LA I\OSE BLANCHE
lage, et qui ne trouve le calme qu'après s'être épuisée par sa violence même.
Tant quelle était restée sur la terre d'Europe, Hélène avait conservé comme une secrète espérance de revoir encore Flavio; elle sentait maintenant que tout était fini. Se retrouve-t-on après trois mois, et comment se retrouve-t-on? Elle creusait de plus en plus l'abîme de ses pensées et n'y rencontrait que le découragement et la tristesse. Penchée sur l'appui du bordage, elle suivait d'un œil distrait et vague le sillon d'écume argentée, où la barre du gouvernail soulevait et remuait par boisseaux les saçhirs, les rubis et les émeraudes, étincelantes et liquides pierreries de l'écrinde la mer, faites d'une goutte d'eau et d'un rayon de lumière. Son châle détaché tombait à moitié de ses épaules, et elle ne s'apercevait pas que le vent du soir jouait dans ses longs cheveux à demi dénoués. Elle appuyait sa tête sur une de ses mains, l'autre retombait languissamment le long de son corps; de grosses larmes roulaient sur ses joues silencieusement.
Tout à coup elle sentit comme un frôlement léger de feuilles sèches sur sa main; elle la retira vivement, baissa les yeux, et vit sur ses genoux la rose blanche qu'elle avait donnée à Flavio la veille de son départ. Elle se retourna par un mouvement si prompt, qu'elle se trouva tout à coup dans les bras du jeune homme, et dans une seule et rapide étreinte
m LA ROSE H LAN*', Il E.
e'ie éprouva plus d'émotions que sa vie entière n'en avait connu... Mais bientôt, rougissante et confuse, elle se dégagea de la douce étreinte, ramena son châle sur sa poitrine en frissonnant, et, déjà souriante à travers ses pleurs, elle lui tendit ses deux mains, qu'elle laissa dans les siennes.
« En voilà deux qui s'aiment ! dit le vieux matelot du gouvernail en essuyant ses yeux. Après cela, c'est beau et jeune ! »
Hélène et Flavio goûtèrent un moment cette joie du revoir, si profonde et si ardente qu'elle paye avec usure toutes les douleurs humaines... même celles de l'absence. Ils ne se parlaient guère; seulement, de temps en temps, Hélène doucement fermait ses yeux, comme pour retrouver en elle cette image tant aimée.
« Vous êtes là 1 ... lui dit-elle enfin ; c'est vous ! . . . (l'est bien vous ! et je doute encore. Ah ! ce qu'on désire arrive donc quelquefois?...
— J'ai bien souffert, Hélène î
— Et moi !
— Je ne pouvais plus vivre sans voùs... J'ai tout laissé pour vous suivre, et maintenant je ne vous quitterai plus.
— Oh ! dites cela encore ! Vous le dites si bien, et j'aime tant à l'entendre !
— Je me suis souvenu, répondit Flavio, d'un passage de vos lettres où vous me disiez : « Peut-