‹ La RochefoucauldChapitre 31 sur 87 · ICC. LA i;t)(;iir,Foi(:.\rij) — ciiap. iv · texte numérisé non relu

ICC. LA i;t)(;iir,Foi(:.\rij) — ciiap. iv

y avait. dcrriiTC cos sconos t.iiiculcntos, toute radniirahle povo luimaino qui circulait dans cos avonturiers. Lui aussi, il pourrait iH-riro, coiiituo Salliisto cucnrc : Ut p'iuri;^ verum (ihsolvam, quirumque rem paJilicani aqifnvcrc hmcdia nomivihU'-\.. lo)uim jmhlicKm simulmUfS pro sua q\mque potnitia c rUihani.

Alors, il prend la plume. 11 ressaisit les événements, il repasse toutes les scènes de ce passé jirocliaiti. T1 récapitule sa vie et celle des autres, ses complices. 11 jau^^ ^ tête reposée, les actes, les « chipotages » ; il compare h. distance avec les jugements qu'il porta sur le vif ; il apprécie sa propre conduite, et peu à peu, pour ne pas condamner tous ces gens, et lui-mr'me avec eux, il généralise, il libère ceux qu'il a connus jXMsonnellement pour reporter au delà son exécration. Il se montre accommodant avec les hommes pour attaquer seulement l'espèce humaine en génénil. 11 adoucit ses Mhnohes pour rendre plus rigoureuses les futures Man'jnefi

Car à qui s'en prendrait-il autrement? L'homme est un animal malfaisant, gâté dès l'origine, doué de vices et de faux semblants, — n'est-il pas tel lui-même? — en qui « les passions ne sont autre chose que les divers degrés de la chaleur ou de la froideur du sang «. Est-ce sa faute à lui s'il est ainsi? Mais la religion est là pour corriger ces mauvais penchants de notre nature... La religion, La Rochefoucauld ne sait pas ce que c'est. Ses ancêtres ont été calvinistes, son père s'est converti, sans que son catholicisme l'importunâT jamais très fort, et l'on peut admettre que l'intérêt ne fut pas étranger à ce retour au bercail. Et puis, lui-même a vu de trop i)rès tous ces dévots pour ne pas être en méfiance à l'égard d'une foi aussi accommodante : « La i)lupart des dévots dégoûtent de la dévotion », écrira-t-il, ))resque à la veille de sa mort (1).

D'autre part, il faut bien vivre en société, et si l'on s'érigeait en censeur de tous les vices qui possèdent ceuxdiez

(1) Maximrs, cinquième édition publiée en 1678, deux ans avant sa mort.

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philuMjpiiU' lii' plus vu pluti iloiici* : il suit i

son «iraotm* qui K* imrtc à ne di'iuaiulrr à ;,

tju'un coiniiu'rfo ji^réabli», li«8 vertus nt'gativt'n d« l'honlu'ie hoiunu'. Suus \v -rial. son u*il pén»'î * '

«rriie biiM» tous les ,. tous les vices, i

laideurs, mais le temps urfX pas ^'loii^né où il écrira ^aus liroiiclier que « l'hypocrisie est un hommage (pie le vice rend à la vertu ». H n'est pas, comme on l'a dit trop bouveiit, un misanthrope ou, si l'on veut, il est à la fois l'hilirite et Alceste. 11 ne s'en fait pas accroire : il n'a pas meilleure opinion que l'homme aux rubans verts à l'endroit de l'humanité mais, comnu' IMiilinte, il voit u ses défauts avec quehpie douceur ». Sans nul doute, il signerait la plupart des déclarations de ce dernier. Corume lui, il ju^e <|u' :

Il faut fk'cliir au teni]>s sans obstination...

