‹ La rose blancheChapitre 8 sur 40 · LA RI · texte numérisé non relu

LA RI

les atrocités de toutgen

paré à York une si haute fort

chard III a effeuillé, pour r ni, la

Rose blanche tout entière. 1 <>ugc

de Lancastre s'étale oiv I sm'

l'écu anglais.

Frappée de ce grand dés;i gué-

rite regarde alors autour d riOOl

des ruines. Louis XI a patiemrai la Bourgogne aux petits- fils de Cliai ' Téméraire. Charles VI II, roi de ne sait plus même si ce nom de B< a existé. En Angleterre, Henri Vil enl paisiblement l'or, dont il est id< règne sans inquiétude; ses rivaux d*l ont disparu. Une seule fleur de cette brillante tige végète obscurément danténèbres de la Tour de Londres : c'est un fils de Clarence, un Warwick, que le peuple a bien aimé, mais qu'il croit a peilM vivant.

Il y a bien une fille d'Edouard IV :

Henri VII, en homme habile, l'a épousée. Elisabeth d'York est reine d'Angleterre.

La nation a vu avec joie l'union des deux Roses ; elle a espéré enfin la paix, la concorde, après tant de massacres dans les guerres civiles.

Quant à Marguerite, duchesse de Bourgogne, elle est tante de la reine; c'est un dernier espoir, si la reine se souvient qu'elle est du sang d'York.

Aussi commence-t-elle, avec l'habileté traditionnelle de la politique bourguignonne, à circonvenir sa nièce Elisabeth pour connaître ses sentiments. Elle noue une correspondance avec sa belle-sœur la reine douairière d'Angleterre, veuve d'Edouard IV. Cette princesse, qui a tout perdu, mari, enfants, couronne, comprendra peut-être l'ardent désir de Marguerite, qui veut ressaisir une ombre de i. 4

LA rose r:

puissance. Trois femmi

nieraient une étroite union, i

sans doute à d'immenses résultats ; et uml

ne serait pas >ré pour l*av<

d'York, malgré set : u. Iles.

Marguerite, retirée dans ses dom;t:

de Flandre, fomente a 1" trigue, paie reflet des grandes entrepi de son beau temps. Ses amb >,ses

espions, rampent ou volent, i la duchesse? Le droit de rei< R An-

gleterre quand elle s'ennuie au milta Flamands. Elle voudrait aussi sa par' domaines de la maison d'Yo intégralement par Henri Vil tourée d'Anglais, une fois en p des fiefs qui doubleraient se Marguerite se sentirait la force <i le monde. L'âme du Téméraire a sur;.

elle au déclin de ses ans. L'ombre du farouche Bourguignon l'évei!

brumeuses nuits de Flandre; elle lui souffle des ambitions, des vengeances. Marguerite ne risque rien en ce monde : elle n'a ni patrie, ni amour, ni enfants.

A mesure que les années s'écoulent, l'impuissance devieiit pour cette tête ardente un supplice plus intolérable. Elle voyage pour tromper son activité. En Savoie, en Allemagne, elle noue des intelligences.

Elle s'est adressée jusqu'en Ecosse, où le jeune roi Jacques IV dispute ses frontières à l'avide Henri VII, et n'attend qu'une bonne occasion de s'agrandir. Si Marguerite, qui est riche parce qu'elle a su amasser,-trouvait un bon allié pour exercer une pression sur Henri VII, ce monarque chercherait bien vite à la satisfaire.

