‹ La Rochelle et ses portsChapitre 15 sur 32 · LE BASSIN DE LA PETITE HIVE · texte numérisé non relu

LE BASSIN DE LA PETITE HIVE

Le projet de la fermeture du havre écarté par le commerce, ridée du canal Maubec abandonnée, on songe tout naturellement à Tétier de la petite rive. (Voir le plan.)

« Il est nécessaire, dit la Chambre, dans un mémoire de 1727, d'emporter toutes les vases qui sont dans le petit canal ou estier qui est entre la grande et la petite rive, et de le mettre au môme niveau que le reste du havre , lequel endroit étant bien nettoyé et creusé pourrait encore servir de petit bassin pour y caréner quelques petits navires à flot, moyennant une porte à l'entrée qu'il faudrait y construire. »

La Chambre de Commerce prévoyait une modeste dépense de 720 livres. Le directeur des fortifications la porta à 90,000 livres. C'était le meilleur moyen de tuer l'idée. Ce fut bien pis quand M. de Tigné ayant été remplacé par M. de La Mothe Thibergeau, celui-ci ne voulut pas être en reste avec son prédécesseur et amplifia encore le projet. Les portes seules devaient coûter 150,000 livres. Ce que l'idée de ce dernier avait de particulier , c'est qu'il croyait pouvoir maintenir la profondeur du bassin en utilisant comme chasse un canal qui venait de la porte Saint-Nicolas. Il y ajoutait également une fosse aux mats , dans la persuasion où l'on était alors, qu'il y aurait avantage à conserver dans l'eau les pièces de bois destinées aux mâtures. Un demi-siècle plus tard, on avait une opinion diamétralement opposée.

Les choses demeurèrent en l'état. Et en l'année 173G, en déses-

poir de cause , le commerce alla au plus pressé ; il demanda de faire non pas creuser, — la fosse existait déjà , — mais restaurer deux bras de Tétier remplis de vases molles, longs de 20 toises sur 12 de largeur, et profondes de 4 pieds.

Quant au bassin à flot, il on était question de temps à autre ; ainsi, en 1741. D'après Tavis de la Chambre, le bassin devait avoir 34 à 35 pieds d'entrée, francs de poites, cinq carènes et une forme pour radouber à la fois deux vaisseaux à sec. Comme dimensions, on désirait qu'il pût contenir au minimum seize vaisseaux.

Tout cela n'apparaissait pas bien clairement ; on hésitait, on ne se rendait pas compte absolument du nombre de navires que ce bassin de la petite rive pouvait contenir.

En 4743, on ressuscite le projet du canal Maubec. Mais voilà qu'en 1748 arrive un changement de fonctionnaire, par la nomination de M. Artus aux fortifications. Pour nos commerçants, c'était toujours le lever d'une nouvelle aurore que l'arrivée d'un nouveau fonctionnaire , tant on avait , avec l'ancien , vidé la coupe des difficultés.

De peur d'être pris de court, et pour parer à toutes les objections, les négocinnts présentent trois projets à la Chambre :

4» La fermeture du canal Maubec, imaginée en 1722, reprise en 4743 ;

2** La construction d'un bassin hors de la ville du côté de la porte des Deux-Moulins ;

3'' Le projet de la petite rive ou de la place de Vérité, comme on disait alors, du nom de la place qui s'étendait entre les étiers et les maisons du faubourg Saint-Nicolas. (Voir le plan.)

Nous avons vu que le premier projet avait été écarté, et pour quel moliL L'étude du second avait été confiée à M. Théodore de La Croix qui y attacha son nom, à MM. Rasteau père et Pierre Hardy; le troisième ne, fut pas mémo l'objet d'un examen.

Ce fut le second qui l'emporta momentanément ; on verra plus loin en quoi consistait la combinaison. M. de Maurepas, alors mi-

nistre, demanda les plans à M. Artus, mais le dossier s'endormit bientôt d'un profond sommeil par suite de la disgrâce de M. de Maurepas (avril 1749).

