‹ La rose blancheChapitre 27 sur 40 · II · texte numérisé non relu

II

seuls. mi tante, mais madame

que vous devez dire... Voyons, |

■ Rares, i; ros moyens de

comédie pour 1

sur la scène. Je ne suis pas venue ici, je n'ai pas tait ce pénible et dangereux voyage pour vous admirer <laus votre rôle.

roua le jouez à merveille d< tous les imbéciles qui vous snivenl et que je paye. Mais, comme je vous paye aussi, mi jouant bien, vous ne faites que votre devoir. Ce devoir, ob> toujours,

monsieur Warbeck, ne rouilliez jamais!

je viens pour vous le rappeler!

Elle avait prononcé cesquelques phi avecune volubilité si furieuse, avec une si humiliante ironie; elle regardait son interlocuteur avec des yeux chargés de tant de menace et de mépris, que Richard recula un moment comme devant un démon ou une folle.

— Est-ce bien vous, balbutia-t-il, vous, madame la duchesse...?

— C'est bien moi, moi, la duchesse, oui, répliqua vivement Marguerite en doublant la flamme de son regard. Je vois que vous commencez à rentrer en vous-même, et que nous nous mettons chacun à notre place. Oui, c'est moi qui viens vous dire : Vous paraissez vous oublier, mon maître ! vous vous preniez au sérieux, en vérité ! Insecte tiré de la fange, vous vous emportez sur les ailes que je vous ai laissé pousser.

Richard commençait à s'assombrir.

Après la stupéfaction, la colère. Il s'approcha de la duchesse et lui dit :

— Me reprochez-vous vos bienfaits, madame? Vous auriez tort. Je comptais vous les payer le prix que vous m'en eussiez demandé.

— Misérable! s'écria la duchesse. Tu

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traites avec moi, Dieu me pardonne, comme avec une é figures-tu, par

rd, qu'il suffise, poui raux rois,

de prétendre à des alliances dans leur rami lie et de leur envoyer des ambi deurs? rai reçu ' Warbeck; ils

m'ont appris l Cathe-

rine, ma filleule, tes insolents desseins,

et je suis venue te dire : N'approche i main de cette noble fille, ne croise pas ton regard avec le sien, ou, par le Dieu du ciel î quand j'y devrais ruiner ma gloire et ma fortune, moi qui t'ai déguisé en prince, je te fais pendre dans tes guenilles de mendiant!

Au cri de sauvage douleur que poussa Richard, au geste désespéré que cette atroce douleur lui arracha, la lourde porte tapissée de velours qui séparait ce cabinet d'une chambre voisine, s'ouvrit avec fracas, et Catherine, pâle, tremblante, se pré-

LA ROSE i;i. \M (II. 1S3

cipita entre la duchesse et le jeune prince. L'effort l'avait épuisée tout entière: elle s'appuya au mur, elle n'articula pas un soupir.

— Catherine! s'écria la duchesse épouvantée de cette apparition; Catherine, ma bien-aimée, ici! Que fais-tu ici? Sais-tu bien où tu es? Viens! viens! tu ne peux pas demeurer ici !

— Je ne puis pas demeurer chez mon époux? murmura l'enfant, plus blanche que son collier de perles.

— Toi! sa femme!... la femme de ce misérable? Ce crime affreux serait consommé?

Et la duchesse joignit avec effort ses mains tremblantes.

— C'est ainsi que vous insultez le nom d'York! votre sang! le fils de votre frère! dit Catherine, qui suspendait ses bras défaillants à l'épaule de Richard, tandis que

il I.I.WUII.

celui-ci, aussi pâle <p Qtait une

imme un serpent Jusqu'à ion cœur.

— Y.n'k la vieille sowreraineen :i;mt le jeune nomi n sinistre

Ire, York : tu i : de notre

race? Ali ! pauvre enfant avilie! Oh ! fautil que j'ai rdl Mais je te sauv< Tuneresi tominie...

me perdre...

— Tenez, interrompit Richard en croisant ses bras sur sa poitrine, je ne sais pas si je fais un aflreux rêve ; mais, si je le fais, je l'achèverai ! Ce torrent d'injures m'avait d'abord noyé le cœur; je ne comprenais pas, je veux comprendre.

Que parlez-vous d'York, de misérable et d'ignominie? pourquoi plaignez-vous cette jeune femme? de quoi dites-vous donc que vous la sauverez?

