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IV sitnl li'S fimvorsati(»ns, en effet, (|ui, à rili>ttl, ont tout d'alH»ril la vo^iie. (V sont elles (|tii feront I < iliicatioii
ncijilo et intellectuelle de l'élite franç^iise du dix-septième siècle. Noni!>renx sont les nobles élevés aussi maJ que La Koehefoiicauld. et cependant les ténioigiuiges ipii nous sont parvenus de répocpie laissent l'impression d'une société extrêmement brillante et cultivée. Les écrivîiins, les homme.du monde, les femmes, tous ont chanté àl'envi les chcirmes et, qui mieux est. les bienfaits de la causerie. Mlle de Scudéry. le chevalier de Méré, .Mme de Sévigné, Saint-Evremond, l*ascal lui-même les ont célébrés. J.,lustorien Varillas disjiit à Ménage « que de dix choses qu'il savoit, il en avoit appris neuf par la conversation. — Je pourrois à ])eu près vous dire la même chose », lui répondait Ménage, rencyc-lopédie vivante de ce temps. Et notre La Koche-
•ucauld lui-même écrira, en faisant son propre portrait : La conversation des honnestes gens est un dus plaisirs
lui me touchent le plus : j'aime qu'elle soit sérieuse, et ijue la morale en fasse la plus grande partie. ■>
On ne saurait trop insister sur cette éducation psychologique de l'auteur des Mnaimcs, autrement, ou ne comprendrait ni la forme ni le fond de son chef-d œuvre. Les réflexions morales de La Rochefoucauld n'ont été coulées
lans ce moule de la sentence qu'à cause des influences, techniques a si l'on peut dire, qu'exercèrent sur lui la
•instruction analytique de \''Astr''-e et les conversations de l'hôtel de Kambouillet, d'où naquirent un peu plus tard, comme des affluents, les u portraits )> chez Mlle de Montpensier et les » maximes » chez Mme de Sablé. D;même aussi, le pessimisme de cette œuvre n'a été si violent et si absolu qu'eu raison de Tidéid romanesque que professa l'écrivain, durant les plus belles aimées de sa jeunesse, grâce à ce livre et à cette société.
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Cepciulaiit, la vie comiiiciH'ait à battre en brèche ses illusions. La fuite de Mme de Clievreiise, en 1G37, avait valu à .Maicillac d'être soupçonné de complicité. Ses relations avec la duchesse autorisaient Tidre d'nne connivence. L'enqiîête justifia la conjecture, et Kichelieu ne dédaigna pas d'inteiToger lui-même ce conspirateur qui lui paraissait surtout un grand dadais, racolé par la conjuration à des fins quMl ne pouvait ])révoir bien précisément. La famille était fort effrayée, comme le montre le fragment cité de la lettre maternelle : on lit agir toutes les influences, et le jeune homme en fut quitte pour huit jours de Bastille.
On verra, parles i\Iémoires, que le cardinal semble avoh" voulu s'intéresser sur l'instant au jeune prince de Marfillac : « Je lui répondis, raconte-t-il, dans le môme sens de nui déposition, et comme je lui parus plus réservé et plus sec qu'on n'avoit accoutumé de l'être avec lui, il l'aigrit... )> et encore, à sa sortie de prison : « J'allai... remercier le cardinal de la liberté qui m'était rendue. Je le trouvai froid et sérieux; je n'entrai point en justification sur ma conduite : il me parut qu'il en étoit piqué. »
V. Cousin et d'autres critiques ont mis en doute cette attitude de La Rochefoucauld. Je l'accepte pour ma part sans hésitation. La candeur juvénile, l'inconscience du danger ou peut-être la bravade, l'orgueil qui ravagea toute la vie active du personnage facilitent la créance. C'est assurément avec satisfaction qu'il s'en va en exil, à Verteuil, où il trouve « à souhait tous les plaisirs de la campagne », Une lettre de son père, écrite en 1G42 à M. de La Ferté, ambassadeur en Angleterre, nous renseigne sur les occupations auxquelles il se livrait pendant ce loisir forcé : « 11 y a deux ou trois ans que mon fiis de Marcillac continue un petit commerce en Angleterre qui lui a réussi jusques
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à cetto luMirc ; et il espère encore iriioiix sous votre pnilectiou le succès (|u'il eu désire (|ui est de pouvoir tirer des chevaux et des diieus pour ilu vin cpi'il ouvoio (1). n
En J()39, il est autorisé ù reprendi'e du service. Ses états, conservés au ministère de la guerre, ne font pas inention (le cette cainpai^ne à l'armée de Flandre, où il servit évitiemment, h titre de volontaire, sous le maréciial de La Meilleraye. Le 4 et le 24 août, il assistait aux combats de Saint- Venant-sur-Lys et du fort Saint- Nicolas, C'est à ce dernier engagement, nous raconte-t-il dans ses Mémoires, <iue « vingt-cinq ou trente volontaii'es de qualité soutinrent seuls sur une digue tout relïort des ennemis, et les repoussèrent quatre ou cinq fois, à coups d'épée, jusques dans les barrières de leur camp. » Ce qu'il ne dit pas, c'est qu'il se trouvait parmi eux, et que La Meilleraye lui offrit, le soir même, la charge de mai'échal de camp, sous lui, avec « de grandes espéi'ances ».
