‹ La RochefoucauldChapitre 24 sur 87 · I.K UKiKLH IM nUNCK - Ul · texte numérisé non relu

I.K UKiKLH IM nUNCK - Ul

cliainhre vers C'Iiâtilloii, et, on inêiin' It'iiips, ils virent paraître (|iiatre eavnliers, sur leur iiiaiit u'aiiehe, (|ui inarcliaieut au trot vers eux. Ils lie doulèrent poiiil alitrs (piils ne fussent suivis, et. pri'iiant le parti de les cliar^er, ils Idurnèrent à eux, dans le ilessi'in de se faire tuer plutôt (pie d'être pris ; mais ils ednnurent (pie e étaient le eoinle de (iuitaut et ("liavaij^Miae (pii les ehereliaient. avec deux autres t,^eniilsli(imnies. M. le prinee, qui jutrea bien (pie la icneonlie de ees eourriers (pie je viens de dire ferait iiuluhitahh nient d(''e(iuvrir son pa.ssa^e, niarelia en diliirenee à Châtillon; mais, eomme il fallait faire oo jour-là trente-ein(j lieues sur les mênu's elievaux, la nt^essité de repaître le lit retarder (piehpies heures, et donna à Sainte-Maure le temps dont il avait besoin pour le joindre : il ne le reneontra pas n('*aiinioins, et il a dit nK'nie depuis (pi'il avait vu passer M. le prinee et (piil avait (''vit('' de ratta(pier.

("e voyage de M. le |)rince fut jilein, eomme jai dit. d aventures pt'nlleuses. et les moindres rexpos("'rent à ('"tre pris par les troupes du roi ou à être tué. Il arriva néanmoins heureusement à ( hâlillon. où il apprit des nouvelles de larmcV (piil voulait joindre et sut (pi'elle était à huit lieues de là, vers Lory, jxt's de la forêt d"( >rl(''ans. Ayant marehé, avee toute la dilif;enee possible, pour la joindre, il renc-ontra l'avant-f^arde de son armée, dont cpiel- (pies eavaliei-s vinrent au qui-vive avee lui. Mais l'ayant reeonnu. ee fut une surj)rise et une joie pour toute rann(''e (pli ne se |)eut exprimer. Jamais elle n'avait eu tant besoin de sa pirseiiee, et jamais elle ne l'avait moins attendue. L'aiirreur aui,nnentait tous les jours entre les dues tle Nemours et de Heaufort, et Ion voyait périr av(H- eertitude la seule ressouree du parti, par la division des ehefs. loi-s(pie la |)résenee du roi et eelle de son armée l(>s devaient le j)lus oblii^er à préférer rintérêt «rénéral à leurs querelles partieulières. 11 était trop important à M. le prinee de les terminer, pour n'y travailler pas avee tout l'empressement imaginable et il lui fut d'autant plus faeile d'en venir à bout, (pie son arriv(''e. leur ("itant le commandement, leur (")tait aussi la principale cause de leur jalousie et de leur haine. M. le prince lit marclier l'arnu'e à Lory, où elle se reposa un jour. Il s'en passa encore trois ou (piatre. durant les(piels on alla à Montarjfis. (pii se rendit sans n'sistance. On le cpiitta de bonne heure, parce (luil était rempli de blé et de vin, dont on se p(»uvait servir au besoin, et aussi pour ilonner un exeinp'e de douceur qui jjût |)roduire qiiehpie eiïet avantaijeux pour le [larti dans les autres villes.

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L'ariiK^c, partant do Monlargis, alla h Château-Renard. Gourvillc y arriva en nu^mc temps de Paris, pour rapporter à M. le prince les sentiments de ses amis sur sa comiuiie envers monsieur et envers le Parlement. Ces avis élaienl bien ililïérents ; ear les uns lui conseillaienl de demeurer à l'armt^e, j)arcc que les rt"'solutioiis de monsieur et du ParlemiMit dépendraient toujours des événements de eette guerre, et que, tant qu'il serait à la t^te dune armé(> considérable, la puissance du parti résiderait en ses mains, au lieu (ju^allant à Paris il ôtait à ses troupes la réputation que sa présence leur avait donnée, et il n'en pouvait laisser le commandement qu'aux mêmes personnes dont la division et la jalousie avaient été sur le point de jiroduire tant de désordres. M. de Chavignj', au contraire, mandait positivement à M. le ])rince que sa présence était nécessaire à Paris ; que les cabales de la cour et du nouveau cardinal de Retz, auparavant coadjuteur de Paris, auo;mentaient tous les jours dans le Parlement, et qu'enfin elles entraîneraient sans doute M. le duc d'Orléans, si j\l. le prince lui-même ne venait le retirer de la dépendance où il était, et mettre ÎI. de Rohan et M. de Cliavigny en la place du cardinal de Retz. La conclusion des avis des uns et des autres était qu'il fallait nécessairement entreprendre quelque chose de considérable sur l'armée du roi et qu'un événement heureux déciderait tout.