Le temps marche. Plusieurs fois déjà Marguerite, lasse d'attendre, a fait d'obscures tentatives. A propos de l'imposteur Lambert Simnel, qui voulait se faire pas-

LV 1091 Bl. V>> III

ser pour Warwick échappé de la duchesse a constaté l'amour des pour le sang d'York. Simnel a été vaincu, humilié par le pardon d'Henri VI! ; i les trames de Marguerite onl éti dans l'ombre, mais Henri \n .1 dû livrer bataille. C'est contre l'espril oal Anglais qu'il combattu 1 tune,

cette ibis encore, lui a souri, pourqo l'abandonnerait-elle pas dan- une autre circonstance? Qu'il soit tué comn:

chard 111 dans une mêlée, sa femme l beth, une York, est seule ici

Ainsi donc, agiter, ébranler par de sourdes et incessantes secousseoccupé par un Lancastre, telle est la politique de la duchesse de Boiu sullat peut en être, soit la chute d'Henri VU lui-même, soit la chute de quelque riche joyau qui tomberaitde cette couronne d les mains deMargueri!e,prèteàlerecevoir.

Plus de repos, plus de trêve. L'Ecosse prête l'oreille aux suggestions de la Bourgogne. La veuve d'Edouard IV doit s'agiter au fond de son palais. Elisabeth, femme d'Henri Vil, n'attend que son couronnement pour ébaucher un parti en faveur d'York. Le peuple, après douze ans, verse encore des larmes au récit du meurtre des enfants d'Edouard. Il aimait tant cette famille, que tous les crimes de Richard n'ont pas réussi à rendre odieux le nom d'York.

Quant à Henri VII, il est seul, tout-puissant, c'est vrai, mais impopulaire. On le tolère parce qu'il est le mari d'Elisabeth, et que la Rose blanche n'a plus de rejetons mâles. Vienne une occasion, jaillisse une étincelle, l'explosion et l'incendie ne se feront pas attendre.

Marguerite a préparé ses pièges. Dans l'un ou dans l'autre tombera infaillible-

A ROSE BLt*CHE

ment Henri VII. Qu'il 6e donne Koul entier aux partisans d'York, le retour de Marguerite en Angleterre in assuré comme sa fortune. Qu'il s'obstine à préférer les amis de L on lui suscitera des haines si pu qu'il trébuchera plus d'un« min.

Les pièges delà duel, alliance secrète avec la reine dou:ii t que le peuple adorait en souvenir de ses deux fils égorgés; le triompha prob d'Elisabeth d'York, femme du roi et D de Marguerite; enfin, l'Ecosse ton muante, toujours prête à recevoir ton bruits hostiles et toutes les a pi'on

y voudrait jeter en haine de l'Angleterre. Bien sûre de ses ambassadeurces trois alliés cachés, renseignée jour par jour sur les actes les plus in.

d'Henri VII, comme sur les sentiment

peuple anglais, la duchesse avait été signer un traité avec la Savoie, entrait en arrangements avec la France, surveillait l'occasion et guettait l'étincelle. .

Si pressée que fût Marguerite, elle ne l'attendait pas aussi tôt.

Plus d'une journée de marche avait fait oublier à la duchesse l'événement bizarre de sa rencontre avec le fils du marchand dans les montagnes.

Marguerite, infatigable, lisait ou se faisait lire tout en chevauchant. Elle expédiait ou recevait des courriers, questionnait les gens sur la route, faisait halte souvent pour écrire. Warbeck mort, son fils à moitié mort et à moitié fou, ne comptaient plus pour rien dans la pensée de la princesse. Elle retournait en Flan-

LA R<>s

dre, avait des comptes à i

veuve de l'ex-juif, argen ipart

des princes de l'Europe,

fâchée de se faire une bonn

la mère en lui ramenant son (ils, OU

Warbeck étaient riches et prêtaient ?Ol

tiers. Toutes ces choses étant passé

l'état de détail dans le plan général, I

guérite ne s'en inquiétait plu

cait.

