‹ La RochefoucauldChapitre 83 sur 87 · I.i: VI KM. IhiMMl SHI · texte numérisé non relu

I.i: VI KM. IhiMMl SHI

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une 8(»ule sufîit pour être . , ; et ce sont l. . de

l'esprit et du corps (pii rendent la vie douce et plaisante, conune les douleurs de l'un et de l'autre la font trouver dure et fiicheusc. Le plus heureux Imninie du monde n'a jamais tous ces pl&isin» à souhait. Les plus grands de l'esprit, autant que j'en puis juger, c'est la véritable gloire et les belles connaissances, et je prends garde que ces gens-là ne les ont que bien peu, qui s'attachent beaucoup aux plaisirs du corps. Je trouve aussi que ces plaisirs sensuels sont grossiers, sujets au dégoût et pas trop à rechercher, à moins que ceux de 1 esprit ne s'y mêlent. Le plus sensible est celui de l'amour ; mai- il p;k>-f bien vite si l'esprit n'est de la partie. Kt comme lo pl<u>ir? de le-jjrit surpassent de bien loin ceux du corps, il me >emble aussi que les extrêmes douleurs corporelles sont beaucoup plus iiu^upportables que celles de lesprit. Je vois, de plus, que ce qui sert d'un côté nuit d'un autre; que le plaisir fait souvent naitre la douleur, comme la douleur cause le plaisir, et que notre félicité dépend assez de la fortune et plus encore de notre conduite. — Je l'écoytijis doucement quand on nous vint interronipre et j'étois prescjue d'accord de tout ce qu'il disoit. Si vous me voulez croire, nuulame, vous «ioûterez les raisons d'un si parfaitement luiiinête homme, et vous ne serez pas la dupe de la fausse honnêteté (1).

Il est peu lie UMiiiiiKMls ]H)iii iiiicux [e\eifi if iUMilj-

nage » d'une âme, ce lihertiiiaire qui a davantjur»* travaillé

(1) Ui <I. vU

(à Mme la ■'. ler,

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iS'J LA KdCIIKKOlC \ I Lit — Cil Al». VI

le (lix-soptièmo siirlo (lu'oii no le croit à raccoutuméo. L'hoinme qui jwrtait un toi jui^oinont sur le niondo, qui, les pieds sur les eliciM'ts, daus i'intiiniti'^ la plus étroite, dévoilait sans la moindre émotion l'affreuse nudité de son cu'ur, eet lioinnio pouvait bien faire [itiure de parfait cjentilhonime, Tétrc niénie au sens où rcntendait d'IIozier; mieux eiu-ore il pouvait ap|)araître à ses amis comme le plus charmant des mondains, l'un des plus intelligents; assurément, il n'en était pas moins devenu l'un des êtres les plus secs, les ])lus méprisants qui aient jamais paru sur la terre, l'un des moins luimains : disons !(> mot, — ce mot qu'il venait lui-même de créer, qu'il t^lorifia et qui n'obtint droit de cité dans le dictionnaire de l'Académie qu'en 17G2. — run des plus jjarfaitement égoïstes.

Comme si ce grand féodal avait désespéré de l'humanité parce que sa caste avait été réduite, comme s'il considérait, qu'elle vaincue, aucun sentiment noble ne pouvait plus subsister dans le monde, comme s'il pensait même que ce monde nivelé par le pouvoir absolu se trouvait privé de ses seules réserves généreuses, il concluait au nihilisme, au plus dédaigneux des scepticismes et se retirait dans sa tour d'ivoire, à la façon de ses ancêtres se retranchant dans leur château fort pour défier la justice de Dieu et du roi.

Cette tour d'ivoire cependant n'avait rien d'aussi redoutable. Si profond que fi.t le scepticisme de La Rochefoucauld, ou i)eut-être même à cause de sa profondeur, il prenait avec lui des accommodements. A force de sévérité dans la spéculation, le psychologue se sentait toutes les indulgences dans le commerce de la vie : son égoïsme y trouvait les plus douces satisfactions. Il était devenu un être uniquement préoccupé de goûter les dernières voluptés que pouvait lui offrir l'existence.

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La maladie faisait (Mi elïot pou à peu son œuvre : la goutte gagnait sournoisement, réitérant ses attaques, les rendant plus douloureuses, atteignant ce vaincu jusque dans cette prestance qu'il avait lui-même décrite avec une feinte modestie. Jusque dans sa chaii-, l'orgueil de l'homme était atteint.

Une autre sorte de malheurs venait encore assombrir son âme. A partir de 1670 la mort se prit à frapper à coups redoublés parmi les siens. C'est d'abord, en cette année, sa femme, la pauvre Andrée de Vivonne, qui disparaît discrètement : disparition légère à son cœur et qui ne dut pas provoquer grande émotion en lui-même ou dans son entourage, puisque Mme de Sévigné, si empressée toujours à noter les deuils de famille, oublie de noter celui-ci. Le 4 mai 1672, c'est Gabrielle du Plessis-Liancourt, la vieille duchesse, sa mère, qui s'en va, et cette fois on voit rouler des larmes dans les yeux de La Rochefoucauld : « Il a perdu sa ^Taie mère, écrit Mme de Sévigné, je l'en ai vu pleurer avec une tendresse qui me le faisait adorer... » Puis c'est, un mois plus tard, la mort de son quatrième fils, la mort aussi de ce comte de Saint-Paul, « l'enfant de la Fronde », son fils naturel devenu duc de' Longue ville : les deux jeunes gens sont tombés glorieusement au passage du Rhin : « Nous étions chez Mme de La Fayette, écrit la fidèle annaliste... Cette grêle est tombée sur lui en ma présence... Ses larmes ont coulé du fond du cœur et sa fermeté l'a empêché d'éclater. »

Comme il s'écrierait volontiers alors, lui aussi, ainsi que rOreste de son ami Racine :

Grâce aux dieux, mon malheur passe mon espérance ! Oui, je te loue, ô ciel, de ta persévérance.

et comme il prononcerait de bon cœur, ainsi que l'Atride, ces paroles d'ironie, de colère, ces paroles dictées par le plus orgueilleux des mépris ! Sur ces morts, en effet, c'est son propre malheur qu'il pleure, et ces larmes qu'il verse.

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