Par ordre de la reine, Marcillac refusa cet avantage, afin de rester libre de toute reconnaissance envers le cardinal, qui semblait cependant vouloii* 1' « attacher clans ses intérêts ». Au fait, le sacrifice ne dut pas être très grand, car, malgré une bravoure tranquille et réelle, il ne fait figure, à aucune époque de sa carrière, d'avoir aimé la profession des armes : « Il n'a jamais été guerrier, quoiqu'il fût très soldat >■, écrira Retz. Et, certes, le trait vaut d'être noté, car il est imj)révu.
Aussitôt la campagne terminée, il quitte larméc. Mais ici, la conduite de La Rochefoucauld déconcerte : « Je letournai à Verteuil, écrit-il, sans voir la cour. J'y demeurai un temps considérable, dans une sorte de vie inutile, et que j'aurois trouvée trop languissante, si la reine, de qui je dépend ns. n'eût réglé elle-même cette conduite et n: m'eût ordonné de la continuer, dans l'espérance d'un changement ({u'ellc prévoyoit. »
On est, à cette heure, à la veille de la conspiration de
(1) Œuvres complètes, édition Hachette, t. III : Correspondance, p. 243-244.
is I. \ i;(m;iii:i tti CAll.D — ciiAlv l"
Cin(|-Mars : Irs lirconî^taiices se i)réfi|)itont : Lo « cliani,^'iiu'iit » i|u'Anne (rAulriche prévoit ost la mort du canlinal — surveuani (rime favoii ou irmic autre, (railleurs. Déjà privée tle .>^a plus priVieuse eonseillère, Mrue de Clievreuse, clic envoie au fond du Poitou sou <^eutillioiunic de confiance, qui vient encore do se sacrifier pour elle... 11 y a là quelque chose de mystérieux qui n'a pas été éclairci. Co fait n'a jias même été abordé par les hioi^ra plies de La Rochefoucauld et il semble d'ailleurs impossible de Tex- |)liquer, mais il convient au moins de le soulii^ner. Nous connaissouïi sutîisammcnt le caractère de la reine Anne pour ne pas croire qu'en l'occun-ence elle ait pensé à préserver son chevalier des danc^ers jirésents : elle avait un éfjttïsme et une Ié2;èreté (pii rempêchaicnt toujours de s'intéressera de jiareilles futilités. Par ailleurs, cette jiartie des Mémoires contient quelques phrases inquiétantes : « Comme j'avois déjà été mis en prison pour avoir fait passer Mme de Chevrciise en Espae;ne, il étolt jjérilleux vers le cardinal de retomber dans une semblable iaute, et même pour sauver un homme qui étoit déclaré criminel. Je m'exposois par là tout de nouveau à de plus grands embarras encore que ceux dont je vends de sortir. » Et plus loin : « Je m'attendois à ressentir les elïets de la haine du cjirdinal de Richelieu, que je ne m'attirois cependant. j)ar tant de rechutes, que ])ar la nécessité indispensable de faire mon devoir. »
On peut se demander, dans ces conditions, si le beau feu qui avait brûlé La Rochefoucauld, pendant ces dix années pas.sées, ne commençait pas à s'alentir et si c'était bien la reine qui l'envoyait à Verteuil, à l'instant même de ce tli'inier danger, le plus grand. 11 semble que le romanesque s'atténue dans cette âme juvénile et que son ardeur s'attiédisse. Mme de Clievreuse n'est plus là pour troubler sou esprit en même temps que son cœur. Qui sait? 11 doit même être au courant de toutes les aventures galantes qu'elle mêle à ses complots. Et puis, la reine elle-même s'est confiée à un autre, à Cinq-Mars. Les rêves s'alourdissent de réîdités, et les réalités sont bien éloignées de VAstrh...
IV U(M IMFOUCAULI) JUSOl'A I \ lllONhK <<.»
