‹ La RochefoucauldChapitre 26 sur 87 · DERNIERS COMBATS · texte numérisé non relu

DERNIERS COMBATS

LA BATAILLE DU FAlHOriM! S A I N T- A N I O I N K

Cependant Mme de Châtilloii voulut [.'oriuirr a : , l'éclat que son nouveau crédit lui devait doiin»'r : « !!• un pouvoir si nénéral de dispciscr des int» • qu'on le prit plutôt pour un effet de sa coin; et une envie de flatter sa vanité, que pour uip table de faire un accommodement. Ule revint mandes csjjérances ; mais le cardinal tira des avanta de cette ti.''".i<iiti.iii, • ;i .raquait du temps, i! '" soupçon i; .et il amusait M. !

sous l'esp, laii. , (1 un ii.iii. . peudaiit (pion lui <• qu'on prenait ses places, que l'année du roi, < M. de Turenne et par le maréclial d'IIocquincoirt, rtnai

(1) Conetpotiàùnce, lettres 17 et 18. p. 4C. 47

(2) Voir dans les Mhnr, - ' - ,iet de Comu-, ville, le prince et par lui-ii l à 380.

150= LA llOClll.KOl CAIJLI». — CHAI'. III ^=^-

campa£:no. lorsque la sionnc ^tait rotinV dans Elam|)os. Elle no put niônio y dointMircr lonp:tomps sans recevoir uno perle eonsiilt'^rahle; ear ^1. do Tnreiino ayant avis que Madenioisello, revonani d"Orl(^ans et jiassant par Etampes, avait voulu voir rarniée en bataille, il lit marclier ses troupes et arriva au faul)our{:d'Éianip('s, avant que celles de rarmfedos princes fussent rentrées ot on l'état do dinendre le faubourg. 11 fut forcé et ))illé, et M. do Turcnno et le maréchal d'IIocquincourt se rofirèront on leur quartier, après avoir tué mille ou douze cents honmies dos meilleures troupes de M. le prince et emmené plusieurs prisonniers. Ce succès aupiionta les espérances de la cour ot fit naître le dessein d'assiéiror dans Étampes toute l'armée des princes, qui y était enfermée : quelque dilTieile que parût cette onlroprise, elle fut néanmoins résolue, sur Tospérance de trouver des troupes étonnées, des chefs divisés, une place ouverte en plusieurs endroits, fort mal munie, et hors d'état d'être secourue que par M. do Lorraine, avec lequel la cour croyait avoir traité. Il semble aussi que l'on considéra moins l'événement du siège que la réputation qu'un si grand dessein devait donner aux armes du roi. En efïet, quoiqu'on continuât avec empressement de négocier, et que M. le prince eût alors un extrême désir de la paix, on ne la pouvait raisonnablement attendre, jusques à ce que le succès d'Etampos en eût réglé les conditions. Les partisans de la cour se servaient de cette conjoncture pour gagner le peuple ot pour faire des cabales dans le Parlement ; et bien que M. d'Orléans parût très uni avec M. le prince, il avait tous les jours des conférences particulières avec le cardinal do Retz, qui s'attachait principalement à détruire toutes les résolutions que M. le prince lui faisait prendre.

Le siège d'Etampos continuait toujours, ci, quoique les progrès de l'armée du roi ne fussent pas considérables, les bruits qui se répandaient dans le royaume lui étaient avantageux, et Paris attendait M. de Lorraine comme le salut du parti. H arriva enfin, en suite de plusieurs remises, ot après avoir donné beaucoup de soupçon de son accommodement avec le roi ; sa présence dissipa pour un temps cette opinion, et on le reçut avec une extrême joie. Ses troupes campèrent près de Paris, et on en souffrit les désordres sans s'en plaindre. H y eut d'abord quelque froideur entre M. le prince et lui pour le rang ; mais, voyant que M. le prince tenait ferme, il relâcha de ses prétentions d'autant plus facilement, qu'il n'avait fait ces difficultés que pour gagner le temps de faire un traité secret avec la cour pour la levée du

