ESNANDES - LE PLOMB — COU-DE-VACHE
Un danger sérieux écarté, il en naissait un autre.
Au milieu du xw® siècle , les Rochelais avaient été fortement atteints par les malheurs de la guerre. Les charges personnelles naissant de la garde et de la défense de la ville , avaient fait fuir un grand nombre d'habitants qui s'étaient retirés dans les bourgs et les villages. Les Rochelais obtinrent, en 1347, de Philippe-de- Valois, des lettres les autorisant à lever un droit de dix sous par tonneau, cinq sous par pipe: 1® Sur tous les vins crus dans la banlieue ; — 2° Sur tous les vins chargés ou déchargés au port de la Rochelle ; — S® Sur tous les vins chargés ou déchargés dans les ports voisins à trois lieues à la ronde, y compris le port de Marans. Seuls, étaient exemptés les vins des bourgeois rcsidant dans la ville, mesure destinée à retenir la bourgeoisie dans les murs.
Mais voici que ces lettres ne furent réellement bien appliquées qu à La Rochelle même ; en négligea t-on Tapplication "dans les ports de la banlieue, ou bien la perception en fut-elle mal faite ? Nous ne savons. Mieux que cela, si nous en croyons des lettres de 1407, on n'appliqua jamais cette disposition, antérieurement à cette date , aux ports de la banlieue. Toujours est-il que l'on prit l'habitude d'expédier les vins par ces ports de la banlieue. Economie de droits d'aide, économie de droits de transport, dispense de rouler les marchandises sur des chemins qui n'étaient pas en état, tout était bénéfice pour l'expéditeur.
Ces petits profits rendirent la vogue aux petits parts déchus de leur importance relative: Esnandes, Le Plomb, Cou-de-Vache ; les seigneurs de ces ports y firent exécuter des travaux de curage, d'approfondissement; on les entoura de quais, on les pourvut de
petits outillages. Bref, ils acquirent de la faveur, et Taide diminua de jour en jour.
Il existait même, dans ces ports minuscules, une certaine organisation qui , d'un côté, y maintenait Tordre et assurait la perception des droits, de Tautre, leur donnait une importance apparente. En dehors de leurs officiers ordinaires , prévôts ou châtelains , les seigneurs se donnaient le luxe de gardes ou de maîtres de port. Cela se rencontra, non-seulement à Esnandes et au Plomb , mais même à Cou-de-Vache. Là , au milieu du xiv® siècle , existait un maître de port , et une maison , sise à Marsilly était affectée a cet office. Il semble résulter de documents que celte charge était exercée, en 1352, par un sieur Jean Lecompte.
Le roi et La Rochelle se partageant l'impôt , tous y perdaient ; et La Rochelle principalement qui , en échange du don des quatre cinquièmes de l'aide, était obligée de tenir en état ses fortifications et son port, sauvegarde et richesse du pays.
Les possesseurs des terres voisines soucieux de leurs intérêts immédiats ne se rendaient pas compte du tort qu'ils se faisaient à eux-mêmes en agissant ainsi. La Rochelle privée de ses revenus, c'était le port en mauvais état, les fortifications en ruine. Et cependant les propriétaires de la banlieue étaient bien aise de recevoir, par le port de La Rochelle, les marchandises du loin que le tonnage des navires ne permettait pas d'apporter dans leurs ports minuscules ; ils étaient aussi bien aise , le jour où ils ne se sentaient plus en sûreté dans leurs châteaux ou leurs gentilhommières, de trouver à La Rochelle « recours et reHuge de leurs personnes ». Dieu sait cependant si le plat pays avait été souvent ravagé, pillé, rançonné ! Ils étaient bien aise aussi de faire réfugier leurs navires dans son port lorsqu'ils étaient menacés de l'ennemi.
La Rochelle intervint auprès du roi , qui autorisa la Ville , par lettres de 1407, à étendre le droit de 10 sous du tonneau sur tous les points de la banlieue, à trois lieues à la ronde ; sur ces 10 sous.
2 étaient retenus par le roi, 8 abandonnés aux Rochelais pour être affectés aux réparations de la ville et du port.
De ce jour, La Rochelle ne craignit plus la concurrence ; de rivaux qu'ils étaient, les ports de la banlieue devinrent d'utiles auxiliaires où les bourgeois, possesseurs terriens, trouvaient le moyen d'économiser des frais de transport, et d'augmenter ainsi un capital qui leur permettait d'accroître encore leur commerce.
Malgré tout, il était une partie de l'Aunis, la partie sud qui se trouvait déshéritée, et pour celle-ci, on chercha un autre procédé que la création de ports secondaires.