En ce même temps, M. le prince apprit que le corps d'armée conmiandé par le maréchal d'Hocquiiicourt était encore dans des quartiers séparés, assez proches de Château-Renard, et que, le lendemain, il se devait joindre aux troupes do M. de ïurenne. Cet avis le fit résoudre à marcher, dès le soir même, avec toute son armée, avant qu'il eût le temps de les rassembler et de se retirer vers JI. de Turenne. Le succès répondit à son attente : il entra d'abord dans deux quartiers, qui donnèrent l'alarme aux autres ; mais cela n'empêcha pas qu'on n'en enlevât cinq tout de suite. Les quatre j)remiers ne firent presque point de résistance. Le maréchal d'Hocquincourt, s'étant mis en bataille, avec huit cents chevaux, sur le bord d'un ruisseau qu'on ne pouvait passer qu'un à un, sur une digue fort étroite et fort rompue, fit mine de vouloir disputer ce pass;ige, au delà duquel était le cinquième quartier qu'on allait attaquer; mais, lorsque le duc de Nemours et trois ou quatre autres eurent passé le défilé, le maréchal qui jugea bien que toute l'armée devait être proche, se retira derrière le quartier et le laissa })iller, se contentant de se mettre en bataille, pour essayer de prendre son temps

i.K m: I »ii II iM I'hin<:k - lu

de charger pi-iidant Ir i»illago. Ce qiuiriii'r lu- lit ni- i.In- Ar n'-^istaiict* que les autres ; mais, coinnic les maisons > i-s

de chaume, et au'un y mit le feu, il fui aisé au uu., . , i. . i.,c-

(juincourt de uiseerner à la elarté le nombre des troupes ({ui étaient passées, et voyant qu'il n'y avait pas plus de cent eJu-vaux, il marcha pour les char<;er avec plus de huit cents. M. le prince, voyant fondre sur lui cett<' cavalerie, lit prompK inr-nt un escadron de ce qu'il avait avec lui, et marcha aux tiiiitmis avec ce nombre si iné<;al. 11 semblait que la fortune tût fait trouver en ce lieu tout ce qu'il y avait d'olliciers généraux dans son armée, pour lui faire voir ce (ju'un mauvais événement était capable de lui faire perdre d'un seul coup. Il avait composé le premier rang, où il s'était mis, des ducs de Nemours, de Beaufort et de La llochefoucauld, du prince de Marcillac, du nuirquis de Clinchant, qui commandait les troupes d'Kspagnc, du comte de Tavaunes, lieutenant général, du comte de (îuitaut, de Gaucourt et de quelques autres officiers. Les deux escadrons firent leur décharge d'iissez près, s,; as un ne pUât ; mais deux autres

du maréchal ayant clia. ut après celui de iL le prince,

le duc de Nemours eut un coup de pistolet au travers du corps, et son cheval fut tué. L'escadron de M. le prince, ne pouvant soutenir deux charges si près à près, se rompit et se retira cent pas en désordre, vers ie quartier qui était en feu ; mais M. le prince et les officiers généraux qui étaient avec lui, ayant pris la tête de l'escadron, l'arrêtèrent. Les ennemis se contentèrent de l'avoir fait plier sans l'enfoncer, de crainte qu'il ne fût soutenu par linfanterie dont ils entendaient les tambours il y eut seulement quelques officiers et cavaliers qui avancèrent, et le prince de Marcillac, qui se trouva douze ou quinze pas derrière l'escadron qui pUait, tourna à un officier, et le tua d'un coup d'épée entre les deux escadrons. M. le prince, comme j'ai dit, arrêta le sien et lui fit tourner tête aux ennemis. Cependant un autre escadron de trente maîtres passa le défilé ; il se mit aussitôt à sa tête, avec le duc de La Rochefoucauld, et, attaquant le maréchal d'Hocquincourt par le flanc, il le fit charger en tête par le premier escadron, où il avait laissé le duc de Beaufort. Cela acheva de renverser les ennemis. Une partie se jeta dans Bleneau, et on poussa le reste trois ou quatre fieues vers Auxerre, sans qu'ils essayassent de se rallier. Ils perdirent tout leur baL'aire. et on prit trois mille chevaux. La déroute eût été pf : si l'on