LKs l>EUMi:US COMUAIS ■■ 151

sit'ge d'Étampw. t ' nlor un combat Néai:ni' ■ mio

on n'est jamais si ' n» surpris (jiif quand on p

j\ tromper Iw auin , .M. Ui- Lorraine, (|ui cro\ s

avantages et toutes ses sûretis d.i'is les négociai i s

qu'il ménai^eait avee la eour, avec beaucoup de nuuuiiiM foi pour elle et pour le parti des princes, vit tout d'un coit[i l'arîti/T du roi mareiier à lui. et il fut surpris lorsque M. dr li

manda qu'il le char«jerait, sil ne d^'campait et ne si m

Flandres. Ix»s troupes de M. de Lorr.iine n'étaient pjis inférieures î\ celles du roi, et un homme qui n'eût eu soin que de sa réputation eût pu raisonnablement hasarder un combat ; mais elles lui firent préférer le parti de se retirer avec honte, et de subir ainsi le joug que M. de Turenne lu' voulut imposer. Il ne donna aucun avis de ce qui se pitssait à M. le duc d'Orléans ni à M. le prince, et les premières nouvelles qu'ils en eurent leur apprirent confusément que leurs troupes étaient sorties d'Ltampes, aue l'arnjée du roi s'en était éloij^née, et que M. de Lorraine s en retournait en Flandres, prétend'int avoir pleinement satisfait aux ordres des l-^paj^nols et à la parole qu'il avait donnée h M. le duc d'Orléans de faire lever le siè«^e d'Étampes. Cette nouvelle surprit tout le monde et fit résoudre M. le prince d'aller joindre ses troupes, craignant que celles du roi ne les chargeassent en chemin. 11 sortit de Paris avec douze ou quinze chevaux, s'exposant ainsi à être rencontré par les partis des ennemis. Il joignit son armée à Linas et l'amena loger vers Villejuive ; elle passa ensuite à Saint-Cloud, où elle fit un long séjour, pendant lequel non seulement la moisson fut toute perdue, mais presque toutes les maisons de la campagne furent brûlées ou pillées, ce qui commença d'aigrir les Parisiens, et M. le prince fut près d'en recevoir les funestes marques en la journée de Smnt-Antoine, dont nous allons paih^r.

Cependant Langlade allait et venait de la part du cardinal à M. le prince. On était déjà convenu des principales conditions ; mais plus le cardinal insistait sur les moindres, et plus on devait croire qu'il ne voulait pas traiter. Ces irrésolutions donnaient de nouvelles forces à toutes les caljîdes et de la vnusemblanc à tous les divers bruits qu'on vm^lait semer ; jamais Paris n'a été plus agité, et jamais r('S|)rit de M. le prince n'a T ' ' iilagé pour se résoudre à la paix ou à la guerre. Li N

le voulaient éloigner de Paris, pour enq)êclier l;i |ùu\, ci les amis de Mme de Longueville contribuîiient à ci- tlt>.-tin, pour l'éloigner aussi de Mme de Châtillon. D'ailleurs Mademoiselle

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avait tout ensemble le même dessein qu'avaient, les Espagnols et celui qu'avait Mme de Lungueville : ear, d'un côté, elle voulait la guerre eomme les Espagnols, afin de se venger de la reine et du cjirdinal, qui ne voulaient pas qu'elle épousât le roi, et, de l'autre, elli» désirait, eonmie Mme de Longueville, de rompre la liaison de M. le jjrinee avec Mnu' de Châtillon, et avoir plus de part qu'elle h sa conliaiu-e et h son estime. Pour y parvenir par ce qui était le plus sensible à M. le j)rince, elle leva des troupes en son nom, et lui promit de fournir de l'argent pour en lever d'autres. Ces promesses, jointes à celles des Espagnols et aux artifices des anus de Mme de Longueville, firent perdre à M. le prince les pensées qu'il avait pour la paix. Ce qui l'en éloigna encore davantage fut non seulement le peu de confiance qu'il crut devoir prendi-e en la cour, mais il se persuada que, puisque M. de Lorraine, dépouillé de ses États et avec des qualités beaucoup au-dessous des siennes, s'était rendu si considérable pai' son armée et par son argent, il ferait aussi des progrès à proportion plus avantageux et serait cependant maître de sa conduite. C'est apparemment ce motif qui a entraîné M. le prince avec les Espagnols, et pour lequel il a bien voulu ex])os( r tout ce que sa naissance et ses services lui avaient acquis dans le royaume. H cacha ce sentiment autant qu'il lui fut possible, et fit paraître le même désir de la paix, qu'on traitait toujours inutilement. La cour était alors à Saint-Denis, et le maréchal de la Ferté avait joint l'armée du roi avec les troupes qu'il avait amenées de LoiTaine. Celles de M. le prince étaient plus faibles que le moindre de ces deux corps qui lui étaient opposés, et elles avaient tenu jusque-là le poste de Saint-Cloud, afin de se servir du pont pour éviter un combat inégal ; mais l'arrivée du maréchal de La Ferté, donnant moyen aux troupes du roi de se séparer et d'attaquer Saint-Cloud par les deux côtés, en faisant un pont de bateaux vers Saint-Denis, fit résoudre M. le prince à partir de Saint-Cloud dans le dessein de gagner Charenton et de se poster dans cette langue de terre où se fait la jonction de la rivière de Marne avec la Seine. Il eût pris sans doute un autre parti s'il eût eu la liberté de choisir, et il lui eût été bien ]j1us sûr et plus facile de laisser la rivière de Seine à sa main gauche, et d'aller, par Meudon et par Vaugirard, se poster sous le faubourg Saint-Germain, où on ne l'eût peut-être pas attaqué, de i)eur d'engager par là les Parisiens à le défendre ; mais M. le duc d'Orléans ne voulut jamais y consentir, par la crainte qu'on lui donna de l'événement d'un combat qu'il pou-