— De toi, vil imposteur! dit la duchesse

d'une voix étouffée ; de toi. Oh! tu l'as fascinée ; c'est clair. Elle te croyait prince ! mais patience, ses mains que tu as volées, que tu retiens encore dans les tiennes, vont bientôt fuir ta main avec effroi, avec dégoût. Oh ! tu te dis que je n'oserai pas achever la confidence; tu as compté que mon ambition, que ma haine pour Lancastre feraient de moi un monstre aveugle et muet; tu t'es figuré que, te sacrifiant un royaume, je te sacrifierais cette jeune fille. Non. Deviens roi, nous verrons, nous compterons plus tard; je saurai te racheter la couronne, et tu me la rendras, fils de juif! Mais tu ne garderas pas Catherine, tu ne souilleras pas d'un sang bâtard cette famille auguste que l'Angleterre adore à deux genoux. Non, Catherine, tu ne resteras pas près de cet homme.

C'est un nouveau fantôme que j'ai inventé; c'est une machine ignoble que j'ai

fait instruire ; il n mis Ymk que

le pàtiSSier SiiniM'l ; il : Iiirliic le

fils légitime de Warbeek ; je ne sais i

qu'il est, il no le sait pas lui-mrinr...

Pardonne, pan suerais le

moitié de mon sang pour racheter Ion

malheur; mais je n'ai pu prévoir Tau* de ce démon.

— Oh!... rugit Richard, voilà que je revois tous les feu d'enfer qui Jadis me dévoraient le cerveau !

— Oui, oui, dit la duchesse impitoyable, en saisissant les mains de Catherine palpitante, sa folie, une de nos plus heureuses inventions. Cette folie, qui rendit plausible son silence et son oubli pendant tant d'années. Oh! Perkin Warbeek est un imposteur de génie; je l'admirerais s'il t'avait respectée.

— Catherine ! Catherine! tu ne la crois pas ! s'écria Richard en délire, quand il

LA i;nsi: blanche

vit sa jeune femme s'incliner toute mourante vers la duchesse.

Mais Catherine ne l'entendait plus. Ses yeux s'appesantirent, ses genoux se dérobèrent sous le poids de son corps; elle tomba évanouie sur le tapis, et la duchesse n'essaya point de la relever.

— Écoute, dit-elle à Richard , je puis te pardonner encore. Laisse en paix cette enfant; oublie, fais qu'elle oublie; je te laisserai suivre ta route. Tu monteras où tu voudras ; mais demain, mais ce soir, Catherine retournera près du roi Jacques, et tu ne feras pas même un geste pour la retenir. Si tu m'obéis, je t'aiderai comme par le passé; si tu me refuses, prends garde !

Richard demeurait hagard, écrasé ; ses yeux roulaient une vapeur rouge. Il luttait contre la tempête bouillonnant dans son sein.

— Mais non , Interrompit la dachi s'inspirant d'une Inquiétude soudaine.

Non; ce que Je tiens, je ne le perdrai pas. \ oici la nuit, je para «t Catherine suivra. Tu diras que tu as craint pour elle . tu diras que tu me l'as c i diras toul ce que tu

voudras, i toi. Mais je ne

te laisserai point ce précieux i l'enun

Km parlant ainsi, elle se courbait pour relever Catherine; elle l'avait n assise sur les coussins ; elle cherchait à la rappeler à la vie. Elle l'attirait à elle, sur sa poitrine; on eût dit qu'elle allait la traîner, remporter; du inoins, c'est ce qui apparut à Richard.

L'éclair sillonna son front. L'ouragan, trop longtemps contenu, éclata enfin dans toute sa splendeur. Il s'élança sur Catherine, l'arracha des mains de la ducl;<

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qu'il repoussa comme le vent repousse une herbe desséchée.

— Va-t'en ! dit-il, va-t'en, monstre venu de l'enfer ! Ne touche pas à ma bien-aimée, à ma femme ! Elle est à moi ! Fais ce que tu voudras, dis ce que tu voudras, mais ne touche pas à Catherine.

—Veux-tu que j'appelle? dit la duchesse tremblant de colère et ramassant ses forces pour lutter avec majesté.

— Fais un pas, lève un doigt, entr'ouvre tes lèvres , répliqua Richard soufflant le feu dans chaque frémissement ; ose seulement me regarder en face, et j'appellerai aussi, mais je t'aurai d'abord abattue à mes pieds.

Il avait d'un coup dégainé sa large épée; l'acier flamboyait moins brillant que sa prunelle, et la lame terrible vibrait sous la convulsive pression de sa main.

— Ah!... murmura-t-il en voyant pâlir

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la duchesse, ah!... tu reine; ta

tais bien!