En 4751, la Chambre se décide à de nouveaux effocts : visites à M. Artus, correspondance avec Tlntendant et le Contrôleur général, avec MM. Rouillé, Trudaine, d'Estrées. L'idée en faveur était toujours rétablissement du port du côté de la porte des Deux-Moulins. . M. Artus avait laissé cependant pressentir que le projet de la petite rive devait être préféré. La suite lui donna raison ; car on revint au bassin de la petite rive. Dix-huit années no s'en étaient pas moins écoulées au milieu des hésitations, des démarches sans nombre, et surtout de la recherche des moyens financiers, fondement nécessaire de toute réussite.

En 4703, un grand événement se produit. Les ports de La Rochelle passent de la Direction des fortifications au service des Ponts-et-Chaussées. Le rêve s'évanouit enfin pour laisser la place à la réalité. Si tout ne s'accomplit pas en un jour., le commerce rochelais a enfin la satisfaction d'assister au commencement des travaux, qui devaient marcher lentement, mais sûrement, vers leur complet achèvemenL

En 1769 , M. Hue, ingénieur des Ponts-et-Chaussées, se fait adjoindre M. Lamandé. Ces deux ingénieurs, après une étude complète de la situation et des divers plans proposés , s'arrêtent au projet de la place de Vérité. Ils veulent utiliser les étiers pour en faire le bassin à flot. Un établissement en cet endroit paraît l'emporter en avantages sur tous les autres points. Dans celle situation, le bassin est au cœur du commerce et à l'abri des surprises de Tennemi derrière lès murs du Gabut? Il est aussi moins coûteux, ayant pour noyau les étiers de la rive. Hue et Lamandé écartent donc les plans et les devis de M. de Chaville, qui avait pris la suite des idées de M. de La Croix, en vue d'un bassin extérieur dont nous parlerons dans quelques instants. Le projet des

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deux ingénieurs est approuvé dans une réunion du commerce du 24 août 4767. Tout concourt donc à faire réussir ce projet, même son devis qui n'atteint pas 650.000 francs.

La seule objection sérieuse faite à cette situation est la crainte de Vincendie qui peut se communiquer à la ville lors du carénage des navires. Le commerce répond à ceci, que la crainte est chimérique ; depuis que le port de La Rochelle existe , on n'a cessé de caréner en cet endroit sans que le feu se soit communiqué aux établissements voisins. Or la situation est bien plus favorable aujourd'hui. Autrefois , en effet, on carénait presque toujours à sec , tandis qu'avec ce bassin, il est facile de noyer dans quinze pieds d'eau un navire qui prend feu.

Le nouveau bassin donnait en ce qui concernait l'étendue, satisfaction complète au commerce, puisqu'il pouvait contenir trente ou trente-cinq navires.

Le plan que nous joignons à notre texte, représente cet établissement tel que le projet en fut arrêté par Hue et Lamandé en 4780. Nous avons choisi un des plus nets de tous les projets manuscrits qui existent et qui sont tous inédits.

Les lignes en gros pointillés représentent les limites du port et des éliers de la petite rive, toiles qu'elles étaient en 4780. Les parties noires sont les groupes des maisons ccfnservées. Les parties hachées, les maisons ou portions de maisons dont la destruction estnécessaire soit pour la création du bassin, soit pour l'alignement et le dégagement des quais. Le bassin, comme on peut le voir, englobe la presque totalité des étiers de la petUo rive et la plus grande purlie des maisons construites sur celte petite rive. Certains redressements de maisons n'ont pas été exécutés. Ainsi, malgré le projet de 4780, on a conservé l'aligncmcHt de la grande rive, aujourd'hui quai Duperré , depuis la G rosse -Horloge jusqu'aux rues de la Poterie; on a conservé aussi la maison et la tour qui font le coiii du quai Valin et du quai Saint-Nicolas. ;

Le square Marchegay devait demeurer libre pour le déoharge-

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ment des vaisseaux ; on avait uniquement réservé au milieu de cet espace l'emplacement d'une fontaine.