LKS liKHNIKUS CCiMli \ I s

vail voir des fenftn-s de LuxoinbnurK'. «M parer qu'on lui fit iToiri' auwi que rariillfrio du roi y ft-raii di* couiinut lh»> ,|...l[!ir..iw pour l'eu <l»t<i8er. Ainsi, par rojiiuion d'un pi-ril if, M. le dm- il'Orléans exposa la vie et la fortune de M. ir j.iince à l'un des plu» fjrands dantjeni qu'il courut jamai<i.

11 lit done maa-her ses troupes, à l'entrée de la nuit, le l^ di' juillet lt)ô2, pour arriver à t'Iiarenton avant (juo celles du roi le pussent joindre. Elles passèrent j)ar le eours de la reine mère et nar le dehors de l'aris, depuis la p(»rte de Saiiit- Honoré jusque celle de Saint-Antoine, jjour prendre de là le elieiuin de Chareiiton, Il voulut éviter tie dt-ntandcr pass.im* ilans la ville, craignant de ne le pjus obtenir, et (piun refus, dans une telle conjoncture, ne fit paraître le nuiuvais état de ses affaires ; il craignait aussi que, sil l'obtenait, ses troupes ne se dissipassent dans la ville, et qu'il ne pût les en faire sortir s'il en était besoin.

1^ cour fut aussitôt avertie de la marche de M. le prince, et M. de Turenne partit à l'heure même avec ce qu'il avait de troupes, pour le suivre et pour larrêier, justju'à ce que le maréchal tle la Kerté, qui avait eu ordre de repasser le pont et de marcher avec les siennes, eût le temps de le joindre. On fit cependant aller le roi à Charonne, a tin d"v voir, comme de dessus un théâtre, une action qui, selon les apjjarenees, devait être la perte inévitable de M. le j)rince et la lin de la guerre civile, et qui fut, en effet, l'une des jdus hardies et des plus périlleuses occasions de toute cette guerre, et celle où les grandes et extraordinaires qualités de M. le prince parurent avec le plus d'éclat. La fortune même sembla se réconcilier avec lui en cette rencontre pour avoir part à un succès dont l'un et l'autre parti ont donné la gloire à sa valeur et à sa conduite ; car il fut attaqué dans le faubourg Saint-AiitoiiU', où il eut moyen de se servir des retranchements que les bourgeois y avaient faits quelques jours aujiaravant, pour se garantir d'être pillés pjir les troupes de M. de Lorraine, et il n'y avait que ce seul heu, dans toute la marche qu'il voidait faire, qui fût retranché, et où il pût éviter d'être entièrement défiiit. Quelques escadrons de son arrière-garde furent chargés dans le faubourg Saint-Martin, par des gens que M. de Turenne avait détachés pour lanuiser, et se retirèrent en désordre dans le retrancliement du faubourg Saint-Antoine, où il s'était mis en bataille. Il n'eut (pie le temps qui lui était nécessaire pour cela, et pour garnir d'infanterie et de cavalerie tous les postes par lesquels il pouvait être attaqué. 11 fut con-

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