Et s'il décrit maliïré cela, après cela, les vices de notre nature, ce ne sera jias pour les Haireller, nuiis uniquement pour les constater. Ijicore peut-être bien le fera-t-il surtout par manière de distraction sociide et intellectuelle. La KocIk foucauld n'est jjas un moraliste. La morale n'a rien à faire avec son œuvre. Il décrit ce (lu'il voit, sans s'indigner et sans s'inquiéter du remède.

< ela est si vrai que lui-même, ayant remisé ses chimère.**, ^'accommode de plus en plus, malgré son t>bservation. avtr !<• monde. I )és (ju'il a achevé de rédiger la première partie de ><> MûiiO(ii:<, il se ris(jue de temps à ;i dont il ne peut sedélacl'er. Kn 1(>.>(), on 1' de la reine Christine do Suède, qui séjourne jHiur lors en

tes I.A ndClIKTOlICAULl). — CIIAl». IV

France. H reprend le chemin des salons qui rouvrent m\ à un. Il va chez MUe de Scu(hMv, cette belle âme i>,énéreuse, l'une des rares (|ui soient dii^nes de VAi^lrtc et qui puissent en disputer avec lui congnuuent : il ne manque pas à ses réunions des sanu'dis ; peut-être est-ce chez elle qu'il écrit ses vei-s aujourd'hui disparus. 11 s'accHmate peu h peu cliez Mme de Sablé, où il rencontre Télite de la société, Pascal et Méré, j\litou, tous les libertins groupés autour de la marquise janséniste : c'est chez elle que naîtront les Manmcs. On se retrouve entre soi, maintenant que la barricade est tombée : il y a là tous les anciens habitués de l'ancien hôtel de liambouillet qui sont encore de ce monde et du monde : il y a eu en effet beaucoup de conversions depuis quelque temps, remarque La Rochefoucauld en souriant, et il pense à Mme de Longue^dlle... 11 va aussi chez cette délicieuse folle, cette incorrigible amazone qu'est la Grande Madcinoiselle : pour tuer le temps, entre deux projets de mariage, elle tient salon. Là encore, là surtout il y a bon nombre d'anciens 1 rondeurs, et Mme de Sévigné et Mme de La Fayette qui vient de se marier... On « joue » aux portraits dans ce groupe — car le mot mier est celui qui convient à toutes ces fantaisies littéraires, madrigaux, portraits et maximes. Un jour, on demande au duc de faire le sien. Il accepte et le voici tel qu'il l'offre à la compagnie :

PORTRAIT DE LA RGCnEl-OnCAULD PAR LUl-MKME

Je suis d'une taille nicdiocrc, libre et bien proportioiuiée. J'ai le teint brun, mais assez uni ; le front élevé et d'une raisonnable grandeur ; les yeux noirs, petits et enfoncés ; et les sourcils noirs et épais, mais bien tournés. Je serais fort empêché de dire de quelle sorte j'ai le nez fait ; car il n'est ni camus, ni aquiliii, ni gros, ni poinUi, au moins à ce que je crois : tout ce que je sais, c'est (juil est plutôt giand que petit, et qu'il descend un peu trop bas. J'ai la bouche grande, et les lèvres assez rouges d'ordinaire, et ni bien ni mal taillées. J'ai les dents blanches et passablement bien rangées. On m'a dit autrefois que j'avais un jxmi trop de menton : je viens de me regarder dans le miroir pour

= poirniAii in; i. \ iiociii:! t»i «.ai li> - i«..<

savoir oo (pj'il vu cv-i, et jo ne snis pas trop bien quVn juRfr. l'our 1«' tour du visii^'c, je l'ai ou viirrà, ou en ovaJi* ; IctjUfl d«it dt'U^, il ino serait furt diflicilc de le din*. J'ai K'i» cIk > ;s

nalun'llf!in'!ii fri-iV, et avi-c cfla lUiscz (J-pjiis et a>st /. ir

pouvoir 1 en belle tète.

