TRAIN, AU PETIT JOUR
Sur la colline, au loin, un nuage, — dormanl... Des peupliers font un bruit doux; un lièvre rose Détale; — et puis voici, déchiré et morose, Un champ de solitude et de délabrement...
Une corneille crie. Un chaume luit parmi Des verdures qu'un jet d'acidité pénètre... Cn pot de réséda parfume une fenêtre... Un chien de flamme joue au milieu des semis...
Au bout, poudroie^ entre des feuilles, sous des feux Indécis, un morceau de mer que des écumes Griffent d'or et l'on voit, voguant dans de la brume, Un fier bateau planté comme un étendard bleu, ..
Kt puis ce sont, soudain, d'étroits villages peints
Sur le revers d'une colline trop boisée :
Une église là-haut luisante de rosée
Fait entendre un appel de cloches, sous des pins...
Sur la voie, un signal élève au ciel couvert
Un geste noir et blanc pour des présages tristes...
Et nous glissons par une interminable piste
Droit vers la mer, entre des prés houleux et verts...
0 mer, masse d'argent, lames vives et fraîches,
Voici que je vous flaire, océan éternel,
Musique de cristal, flot de glace et de sel,
Vous dont les forts parfums comme un couteau m'ébrèchentî
Mais l'élan tout à coup nous jette dans de l'ombre, Le train semble un foret pour trouer le rocher, Et tandis que s'exalte en moi mon cœur touché Nous roulons dans un bruit de fer et de décombres...
Soleil que je devine au bout du tunnel morne, Beau soleil, fier soleil qui campe à l'horizon. Quand vas-tu revenir, prince de la saison, ' Chasseur qui fais trembler les arbres, sous ta corne I
Vers l'aube encor parmi de la brume inhumée, Et débusquant les spleens qui rôdaient dans la nuit Le train file, béni par l'aile de TEnnui, Et tout couvert déjà de perles de fumée...
Et sur la plaine on voit s'allumer les grains roses Des bruyères! Le jour très faiblement trempé Pique, et dans l'air il pleut des fanfares de paix Et des gouttes d'argent vaporisent les choses!...
Ahl Lumière qui porte un étendard superbe, Est-ce toi? — Que la vie a de brûlants baisers! Qu'il fait bon de rouler par ces prés arrosés De ces fraîcheurs qu'épand l'aurore parmi l'herbe!...
DESTIXÉES
.4 Paul Forl.