On était déjà loin des mo:

vallée de la Moselle était franchi* vers Nancy, que la dm soin, tant pour n'être pas susj traversant les États de Lorraine, que | n'avoir pas sous les yeux les murs d« lesquels était tombé Charles le Té elle reçut un message à la suite duqu» chevaux semblèrent avoir pris les a et ses cavaliers une ardeur de

« Un ami, disait la dépêche, vous atl

à Soissons avec des nouvelles importantes de Londres et d'Ecosse. »

La duchesse laissa à l'arrière-garde les chariots, les hommes d'armes pesants, leur recommanda la litière et le malade, auquel elle fit promettre qu'elle arriverait en même temps que lui à Tournai, chez sa mère. Puis, à la tète de dix gentilshommes d'élite, elle traversa le pays, courant nuit et jour jusqu'à ce qu'elle fût arrivée au terme de sa course furieuse, c'est-à-dire au rendez-vous que le messager lui avait assigné.

A la frontière de France, les dix gentilshommes disparurent. Un seul demeura près de la princesse : c'était son capitaine favori, vieil homme de guerre anglais qui avait été de toutes les batailles du feu duc. Marguerite prit l'apparence d'une simple bourgeoise en voyage, et arriva sans encombre à Soissons.

LA BOSK KL iv II»

Toute la France,àceii cupaitque du départ de Char!.- \ III pour le royaume de Naples. De partoul tingents de soldats, de vivres, (Parmi dirigeaient vers le Dauphiné vous

général de Tarin n ne

troubla donc la du< ni dans son excursion.

Quel pouvait être cet am un

de ses agents? 11 n'eût pas oséemployi mot ami à l'égard d'une si fière princesse. Pourtant, pas d'erreur possible : la lettre portait. un des signes set m venus entre la duchesse et le roi d'Ecosse. Marguerite avait dévoré l'espace, elle eût voulu dévorer le temps.

Lorsqu'elle franchit avec son écuyn portesdeSoissons,c'étaitlesoir,unjounl»' fête; toute la population allait et venait autour des massives tours, comme un p< d'abeilles autour delà ruche. Déjà l'é

allumait ses vitraux, et l'encens s'exhalait du porche avec l'odeur des roses que les enfants avaient semées sur la place.

Marguerite, indifférente en apparence, se sentait suivie depuis la herse ; elle laissa son cheval la guider dans la grand'rue. Soudain une voix lui dit tout bas : « A gauche! » Alors, obéissant, elle tourna dans le sens indiqué. Une rue latérale, aussi déserte qu'elle était sombre, aboutissait à une petite place au coin de laquelle la voix du guide invisible dit à Marguerite : « C'est ici. »

Aussitôt la duchesse vit une forme humaine, que jusque-là elle n'avait pu distinguer, sortir de l'ombre et ouvrir une porte centrée qui gémit sur ses gonds robustes. Les chevaux, attirés par l'odeur hospitalière du fourrage , s'y glissèrent allègrement, et Marguerite mit pied à terre dans une cour tapissée de pampres et de

LA ROSE BLVM ni

rosiers dont les bouquet-

des fusées. 11 faisait nuit close; le gi

siffla. Un valet vint éclairer à II »lm •!.

les marches d'un petit perron A

en haut duquel un<* femme attendait daw

la pénombre d'une sali.

Flandre.

A peine Marguerite eut-elle mi> le pied dans cette salle, que le valet dis fermant la porte. Alors la dame inconnue poussa un petit cri, se jeta dan de la duchesse, qui, reconnaissai visage, cette radieuse beau' inm

de jeunesse, et l'accent écos son oreille et a son cœur :

—Catherine Gordon! s'écria-t elle ta portée de plaisir; toi, ma comtesse! lui , mon enfant! toi! toi!... Oh! voilà, d»

tant d'années, la première fois que mon cœur ait battu de joie; Catherine!... ma rose d'Ecosse, ma filleule chérie!... Oh |

ne t'arrête pas!... embrasse - moi toujours.

Et l'austère princesse tenait dans ses bras la jeune fille et la couvrait de baisers. Elle palpitait, les sanglots bondissaient dans sa poitrine; elle eût donné une de ses villes pour soulager par une larme ce cœur si douloureusement gonflé au souvenir de la famille, émanation delà patrie.

Catherine était plus heureuse; à seize ans, pure et tendre comme les anges, elle riait et pleurait en même temps.

