‹ La romance de l'hommeChapitre 11 sur 51 · CHANT D'AMOUR · texte numérisé non relu

CHANT D'AMOUR

0 Vous, soleil noir De mon désespoir.

Vous, par qui je meurs D'un cuisant bonheur,

0 mon triste amour, Ombre de mon jour,

Délice et chagrin , Dont je suis étreint,

Faut-il que, gisant.

Je perde mon sang,

AMOUR

Quand d un glaive d'or Vous percez mon corps ?

Oh 1 Amour, amour, Mon co?ur se sent lourd I

Prenez garde enfin !

Car voici le lin

Tissé et le trou

Que j'ai fait pour vous 1...

Prince Amour, que hait Mon être accablé,

Vos enchantements M'ont tenu longtemps.

Mais voici la Mort Et sa faulx oncor !...

— Ah! tonnez, tambours, La mort de l'amour!

SO LA ROI AN CE DE l' HOMME.

Ronflez dans le vent.

Orgues d'eau crevant L

Je mènerai seul V L'amour en linceul,

... Sous des azurs verts Tout brûlés d'éclairs,

Je porte au tombeau Cet amour si beau...

AMOUR

Si

FEERIE DANS L'OMBRE

La lampe éclaire à peine. On dirait qu'elle a peur

D'atteindre dans la chambre un être de vapeur,

On dirait qu'elle craint de faire fuir une àme,

Tant elle met de soin à retenir sa flamme...

^ous sommes tous deux seuls 1 Personne autre. Et pourtant !,

Tu ne dis rien, je te regarde, je t'entends

Qui vas et viens d'un pas qu'étouffent tes savates.

Tu ranges dans l'armoire en longues piles plates

Le linge pauvre et blanc lessivé du matin,

Le linge qu'ont fleuri la rosée et le thym...

Et toute à ton^souci de bien faire ta tâche

Tu ne regardes rien que ce linge sans tache...

Pas un bruit. Pas un mot ne s'élève, pas un

Soupir ne vient du fond du jour déjà défunt.

Et seulement un souffle étrange met dans l'ombre

Un battement imperceptible... Tout est sombre Autour de toi et lair semble lissé de fils... Tes yeux, tes yeux si beaux, quelle mer bercent-ils? Quels flots phosphorescents y roulent? Quel abîme Plein d'étoiles y fait chanter son souffle ultime?...

Tu ranges... A présent, voici que le balai Rythmique chasse un peu des cendres du parquet... Et je n'aperçois plus ton visage. Il me semble Que dans cette ombre un clair plumage flotte et tremble. Tout ton corps engoncé dans cette ombre a frémi, J'en suis sûr! J'ai senti comme un frisson parmi Ce gris relent de nuit qui traîne par la chambre... Et lu m"as regardé, peut-être ? Une odeur d'ambre Se répand. Et ce sont tes nocturnes cheveux Qui déroulent leur gros amas d'orage bleu, Leur taillis électrique et triste de ténèbres... i Ahl mon dieu, vas-tu pas m'envelopper, funèbre Et brûlante, et baigner mon rêve en tes courants, En tes fauves courants d'aromates errants!...

Tu souris, pâle à peine, un doigt contre la tempo, Tu parais écouter la chanson de la lampe.

AMOUR. 83

Un dirait que la lampe innocente te dit Des mots qu'on ne comprend qu'au jour du paradis... Tu souris. A qui donc sourit ta bouche rouge? A qui va cet éclair qui sur ta lèvre bouge?... Pas à moi... et dehors, c'est le silence encor... Et l'ombre autour de nous rôde comme la mort... Et la lampe avec l'air de s'éteindre palpite, Elle palpite comme un cœur qui bat trop vite... Ah! quel pressentiment me parle dans le soir? Qu'est-ce qui fait ce soir si bizarre et si noir? Et ce miroir derrière toi? Sa glace bleue, Pourquoi donc traine-t-elle, au hasard de ses lieues Sans nombre, tout ton songe égaré, semble-t-il !...

Toujours l'ombre. Toujours ce battement subtile D'une aile qu'on ignore, invisible, et qui crève Le silence d'un long remuement, comme un rêve... On dirait que quelqu'un dans cette chambre va... Quelqu'un! Se pourrait il que quelqu'un soit donc là? Tes yeux dardent leurs feux dans l'ombre qu'ils étoilenl Tes yeux pleins de l'ardeur sauvage des étoiles! \-A ton front blanc, ton front si farouche, ton front, Jn dirait qu'un rayon ineffable le fond,

8i LA ROMANCS DE L HOMME.

Et maintenant voici derrière ton épaule, Comme en une vapeur, cet ange qui nous frôle Depuis ce soir, parmi ce silence embrumé 1 Et je vois sa grande aile étrange se fermer Sur toi, pour te bénir de ton amour, mon âme I Pour te bénir et te baiser dans une flamme!...

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