Ce plan adopté en 1780 diffère légèrement de celui qui avait été projeté en 1769^ et notamment sur les points suivants. Deux grandeurs avaient été prévues ; pour Tune, le quai de cinquante et une toises qui fait le sommet nord du bassin , était diminué de quelques toises , environ jusqu'au milieu de la maison du nord-est qui, dans le plan publié, est couverte presque complètement ; pour l'autre, au contraire, on allongeait les pans coupés du côté nord jusqu'à la seconde cale à partir du coin de l'étier. Dans ce projet, tout autour étaient disposées des cales qui ont disparu dans le plan de 4780. Au lieu de supprimer le fossé ou chenal de la corne Saint-Nicolas, qui isolait la tour, de la Grave, puis de relier cette tour au quai du bassin par un quai en angle sortant, en y mettant la fosse aux mâts, comme on le voit sur le plan, on évidait, en 1769, cette partie-là et on en faisait un enfoncement.

Nous ne suivrons pas la Chambre de commerce au milieu des formantes qu'elle eut à remplir jusqu'au commencement de l'exécution de son bassin. Disons seulement que cela ne se fit pas en un jour ; que la situation s'était même empirée par suite du curage du port en ce que les fonds durs étaient mis à nu et que les navires pouvaient moins y stationner qu'auparavant.

Disons enfin que cette même Chambre de commerce disparut sans que le projet fut complètement réalisé. Les plans mômes en furent légèrement modifiés, en ce que le pan coupé sud-est du bassin à flot fut remplacé par un angle droit. Le 23 janvier 1791, l'ingénieur en chef du département, Duchesne, informait la Chambre que les fonds manquaient pour la continuation des travaux du port.

Voici les dates des formalités les plus importantes qui furent remplies à cette occasion, de 1769 à 1791.

Le 9 juin 1769, approbation des travaux par le Conseil général des ponts et chaussées.

Le 7 septembre 1769, arrêt du Conseil d'Etat ordonnant une imposition de 50,000 livres, à partir de 1770, sur la Généralité de La Rochelle (Aunis et Saintonge).

Le 16 septembre 1709, autre arrêt approuvant le devis des travaux.

Le 4 décembre 1775, délibération de la Chambre qui décide Tacquisilion des terrains nécessaires.

1776. Rapport de la Chambre à Fintendant Meulan d'Ablois.

1777. Acquisition des terrains.

1777, 31 mai. Arrêt ordonnant le commencement des travaux. 1782, 22 août. Demande au commerce d'une avance de fonds. On verra dans un chapitre subséquent qu'en 1808 seulement, le bassin à flot de 1780 fut livré à la navigation.

PROJET DE Bassin a la porte des deux-moulins.

En 1748, naquit l'idée de faire un bassin à flot, en dehors des murs, non loin de la porte des Deux-Moulins, sur tout ou partie de remplacement occupé aujourd'hui par le chantier de construction.

Mis en concurrence avec le projet de transformation du canal Maubec ou de Tétier de la place de Vérité, il remporte, sur ces derniers, dans une réunion générale de la Chambre de commerce.

M. Artus lui-même, le directeur des fortifications, y donne son approbation, en y introduisant une petite modification qui consiste à réduire l'étendue du bassin. L'Intendant de la Généralité auquel le projet fut présenté par l'ingénieur, en 1749, s'y rallie à son tour, sous la réserve de la modification prévue par M. Artus.

Ce bassin, dont nous donnons le plan, prenait sur la mer 53,000 toises carrées ; la dépense s'élevait à huit millions de francs. On

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pensait à couvrir partie de l'intérêt de cette somme par le loyer des nouveaux espaces enlevés à la mer , qui , à 4 livres la toise , représentaient 200.000 livres, soit, en fait, l'intérêt de quatre millions. La différence était imposable sur les finances générales, ou remboursable au moyen d'un impôt sur la navigation.

