‹ La rose blancheChapitre 6 sur 40 · LA R · texte numérisé non relu

LA R

Un pli dédaigneux se creusa i sourcils noirs de l'Altesse.

—Quanta son nom, il «.si I estimé... Madame a peut-être oui \ du célèbre Warbeck.

— Warbeck!... le juif? sY

— Converti, converti, minauda Z< avec une grâce féline qui û'<

type indélébile empreint sur

Pourquoi le nez crochu, la pomin de renard et la bouche ne peuvconvertir ?

— Warbeck, deTouri I l'.'trangère.

— Précisément, madan

— Et ce jeune homme est son fils î

— Certes, répliqua Zébée.

— Mais lui, Warbeck, où est-il ?

— Plus sur cette terre, soupiiM

— Mort!... mon compère Warbeck dit l'inconnue.

Et sa belle main, sortant d'un épais gant de fourrure, traça sur sa poitrine le signe révéré des chrétiens. Son écuyer l'imita.

En sa qualité de converti, Zébée était bien libre de faire comme eux. Pourquoi donc s'abstint-il ?

— Hélas! oui, noble dame, répliqua-t-il avec une vivacité destinée à économiser le geste saint ; il a trépassé à Constantinople, et je ramène avec Jean, notre ami, le jeune seigneur Perkin à la maison paternelle où l'attend une mère désolée.

— Je le vois en un triste état, dit l'étrangère.

Zébée secoua la tête.

—Ce jeune homme n'est pas capable de faire la route à cheval, continua la dame; il arriverait mort au logis.

— En ce cas , nous n'aurions plus qu'à enterrer notre maîtresse, s'écria Zébée

gesticulant avec une sensibilité qui, de laid, le rendit hideux.

— Elle aime donc bleu ce fils?

— Oh! madame!... eU l'espoir de l'embrasi

— Eh bien, repartit la nol

ne sera pas dit que j'aurai manqué d

sister dans le malheur la fai:

beck, mon compère, qui m'a rendu

dant sa vie tant de bon ser\

aux miens. Il n'est pas toujours

les princes oublient... n'est-ce pas, <

taine?... Qu'on soulève ce jeun»'

avec précaution, et qu'on 1

ma litière... Il y passera plus tranquilTe*

ment la nuit, et y fera plus moelleusc-

ment sa route.

— Mais, madame, balbutia Zébée stupéfait, nous allions chez dame Wai

— Ainsi ferez-vous, bonhomnu aussi.

— Mais nous l'escortions, noble dame.

— Vous continuerez... Seulement, au lieu d'escorter un cheval, vous escorterez une litière, et nous vous escorterons. »

Zébée regarda Jean : Jean saluait jusqu'aux genoux, Zébée salua jusqu'à terre.

—Ce n'est pas malheureux, pensa-t-il, pour les valeurs que je rapporte. Ce coquin de Jean me les eût peut-être volées en chemin, il est si fort !

Comme il achevait ce soliloque, deux serviteurs de la dame transportaient le jeune Warbeck, d'après l'ordre de leurmaîtresse, et d'autres, qui, depuis le commencement de cette scène, avaient été chargés de chercher un chemin pour tourner l'obstacle, accouraient annoncer que ce chemin était trouvé moyennant une heure de travail dans la montagne, et Tabatis d'une douzaine d'arbres pour le passage des chevaux.

LV Rosk BLAJK ut.

Déjà l'on entendait les co et les gémissements des i

—La route sera bientôt libi en se tournant vers le marct Chacun ici pourra en profil

— Qui donc est cette femme q faire des chemins pour elle dans le gn des Alpes? demanda Thomas Brooks à l'un des hommes d'arm

— Son Altesse madame la duc!

douairière de Bourgogne, ré valier de fer.

— La veuve de Charles le Tén s'écria le marchand, qui répandit au^ ce bruit dans la troupe.

Les Suisses, alors, haussant les épau :

— Il paraît, dit l'un d'eux en allemand, que cette maison est née pour tout bouleverser dans le monde. Le feu duc Charles s'en prenait aux hommes, la duchesse s'attaque aux montagnes.

— Silence donc! murmura Thomas Brooks. Heureusement , vous parlez allemand.

— Un Suisse est libre et parle quand même, dit l'autre Bernois. Ce droit de parler, nous l'avons acheté à Granson, à Morat, à Nancy, et payé comptant. Demandez à la duchesse.

Là-dessus, les Helvétiens se mirent à rire.

Soudain la princesse, se tournant avec dignité vers ces hommes :

— Ce que vous n'avez pas acheté, ditelle en allemand, c'est le droit d'insulter une femme qui offre de vous rendre service. Vous êtes trop orgueilleux, bourgeois de Berne. Ce n'est pas vous qui avez vaincu le duc mon seigneur; c'est la colère de Dieu. Si vous ne la craignez pas, craignez la mienne; j'ai eu un moment l'idée de vous faire pendre.— Quant à vous, sire

LA ROSR BLAIfCIS

marchand, ajouta la princes

nant vers Brooks éperdu, quittai ces

compagnons, croyez-moi. l

Bourgogne, vous dénigrez York;

êtes en mauvaise vein.

tinuiez, il vous arriverait malheur 1

Brooks ne se le fit pas répéter; il se sépara des Bernois par un bond qui faillit changer en sourire la gravité méh lique de la duchesse. Les Suissenants, tournèrent et retournèrent :

bonnets dans leurs mains, peu i ce jour-là, du martyre patriotique.

Nous n'assurerions pas qu'en devant eux, les crosses d'arquebuse el hampes de lance bourguignonnes n'aient pas pris quelque sournoise revanche des massacres héroïques constatés par l'ossuaire helvétien.

Bientôt l'escorte de la duchesse, gn de tous les esprits dociles de la <

se mit en marche à travers le nouveau chemin, et la lune, qui se levait derrière les dentelures rocheuses, éclaira les ondulations de ce long serpent dans les rampes de la montagne.

Marguerite d'York, duchesse douairière de Bourgogne, était sœur d'Edouard IV, le père de ces malheureux enfants assassinés; sœur de Richard d'York, duc de Glocester, leur assassin; sœur de Clarence, tué par ses frères. On l'avait mariée à Charles le Téméraire, un des plus puissants princes de son temps, en sorte que, d'une famille toujours nageant dans le crime et la violence, la malheureuse Mar-

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