‹ La RochefoucauldChapitre 82 sur 87 · II. Mkll. lUiMMt · texte numérisé non relu

II. Mkll. lUiMMt

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puis, i«t-co bien le « cœur » de I^ Kocliefoticauld qui e«t en cause dans les Masiuies?

On a tort de vouloir faire de Mme de ]^i Fayette une irianière de sainte de la littérature, « une fij^ure de vitrail », comme l'a dit si joliment .M. Henry Koujon (1 j. Elle mt de celles qu'il ne faut jias canoniser, ainsi que le firent trop de biOf^Tîiphes. suscitant aj)rès eux tout un cortètre de détrui'teurs, disposés à la rabaisser outre mesure et à ne plus voir en elle ipiune femme intrii^ante, dailleun» romancier de génie. Elle était un admirable écrivain ; sur ce fait tout le monde s'accorde, mais elle n'était ni « une perfection » ni une rouée. Elle était une femme tout simj)lenient. fidèle à ses tendresses, empressée à servir ses amis, un tantinet exclusi\e dans ses affections, peu croyante, au moins à cette époque. Quant à cette prétendue indulgence qu'on lui prête généreusement, on n'en trouve trace ni dans sa vie. ni dans les éditions des Maximes publiées entre 1070 et 1080.

Au surplus, il est bon de le réj)éter, La Jiochefoucaidd neût p<is été homme à se laisser faire. Autant il était faible, hésitant dans sa conduite, autant il avait de fermeté dans la spéculation. Par égoïsme. — car il avait même légoïsme intellectuel. — par amour-propre aussi bien, il neut paâ cédé au désir de son amie. A cette époque d'ailleurs, vers 1070, les Maxinie^ étiùent déjà reléguées au second pUn dans sa vie. De temps à autre, le grand seitriieur de lettres retouchait bien un peu, au trré (Ir ,,ir.

ci. retranchant par-là. Mais il i- : ;ae

œuvre qu'il se contentait de rendre plus | .ar

l'expression et qui rellétiUt sa véritable oj)inion u. ...aie.

La vie commune était au reste assez charmante sans (pi'on la compliquât. Ayant perdu ses derniers espoirs

(1) Dame* if autrefois, Mme de Là Faykttb, p. 71 ctmiv.

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d'atteindre aux buts cliimériques qu'il s'était proposés jusqu'au seuil de la vieillesse, de plus en plus visité par la maladie, il rendait les armes. Il consentait enfin à s'accommoder avec les choses, à cueillir les joies qui se présentaient à portée de sa main, quitte à garder dans son âme ravagée ce foyer d'amertume qui ne devait s'éteindre qu'avec son être. Il pouvait écrire au cours de ces années ces phrases terribles (1), mais, certes, il n'eût pas consenti à les publier comme il avait fait paraître les Manms :

Si le siècle présent n'a pas moins produit d'événements extraordinaires que les siècles passes, on conviendra sans doute qu'il a le malheureux avantage de les surpasser dans l'excès des crimes. La France même, qui les a toujours détestés, qui y est opposée par l'humeur de la nation, par la religion, et qui est soutenue par les exemples du prince qui règne, se trouve néanmoins aujourd'hui le théâtre oii l'on voit paraître tout ce que l'histoire et la fable nous ont dit des crimes de l'antiquité. Les vices sont de tous les temps ; les hommes sont nés avec de l'intérêt, de la cruauté et de la débauche ; mais, si des personnes que tout le monde connaît avaient paru dans les premiers siècles, parlerait-on présentement des prostitutions d'Héhogabale, de la foi des Grecs, et des poisons et des parricides de Médée?

Désormais l'opinion qu'il professait à l'endroit de ses contemporains ne l'empochait pas de leur présenter bon visage : « Je n'ai janiais vu, écrit Mme de Sévigné, un homme si obligeant ni plus aimable. » Si donc l'influence de Mme de La Fayette s'est exercée sur La Kochefoucauld en quelque façon, c'est en fortifiant son scepticisme, en le persuadant que toute révolte, toute indignation est vaine, en disposant derrière la tcte fatiguée de son ami « le mol oreiller » que lui avait prêté à elle-même son auteur favori, Michel Eyquem de Montaigne.

H existe une lettre du chevalier de Méré que Sainte- Beuve a mise en lumière et qui nous renseigne admirablement sur cet état d'esprit double de La Kochefoucauld

(1) Eéftexions diverses, t. XVII : « Des événements de ce siècle. »

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pai' , , ne

du pen>oniKu;i* (|ui ne renonce jwis à ses idtV*. bien au contrain*, niaùi qui consent à les taire d<''8urntaijj :

Vous voulejL (|i! • ' •''crive, matlaine, et vou» nit- i «»!*

coninuuuiô de m >c*i* et si ((nJanum-nt. que je u'ai pu

vous le refuMT... I l'il seroil 1 1 ' ' .us

airdf vous niajuji. .ili'iii*rit; I«».