Mlle reculait an effet, atterrée ; il lui sait voir se dresser Edouard Luimême, si terrible et si beau dans effrayantes coK

11 la poussa ainsi jusqu'au seuil. Bile sortit, elle gagna le port La foule s'ouvrait muette devant elle. On eût dit que cette femme glissait, atonie obéissant, dam le sillon de flamme échappé du regard de Richard.

Les compagnons de la duchesse la rejoignirent sur la barque. Le Dot lés remporta, eux consternés, elle luttant entre la peur et la soif d'une prompte vengeance.

Une scène douloureuse succéda aux violences de cette entrevue. Ceux qui purent pénétrer chez le duc d'York le trouvèrent agenouillé, pleurant près de Catherine toujours étendue, toujours immobile et froide.

Il avait essayé vainement de la rappeler à la vie. Elle n'ouvrait point les yeux, on l'eût crue morte sans la vapeur impercep-

happail de ses lèvres ternissait la surface d'acier que Richard épouvanté venait di abouche,

ntot la chambre tut envahie. Susannah s'y riait précipitée la première, aussi touchée de la douleur «lu prince que de l'étal de Catherine. Les médecins appelés ne pouvaient reconnaître le mai, n'en pouvant deviner la eau Richard se

dévorait du double tourment (h> voir souffrir sa bien-aimée et de ne lui apporter aucun soulagement

La duchesse ne recouvra ni la vue ni la parole pendant la nuit et la journée qui suivirent. En vain Susaimali, défiant jalouse, interrogea-t-elle sur les commencements d'une si étrange maladie, en vain chercha-t-elle le secret dans les yeux gonflés de Richard, ce prince ne se confia ni à elle ni aux courtisans. 11 attendait le duc de Kildare, alors à l'avant-garde do

i.v iiiim. i:hm m:

l'armée. Il n'espérait qu'en Dieu, il ne communiquait qu'avec lui.

Les médecins nommèrent enfin la catalepsie. Ils avaient consulté leur Aristote. Richard, sombre et désespéré, les accusait de mentir. Elle était morte, disait-il, sinon résisterait-elle à ses sanglots ? resteraitelle sourde à sa voix suppliante? ne se lèverait-elle point sous les baisers, sous les larmes dont il inondait ce front décoloré?

L'Écossaise, muette et l'œil rivé sur le lit de douleur, semblait accuser déjà Richard de ne pas faire un miracle. Elle le trouvait trop affligé pour un homme sans reproche. L'excès de ce désespoir lui donnait le soupçon de quelque remords.

Cependant un courrier venu de l'armée rompit cette situation pénible. Lord Kildare prévenait le prince des bonnes dis-

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positions de la ville d*Exeter. L'occasion B'offtail magnifique de conquérir cette clef du pays, il suffirait, disait-il, de la

suée <iu tils d'Edouard pour faire tomber les portes et les barrières. A défaut depersus emploierait la force, il

fallait marcher sans délai. EUchard regarda

autour de lui, ne vit qn ai secs et

brillants d'ambition et d'avarice. Qu'est-ce qu'une amante, une femme pour des sauvages révoltés? Le duc, s'il hésitait, pouvait être appelé lâche. Il ordonna le départ, et, comme s'il eût laissé Catherine derrière lui, on eût pu la lui prendre, il la lit pla< er sur une immense litière, sorte de maison roulante que traînaient douze chevaux; il lui donna une garde d'Écossais dévoués, et, cachant son désespoir sous le masque impénétrable de son armure, il conduisit à Exeter ses partisans, ivres d'espoir et d'enthousiasme.

Comment eût il agi autrement? Il couvait cette suprême joie en son cœur ravagé, non plus de conquérir un royaume, mais de mourir en héros sur le tombeau de Catherine.

D'ailleurs, l'accusation de la duchesse de Bourgogne le poussait aux dernières extrémités de la rage, aux convulsions de la folie. Sous le poids d'une pareille haine, comment ne pas succomber si l'on n'était qu'un homme vulgaire? Avait-elle dit vrai, la duchesse? Richard n'était-il qu'un misérable imposteur ? Avait-il réellement volé la main d'une princesse? N'était-il appelé qu'à remplacer Simnel dans l'exécration publique? En tout cas, la mort, toujours la mort!

Fouetté par ce serpent, le jeune homme

vola auprès de lord Kildare. Il le trouva

qui revenait sur ses pas au-devant de son

souverain. De loin, avec un œil d'aiglon , ii. 11

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