Aussi est-ci' on amalour, sans riscjucr grandchoso, qm' La Kochefoiicauld entre dans le eoinplut. De Thon, (m'on lui envoie pour lui o apprendre la liaison » de la souveraine n avee M. le Grand ». n'est pas lioinnu' à rentralmi i - • avant, puistpie lui-nu*nu' désapprouve l'eiitreprisi-. ., voici que de «rraves nouvelles se répandent. Kiehelieu. (pu a conduit le roi ji^onisant à l'arniéu du Koussillon, devant Terpiii^nan, meurt j)Ius tôt — et autrenuMit — que ne l'avaient j)révu les conjurés. II ne disparaît pas toutefois sans avoir obteiui un dernier triomphe : Cinij-Mars et de Thou, exécutés j);ir ordre de Louis XI II, l'ont précédé dans la tombe.
u Vers le commencement de décembre de la même année (1642), écrit Gourville (1), le cardinal de Richelieu étant mort, les amis de MM. de La Rochefoucauld leur mandèrent qu'ils feroient bien d'aller à Paris : ce qu'ils firent, et partirent incontinent. »
Gounille ne nous dit pas si ce fut la reine qui rappela Marcillac, et lui-même, en nous donnant les raisons de son arrivée à la cour, ne parle pas d'un rappel : « La mauvaise santé du roi, et le peu de disposition où il étoit de confier ses enfants et le gouvernement du royaume à la reine nie firent espérer de trouver des occasions considérables de la M'mr. » Il n'y a pas dans ces lignes la moindre iillusion ;i un ordre royal de retour, et la phrase de Gourville nous laisse soup<,-onner bien des calculs d'une autre sorte.
On hésite cependant à apprécier. Si l'on songe à l'homme qu'il fut jusqu'à cette époque, on est tenté d'admettre qu'un dernier élaji l'amena, d'instinct, à se ranger auprès de la souveraine menacée; si l'on évocpie sa conduite! à partir de cette date, on incline à attribuer son gette à l'ambition
( 1 ) Mnnoires de Gourville, t. l*""^, p. 7. édition Letestre.
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i'<:oïslc qui dos lors le liavaillom, jusqu'à la lin de la Fronde. 11 faut, lire dans ses Mémoires le détîiil des évr«nenients (jtn suivent. Le tableau de « la longue extrémité « du roi e->t brossé de main de maître : ces semaines interminables d'ineertitude, le drame qui se joue autour de la eouelic souveraine, tout cela est traité en touches vigoureuses, et ce tragique est saisissant à l'extrême. On voit se dessiner tous les })ortraits de ces ])rinces et de ces seigneurs qui n'attendent mC'me pas le dernier lioijuet du moriixmd pour se ruer à la curée. La meute, contcmie. muselée par Kidielieu, entend bien prendre sa revanche. On arrache au mourant les lettres de grâce, une h une. Tous les fauteurs do trouble, exilés par le cardinal, rei)araisscnt. Les grands vautours féodaux arrivent des quatre coins de l'horizon, ])réts à fondre sur les places et sur les honneui"S. Vendôme et ses petits : Mercœur et Beaufort, les Elbcuf, Bellegarde, Bassompierre, Cramail, Châteauneuf, de Jars, Vauticr, tous ceux qui sortent de la Bastille ou reviennent de leur exil, tous ceux qui ont consi)iré sans relâche et sans merci contre le pouvoir, contre l'I'^tat, ])our eux-mC-mos ou pour la reine, ])ar dévouement, pai' politique ou ])ar intérêt, se montrent à nouveau. Il n'est pas jusqu'aux ministres, incertains du lendemain, qui ne les ménagent ; Anne voit se grouper autour de sa régence prochaine tous ceux qui ont lutté avec elle ou pour elle. Chacun commence à décrire autour du lit à colonnes sur lequel agonise le mélancolique souverain, les grands cercles qui annoncent la mort...
i.A MOUT ni-: LOUIS xin
Je trouvai la c«iiir pk'inc d'ai^^itation, étonnée de la mort du cardinal do Jiicholiou, et respectant encore son autorité; ses parents et ses créatures y avaient les mômes avantages qu'il leur avait procurés, et le roi, (|iii le haïssait, n'o'^ait cesser do suivre ses v<51onté.s. Il consentit (jue ce ministre disposât par son testament des pruicipalos oharges et des plus importantes places du Koyaunio, et (|u'il établît le cardinal Mazariii chef du conseil et premier ministre.