n'eût donné avis à M. le prince que l'arniée d . irenne

paraissait. Cotte nouvelle le fit retourner à son inlauierie, qui

144 = LA i;(>i iiKi-dic \ L i.n — <:ii\r m

s'était ilt''l)aiul(V pour piller, et. après avoir rallié ses troii|)('s, il niarrha vers M. tic TiiriMiiic. (pii mil sou arnu'-c en bataille dans lie fort irramles plaines, et plus près (pie tle la portée dn nioiis(|iiet iliin liois (le très i^rande étendue, par le milieu ihKpiel l'armée de M. le prinee devait jiasser \nnir aller à lui. ("e |)assane était a.ssoz lari^^e pour y pouvoir faire nuirchor deux escadrons de front ; mais, eomme il était fort marécafreux, et f|u'on y avait fait plusieurs fossés pour le dessécher, on ne pouvait arriver à la plaine (pien défilant. M. le prinee, la voyant oeeu[)ée par les ennemis, jeta son infanterie à droite et à uaiiehe dans le hois (pli la bordait, pour les en (''loit^ner. Cela lit l'elïet (|u"il avait (It'siré; car M. de Turenne. eraii^nant d'être incommodé par la inous(pieterie. (pn'tla so!) poste pour aller en prendre un (pli élail un peu plus éloigné et plus élevé (pie celui de M. le prince, ("e mouvement lit croire à M. le |)rince (pi'il se retirerait vers (iieii. et (pi'on le déferait aisément dans le (h'sordre de sa retraite. avant (ju'il pfit y arriver. Pour cet elïet. il lit avancer sa cavalerie et so hâta (Je faire pa.sser le délilé à six escadrons, pour entrer dans la plaine ; mais M. do Turenne, juf'oant bien le dé^savanta^c quo co lui serait de comliattro on pleine campaKno M. le prince, dont les trou|)os étaient victorieuses et plus fortes (pie les siennes, prit le parti do ret(tiirner, l'épée à la main, sur les six escadrons, pour défaire co (pii serait passé, et pour arrêter les reste des troupes au delà du défilé. M. le prince, (pii iiiji'ea de son intention, fit repasser sa cavalerie, et ainsi le délilé les empéclia de pouvoir aller l'un à l'autre, sans un tirs grand (lésavantafj;'e. On se contenta do faire avancer l'artillerie des deux coté's et de se canoiiiier longtemps : mais le succès ne fut [las (''gai, car, outre quo M. de Turenne on avait plus (juo M. le prince, et (pt'elle était mieux servie, elle avait encore l'avantage de la hauteur sur les troupes do M. lo prince, ce qui faisait qu'étant serrées dans le passage qui séj)arait lo bois, elle ne tirait presque point de cou|) inutile. Ainsi M. le j)rince y perdit plus de vingt-six cavaliers et plusieurs officiers, entre los(piols fut Mare, frère du manViial de (Irancoy. On passa on cet état le reste du jour, et, au coucher du soleil, Âl. de Turenne so retira vers (îion. Le maréchal d'Iloc- (juiiicourt, (pli l'avait joint depuis sa défaite, demeura à l'arrièregardo : et étant allé avec (piehpies olïiciers pour retirer l'escadron lo plus pr(''s du délilé, il fut reconnu de M. le prince, (pli lui envoya dire (pi'il serait bien aise de le voir et (pi'il pouvait avancer sur sa parole. Il le fit, et, s'avan(;ant avec (piehptes officiers, il trouva M. le prince avec les ducs de Boaufort et de La

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Rt>rhefoucaul(J, et doux ou trois aMtn*s. Lft conv<r .itiyu se \u\ss& en fivilili^ ft en raillcrit-s du côté de M. Ir iiriiuc. el en justification de celui di. tl d'HocijuiiM nuf i ; li

lui venait d'arriver, se | de M. de Tunnur m

puisse dire avee vérité tju il lii ce jour-là deux ai et hardiep, qui furent le salut dr sou ;irn\ée el celui tar. dès qu'd sut que les tr(tu|)es du m iréchal d'il- ,