M. de Maurepas, alors ministre, demanda les plans à M. Artus ; mais ce projet sommeilla bientôt comme ceux qui l'avaient précédé, par suite de la disgrâce du ministre (avril 1749.)

Ce fut pourtant encore à celui-ci que la Chambre revint en 1751, quand elle tenta de nouveaux efforts , et voici les motils qu'elle donnait à son choix :

« Ce bassin sera à flot, et renfermé de toutes parts: le radier de ses portes sera posé sur le bord du canal dans un endroit où la mer a 45 pieds 6 pouces de profondeur aux plus petites marées. Il ne se forme aucun envasement dans cet endroit du canal parce que la pente des eaux du reflux y est rapide. C'est là que commence sensiblement le penchant du rivage; il a, de là jusqu'à l'endroit où finit le reflux, G pieds de pente sur une longueur de 5 à 600 toises. D'ailleurs aucune eau des terres ne coulera dans ce bassin , il ne s'y formera aucun dépôt. C'est encore un des désavantîges de la situation du havre actuel de recevoir deux ou trois écoulemens d'eaux des terres voisines. Ces eaux , dont le volume et les chutes sont extrêmement médiocres, ne servent qu'à apporter avec elles des terres et des sables qu'elles n'ont pas la force d'entraîner même jusqu'au candi. »

A tout ceci , il ne fut répondu par MM. de Trudaine , d'Eslrées et le ministre Rouillé que par des objections: les devis irétaient pas assez neltement établis, — l'argent manquait, c'était là surtout la pierre d'achoppement , d'autant qu'il fallait faire travailler aux autres ports, — il faudrait se procurer des fonds, fût-ce par un octrui sur les marchandises.

Si bien que la Chambre découragée , mais désireuse surtout de trouver une solution, chercha un accommodement.

Elle ne renonça pas à son idée, mais elle donna le choix à radrainistralion.

Le 13 décembre 1758, à la suite d'une conversation avec Tingénieur Hue, la Chambre de commerce se décida en effet à de nouvelles-études. On nomma des commissaires. M. Hue proposa plusieurs projeta. Il fut décidé qu'on mettrait en parallèle deux emplacements:

La place de la Vérité.

La lagune de la porte des Deux-Moulins.

La Chambre préférait le second (3 janvier 1759), « à prendre depuis l'ancien éperon qui couvre le havre, jusqu'à 350 toises sur la fascine du nord du canal do l'avant-port où seront placées les portes d'entrée du bassin pour, ensuite, en terminer l'enceinte par un mur qui prendra depuis lesd. portes juqu'à la terre ferme, environ 100 toises au delà du fort des Dames ou du nouvel éperon ; ledit bassin extérieur entouré, en dedans, de quais de 60 pieds de large, tant pour la facilité des carénages et autres besoins. »

La Chambre en cette circonstance n'eut pas raison de l'assemblée du commerce qui décida par 23 voix contre 19, l'adoption du projet de la place de Vérité. Les commissaires n'en crurent pas moins devoir persister dans leurs préférences pour le bassin placé en dehors de la Ville ; ils s'appuyaient pour cela : sur la différence d'étendue, cinq à six cents navires contre quarante ; sur la facilité d'entrée du bassin extérieur ; sur le coût du bassin de la place de Vérité par suite de la nécessité d'acheter des maisons.

La Chambre prit encore parti pour les commissaires et se mit à étudier le moyen de pourvoir aux dépenses. Mais aux conditions du projet, elle en joignit une qui devait à elle seule faire écarter ce projet, ce qui eut lieu ; elle réclamait, en effet, le droit inadmissible par le service des fortifications, de diriger, de conduire et d'administrer tous les travaux.

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