LA Mnin I»K l.oM.s \IH T 21
ropi'iuljuit , la santt' du roi (liiiiiiiiiuit tous les jours; on prévoyait lit' ^'raïulcs'iuTsiVulinns conlrc hs part'iits et les i-réa- I lires ilu cardinal de Kiclicliou, suit (pu- la ri'iiic «'ûf ^-cultî la n'irciiri', ou (pu- Monsieur la partju^eàl avec elle. Le cardinal Mazariii, M. de Chavitrny et M. des Noyers avaient alors toute la part aux alTjures, et se trouvaient, par cette niison, expo-rs dans un chanijeineiit. M. des Noyers avait pens6 le premier à se i^arantir, et il avait donné des espérances ù la reine de disposer le roi, par le moyen de son confesseur, à l'établir réiïeiife. Le cardinal Mazarin et M. de Chavi|îny, qui avaient pris d\iutre< mesures pour phiire au roi, et dans la vue qu'il |)ourrait ji;uérir, lui avaient proposé de donner une déclaration (pii établît un conseil néces^jure <à la reine [)our borner l'autorité de sa régence et exclure des affaires toutes les personnes suspectes. Bien que cette jiroposition parfit contraire aux intérêts de la reine, et (piVlle fiit faite sans sa participation, néanmoins le roi ne i)ouvait y consentir : il ne pouvait se résoudre à la déclarer réj^ente, et moins encore à partager l'autorité entre elle et Monsieur. 11 Tavait toujours soupçonnée d'avoir une liaison avec les Espa- LTUols, et il ne doutait pas qu'elle ne fût encore fomentée par Mme de Che\Teuse, qui était passée alors d'Angleterre à Bruxelles. D'un autre côté, le pardon qu'il venait d'accorder à Monsieur pour le traité d'Espagne, et l'aversion naturelle (pfil avait toujours eue pour ce prince le ten<ùent dans une irrésolution qu'il n'aurait peut-être pas surmontée, si les conditions de la déclaration que le cardinal de Mazarin et M. de Cliavigny lui proposèrent ne lui eussent fourni l'expédient (juil désirait pour restreindre la puissanc-e de la reine et la rendre ilépendante d'un conseil nécessaire.
Ce conseil devait être composé de Monsieur, de M. le prince, du cardinal Mazarin, du chancelier, de iL des Noyers et de M. de Cha\igny, et la déchiration portait que la reine ne pourrait rien résoudre sans leur avis. Ci'pendant, le cardinal -Mazarin et >L de ("liavigny cachaic'it soigneusement ce projet ù la reine ; mais, l'ayant coimnuniqué à M. des Noyers, il s'y opposa, et leur lit trop connaître qu'il ne pouvjut jamais y consentir. Cette sincérité causa sa perte bientôt après : ils n." doutèrent point (ju'il ne voulût s"état)lir,'à leurs dépens, auprès de la reine, et qu il ne lui rendit compte de ce qu'ils lui avjiient proposé; ils résolurent de l'éloigner des affaires, de peur qu'il lie se mît en état de les en éloigner eux-mêmes, quand la reine -erait régente. M. des Noyers apprit à la reine, comme ils
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rayaient pri^vu, le tlosscin de la (U'clarafion, et ce (lui so faisait contri> son service. Elle en fnt vivement toinli(''e ; elle s'en plai- ;;nit à ses servit enrs particuliers, comme cKnn outnif^e qn'elle ne j)ouvait jamjiis panlonner ; et ce Uit Ini faire sa cour qne do n'aller plus chez le c-<u(linal .Mazarin et chez M. de ('havi<fny.
Les choses étaient en ces tenju's lorsque M. des Noyers, (pii croyait les avoir ruinés auprès de la reine, se trouva ruiné luimême auprès du roi. Ces ileux ministres lui persuadèn'iit (pio .M. des ^'oyers prenait des mesures avec la reiiu', et qu'il n'était contraire i'i la déclaration que pour se rendre maître de son e.^prit, (juand toute l'autorité serait entre ses mains; ils lui lirent remarcpier aussi (|ue le confesseur, créature de M. des Noyers, î«rissait en toutes choses de concertavec lui, et a|)[)uyait les intérêts de la reine. Les apparences firent toute rim|)ression (ju'ils désiraient sur l'esprit du roi, naturellement soupçonneux, et alTaibli encore i)ar la longueur et par l'extrémité de sa maladie : le confesseur fut chassé, et M. des Noyers, qui vit le changement du roi, demanda de se retirer, et il eut ordre de traiter de sa charge de secrétaire d'État. JL Le Tellier en fut pourvu ; le cardinal ilazarin, qui l'avait connu en Piémont, où il servait irintendant, le proposa au roi. 11 a resjirit net, facile et capable d'affaires; personne n'a su avec plus d'adresse se maintenir dans les diverses agitations de la cour, sous des apparences de modération ; il n'a jamais prétendu à la première place dans le ministère, pour occujier plus sûrement la seconde.
