‹ La romance de l'hommeChapitre 47 sur 51 · AUX COMPAGNONS DES ANCIENS JOURS · texte numérisé non relu

AUX COMPAGNONS DES ANCIENS JOURS

Compagnons que déjà la fatigue de vivre Empoigne par le bras en criant : arrêtez 1 Voici qu'ayant perdu la force et la gai té Et vomi les alcools dont les vingt ans s'enivrent,

Voici que, tout fourbus des courses hors des rades, En pleine mer, dans l'ouragan, nous revenons, Comme des émigrants sans maison et sans nom, Et sans victoire, hélas! ô mes fiers camarades...

L'Espérance qui chante au fond des tabagies Où rêve la jeunesse aux yeux riches et doux, Nous ne là verrons plus s'asseoir auprès de nous. Nous sommes les déchus lugubres des orgies...

Nous étions tous partis pour conquérir le monde, Nous ne devions jamais rentrer que triomphants, Ah ! Seigneur, que sont-ils devenus tes enfants, Et comme le destin vous broie et vous émonde !..

Et comme il gratte comme un chien de maladie, Dans les êtres, rongeant la chair entre les os, Et comme l'homme usé que laveront les eaux Funéraires a l'air d'être sa parodie

Quand, vidé de son sang de fièvre et de délire,

Il n'est plus rien qu'un corps qui saute sur deux pied?

Et qu'il n'a plus en lui cette sainte fierté

Qui vous met dans le cœur des musiques de lyre,

Et qui vous dresse, droits et fermes et vous campe Et vous plante et vous fait dédaigner le péril Et vous mène à l'assaut, splendides et virils, Comme de durs guerriers escaladant des rampes!...

Ah! beauté de ces temps où, narguant les déluges Du plomb rouge tombant sur nous, de toutes parts, Nous étions les soldats qui cernent les remparts, Les soldats énervés de gloire et de grabuge !...

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Nous suivions une Idée, elle était belle et grande; Elle jetait de frais rayons sur nos haillons... Et nous marchions, couverts de son haut pavillon, Et dans nos yeux luisaient des rêves en offrande...

Compagnons, compagnons, serrés l'un contre l'autre, Comme lacés par l'amitié de notre cœur,- Ahl comme nous sentions en nous de la vigueur! Chacun de nous était pour l'autre un sûr apôtre !...

Ah ! bonheur de s'unir et d'être, en la marée Énorme des soucis gris et quotidiens, Sur un vaisseau d'amour solide où l'on se lient Face à la mort, l'âme jamais désemparée !...

Ah! la vie est trop morne et trop lâche et trop plate!. . Je vois des chasseurs noirs qui rôdent par la mer... Je regrette les vieux élans parmi d'amers Tohu-bohus où des tonnerres blancs éclatent!...

Compagnons! Compagnons! Pourquoi donc jeter l'ancre? Pourquoi chercher déjà le sommeil dans les ports?... Ètes-vous donc si las du risque et de l'effort?... Craignez-vous de courir les vagues noires d'encre

Et les terres jamais encore visitées Et les cimes avec en haut leurs blancs châteaux Et ces pôles de neige et d'ors et de cristaux Et ces azurs bénis des âmes irritées?...

Compagnons I Compagnons ! ne voulez-vous plus vivre ? Il est temps de partir ! Levons-nous, compagnons ! Que nous importent donc le mal et le guignon, A nous autres qu'excite encor le cri du cuivre!...

Lorsque le ciel qui chante aux trompes de l'aurore Nous appelle et nous jette en les yeux d'éclatants Flambeaux et nous rend tels qu'aux jours de nos vingt an Ah I laissons-nous pousser aux batailles, encore !...

Que nous fait cette paix! Que nous font ces asiles Toujours prêts où l'esprit se berce de repos ! Et tout ce qui plaît tant, Seigneur, à ce troupeau D'êtres vagues vautrés dans des bonheurs faciles!...

Levons-nous et partons ! Replions notre tente Et marchons! Et lâchons à jamais les abris Oi^i Ton se perd ! Et ce faux^calme qui pourrit L'héroïque fraîcheurdes âmes imprudentes!...

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