‹ La romance de l'hommeChapitre 45 sur 51 · SUR LA MOUT D'EMILE ZOLA · texte numérisé non relu

SUR LA MOUT D'EMILE ZOLA

< I jours! dont le parfum pèse à mon cœur, automne!, niiand le bois déchiré pleure dans l'air atone

El répand sur le sable un rameau qui roussit,

Jt' me plains dans votre ombre et vos lâches soucis...

< .;ir toujours je revois vos étranges présages : • ■•■s nuages cendreux que tordait le passage

Dos vents, ces tisons d'or agitant leurs couteaux, r.t's catafalques fous roulant par les coteaux Au galop de chevaux trempés de pâle écume!.. Et tous ces souvenirs me percent d'amertume!...

Oh! prophète! soldat! faiseur de nobles livres, ici qu'excitait le cri des trompettes de cuivre,

Toi que Ton vit pareil, par la taille, aux héros, Le sort t'a donc rompu les os, comme un bourreau! Et comme un roi tombé, comme un roi que la hache Abat, comme un vieux roi qui roule à terre et lâche Son sceptre, et qui vomit sur ses vêtements d'or Tout son sang, te voilà qui gémis dans la mort, 0 Poète 1 Et gisant, tu rends donc aux ténèbres Ta grandeur déguisée en figure funèbre I...

Mais qu'importent la mort et nos larmesl Qu'importe! — Que se calment ma peine et ma tristesse fortes! — Ton sombre cœur n'est pas changé en un rocher Car nous t'avons en vain dans le tombeau couché, La résurrection pour toi s'est accomplie, Et songeant à cela qu'aucune âme n'oublie, Nous te cherchons errants au long de ces jardins, De ces jardins rouges et or, incarnadins, Sous ces arbres qui font des cavernes de feuilles Où ton âme, voilée et grave, se recueille!...

ODES HÉROÏQUES. l'Jl

Nous te cherchons, ù Maître, et l'on te voit paraître! Et c'est toi qu'on entend dans l'ombre des fenêtres Bucoliques, dans les buissons frais et tremblants. Et près de la maison qu'argenté un rosier blanc. Au bord du champ rayé qu'éventre la charrue, Et sur le fleuve triste où la tempête rue Son livide brouillard de foudre et de charbon ! Car ton ombre qui va semblable au vagabond Est partout. — Et partout les hommes de la terre T'appellent, désormai?, ù pâle solitaire!...

Mais voici que tu viens à nous des paysages Soulevés ou fumants de fièvre et, sous l'orage, Tout crevés, déroulant des herbages houleux I Tu te lèves d'entre les blés où l'azur pleut, Tu nous parles du fond des \illes do bitume, Et des gares tendant leurs trains parmi la brume I

Et des lieux souterrains où de la houille bout, Tu sors parfois, fatal, et l'on te voit debout... Or, dans ta bouche amère, une menace tonne, 0 héros ! Et l'esprit des hommes en frissonne I

Formidable^ sacré, sans bàlon ni besace,

Je t'aperçois, là-bas, comme un rôdeur, qui passe

Le long des murs, des ponts et des grèves de sel!...

Tu t'avances hanté de ton rêve éternel.

Et quand la Mort, d'un geste inévitable, pousse

La porte enluminée ou la clôture douce.

Tu dresses ton fantôme entre les noirs flambeaux!

L'ombre où tu marches se recule et, par lambeaux,

Se disperse, et ton cri qui fait trembler l'espace,

Jette au soleil le chœur vivant des jeunes races!

Car c'est toi le prophète ingénu de ce monde! C'est loi qui fais sonner le lourd tocsin qui gronde

ODES HÉROÏQUES. ^'^'

Quand la famine ameute au creux des carrefours Les peuples fous, parmi des cris et des tambours! Tu rentres les canons de guerre, ô Pacifique! Ton pur espoir de cœur en cœur se communique ! Et, terrible, ta voix, que l'âme seule entend, Prie et chante, lancée en accents éclatants!... Or ton ombre à tout être ici-bas est mêlée, Et l'homme la respire avec la vie ailée...

0 Héros! je t'appelle en cet automne triste! Écoute le sanglot qui tremble et qui persiste Et qui flotte épuisé sur ses bois périssants!... La plainte que j'écris chacun de nous la sent... Chacun de nous te pleure encore, ô tutélaire, Toi de qui tout naîtra, juste et fort. Père, ô Père!.. La strophe que j'assemble avec mes pauvres mots, D'autres l'ont exhalée à travers ces rameaux, Et la brise la chante et l'eau la balbutie... — Et la Terre sanglote en cherchant son Messie!...

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