Il me parut que ce changement de M. des Noyers n'avait rien cUminué des espérances de la reine, et qu'elle était moins aiirrie contre les deux ministres qui restaient. Le cardinal ^lazarin avait eu le tem|)s de se justifier auprès d'elle par ses amis, qui le servaient utilement, et par des conversations secrètes (|u'il avait avec elle, dont elle ne donnait point de part à ses anciens serviteurs : il justifia même en (|uel(iue sorte cette déclaration injurieuse dont je viens de parler ; il la fit passer comme un service important qu'il rendait à la reine, et comme le seul moven qui jxiuvait faire consentir le roi à lui donner la régence. Il lui fit voir qu'il lui imjiortait peu à quelles conditions elle la reçût, pourvu que ce fût du consentement du roi, et qu'elle ne man(pierait pas de moyens dans la suite pour affermir son j)Ouvoir et pour gouverner seule. Ces raisons, appuyées de quelques apparences et de toute l'industrie du cardinal, étaient reçues de la reine avec d'autani pl.is de facilité, (pie celui qui les disait commençait à n'- lui '"if ii-i< dé>-agréal)Ic ; et M. de
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( 'lijivi^ny lui parut luênu' alors moins coupaMc. parce que le (-;.tiliiial avilit part à sa fauto ; la rciiu* cac-hait iit'-aniiiuins ce M'iiiiiiu'ut avt'c beaucoup tic soin.
La lualiulic du roi aumiu'uta cependant à un |)uiiit ({u'ij tu* lui resta plus ilapparcncc^ de j^ucrison, cl le cardinal, ra-^ur»'par SOS nouvelles espérances, proposa plus iuirdiment au roi de ilonner cette déclaration dans les ternu's (pji pourraient le plii- ;issurer le repos de TÉtat ; le roi s'y résolut en lin et y fit ajouter un article particulier contre le retour de Mme de Chevreuse.
("ejiendant, la reine et Monsieur, après avoir eu tant de nuircpies de l'aversion du roi, cherchaient, chacun de leur côté, toutes sortes de voies jxiur effacor les impressions rpi'il avait de leur conduite. J'a* su de M. de Chavii^ny même qu'étant allé trouver le roi, de la part de la reine, pour lui demander pardon de tout ce (jui lui avait pu déplaire, elle le charijea particulièrement de le supplier de ne point croire (|u'elle fût entrée daiLs l'affaire de Chîilais, ni qu'elle eût januiis trempé dans le dessein d'épouser Monsieur nprès que ChîUais aurait exécuté la conjuration qu'il avait faite contre la personne du roi. 11 répondit à M. de Chavigny sans s'émouvoir : « En l'état où je suis, je lui dois pardonner ; mais je ne suis pas obligé de la croire. >» La reine et Monsieur croyaient sépaiément avoir droit à la régence, à l'exclusion l'un de l'autre. Monsieur ne demeura pas longtemps dans cette pensée ; mais il crut devoir au moins être déclaré régent avec la reine.
Tous ceux qui avaient souffert sous le cardinal de Richelieu attendiùent avec impatience un changement, dont chatjue particulicF espérait de j)rottter.Les intérêts différents des principaux ilu royaume et des |)lus considérables du Parlement, les obUuèrent bientôt à jirendre parti entre la reine et Monsieur, et, si les brigues qu'on faisait n'éclataient pas davantage, c'est que la anté du roi, qui semblait quelquefois se rétablir, leur faisait naindre qu'il ne fût averti de leurs pratiques, et qu'il ne fit passer pour un crime toutes les mesures que l'on prenait sur sa mort.