J'ai 4.. ..se de eliagrin el de lier dans la mine : etla

fait croin- à la |tlupart des t,'ens (pie je suis inéprisaiii, (|ii<.i(iiie je ne le sois point du tout. J'ai l'action fort aisée, et nienu- un peu trop, et jus(prà faire beaueoup de gestes en parlant. Voilà nalvenu'iit comme je pense nue je suis fait au deliors, et l'on trouvera, je crois, (pu' ce ipje je pense de moi là-dessus n'est pas fort éloigné de ce cpii en est. J'en userai avec la inôme fidélité dans ce qui me reste à faire de mon portrait ; car je me sui> <i>sez étudié pour me bien connaitre, et ji' ne manquerai ni d'iussurance pour dire librement ce que je puis avoir de bonnes qualités, ni de sincérité pour avouer franclienu'nt ce que j'ai de défauts.

Premièrement, j)our parler de mon humeur, je suis mélancolique, et je le suis à un point que, depuis trois ou quatre ans, à peine m'a-t-on vu rire trois ou quatre fois. J'aurais pourtant, ce me semble, une mélancolie assez su|)portable et a^sez douce, si je n'en avais point d'autre que celle qui me vient de mon tempérament ; mais il m'en vient tant d'ailleurs, et ce qui m'en vient me remplit de telle sorte l'imagination, et m'occupe si fort l'esprit, que la plupart du temps, ou je rêve sans dire mot, ou je n'ai presque point d'attache à ce que je dis. Je suis fort resserré avec ceux (pie je nu connais pas, et je ne suis pas même extrêmement ouvert avec la plupart de ceux (jue je connais. C'est un défaut, je le sais bien, et je ne négligerai rien pour m'en corriger; mais conmie un certain air sombre que j'ai dans le visage contribue à me fîiire paraître encore plus réservé que je ne le suis, et qu'il n'est pas en notre pouvoir de nous défaire d'un méchant air qui nous vient de la disposition naturelle des traits, je pense (luajjrès m'être corrigé au dedans, il ne laissera pas de me demeurer toujours de mauvaises marques au dehors.

J'ai de l'esprit, et je ne fais point diflicullé de le ilire ; car à quoi bon façonner là-dessus? Tant biaiser et tant apporter li'adoucissement pour dire les avjmtages que l'i ■ nie

.-emble, cacher un peu de vanité sous une mou '•,

et se servir d une manière bien adroite pour faire » >'i

beaucoup plus do bien que l'on n'en dit. Pour moi, , n-

tent qu'on ne me croie ni plus beau que je me fais, m de meil-

170 = I,A IloClIKKOl'CAriJ). — CIIAP. IV

Knire luinunir qiio je iul' dépeins, ni plus spirituel et: plus raisonnable que je le suis. J'ai donc de Tesprit, encore une fois, mais un esprit que la mélancolie ,nâle; car, encore que je possède assez bien ma lani^ue, que j'aie la mémoire heureuse, et que je ne pense pas les choses fort confusément, j'ai pourtant une si forte application à mon chagrin, que souvent j'exprime assez mal ce que je veux dire.

La conversation des honnêtes gens est un des plaisirs qui me touchent le plus. J'ainu' qu'elle soit sérieuse, et que la morale en fasse la plus grande partie. Cependant je sais la goûter aussi lorsqu'elle est enjouée ; et si je ne dis pas beaucoup de petites ciioses pour rire, ce n'est pas du moins que je ne connaisse pas ce que valent les bagatelles bien dites, et que je ne trouve fort divertissante cette manière de badiner, où il y a certains esprits prompts et aisés qui réussissent si bien. J'écris bien en prose, je fais bien en vers ; et si j'étais sensible à la gloire qui vient de ce côté-lcà, je pense qu'avec peu de travail je pourrais m'acquérir assez de réputation.

