‹ La RochefoucauldChapitre 6 sur 87 · I.A IKlCIlKFOliCAriJ) Jl Sl^M A I.A riloMn · texte numérisé non relu

I.A IKlCIlKFOliCAriJ) Jl Sl^M A I.A riloMn

ralïaire est trop vite tt'iiiiinrc. L'assaut du (> mars, comniamlô |)ar \v roi ot le cardinal, ti-nniiic la caiiipiuj^ne. Le duc ('harIcs-Kminainu4 de Piciiioiit c se met à lu raison )'.

Le nouvel ollicier revient et s'installe à Paris. 11 ne tarde ])as à être adinis dans la familiarité do la jeune reine, Anne d'Autriciie. 11 a tôt fait d'être au courant de la situation et s'enflamme : on lui a conte les malheurs de la souveraine. U sait les rigueurs que ne craint pas d'avoir envers elle Kiclielieu : et ceci n'est point pour améliorer l'opinion que professe Marcillac à légard de ce petit gentillionimc du Poitou qui, i)ar la cléricature et les intrii,nies galantes, s'est élevé à la i)lace de « principal ministre d'Ktat ».

Dès ce moment, son parti est arrêté. 11 sera pour la reine malheureuse contre le 1 ont-puissant conseiller. Et il liera partie d'autant plus volontiers avec elle qu'il est secrètement amoureux de Mlle do Hautefort, sa lille d'honneur, celle-là même (pie Louis Xlll aimait d'une passion maladive :

Hautefort la iiiervoille

Réveille Tous les sens do Louis, Quand sa bouche vermeille Lui fait voir un souris (1).

Avec elle et avec Mlle de Chamerault, il est sans cesse en confidences. Par leur intermédiaire, Anne d'Autriche lui fait dire « toutes choses sans réserves ». 11 est « ébloui ». conmie « un homme qui n'avoit presque jamais rien vu ». Si Ton veut bien se rappeler que La Rochefoucauld, prince de M?j-cillac. n'a pas vingt ans à cette époque (ces faits se passent entrr" 1630etlG35), on comprendra mieux son éblouissement.

Tout n'est qu'intrigues autour de lui. On vit parmi les complots. Depuis la mort d'Henri IV jusqu'à la majorité de Louis Xl\'. malmé deux îjrands ministres, chacpu^ jour

(l) Vie iiuiHUsiiite de Mme de lldultjori, duclienitc de Sdiomberg, publiée pur V. Cousln ; Madame de Ilaulcjorl, p. 170.

10 I. \ KoCIII-FOLîCArLI). — CIIAP. 1"

amène son dessein. La rt'<;ence de Mario de Médieis a suscité tous les espoirs de l'aristocratie, et Richelieu les ruinera tous, inij)itoyal)lenient ; la rég-ence d'Anne d'Autriche favorisera tous les niéeontentonuMits, toutes les colères, toutes les rancunes, et Mazarin, à son tour, les réduira à rien. Pendant quarante ans — toute la jeunesse de La Rochefoucauld — la cour sera partagée en deux camps. Il y aura d'une paît la monarchie et de l'autre les factions. Le piquant de la lutte sera de voir les factions dmgées par des femmes : à leur tête il y aura, tour à tour, les deux reines, qui joueront devant les ministres le rôle de martyres. Si Anne d'Autriche, en fin de compte, s'accommode — et au delà — avec Mazarin, elle commence, comme sa bellemère, par lutter. Toutes deux font figure de victimes. Toutes deux, aux yeux d'une jeunesse turbulente, sont des héroïnes abreuvées d'épreuves. Toutes deux sont soutenues par des cabales, menées par ces dames de Hautefort, de Longue^dlle, de Montbazon et de Chevreuse.

Ah ! le beau chapitre inédit de VAstrceJ Marcillac entre en scène, derrière Chalais et Montmorency qui sont morts Tun et l'autre sur l'échafaud, pour l'honneur de la reine Anne. 11 juge tout aussitôt qu'il y a mieux à fake : il faut vaincre pour elle, sans passion personnelle, sans ambition, avec l'unique désn d'obtenir « des marques d'estime ^ et d'amitié >\ qui paieront, et au delà, les disgrâces. Il faut délivrer la jeune souveraine de l'engeance cardinalice et la rétablir dans la confiance du roi, son mari.

Jusqu'alors, pendant les premiers temps de son séjour à la cour, La Rochefoucauld a été guidé par Mlle de Hautefort, qu'il a aimée avec toute la ferveur respectueuse dont Céladon témoignait envers Astrée. Par elle, il a gagné la confiance royale et s'est trouvé naturellement mêlé aux premières intrigues que conduit la jeune fille en l'absence de la grande héroïne, de la duchesse de Chevreuse, qui promène son impatient et triomphal exil d'Angleterre en Lorraine. De loin comme de près, celle-ci est un des constants soucis du cardinal, qui est bientôt obligé de l'autoriser à rentrer. C'est alors que La Rochefoucauld, sur l'ordre de

LA iiociii:!' 01 c:aiij) jusoua la lu(i.M)L m

la reine, lie connni^s.mce avec cette veuve tiirhiileiite de Luynes.