Ce fut dans cette conjoncture que je crus qu'il était très important à la reine d'être assurée de JL le duc d'Eiiirhien. Elle me pressa avec instance d'en chercher les moyens. J'étais pariicuUèrement ami de ("oligny, eu qui le duc d'Enghien avait uik' ••nfière confiance : je lui représentai les avantîiges que M. le iluc pourrait trouver dans cette union, et qu'outre l'intérêt i|ue la maison de Condé avait de s'opposer à l'autorité de Monieur, celui de l'État l'y obligeait encore. Cette proposition fut
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revue de M. lo duc d'Eni,diion comme je le désirais : il me témoiuna une extrême reeoinuiissance de l'avoir im{^]cin6c, ot me laissa le soin de la faire réussir ; mais, comme le commerce que j'avais avec lui eût pu aisément devenir suspect au roi dans lo îcmiis (pril venait de lui donner le commandement de l'armée de Mandro, il désira (jue ce lût h. Colii;iiy seul h qui je rendisse les réponses de la reine, et que lui et moi fussions uni(|ii('ment témoins de leur intellijïence. Il n'y eut aucune condition ])ar écrit : nous fûmes dépositaires, Coliirny et mo\ de la parole (pui la reine donnait au duc d'Enghien de le préférer à Monsieur, non seulement par les m;u(|ues d'estime et de con fiance, mais aussi par tous les emplois dont elle pourrait exclure Monsieur, sans le porter à une rupture ouverte. Le duc d'Enuhieii promettait, de son côté, d'être inséparablement attaché aux intérêts de la reine et de ne prétendre que par elle toutes les grâces (pril désirerait de la cour. 11 partit peu de temps apnV pour alk'r commander l'armée de Mandres, et donner commenecment aux jrrandes choses qu'il a depuis si glorieusement exécutées.
Le roi voulut donner, dans la fin de sa vie, quelques ma; (pies de clémence, par un sentiment de piété, ou pour témo gncr que le cardinal de Kicheheu avait eu plus de part que lui aux violences (pii s'étaient faites depuis réloignement de la reine mère. Il consentit de faire revenir à la cour le duc de Vendôme et SCS deux lils, l&s ducs d'Elbeuf et de Bellegarde, le maréchal de Bassompierre et le comte de Cramail. AL de Châteauneuf, le commandeur de Jars, Vauticr, et plusieurs autres, furent mis en liberté. Les ministères voulurent avoir part à cette grâce, pour se faire un mérite vers tant de personnes de qualité, et pour en être appuyés dans le changement qu'on prévoyait.
I^a cour fut bientôt remplie de tous ceux (pii avaient soulTert sous le cardinal de Richelieu ; la plupart avaient pris des liaisons avec la reine dans diverses rencontres de leur fortune, et chacun croyait qu'elle conserverait dans sa f)rospérité les mêmes sentiments qu'elle leur avait témoignés durant ses maliieurs.
Le duc de Beaufort était celui qui avait conçu de plus grandes espérances ; il avait été, depuis longtemps, particulièrement attaché à la reine ; elle venait de lui donner une marque publique dr son estime, en lui eon liant ilonsieur le dauphin et M. le duc d'Anjou, un jour (pie le roi avait reçu l'extrême-onclion. Le duc de Beaufort, de son côté, se servait utilement de cette distinction et de ses autres avantages, pour établir sa faveur, par l'opim'on qu'il affectait de donner qu'( Ile était déjà toute éta-
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l)lic. 11 a «Ml part à tant de choses, et la fortum- T.i iiiniiitr' pjir tl«'s côtés si cliffi'reiit.s, (jue jo ne puis m\'rn|iêch»'r >U' dite ici ce ipie i'iii connu de ses (jualités, ayant été témoin iïv< plus considérables JKMions de sa vie, souvent coninie son ami, et sou- \fiit comme s»tii ennemi. I^e duc de Bcaufort était bien fait de ^a |)ersonne, i^rand, adroit aux exercices et infatiffablc ; il avait de l'auilace et de rôlévation ; mais il était artificieux en tout, et peu véritable; son esprit était pesant et mal poli; il allai» néanmoins jissez habilement à ses lins f)ar des manières grossières ; il avait beaucoup d'envie et de malitmité ; sa valeur était lijande. m;us inéir;Ue ; il était toujours luave en pubhc, et souvent il se ménju^eiiii trop dans des occasions particulières ; nnl homme (pi'.' lui, avec si pou de (pialité^ aimabhv, n'a jamais été si généralement aimé (pi'il le fut dans le commencement de la régence, et, dejjuis, dans la première guerre de l'aris. Il se lia particulièrement avec l'évêquc de Jieauvais, qui était le seul des serxnteurs de la reine que le cardinal de Richeheu n'avait pas jugé digne d'en être éloigné^. Sa longue assiduité aujirr's d'elle lui avait acquis beaucoup de crédit, et lui avait fait trouver des occasions de détruire presque tous ceux qu'elle avait considérés. Il ne s'opposa pi int à la faveur du duc de Beaufort, dans la vue de ruiner dv concert le cardinal Mazarin, qui faisait beaucoup de progrès dans l'esprit de cette princesse. L'évêque de Beauvjiis crut réussir sans peine dars son dessein : il savmt avec quelle facilité il avait fait chanc;, r de sentiments à la reine pour ceux à qui il avait voulu nuire ; il voyait encore qu'elle avait condanmé trop publiquement la conduite du cardinal de Richelieu, pour conserver dans les affaires un homme qui y était mis de sa main, et qu'elle accusait d'avoir porté le roi à la déclaration dont j'ai parlé.