—Quoi ! reprit la duchesse après l'avoir assise auprès d'elle, presque sur ses genoux; quoi! d'Ecosse ici!... tu as fait ce voyage immense?... Une enfant!... Tues donc comme celles de notre race : une lionne cachée sous la beauté d'une nymphe? Et le roi Jacques t'a laissée partir!... Imprudence!... imprudence!... On voit bien qu'il est jeune comme toi.

>R BLtKI HB

— C'est lui qui m'envoie, bonn»1 marraine.

— Oh! t'exposer ainsi!

— Notre Ja<

suis brave, et ce n'est qu'à une or discrète, à une àme brave, qu'il pouvait confier ce que je veux vous d

— De grandes nouvel!

dit tendrement la duchesse en dans les siennes les mai] Catherine, et en pion jusqu'au fond de l'ami Irait à elle.

— Vous en allez juger... Mais d'an voyons si la route ne vous a pas trop fatiguée. Votre appartement est prêt; je ' attendais depuis deux jours : commande!

ici comme partout.

— Je ne suis ni fatiguée ni o< quoi que ce soit qui touche à misérable. Je ne songe qu'aux parole-

tes lèvres vont prononcer. Vois, je suis pâle... Mon âme est en Angleterre. Catherine..., dis-moi que je reverrai la patrie; dis-moi que nous verrons triompher York, et tu m'auras donné en une minute tout ce qui tiendrait de joie et de fortune en dix existences royales !

Catherine secoua doucement la tète; ses beaux yeux, plus limpides que l'azur, reflétèrent un des nuages qui troublent, en s'y mirant, les grands lacs bleus d'Érin.

— Chère marraine, murmura-t-elle tristement, pas encore, pas encore; je n'ai pas dit qu'elles fussent bonnes, les nouvelles que j'apporte : graves, fécondes en événements, appelons-les ainsi.

— Malheur sur nous, alors ! soupira la duchesse. Mais, d'un malheur que l'enfant annonce en frémissant, les âmes choisies, les âmes royales se composent parfois, à force de persévérance et de travail, ce que

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nous appelons le bon!

un succès. Parle, ma fille bien-ain parle, me voici pré] douleurs; ce n'est pas trop d'une min n'est-ce pas? pour fain de la joie au désespoir.

—Rien n'est encore d< dit Catherine; mais j'ai vu bea tristesse chez le roi Jacques. A\ vous ne me demandez pas si j • • - 1 1 i s \ • seule d'Ecosse en i

— Je ne te l'ai pas demandrine, parce que je sais bien impossible, et je eon BlitM dl roi pour sa fidèle Gordon. 11 t'ai

une suite capable de te faire i partout.

— Deux personnes seulement n compagnée, dit la jeune fille avec un rire d'innocence qui lit tressaillir Marguerite.

LA ROSE BLANCHK

— Deux !... murmura-t-elle. Deux paladins de la Table ronde, alors?

— Ma nourrice et un clerc qui n'a peutêtre jamais touché une épée.

— Tu me fais frémir; qui donc?

— Oh! vous ne devinerez jamais.

— Tire-moi de peine... Quel est cet invincible à qui le roi confiait ainsi notre plus cher trésor?

— Un homme bien dévoué, car il jouait sa vie dans ce voyage ; et encore maintenant, sur une terre libre, il est mort si vous ne le prenez point sous votre protection.

— Nomme-le-moi.

— Fryon.

— Ce Français? le secrétaire intime du roi d'Angleterre? s'écria la duchesse, dont les yeux s'enflammèrent de surprise et de satisfaction.

— Lui-même, dit Catherine.

— Un transfuge de cette importance...

11 se déciderait à nous 1:

son maître?

— Tous.

La duchesse frai' ,1;ms llM

transport de joie; puis, toul à OOap :

— Un moment, dit-ell' ies<Hirde agitation, c'est peut-être un p

castre ne nous envoie-t-il pu

— Vous ne le croirez pas quai aurez entendu Fryon; le roi Ja< moins, ne l'a pas cru. 11 est, d*aillem ces pièges qu'on ne se tend pa même sous peine d'y tomber le pren

— Explique-toi, ma fille.

