POEME D'AUTOMNE
Seuls tous deux, — tous les deux, nous allions, solitaires. Nous nous tenions la main : — c'était dans la saison De l'automne, quand meurt la beauté de la terre Et qu'un souffle inconnu roule ses sourds poisons...
Nous nous tenions la main sans nous parler; ta joue Contre ma joue était toute chaude de pleurs... Et l'ombre autour de nous tournait comme une ijouo... Et des appels semblaient gémir dans les hauteurs...
0 mon cœur, — ô mon cœur! — la peur te faisait batlK Et tu ne parlais pas, parce que tu tremblais. Nous nous sentions perdus dans cette nuit verdâtre, Un vent de désespoir sanglotait sur les blés..
AMOUR
Et oost alors, — alors, tu t'en souviens, mon âme! Une Voix — on eût dit un écho d'au-delà! — l'iu' Voix tout à coup dans cette ombre de flamme, Dans ces ténèbres de tourmente nous parla
<« Va! » Tu l'as entendu, ce mot. Tu l'as, sans doute, Entendu, mon amour, cet invincible mot?... « Va ton chemin, me dit la Voix, sans peur, ni doute! Et que le Rêve soit pour toi l'oubli des maux!... •
Le Rêve nous a pris. Et j"ai vu luire une aile
Sur toi. Nous avancions parmi de noirs rochers.
On entendait flotter des choses éternelles.
Le doigt d'un dieu semblait vaguement nous toucher.,
0 mon ange, est-il vrai que chancelle la brume Au bout de l'horizon lugubre de ces monts? Et qu'au loin, quelque part, une lampe s'allume, Lampe d'accueil pour le repos que nous aimons!
Où sommes-nous? — Là-bas, cette lueur qui tremble Sur la vague, l'aperçois-tu, cette clarté? 0 mon amour, est-ce le jour? Dis, que t'en semble? Est-ce le frais matin clair et diarnanté!...
0 toi, ma seule étoile, o mon enfant, mon ange. Entends-tu celte voix qui dans Tombre reprend! Elle dit qu'aux esprits dégoûtés de la fange Le Rêve seul est bon, le Rêve seul est grand.
Alors, dis? Délivrons nos âmes! Qu'elles jouent Avec l'éclair, le vent, la tempête et la nuit! Qu'elles aillent d'un vol planer hors de ces boues Où nous a trop longtemps englués notre ennui...
Ahl se peut-il, se pourrait-il, pauvre cœur tendre. Se pourrait-il que, pris dans ce monde étouffant. Nous nous traînions sans fin, sous un ciel gris de cendre, Comme en une prison qu'aucun soleil ne fend...
Faut-il que, talonnant dans ces mornes ténèbres. Seuls tous deux — tous les deux plus seuls que des proscri. Nous ne levions jamais que des linges funèbres Et n'exhalions jamais que de sinistres cris!
Est-ce vrai, mon amour, est-ce vrai que les cloches Sonneront sans répit sous les célestes draps Et que, suivant toujours le dur chemin des roches. Leur chant sera le seul que notre àme entendra!...
— Elle ne disait rien. Nous marchions cote à côte. On voyait dans le vent rôder des spectres noirs
Et le cruel ennui, semblable au mauvais hôte,
Nous suivait comme une ombre en pleurant dans le soir
« Û mon enfant I » disait, tout bas, la Voix fidèle,
— Et cette voix c'était comme un chuchotement, Et cette voix faisait bouger l'ombre autour d'elle, Autour d'elle tremblaient de légers battements...
« 0 mon enfant, mon pauvre enfant, sache que crève,
Devant Celui qui voit, le ciel intérieur!
Toute âme se délivre en volant vers le rêve.
Le rêve te rendra tous tes instants meilleurs... »
Et c'est ainsi qu'errant par cette triste terre, Seuls tous deux, — tous les deux vêtus en vagabonds! Nous allions dans le vent embaumé de mystère, — Tâtonnant sans espoir sous des cieux de charbon...
C'était, — je m'en souviens comme d'une heure étrange! - C4'était — voici des temps! — quand l'automnese meurt... Pourtant des signes blancs agités par les anges Volaient bizarrement devant nos yeux en pleurs!...