Cette confiance lit néi^Ujrer au duc de Bv'aufort et à lévéquc de Beau vais beaucoup de précautions durant la vie du roi, qui leur eussent été utiles après sa mort ; et. s'ils eussent fait alors tout ce qu'ils j)Ouvaient faire contre le cardinal, la reine était encore assez irrésolue j)our recevoir les impressions qu'on eût pu lui donner. Elle me cachait moins qu'aux autres l'état de son i-;prit, parce (pie, n'ayant point eu d'autres intérêts (pie les siens, lie ne doutait (las que je ne suivisse ses sentiments. Elle .luhaiia même que je fusse ami du duc de Beaufort et que je me d(''clanvsse pour lui contre le maré'ch;U de la Meilleraye, bien (piil fût des amis de mon père et le mien. Elle voulut aussi que je visse le cardinal Mazarin, ce que j'avais évité de faire depuis
îfi LA U(m:iii:i oi t;Ai i.n tiiAiv i"
ladivlarution ; pIIo mo m'en pressait d'abord (|uc sous le prétexte de me faire fjiire ma cour aupri\s du roi et pour Tempôcher de renummer qu'elle défendait j\ ses serviteurs de voir son premier ministre, de devais soupçonner (prelle ne me tlisait pas les plus véritables raisons; mais peut-être aussi (pielle ne les eoiuiaissait pas ;u<sez elle-ménu' alors pour me les pouvoir dire.
Cependant , le cardinal .Mazarin s'établissait tous les jours auprès lie la reine, par sa propre industrie et par celle de ses amis. Ses bonnes et ses mauvaises (pialités ont été assez connues et assez publiées, pendant (|u'il a vécu et après sa niorl, | our me dispenser de les écrire : je ne parlerai que de celles (pie j'ai rem!U"quées dans les occasions où j'ai eu (pielque chose à traiter avec lui. Son esprit était ^rand, lal)oriPux, insinuant et plein d'artilice; son humeur était souple; on peut dire ménu' (piil n'en avait jtoint, et que, selon son utilité, il savait feindre toutes sortes tle personnajres. Il savait éluder les prétentions de ceux (pli lui demandaient des j^râces, en leur en faisant espérer de plus iirantles, et il leuf accordait souvent par faiblesse ce (piil n'avait januiis eu intention de leur donner. Il avait de petites vues, même dans ses plus •i;rands projets; et, au contraire du cardinal de Richelieu, (pli avait l'esprit hardi el le cœur timide, le cardinal Mazaiin avait |)lus de liardiesse dans le cœur (pie dans res|trit. 11 cachait son amltition et son avarice sous uiu> modération affectiV : il déclarait qu'il ne désirait rien pour lui, et que toute sa famille étant en Italie, il voulait adopter pour s(« parents tous les serviteurs de la reine, et chercher également sa sûreté et sa «ïrandeur à les coinl)ler de biens.
Je voyais diminuer la conliance (pie la reine avait eue pour le duc de lieauforl et pour révé(pie de Beauvais. Elle commen(,ait à craindre rimmeur rude et altière du duc de lieaufort. 11 ne se contentait pa'^ d'appuyer les prétentions du ducde Vciultuiic contre le inairchal de La Mcilleraye pour le gouvernemeiil de Bretagne : il appuyait encore les espérances, (piehpie mal Toni\w:^ (ju'elles pussent être, de tous ceux (pii s'attachaient à lui, et il se vaiiKiit même de son crédit aux dépens de la réputation de la reine. Elle savait cette conduite et elle en était, viv(!ment aigrie; mais elle ménai^eait <'iu'ore le du(; de BeauforI, cl ne pouvait se ré'soudre de l'abandonner si peu (h; temps après (pfelle lui avait conlié ses enfants. Le cardinal Mazarin prolilail avec habileté des fautes de ses ennemis; la reine balan(.ail m'anmoins, et ne pouvait so déterminer encore à déclarer ses sentiments.
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Li! roi vt'cut trois s»'iii;iim-s ;i|iti's avoir ri'vu rcxtréiiir-onctidii ; vviii' lonj^iM" •'Xin-iiiitt'' .•lutiiiii'iifa Iva caltales ; sa mort le» lit bientôt piiraitn'.