— Voici ce que m'a chargée de \ dire notre Jacques. Le roi d' A refuse de couronner Elisabeth, i dont il redoute la popularité. Il mécontentement parmi le peuple, prend parti contre Lancastre et pré ses armées.

— Le prétexte, chère Catherine, dit la duchesse d'un ton grave, le prétexte manque. Henri VII est un grand politique, qui ne tarde tant à satisfaire la nation que pour doubler le prix de la satisfaction quand il l'accordera. Qu'on le presse un peu, il couronnera Elisabeth; alors le peuple de Londres lui élèvera des arcs de triomphe. 11 joue avec le nom d'York, comme le chat avec une souris morte. Il sait trop bien qu'il n'a plus rien à redouter de ce nom!

En parlant ainsi, Marguerite poussa un soupir amer.

— Et, si vous vous trompiez, murmura Catherine, les yeux pétillants de joie; si, au contraire, la persécution d'Henri VII contre ces pauvres femmes de notre maison ne prenait sa source que dans une terreur nouvelle?

— Comme tout à l'heure, je te dirai, ma Catherine, le prétexte?

Lk ROSE CL IN !!.

— Si le pi • •

nature à cnilammer toute l'Anglettoute l'Ecosse?

— Enfant!... ces ino s'éteignent vite, et toujoui sang le plus pari

— Eh bien, apprenez, une, continua Catherine en bai>

qu'un bruit sourd circule chez liers du roi, un bruit qui chan£ clés de tortures les inimit maie

d'Henri VII. On parle d'un prince de la maison d'York, d'un de me> jei sins qui aurait échappé à la mort dam la Tour de Londres.

La duchesse secoua tristement la !«'■:

— On l'a trop dit déjà, ma fille; i pour Henri VII un épouvantai] u>.«, UN joie usée pour nous et pour le peapie.

— Cependant, c'est à ce prop< roi serait entré en fureur, qu'il

avec la reine sa femme une explication qui a dégénéré en scène violenle. On ajoute que la reine douairière aurait été mandée au palais. Des témoins affirment qu'on entendait .distinctement les menaces d'Henri VII, les sanglots et les malédictions de la pauvre mère.

Marguerite appuya son front sur ses mains brûlantes. Elle avait écouté attentivement; mais la persuasion n'était pas entrée chez elle avec les paroles de Catherine.

— On ajoute, dit-elle d'un accent presque railleur, des témoins affirment, et cela suffit au roi Jacques IV? Passe pour toi, qui crois ce que tu désires; et quel est l'auteur de ce récit? Fryon? voilà ce qu'il a rapporté au roi d'Ecosse?... S'il n'apporte ici d'autre bagage que celui-là, sa bienvenue est aventurée.

La duchesse achevait à peine, quand

un léger bruit attira son attenlio portière de lourde : qui com

niquait à une chambre \

— Cette tenture .1 tremblé, dil !

rite. On nous écoute.

— Fryon est là, répondit la Jeune fille, un peu ébranlée par le doute si plein d'autorité de la princesse, v

— Oh!... tu russes mien prévenir, s'écria Marguerite; tu 1 laissée parler librement devant on nomme suspect, un Français, qui, de bonne fi non envers nous, n'en a pas n

maître.

La tapisserie se souleva tout à l'ai:

duchesse aperçut dans l'ombre ai agenouillé, la tète inclinée sous 1 humiliation qu'il venait de subir.

— Si je vous trahis, madame, dit cet homme d'une voix émue, vous n'aurez pas à me chercher bien loin pour me pu-

nir, puisque je me livre. D'ailleurs, vous pouvez vous défier de mon honneur, mais il me semble que vous suspectez trop légèrement la perspicacité du roi d'Ecosse. Ce prince, aussi prudent qu'il est généreux et brave, ne m'aurait pas envoyé vers vous s'il n'eût reconnu l'importance de mes déclarations.

