sur lui du soin de maintenir son parti on Guyenne et de conserver Bourdeaux, ])armi les divisions (ju'on avait fomentées dans tous les ordres de la ville, où les affaires étaient en Tétat que je vais dire.

Le peuple y était divisé en deux cabales : les riches bourgeois en com|)osaient une, dont les sentiments étaient de mainteniil'autorité de leur mat>-istrat, et de se rendre si puissants et si nécessaires, ((ue M. le i)rince les considérât comme ceux (pii [)ouva!ent le plus contribuer à sa conservation ; l'antre cabale était fornu''e ])ar les moins riches et les plus séditieux, qui, s'étant assemblés plusieurs fois par hasard en un lieu proche du château de Hâ, nommée TOrmée, en retinrent depuis le nom. Le Parlement, de son côté, n'était pas moins partagé que le peu[)le. Ceux de ce corps qui étaient contre la cour s'étaient aussi divisés en deux factions : l'une s'appelait la grande Fronde ; et l'autre la petite Fronde; et, bien (pie toutes deux s'accordassent à favoriser les intérêts de M. le i)rince, chacune cherchait avec ardeur de s'établii- près de lui, à l'exclusion de l'autre. .\ii (-(jnnnencenu'nt, l'Oiinée avait été unie avec l'une et l'autre Fronde, et s'en était plusieurs fois séparée, selon les divers

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iiit»''rêts (|ui ont accdUluiiK' de faire H'/\v les unis de fflic surtr, lors(iuf M. K* priiitc de Coiiti et Mme de Loii^Mjeville, sétaiit mallieureusiim'iit divisés, aumuentèrent à un tel iioiiit le crédit et rinsnlence de eette faetioii pour se laltmlier, (juils avaneèreiit la perte de leur parti, eu désespérant le Parlement et la meilleure partie ilu peuple, et eu donnant lieu à plusieurs eonjurations et à toutes les autres inH'Iliiieiu-es de la eour. (|ui ont entin soustrait Hounleaux au j)arti de M. le prinee.

.le lu' parlerai (pieu passant des sujets ipii ont causé tant de désordres, et dirai si-ulenu-nt, sans entrer dans le particulier de Weaucoup de choses qui ne se peuvent écrire, (pie ^i. le prince de ("onti, sétant laissé persuader par ses yens, j^ai^nés par le cardinal Mazarin, de rompre ouvertement avec Mme de Longueville sur des prétextes (pie la hiensé'ance et lintérêt du san^î lui devaient faire cacher, ils fomentèrent, en haine l'un de l'autre, la fureur de rOrnif'e et sacrifièrent, en tant de rencontres, les plus «rrands avantaires du parti à leurs passions et à leur aigreur j)arliculière. (pian lieu détahlir leur autorité. et de se rendre par là n(''cessaires à M. le prince, comme chacun d'eux en avait le dessein, ils donnèrent cours aux désordres et aux séditions du |)euple. ipii furent si pr('s de les envelopper. et (|ui les réduisirent enfin à la nécessité dahatulonner M. le prince et de recevoir toutes les conditions ipie le cardinal voulut leur im|)Oser.

Ix^ duc de La Rochefoucauld, (pii était persuadé, par plusieurs expériences, que leur commune grandeur déjiendait de leur union, s'était trouvé jdus en état que personne de la maintenir entre eux de|)uis la guerre de Paris ; mais alors Mme de Longueville crut mieux trouver ses avantages en changeant ce plan, et il arriva néanmoins (pie les moyens d(Mit elle se servit pour Il venir à bout la brouillèrent avec messieurs ses frères.

M. le prince de Conti était |)orté à la paix, par lennui et par la lassitude qu'il avait dune guerre où il ne s'était engagé (pie pour i)laire à madame sa sdnir, et dont il se repentit aussitôt qu'il fut mal avec elle. Il alh'gua depuis, pour se justifier, (pie monsieur son frère. apr("'s lui avoir donné un écrit par lequel il lui |)romettait de ne point traiter sans lui faire obtenir le gouvernement de Provence, s'était entièrement relâché sur ses intérêts: mais la véritable cause de son détachement fut cette animosité contre madame sa sd'ur, dont je viens de parler, et (pli le jetait dans un emportement de colère et de jîUousie contre elle plus excusable à un amant (pi'à un frère. D'autre ct'ité.

