‹ La romance de l'hommeChapitre 49 sur 51 · JE VOUS REVOIS · texte numérisé non relu

JE VOUS REVOIS

Je vous revois, jours d'autrefois.. . — Ah! le passé, Le passé qui vous liante ainsi qu'un trépassé!... C'est un jardin de pluie où le chien pourpre joue Courant comme une flamme au milieu de la boue... Et puis, c'est l'île acide étalant ses fraîcheurs... Dans la plaine campaient des groupes de faucheurs... Le fleuve promenait parmi des ondes sûres De lourds chalands ventrus rongés de moisissures... Ah : le passé ! le cher passé qui me revient Et qui frappe mon cœur comme un musicien Et qui fait dans mon cœur chanter, d'un air étrange, Les souvenirs perdus que le regret mélange!.. Ah! comme je voudrais les revivre, ces jours! Vous ne saurez jamais quel était mon amour I*our vous, vieille maison du chemin de halage, Niche de l'épagneul, bateaux dont le sillage Roulait mon rêve errant dans ses écumes d'eau,

Et qui semblaient toujours m'apporter cent cadeaux!...

Ah ! Passé! Revenant à la douce figure,

Qu'est-ce que tu me dis? Quelles choses obscures

Oses-tu donc encor me chuchoter, ce soir?...

Il faisait bon, dans ce temps-là, c'était l'Espoir,

Alors, qui doucement me parlait par les lèvres

De la Vie, à cet âge exempt des folles fièvres

Qui depuis m'ont brûlé. Seigneur, et tourmenté

Et fait poursuivre, en vain et sans fin, la Beauté

Et dont je garde en moi le goût sale de cendre!...

L'Espoir fuit et voilà que je vais redescendre.

Redescendre vers on ne sait quels froids bas-fonds

Vers des abîmes d'or et de peine sans fonds!...

Je vous revois, jours de jadis... Et le soir chante

Dans la lampe qui fait sa romance touchante...

Une lumière luit sur un front rose et or...

Un front d'enfant jolie, un front chargé et de sorts...

Et voix tendre, quelqu'un se penche sous la lampe

Et'me parle et me met un baiser à la tempe,

Un baiser taciturne étrangement souffrant...

Ah! souvenir! passé qui remonte et vous prend!

Gomme il a de la vie encore, ce fantôme,

Que Ton croyait captif dans le morne royaume

II A Lit: s. 2i:i

l>e la Mort, et comme toujours loiil reste en nous

J)e ces temps d'autrefois si graves et si doux!

Je vous revois... Vous êtes là, jours de naguère...

C'est l'hiver, ou l'automne avec son cor de guerre

Dans la rouge forêt au feuillage tigré,

Dans la forêt qui meurt en un songe doré...

Et il y a dans l'ombre une fée, et j'écoute...

Dehors, il pleut sur le jardin bleui de gouttes...

Le toit grince... Une pie endeuille le mur blanc...

Sur le fleuve, somnole un long bateau tremblant...

Et puis, c'est le printemps, — le printemps rose et jaune.

Le printemps par lequel la nature bourgeonne

Et par lequel couvent, là-haut, les brouillards verts

Parmi des trombes d'eaux dans les cieux entr'ouverts!..

Et vous êtes en moi, beaux rêves de mon àme !...

Dans mon âme, j'entends l'espoir qui me réclame. .

Ah! voix chères, chantez en moi, voix du malin

De mon cœur! Belles voix qui venez du lointain

De ces superbes temps de l'enfance! Voix fortes!

Voix si douces! chantez dans mon âme qu'emporte

Et dirige, suivant une inllexible loi,

Notre appel toujours ferme et toujours clair en moi!...

2U LA ROMANCE DE l'hOMME

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