Tandis que Fryon parlait, la duchesse le considérait en femme habituée à lire profondément sur un masque. Elle avait à ses pieds un homme dans la force de l'âge , d'une physionomie remarquablement fine et spirituelle. Ses traits, empreints d'un mélange d'audace, d'effronterie même, plaisaient parle contraste de cette sorte de franchise avec la dissimulation caractéristique de la bouche et d'un regard défiant. Ces natures, tout à la fois réfléchies et ardentes, sont capables des plus puissants efforts. La duchesse le sa-

fait. Elle 56 connaissait en instrumi Celui-là lui parai tout d'abord éi et digne de considérât)*

—Soit, dit-t'llr radoi l Ml

au roid'É* mais les preoro

— Votre Altesse ne supp : expliqua Fryon tranquillement, que

venir me présenter à une prii

au plus sage génie de ce temps d'intri

et de hautes idées, sai

qui constatent d'une façon 1 1

clairvoyance et mon dévouement

La duchesse s'appn ■••util

qu'il avait à moitié gagné sa

— Vous avez tout à l'heure entend que m'a dit Catherine? ajouta-t-elle.

— Madame la comtesse veut bien avoir confiance en moi, depuis que le gracieux roi d'Ecosse m'a permis de l'accoi gner. Elle m'a donc permis de me tenir

là. J'ai tout entendu; mais je dois dire que je n'ai entendu autre chose que ce que j'avais appris moi-même au roi Jacques. Ainsi l'indiscrétion n'est pas grande de ma part. Quant aux paroles qu'a prononcées Votre Altesse, je m'attendais bien à les entendre, puisque je suis venu ici. Je n'y suis venu que pour les entendre, madame , et vos sentiments me sont connus comme à toute l'Europe. Vous n'avez pas un plan, une idée, un espoir que je ne connaisse comme vous.

— C'est parler hardiment, répliqua Marguerite troublée malgré elle par le calme de cette déclaration. Mes plans ne sont connus d'ordinaire que de ceux qui les font réussir. Pour d'autres que ceuxlà, il peut y avoir danger à les pénétrer.

— Nul mieux que moi ne saurait vous donner satisfaction, madame, repartit

Fryon; le succès est en moi, avec m l'apporte.

— Je vous ferai deux questions, interrompit la duchesse. Quel motif \ eupousse à trahir votre niait!

— Je réponds netteiiM'iit : son

— Un homme d'esprit cou i doit savoir changer un avare en prodl

— Jamais la prodigalité du roi Henri VI J ne s'élèverait à la hauteur de mon ambition, dit Fryon sans embi emphase. J'ai renduà ce prince de grands services depuis trois ans que je suis son secrétaire. Il ne m'a payé qu'en dédains ou en promesses. Or, je v une très-grande fortune ou mourir très-jeune. La destinée de l'homme est dans sa main.

— Vous aimez l'argent?

— Beaucoup.

— Les égards, les honneurs?

— Passionnément.

— Que comptez-vous obtenir de moi?

— Tout ce que je veux, car vous avez tout à gagner avec moi, comme moi avec vous. Ceux qui cherchent à acquérir ne mettent pas de bornes à leur gratitude; ceux qui ne s'appliquent qu'à conserver calculent mesquinement.

— Et vous m'apportez?...

— La preuve irrécusable de la lutte qui va s'établir entre le roi Henri VII et les deux reines, sa femme et sa belle-mère, au sujet de l'existence d'un des lils du feu roi Edouard.

— Donnez... A moins que vous ne désiriez d'abord fixer le prix de votre service.

Fryon sourit avec finesse.

— Nullement, dit-il, car je ne puis vous donner aujourd'hui tout ce que vous pouvez tirer de moi, et les circonstances ultérieures peuvent seules me donner ce que j'attends de Votre Altesse.

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