J'aime la lecture, en général ; celle où il se trouve quelque chose qui peut façonner l'esprit et fortifier l'âme est celle que j'aime le plus. Surtout j'ai une extrême satisfaction à lire avec une j)ersonne d'esprit ; car, de cette sorte, on réfléchit à tout moment sur ce qu'on lit ; et des réflexions que l'on fait, il se forme une conversation la plus agréable du monde et la plus utile.

Je juge assez bien des ouvi'ages de vers et de prose que l'on me montre ; mais j'en dis peut-être mon sentiment avec un peu trop de hberté. Ce qu'il y a encore de mal en moi, c'est que j'ai quelquefois une délicatesse trop scrupuleuse et une critique trop sévère. Je ne hais pas entendre disputer, et souvent aussi je me mêle assez volontiers dans la dispute : mais je soutiens d'ordinaire mon opinion avec trop de chaleur; et lorsqu'on défend un parti injuste contre moi, quelquefois, à force de me passionner pour la raison, je deviens moi-même fort peu raisonnable.

J'ai les sentiments vertueux, les inclinations belles, et une si forte envie d'être tout à fait honnête homme, que mes anus ne me sauraient faire un plus grand ])laisir que de ra'avertir sincèrement de mes défauts. Ceux qui me connaissent un peu particuUèrement, et qui ont eu la bonté de me donner quelquefois des avis là-dessus savent que je l(;s ai toujours reçus avec toute la joie imaginable et toute la soumission. d'esprit que l'on saurait désirer.

= POinilAIT liK I.A HOCIIKKt.i «. xi Ll» ITI

.l'ai toutes les pas-^ions îusppz douoos et as507 ■■' " : on ne m'a prosquf jamais vu on colrrc, et je n'ai j;»r haine

pour pj'rsomic. .lo ne suis pas pourtant incapalili' dr lui vmtrtT, si l'on m'avait ofTcns»'. et fpi'il y allât de mou honneur ;i to-- n-»seutir de l'injure qu'on m'aurait faite. Au eonlrain-. i' ré

que le devoir ferait si hieii en moi roffice de la haim. i; ^ irsuivrais ma veni;eance avec encore plus de vii^ueur (pi'un autre.

L'ambition ne me travaille point. .le ne crains pière de choses. et ne crains aucunement la mort. Je suis peu sensible à la \>hU', et je voudrais ne l'y être point du tout. Cependant il n'est rien que je ne fisse pour le soulasement d'une personne afflige ; et je crois effectivement que l'on doit tout faire jusqu'à lui têmoifrner ntême beaueou|> de compassion de son mal ; car les misérables sont si sots, que cela leur fait le plus {rrand bien du monde : mais je tiens aussi qu'il faut se contenter d'en témoigner et se garder soiçmeusement d'en avoir. C'est une passion qui n'est bonne à rien au dedans d'une âme bien faite, qui ne sert qu'à affaiblir le cœur, et qu'on doit laisser au peuple, qui, n'exécutant jamais rien par raison, a besoin de passions pour le porter à faire les choses.

• J'aime mes amis ; et je les aime d'une façon que je ne balancerais pas un moment à sacrifier mes intérêts aux leurs. J'ai de la condescendance pour eux ; je souffre patiemment leurs mauvaises humeurs : seulement je ne leur fais pas beaucoup de caressas, et je n'ai pas non plus de scandes inquiétudes en leur absence.

J'ai naturellement fort peu de curiosité pour la plus grande partie de tout ce qui en donne aux autres gens. Je suis fort secret, et j'ai moins de difficulté que personne à taire ce qu'on m'a dit en confidence. Je suis extrêmement régulier à ma parole ; je n'y manque jamais, de quelque conséquence que puisse être ce que j'ai promis ; et je m'en suis fait toute ma vie une loi indispensable. J'ai une civilité fort exacte parmi les femmes ; et je ne crois pas avoir jamais rien dit devant elles qui leur ait pu faire de la peine. Quand elles ont l'esprit bien fait, j'aime mieux leur conversation que celle des hommes ; on y trouve une certaine douceur qui ne se rencontre point parmi nous ; il me seml)le, outre cela, qu'elles s'exjiliquent avec plus de netteté, et qu'elles donnent un tour plus aujéable aux choses qu'elles disent. Pour galant, je l'ai été un peu autrefois ; présentement je ne le suis plus, quelque jeune que je sois. J'ai renoncé aux fleurettes ; et je m'étonne seulement de ce qu'il v a encore tant d'honnêtes gens qui s'occupent à en débiter.

