LA MALADE
J'aime ta tête ainsi, ta tète sur ce bleu Coussin où la bougie agonisante pleut.
J'aime ta tête ainsi, rose et toute meurtrie D'une angoisse que seul ton regard triste crie Et qui parle dans l'ombre, ù mon âme, de mort, Et d'automnes pleurant dans la plainte des cors... Ah! mon amour, mon pauvre amour, as-tu la fièvre Qu'il traîne tant d'odeurs de cendre sur ta lèvre? Est-ce donc son frisson, mon chéri, qui te prend Et qui met dans ton être un tremblement si grand Et qui, dans cet air jaune et tendre de l'alcôve. Fait flotter des relents d'ivresse folle et fauve!... 0 mon amour, mon doux amour, vas-tu trembler. Parce que je regarde à présent le remblai
Deliors, le remblai long que frùle avec des haches De bruit le train cruel qui passe sans relâche... Aurais-tu peur vraiment que je parte? Mon cœur, Tu sais bien que je veille icil Quelle rancœur T'énerve? Quelle crainte obscure te tourmente? 0 mon petit enfant, ô ma reine charmante, Pourquoi frissonnes-tu? Qu'est-ce donc que te fait Le monde? Quel présage en un gesle étouffé Te hante? Ah! dis, pourquoi, quand je tourne la tète. Gémis-tu, tout ton cœur battant dans la tempête?... ■ Je suis là, tu vois bien, mon ange! là, tout près... Je tiens même ta main, mon amour... Mais c'est vrai Qu'au dehors on entend comme un pas lent qui monte Kt dans tes yeux la peur se mêle à de la honte, A des transes, à du remords, à du chagrin... On dirait que ce pas t'effraie et que tu crains Quelque chose? Crois-tu que ce soit la funèbre Attendue?... Oh! la Mort montant dans ces ténèbres! La Mort qui vient pour notre orgueil et nos péchés! Dévastez-moi, mon Dieu, mais cependant lâchez Votre étreinte et laissez celle qui, dans l'étrange Misère de ce lit, cherche déjà votre Ange Des yeux et se prépare au voyage sans fin!...
72 LA ROMANCE DE L HOMME. î
Le bruit s'est tu. Mon pauvre amour, n'as-tu pas faim'
N'as-tu pas soif? dis, que veux-tu que je te donne .*
Ne fais plus ces yeux-là î 11 ne monte personne...
Ah! maintenant, pourtant, le bruit revient dehors,
Quelqu'un passe, dehors, dans le grand corridor...
Il est certain que quelqu'un rôde et c'est bizarre
Ce bruit fugace et qui s'étouffe et qui s'égare...
Mais ce n'est rien; peut-être un chat nocturne vient.
Un chat souple, subtil, noir et plutonien...
Tu vois que tu pouvais dormir sans nulle crainte.
Allonge-toi, ta tête ainsi, ta tête peinte
De poudre et tes beaux yeux paisiblement fermés!
Dors, mon petit, mon enfant tendre et bien-aimé!
Dors, mon cœur, dors, enfin tranquille, avec ta rose
A la lèvre, sur ces coussins trop bleus qu'arrosent
Tes cheveux et tandis qu'on voit dans le lointain
Une blême fusée étoiler 1« matin.
Et que filent, là-bas, les trains teintés d'aurore,
Dors, et ne songe plus au mal qui te dévore...
Reste ainsi, sans bouger. Reste et ne prends souci
De rien, puisque je veille et que je suis ici!...
Ne tremble plus. Sois sage. Oh! surtout ne regarde
Ni la froide fenêtre où de l'ombre s'attarde
AMOUR. T.i
Kttcore, ni la porte ouverte où luit la clé, La porte où tu pourrais voir une main trembler A la clé, — une main longue et mystérieuse Fleurir d'éti*anges doigts la clé silencieuse...