Quoi qu'il eu .-«uit, \i . >[t*

l'un <•! i\c l'autr»', «-n i . r-

t-ai -liiir a\i'c Al. ilt* 1. .u*

il |... lis, ot vous savez Cl :»•.

Nous étions dans un coin de chambre, tête à t' entre-

tenir sincèrenieni de tout ce qui nous venoit dm Xttus

lisions de tenifts en temps quelques rondeaux où et

la délicatesse sélaient épuisées. — Mon Dieu ! me u.i ... .,«. le monde juge mal de ces sortes de beautés ! et ne m'avouerezvous pjis que nous sommes dans un temps où l'on ne se doit pas trop mêler d'écrire? — Je lui répondis que j'en demeuroiï: d'accord et que je ne voyois point d'autre raison de cette injustice si ce n'est que la plupart de ce«; jutr-- lioni ni joûi ni esprit. ^ Ce n'est pas tant cela, ce i' que je

ne sais quoi d'envieux et de malin (\\: qti'on

écrit de meilleur. — Ne vous 1 lui

repart is-je, et soyez assuré qu"jl ^ le

prix dune chose excellente sans l aimer, ni sans être favorable à celui qui l'a faite. Lt comment peut-'n nii.iiY trnm^Tier

âu'on est stupide et sans goût, que d'être : «

e l'esprit? — J'ai remarqué, reprit -il, U- u.iaui- ui i r-j.rit et du cœur de la plujjart du inonde et ceux qui ne me connoissent que par là pensent (jue j'ai tou- » ' ' 'S comme si j'avois fait mon portrait. C'est une eh' que m«

actions et mon procédé ne les • ". me

faites souvenir, lui dis-je, de ci -a

tant de beaux ouvrages, tant de >t

d'invention, connue une vive \uv.. ut

éclairés et la plujiart ébiuui- : t reuodé

qu'on n'est heureux que par le p.^ lue par

la douleur (ce qui me semble, à le bien examiner, plus eûur que

(1) Épicure.

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le jour), on Ta regardé comme l'auteur de la plus infâme et de la plus honteuse débauche, si l)ieu (pie la pureté de ses mœurs ne le put exempter de cette horrible calomnie. — Je serois assez de son avis, me dit-il, et je crois qu'on pourroit faire une maxime que la vertu mal entendue n'est guère moins incommode que le vice bien mémigé n'est agréable. — Ah ! monsieur, m'écriai-je, il s'en faut bien garder ; ces termes sont si scandaleux, qu'ils feroient condamner la chose du monde la plus honnête et la plus sainte. — Aussi n'usé-je de ces mots, me dit-il, que pour m'accommoder au langage de certaines gens qui donnent souvent le nom de vice à la vertu, et celui de vertu au vice. Et parce que tout le monde veut être heureux, et que c'est le but où tendent toutes les actions de la vie, j'admire que ce qu'ils appellent vice soit ordinairement doux et commode, et que la vertu mal entendue soit âpre et pesante. Je ne m'étonne pas que ce grand homme (toujours Épicure) ait eu tant d'ennemis ; la véritable vertu se confie en elle-même, elle se montre sans artifice et d'un air simple et naturel, comme celle de Socrate. Mais les faux honnêtes gens, aussi bien que les faux dévots, ne cherchent que l'apparence, et je crois que, dans la morale, Sénèque étoit un hypocrite et qu'Épicure étoit un saint. Je ne vois rien de si beau que la noblesse du cœur et la hauteur de l'esprit ; c'est de là que procède la parfaite honnêteté que je mets au-dessus de tout, et qui me semble à préférer, pour l'heur de la vie, à la possession d'un royaume. x\insi, j'aime la \Taie vertu comme je hais le vrai vice ; mais, selon mon sens, pour être effectivement vertueux, au moins pour l'être de bonne grâce, il faut savoir pratiquer les bienséances, juger sainement de tout, et donner l'avantage aux excellentes choses par-dessus celles qui ne sont que médiocres. La règle, à mon gré, la plus certaine pour ne pas douter si une chose est en perfection, c'est d'observer si elle sied bien à toutes sortes d'égai'ds ; et rien ne me paroît de si mauvaise gi'âce que d'être un sot ou une sotte, et de se laisser empiéter aux préventions. Nous devons quelque chose aux coutumes des lieux où nous vivons, pour ne pas choquer la révérence publique, quoique ces coutumes soient mauvaises ; mais nous ne leur devons que de l'apparence : il faut les en payer et se bien garder de les approuver dans son cœur, de peur d'offenser la raison universelle qui les condamne. Et puis, comme une vérité ne va jamais seule, il arrive ainsi qu'une erreur en attire d'autres. Sur ce principe qu'on doit souhaiter d'être heureux, les honneurs, la beauté, la valeur, l'esprit, les

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