17e I. \ HOCIIK KOrCAULi). — CHAI'. IV

J'apjtrouvc oxirèincincnt les holjps passions ; elles iiiai(|iieiit la grandeur de rfune : et, quoique dans les inqui(''tu(les ({u'elh^s donnent il y ait (|uel(]iie ehoso de contraire à la st'vère sagesse, elles s'aociinunodeiit si bien d'ailleurs avec la plus austère vertu, que je crois qu'on ne les saurait eondanuu'r avec justice. Moi (pii connais tout, ce qui! y a d(> délicat et de fort dans les grands sentiments de l'amour, si jamais je viens à aimer, ce sera assurément de cette sorte ; mais dt> la façon dont je suis, je ne crois i)as (pu' cette connaissance que j'ai me passe jamais de l'esprit an cnnur.

Et, dans la société de Mlle de Montjionsier, on applaudit à ce portrait, car l'on s'accorde à lo tenir ))our vrai.

Vrai, c'est beaucoup dire : vraisemblable si l'on veut, teinté d'optimisme. Car La Rochefoucauld ne s'est peut-être ])as flatté extrêmement, mais il n'a fait qu'esquisser son visage et son image. A l'exception de deux ou trois traits, qui sont notoirement faux (1), le reste est \Tai, sans confesser toute la vérité. 11 manque bien des détails, et des détails qui sont parfois essentiels. C'est un portrait d'apparat qui nous représente en pied Mgr le duc de La Rochef oucaidd, pair de France, bientôt chevalier du Saint-Esi)rit. C'est 1 honnête homme, mais ce n'est pas l'homme tout court, et quiconque a étudié de près l'auteur des MarimPi^ ne pourra manquer de faire cette remarque.

« Nos ennemis approchent ])lus de la vérité dans les jugements qu'ils font de nous que nous n'en approchons nnMs-mêmcs. » C'est lui, l'analyste qui a écrit cette ])ensée, et on ne peut faire autrement que de la tenir pour juste lorsqu'on lit dans les Mcmoires rie Retz cet admirable et lumineux portrait qu'a brossé d'après lui son vieil ennemi de la Fronde. QuoicpTil ait été bien souvent cité, il faut le reproduire une fois de jjIus, car il cotnplête merveilleusement celui qui fut peint par La Rochefoucauld en personne:

11 y a toujours eu du je ne sais quoi en tout M. de La Rochefoucauld : il a voulu se mêler d'intrigue, dès son enfance, et

(1) « L'ambition ne me travaille point... » — « .le n'ai jamais eu de haine pour personne. »

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bon iiiuii« la >[■ 1, joint à sa doia«'ur, a

et à sa facilita* de mœurs, (|ui est admirablr, devait conij plus (|u'il n'a fait le défaut de sa pénétration. Il u t>i<i' une irn'solution liabituelle, mai.s je ne sais même à qu' '■

cette irrésolution : elle n'a pu venir en lui de la féonuii. >i<son iniîurination tjui n'est rien moins (jue vive; je ne la pui.» donner à la stérilité de son ju^rement. ear, «juoiqu'il ne l'ail pas exquis dans l'aetioii. il a un bon fonds de raison : nous vnynris les effets de cette ii. (pioicpie nous n'en c