(|ui le devaient venir joindre le lendemain, étaieni ^ s,

il marcha, avec très peu de pens, dans le lieu où on le trouva en bataille, et y attendit tout le jour le reste de ses troupes, > exposant par là h être inévitablement défait, si M. le prince eût été droit à lui, au lieu de suivre deux ou trois lieues, comme il lit, les troupes du maréchal dllocquincourt qui fuyaient. D sauva encore ce même jour les restes de l'armée du roi avec beaucoup de valeur et de conduite, lorsqu'il retourna sur les six escadrons de M. le prince qui avaient pa.ssé le défilé, et arrêta par cette action une armée qui, sans doute, l'aurait taillé en ^jièces, si elle avait pu se mettre en bataille dans la plaine où il était.

L'amiée du roi s'étanl retirée, M. le prince fit prendre à la sienne le chemin de Châtillon, et alla cette nuit loger dans des quartiers, sur le canal de Briare, près de la Bruslerie ; il se rendit le lendemain à Châtillon, avec toutes ses troupes, dont il laissa, deux jours après, le commandement à Clinchant et au comte de Tavanni's, et il alla à Paris, avec les ducs de Beaufort et de La Rochefoucauld.

Ce retour à Paris était d'une assez grande importance pour être examiné avec plus d'attention qu'il ne le fut ; mais le plaisir d'y être reçu avec l'applaudissements que méritait le succès d'un si périlleux voyage et de cette \ictoire fit vraisemblablement approuver à IL le prince le conseil de iL de Cha\igny, qui le donnait moins pour l'intérêt du parti que pour le sien propre. 11 voulait être appuyé de la présence et de rautorité de M. le prince pour occuper la place que le cardinal de Retz tenait auprès de M. le duc d'Orléans, et profiter de la bonne disposition du Parlement, qui avait donné un arrêt par lequel il mettait à prix la tête du cardinal Mazarin. H espérait encore de se rendre également considérable à ces deux princes, en persuadant à l'un et à l'autre qu'il était le véritable moyen de leur uniuu ; mai--, ce (jui le flattait le plus, c'était l'espérance secrète de r s

les vues que Fabert lui avait données, et dont j';u u j Enfin M- le prince suivit l'aWs de Chavigny, et il fut reçu à

L» Ho<'iiEropc*ci.o. 6

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Paris avec tant do dt^monstxation de joie, qu'il ne crut pas avoir sujet de se repentir de son voyage.

Merveilleuse équipée, dij^ne des Trois Mousquetaires! VW^. ravit rimai,nnation. Il faut lire dans les Mémoires ùq Gourville le récit pittoresque do cette randonnée. « Ces messieurs ayant pris des habits modestes, qui paraissaient plutôt habits de cavaliers que de seigneurs... >' V\\ manuscrit de la Bibliothèque nationale nous a|)prend même les noms et le ilétail de ces costumes (1). M. le ju-ince était vêtu de gris, avec un justaucorps betterave et une écharpc noire ; il portait les cheveux courts et « deux grandes moustaches nouées avec des galands noires, un grand caudebec retroussé et une jarretière noire au col au lieu de rnbat » ; les autres étaient vêtus à l'avenant. Condé s'appehiil Motheville, La Rochefoucauld Beaupré, Marcillac son fils Florimont, Chavagnac Saint-Arnoud, GourviUe Longuepleyne... Tel détail noté par GourviUe est savoureux entre tous. Ce Sancho au milieu de tous ces Don Quichotte nous conte qu'arrivés dans un ^'illage, ils entrèrent au cabaret pour commander leur dîner :

M. le prince se piqua de bien faire une omelette. L'hôtesse lui ayant dit qu'il la fallait tourner pour la faire mieux cuire et enseigné à peu près comme il fallait faire, l'ayant voulu exécuter, il la jeta fort bien dans le foj^er. Je priai l'hôtesse d'en faire une autre et de ne plus la confier à ce cuisinier (2).

Et plus loin :

M. de La Rochefoucauld s'étant senti pour la première fois de la goutte qui le prit assez rudement, je lui fis faire toute la nuit un gros bas qui se boutonnait par les côtés, dont il se trouva fort soulagé. Tous ces messieurs étaient tellement fatigués à la réser%'e de M. le prince qu'à peine pouvaient-ils se soutenir quand ils mettaient pied à terre.

(1) Particularitez de la route de monsieur le prince de Condé, etc. Bibl. Nat Lb'" 2365.

(2) Mémoires de GourviUe, t. !«'. p. M.

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