Dès le début, et coiniiie les antres, il est si'duit par sa beauté ; •• Elle se servait de tous ses charmes pour réussir dans ses desseins )\ a-t-il écrit lui-même, dans ses Mémoires, la plume tremblant encore au souvenir de ce passé rempli de sortilèges. Et Ton conçoit la scène telle qu'elle put se dérouler entre ces deux êtres, tout frémissants de vie, entre cette merveilleuse nature d'héroïne et ce jeune homme fougueux, tout vibrant de passion naïve, qui ne demandait qu'à se donner. Le futur auteur des Maximes fut alors une sorte de Chérubin conspirateur, écoutant, entre deux baisers, les plans coujjables de sa divine marraine (1).

Kul doute qu'elle ne se prit elle-même à ce jeu et que La Rochefoucauld n'ait été la grande tendresse, un peu maternelle, de cette femme, qui connut de si vives amours cependant. 11 était jeune ; il était beau ; il était sincère, tout brûlant d'un besoin de se dévouer, et il la regardait avec ce regard que l'on a pour une première maîtresse aimée. A sa suite il se lança, en chevalier de la reine et de la duchesse, dans les plus folles aventures ; et c'est en l'honneur de cette dernière surtout qu'il eût pu composer ces vers, qu'il écrivit plus tard — parodie d'un distique de

(1) Je sais bien qu'en accentuant, comme je le fais ici, le caractère sentimental de la liaison formée par Marcillac avec Mme de Chevreuse je me mets en opposition avec tous les historiens qui ont étudié l'existence de la fameuse héroïne, depuis Victor Cousin jusqu'à son plus récent biographe, le meilleur aussi bien, M. Louis Batiffol. Je me rends compte de même façon que si la romanesque pudeur du premier, à l'endroit des aventures de la duchesse n'a pas une grande valeur critique, les conclusions de M. Batiffol sont d'un autre poids. Mais qu'y faire? Les textes et les arguments invoqués ne me paraissent pas décisifs, et d'autre part, les passages discrets des Mémoires de La Rochefoucauld consacrés aux relations des deux persoimages, le caractère de ceux-ci, le développement même de l'intrigue qu'ils vécurent en commun me semblent impliquer cette intimité absolue entre eux. La justification plus complète de cette conception ne saurait prendre place icL En dépit de l'importance qu'exerça cette passion sur l'évoiuticm psychologique de l'auteur des }laximps. elle demeure un épisode violent mais bref dans sa longue carrière sentimentide.

ij LA iiocirKForcAri.i». — ciiap. i"

VAlcfiOuh do du Kyor — sous un portrait dcMrao do Li»nguevillo :

Kaisant la i^uerre au roi, j'ai perdu los deux yeux ; Mîiis jiour JIM toi ohjt't, ji» Taurais fallu aux Dieux.

Auprôs d'olk', il se forme aux intrij^ues : « Elle avoit l'esprit fort, une beauté puissante dont elle savoit bien user, ne s'ainoUissant ])ar aucune disj^râce, et demeurant toujours en une même assiette d'esprit. » Ce croquis, enlevé de main de maitre, est sii^né Richelieu : il classe le modèle et permet de discerner rintluence qu'exerça la prodigieuse aventurière sur le jeune homme.

Tout en nourrissant sa jeunesse de rêves amoureux, ce fut elle, incontestablement, qui éveilla son ambition. La première, elle lui lit ai)ercevoir certains replis de son âme (]u'il avait i<înorés jusqu'cà ce moment. Sous couleur de dévouement à sa personne et à celle de la reine, elle fit scintiller devant ses yeux tout un avenir de gloire et d'honneurs (pii deviendrait la juste récompense, la nécessaire rémunération dvi^ périls auxquels l'exposait sa lidélité envers de mallunireuses femmes. Pour vaincre des délicatesses orgueilleuses, qui dissimulaient à Marcillac lui-môme le fond de son cœur, elle lui fit percer les secrets d'une cour, où chacun, à quelque faction qu'il aj)partînt, à quelque rang qu'il se trouvât, luttait avant tout pour son intérêt personnel. Lorsqu'il favorisa la fuite de la duchesse en Espagne, elle lui laissa, comme un dernier symbole de cette éducation qu'elle avait voulu consommer, ses propres joyaux. Assurée qu'ils ne seraient en aucun lieu du monde mieux en sûreté que dans les mains de son amant, ell"- les lui légua, en toute propriété si elle mourait, à titre de fidéi-comniLS si elle triomphait du destin. Ainsi, d'un seul geste, elle lui faisait pénét er cette duplicité de sentiment qu'il convient d'avoir en cette vie : en se montrant irénéreuse envers crlui «prelle aimait, elle s'assurait elle-niênic de retrouver ses jjierrories, si elle revenait.

M;iis qu'iiripdrtaicnt ciicorcî ces calcids à Aîarcillac? 11

Page 1