La liiirhofoiicauld si'iiihic (lédaif^iier ces « prati(|iie8 ». 11 .ulojtlo une attitide dilïérente. Sans doute, connue les autres, il atteiul bien de la réj]jente la restauration k de rancienne forme de gouv»'rnernent (jue le cardinal de Kichelii'U avait conunencé de détruire ». Mais alors que ceux-lù, cyniquement, demandent, réclament, exigent, il afïi'cte de ne vouloir tenir ses avantages que de la seule gratitude. Louis XI 11 mort, Mazarin intronisé, il attend les ordres et les témoignages de reconnaissance. Ayant été à la peine pour sa souveraine, il ne doute pa.s d'être à Thonneur. Anne, d'ailleurs, lui donne k beaucoup de marques d'amitié et de confiance »; elle Tassiire à i)lusieurs reprises qu'il y va de son honneur de le contenter ; elle lui dit qu'il n'y a « rien d'assez grand dans le royaume » pour le récompenser de ce qu'il a fait pour son service. Et, pour lui plaire, il consent même à traiter avec Mazarin.
Mais la régente, qui montre à partir de son arrivée au pouvoir' une fermeté que l'on ne lacroyifit pas capable d'avoir, ne tarde pas à décevoir ses anciens partisans. Après ces heureux débuts du régime, chantés par Saint Évremond :
J'ai vu le terns de la bonne régence, Tf ms où regnoit une heureuse abondance, Tenis où la ville aussi-bien que la cour Ne respiroient que les jeux et l'amour.
où chacun s'enivrait d'espérances et comptait bien récupérer cette puissance défaite j)ar Richelieu, on est vite obligé de déchanter. Avec les titres de son prédécesseur, Mazarin avait hérité la manière. C'est Guy Patin qui disait, au lendemain de la mort de Richelieu : Etiam mortiius intperat, et, en vérité, il semblait bien tjue le grand cardinal ccniiuuât à gouverner sous l'apparence de son remplaçant. En conséquence, de nouvelles cabales se forment, et La Rochefoucauld est prié d'en être, à titre
iS l.A IKICll Kl'orCAl'I.I). — CIIAl'. 1 '
li'aïu'ion complice. En riionnour li'intôiTts très pcisoiiiiols. ou restitue les vieilles formules romaines du salut j)ul)lie. « Quatre ou ciu(| nuMancoliciues, dit Retz, qui avaient la mine de penser creux » se réunissent et le « martyr » de la reine est convié à la réunion, où le petit groupe agite vainement d'ailleurs de vastes questions mais gagne le nom d' « Importants ».
l^a Rochefoucauld n'a[)portc aucune chaleur à embrasser cette cause : « Pour mon malheur, écrit-il, j'étais de leurs amis sans approuver leur conduite ». mais il tient cependant à « éviter la critique » de ces partisans. Quelques raisons qui l'aient d'abord ramené auprès de la reine, i; louvoie désormais. Il s'est contenté de demander géiu''reusement le retour de Mme de Clievreuse, dès le début de la régence, et, ajjrès Tavou" obtenu avec peine, Une s'en est pas trouvé bien, puisqu'à son tour, reprenant en mains les intérêts de sou ancien amant, elle le rend suspect. Il nous a raconté dans son jiremier écrit, VApoloqie de Monsieur le prince de Marcillac. l'histoire de ces atermoiements et de ses amertumes : ne sachant s'attacher à la cour, on le tient à l'écart, et même on le berne. Tour à tour, on fait briller à ses yeux l'espoir d'être nommé gouverneur du Havre, maréchal de camp des gardes, grand écuyer, général des L^llères, mais, chaque fois, la charge à peine offerte est octrjyée à un ri\"al.
Tant de diverses espérances, qui m'étaient données presque en même temps, et qui étaient sitôt changées, m'attiraient beaucoup d'envie sans Jiie procurer aucun établissement, et ji; vis bien que la reine entrait dans Tesprit du ctirdinal pour nianmser. Elle ne me parlait plus d'affaires ; mais elle s'efforçait néanmoins de me donner toujours des assurances de son amitié. Elle me dit même, une fois (pie je lui d(Mruxndais un avis, (jue, pour m'épargner la peine de demander, elle me donnait par avance tous les avis (pii me pouvaient être utiles. Je ne. prolitai point de cette bonté ; car il ne se présenta rien dont je pusse faire usage pendant deux mois que cette bonne volonté lui dura. iJans ce temps, Gassion, qui depuis a été maréchal do France, fut dangereusement bh^ssé ; aussitôt la reine me destina