pas la cause. 11 n'a i iruerrier, quoi(|u"il fût n

il n'a jamais été par iui-iiifine bon courtisan, quoiipj il au ^^<ujours eu bonne intention de l'être ; il n'a jamais été Ijoii liumnie de parti, quoicpie toute sa vie il y ait été engagé. Cet air de honte et de timidité que vous lui voyez daiis la vie civile s'était tourné, dans les affaires, eu air d'apoloj^ie ; il croyait toujours en avoir besoin, ce qui, joint à ses Maximes, qui ne marquent pas assez de foi eu la vertu, et à sa pratique, qui a toujours été de cliercher à sortir des affaires avec«autant d'impatience qu'il y était entré, me fait conclure (piil eût beaucoup mieux fait de se connaître et de se réduire à passer, comme il l'eût pu, pour le courtisan le plus poli qui eût paru dans sou siècle (1).

{Mémoires du cardinal de Rets, Ed. pr. p. 224-225.)

Des difTéreuts portraits qui ont été faits du personnage, je n'eu sais pa.s. pour ma jjart. de plus adiuirahle, ni surtout de plus précieux. Lorsque pendant un certain tenlp^" l'on a étudié La Hochefoucauld, lorsqu'on a cherché à pénétrer sou caractère, lorsqu'on Ta suivi dans sa vie publitjue

(1) !' t d'abord ajouté, a] trA-'

leur 1 : • et pour U- plu»

vie c..,i...iiwi. 11 est amusant <'.. \ mamtenir.

171 \.\ KtHlIKI.Ol CAILI». — CM A I'. IV

pas :\ pas, on est frappé de ces contradk'tions extraordinaires, (pje lii't/ a n-juliies savourciisriuciit par la i'aïui'usc ('X|H( s^ion du « je no sais (pioi ». Cotte ])ai;e éclaire toute la vie publique de l'auteur des Marinns. sou incoiiérence, ses à-coups, ses équivoques, ses élans généreux, suivis de retraits soudains, ses vertus et ses vices. Au vrai, La Rochefoucauld, qui était entré dans la mêlée humaine en fidèle de Tvlv/r»^, n'avait pas tardé ;\ perdre cette helle allure, un peu plus répudiée chaque jour. Avec toutes les qualités, comme l'a très bien vu son ))lus sûr ennemi, il n'avait f^ucre inspiré (jue de la défiance; ;\ l'éjjoque la |)lu> brillante de sa vie, il avait ac(|uis une réj)utation écpiivoqiie d'ambitieux louche et inquiétant. \ distance, Retz a mis le doigt sur l'incurable plaie de ce caractère, qui le condamnait à la stérilité et le rendait impropre k tout grand rôle dans l'État : « 11 a toujours eu une irrésolution habituelle. »

Mais il était « très bon, ajoute-t-il, dans la si^éculation », et il avait une « douceur, une insimiation et une facilité de mœurs admirables ». Du jour où il pendit son éj)ée au croc pour reprendre la canne du courtisan, de l'honnête homme, cette irrésolution, cette faiblesse dont lui-même disait qu'elle était « le seul défaut (ju'ou ne saurait corriger », de\int une qualité mondaine de plus. Elle reid'orva, si l'on peut dire, sa « facilité de mœurs ». Elle fit de lui le mondain le plus exquis, l'homme de tous ces salons qui, au lendemain de la Fronde, n'aspiraient qu'aux doux travaux de la société, à une sorte d'égoïsme collectif, courtois et agréable.

11 y brilla bientôt, au premier rang. Dans ce milieu, où tout était conversation, il eut l'art de plaire (I) ; il avait le secret de fixer l'attention ; il était de ceux qui savaient intéresser, évoquer des souvenirs - et quels souvenirs ! — conter des anecdotes, philosoj)her sur les événements de la veille qui seml)laient déjà si lointains... « La conversation des honnêtes gens est un des plaisirs qui me touchent

(1) Cf. Ré flexions diverses : « De la Conversation -, IV.

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