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M. le ])niic'(\ oiu'ort' im'il parlât moins (lue lui dos sentiments de ^Ime de Longueville et de sa coiuliiile, n'en était pas, dans son cœur, plus avantageusement persuadé ; il savait ce que l'engagi'ment qu'elle avait eu avec le duc de Nemours avait pensé produire contre les intérêts du parti, et il craignait qu'elle ne fût capable de jnendre de nouvelles liaisons qui pourraient peutêtre causer encore de plus grands désordres.

Ce qm' augmenttait l'embarras où se trouvait alors Mme de Longneville, c'est qu'elle ne croyait i)as se pouvoir réconcilii>r avec son mari, par les mauvais oflices qu'on lui avait rendus auprès de lui, et par Timpression qu'il avait qu'elle n'eût trop de part à cette guerre. l']lle avait aussi tenté inutilement de se racconmioder avec la cour par Mme la princesse Palatine. Ainsi, se voyant également ruinée de tous les côtés, elle avait été contrainte de chercher, pour dernière ressource, l'appui de rOrmée et de s'efforcer de rendre cette faction si puissante qu'elle ])ût s'en servir pour se donner une nouvelle considération envers M. le prince ou envers la cour. Au contraire, M. le prince de Conti, pour satisfaire sa vengeance, ne songeait qu'à ruiner le crédit de madame sa sœur parmi les plus considérables de cette même faction, pour se les acquérir, en leur permettant toutes sortes d'excès. M. le prince, prévoyant ce qu'une si grande opposition de sentiments allait produire dans son parti, et jugeant bien que l'aigreur et la division augmenteraient encore par son éloignement, avait laissé le comte de Marchin, comme j'ai dit, pour remédier, autant qu'il pourrait, à de si grands désordres, ou en empêcher les suites ; et après avoir réglé, avec lui et avec M. Lesnet, ce qui regardait l'armée de Guyenne, les cabales de Bourdeaux et celles de sa famille, il laissa M. le prince de Conti à Agen, et, en lui donnant le titre du commandement, il le pria de suivi'e les avis du comte de Marchin et de 31. Lesnet. Il témoigna aussi, en apparence, beaucoup de confiance au président Viole; mais, en effet, il ne croyait laisser personne à Bourdeaux qui fût véritablement dans ses intérêts, que les deux qu(; je viens de nommer. Les affaires étant en cet état, il se prépara à partir d'Agen, pour aller joindre l'armée de M. de Nemours. Ce voyage était fort long et ])l('in de tant de dilTicultés, qu'on ne pouvait vraisemblablement se promettre de les surmonter. Le comte d'Harcourt était près d'Agen ; il y avait dans la ville trop de gens gagnés de la cour pour ne pas donner avis du départ de M. le prince ; ceux même de son parti avaient soupçonné son voyage, et le

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bruit (Ml avait couru avant qu'il fût résolu. \ji ehciuin était de prés de cent viiifîl litMios, iju'il fallait fuiri* sur les nuMUfS cliovaux. liO cointi» d'Harcourt |)oiivait lum sculi'incui li' fainsuivre par des pards, nuiis eiieore dnuiirr avis à la ( .. marelle par des eourriers, et mamler aux villt-s ci aux de s'opposer à sou passai,'!-. De j)lus, il ne pouvait coi affaire à beaucoup de '^vui', et uu petit lutiubre ne soi.: pour sa sûreté ; il fallait encore persuader à tout le nionde (|u d jdiait à liourdcaux, et empêcher les officiers de le suivre, sous des prétextes qui ne leur lissent rien imaginer de son dessein, l'our cet effet, il fit denu'urer M. le prince de Conti à Ai^en, 1, feignant de vouloir aJler à Bourdeaux pour deux ou trois jours seulement, il donna ordre à tous les officiers et à tous les volontaires de l'attcndn» à Agen, auprès de monsieur son frère.

