‹ La romance de l'hommeChapitre 48 sur 51 · AUX COMPAGNONS D K S ANCIENS JOLRS · texte numérisé non relu

AUX COMPAGNONS D K S ANCIENS JOLRS

Qu'est-ce donc que le Temps, mon Dieu, pour qu'il mutile Ainsi les êtres forts que vous avez créés! Nous laisserons-nous donc abîmer et souiller ! Ahl retrouver l'ardeur de cet âge fébrile

Et si beau î lorsque nous étions les camarades D'Apollon, les enfants ingénus de l'orgueil 1 Quand nous avions en nous de quoi chasser les deuils Et de quoi pavoiser l'ombre de pétarades

De soleils, et de magnifiques oriflammes !... Quand nous allions à l'existence comme on court Au combat et quand nous étions si plein d'amour I... Quand sous nos humbles fronts fleurissaient tant de drames!,

Quand le monde, à nos yeux avides de conquête. Paraissait trop petit, alors qu'il est si grand!... Quand nous étions des vagabonds et des errants Et des bohèmes francs affolés de la fêle

Heureuse du printemps, de l'aube et des rosées Et des nuits allumant leurs guirlandes de feu, Et des brises posant partout des baisers bleus Et des forêts d'hiver couleur des épousées !...

Ahl compagnons! Ah I compagnons que déjà bride L'insidieux regret d'une force qui fuit !... Compagnons! que corrode et tourmente l'ennui! Qu'est-ce que tout cela, compagnons trop timides!

Qu'est-ce que tout cela qui vous parle de halte Et de paix sous les toits endormeurs des maisons Et de désarmement et de calme horizon Et de refus d'aller aux choses dont s'exalte

Un cœur fier et dont nous faisions encor, naguère, Notre idéal, et dont nous étions si grisés!... Ah! dites que le Temps ne vous a pas brisés Et que vous êtes forts et que, pour vous, la guerre,

C'est la vie et que, s'il vous faut combattre encore, Fermes et purs, vous monterez sur le vaisseau. Sur le vaisseau d'amour solide que les eaux Porteront, rouleront dans la nuit et l'aurore!...

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