M. le prince i)artit d'Agen, le jour des Rameaux, à midi, avec le duc de La Rochefoucauld, le prince de Marcillac, le comte de Guitaut, G(»urville et un valet de chambre. Le manpiis de Lévy l'attendait avec des chevaux à Lanquais, maison du duc de Bouillon, où était Bercenet, capitaine des gardes du duc de La Rochefoucauld, qui fut aussi du voyage ; et, conmie le marqui de Lévy avait un passeport du comte d'Haroourt, pour se retirer chez lui en Auvergne, avec son train, M. le prince et ceux qui l'accompagnaient^ passèrent, à la suite du nuirquis de Lévy, pour les mêmes domestiques dont les noms étaient écrits dans son passejxtrt. Cv qu'il y eut de plus rude dans ce voyage fut l'extraordiiuiire diligence avec laquelle on marcha jour et nuit, presque toujours sur les mêmes chevaux, et sans demeurer jamais deux heures en même lieu. ( )n logea chez deux ou trois gentilshommes, amis du marquis de Lévy, pour se reposer quelques heures et pour acheter des chevaux ; mais ces hôtes soupçonnaient si peu M. le prince d'être ce qu'il était, que, dans la gaieté du dîner, on parla assez librement de ses proches pour lui faire juger qu'on ne le connaissait pas. Enfin, après avoir |)ris son chemin par le vicomte de Turenne et par Cliarlus en Auvergne, il arriva, le samedi au soir, au Bec d'Ailler, à deux lieues de la Charité, où il passa la rivière de Loire, sans aucun empêchement, bien (pi'il y eût ileux compJU!;nies de cavalerie dans la Charité, commandées pjir Bussi-Rabutin. Il dépêcha, de la Charité, Gourville à Paris, pour avenir .M. le duc d'Orléans et il. de Chavigny de sa marche. D passa le jour de Pâques dans Cosne, où l'on faisait garde, et, comme la cour était alors

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h Gien, il dit partout {|iril allait avec ses compagnons s(Mvir son (liiartii>raiiprt''s du roi. Néanmoins, iu2;oant bien (pril ne pouvait siiiviv lon^lonips lo u;ran(I cliciiiiii ilo la cour sans êtrt' connu, il rcsolut de le (|uilter pour prendre celui de Cliâtillon-sur-Loini;.

II pensa nu"Mne avoir sujet de se repentir de ne l'avoir pas l'ait plus tôt, parce (prayant rencontré deux courriers (pii venaient de la cour, il y en eut un (pii reconiuit le comte de (luitaut : et. bien (|u"il no s'arrêtât jias pour lui parler, il parut assez d'iMUolion sur son visai-e pour Taire juj^er cpiil soupçoniuiit cpie M. lo prineo était dans la troupe. Il s'en éclaircit bientôt après ; car. ayant rencontré lo valet de chambre de M. le prince (pii était demeuré mille pas derrière, il l'arrêta, et, faisant semblant de lo vouloir tuer, il apjirit que son soupçon était bien fondé. Cet accident fit résoudre M. le prince, non seulement de (piitter le irrand chemin à l'houre mênu>, mais encore de laisser Berconot dans des nuisures proche d'un pont, sur le chemin (pu* devait tenir ce courrier j)our retourner à la cour, afin de le tuer, s'il y allait : mais la fortune de cet homme lui fit prendre un autre chemin pour aller |)orter, en diligence, à Gien. la nouvelle de ce (pi'il avait vu.

Le cardinal dépêcha, à l'heure même, Sainte-Maure, avec vingt maîtres, pour aller attendre M. lo prince sur lo chemin cpii conduisait de Châtillon à l'armée de M. de Nemours. Un autre accident pensa encore faire prendre M. le prince. Ktant arrivé au canal de Briare. il rencontra les maréchaux des logis do deux ou trois régiments do cavalerie qui venaient au logement on ce lieu-là, et, comme les corps y arrivaient par différents côtés, il était encore plus difficile de prendre un chemin assuré. C'havaiiînac, qui coniuiissait près de là un gentilhomme nommé la Brusiorie. le voulut aller chercher, avec le comte de Guitaut, pour prendre dans sa maison queUpio chose à manger, et le porter à M. le prince, qui cependant n'avait pu demeurer au lieu où on lavait laissé, à cause de l'arrivée de ces troupes. Il avait déjà envoyé son valet de chambre à Châtillon, pour avertir le concierge de tenir la porte du parc ouverte, et, n'ayant avec lui que le duc de La Rochefoucauld et le j)rince de Marcillac, ils prirent lo chemin de Châtillon. Le prince de Marcillac marchait cent pas devant M. le prince, et le duc de La Rochefoucauld allait près do lui, à même distance, afin (prêtant averti par l'un d<>s deux, il pût avoir (piehpie avantage pour se sauver. Ils n'eurent pas fait grand chemin en cet état, (pi'ils entendirent dos coups de |)istolet du côté où était allé le valet de

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