‹ La rose blanche, frère Jean, les amours de chiffonnetteChapitre 4 sur 17 · LA ROSE MANCHE · texte numérisé non relu

LA ROSE MANCHE

ble des princes et le mieux informé des diplomates. Vous, major, puisque vous ne savez rien, relevez la glace; Hélène a froid.

— Chêne sais gue fous opéir! dit le major en exécutant la consigne.

— C'est la première des sciences, répondit-elle, mais n'interrompez plus !

— Il s'agit, reprit le Husse, de quelque chose de très-mystérieux, une nob!e étrangère qu'on a un peu enlevée, et que l'on cache dans une petite maison du faubourg... On la dit admirablement belle; c'est une blonde aux yeux bruns, et Flavio fait des folies pour elle.

— Che gombrends, dit le major, gu'on vasse tes volics bir les cholies faînes plontes....

— Merci, major, dit la chanteuse en riant, voi!à un mot dont on se souviendra. »

La voiture entrait dans la rue du Hekler.

« Adieu! dit Honoria en tendant les mains aux deux hommes , qui l'avaient reconduite jusqu'au bas de l'escalier. Je ne vous retiens pas, car il est déjà demain, et je joue tantôt... Baron, il y a un certain duo où je suis superbe^ toute la salle m'applaudira I mais je ne chanterai que pour vous.

— Elle est fraiment rafissande! dit le major en refermant la porte; mais la bedide est cholie aussi, ajouta-t-il en regardant le prince.

— Charmante, major; donnez-moi du feu! »

Et les deux hommes reprirent en fumant le boulevard des Italiens.

Cette nuit-là, Hélène dormit peu et mal. Elle revoyait dans tous les coins de sa chambre le beau front et l'œil brillant de Flavio : il lui parlait doucement : elle l'écoutait avec un ravissement profond; elle lui répondait môme.... Puis une femme qui cachait son visage, et dont on ne voyait que les cheveux blonds et les yeux noirs, traversait le salon, levait un doigt, et, pour la suivre, Flavio quittait la pauvre Hélène tout en pleurs. . . . Hélène se réveillait, et, sentant ses larmes, elle se demandait si son réve étafy vrai.

Deux jours après cette soirée, Flavio faisait remettre sa carte chez Honoria, et la chanteuse lui renvoyait la sienne avec ces mots au crayon : « Chez elle, tous les dimanches soir. »

Honoria était une des trois ou quatre femmes de théâtre qui ont un salon, et, comme elle n'y recevait que des hommes, ce salon était assez aristocratiquement composé. Le théâtre et la diplomatie ont toujours eu des affinités secrètes : on est sûr de retrouver un chœur d'Opéra et un carps de ballet, dès qu'il y

a un congrès quelque part. Presque tous les étrangers de distinction, qui ont leur entrée au foyer de la danse et du chant, venaient finir leur soirée chez Honoria. On y exagérait le rigorisme de la tenue officielle, comme il arrive parfois chez ces dames, à qui sans doute il est plus facile de passer d'un excès à Fautreque de s'arrêter dans ce juste milieu des convenances et de la gaieté aimable, également éloigné delà licence et de la pruderie.

« Maintenant, je vais rire un peu rue de Varennes! » disait un soir en sortant de chez la danseuse le jeune comte de M..., dont la mère avait un des salons les plus collet monté du faubourg.

Et cependant on venait toujours chez la chanteuse; . un peu pour y aller, et beaucoup pour en être revenu. Et puis elle était belle, fort à la mode, protégée du Jockey, applaudie parla loge infernale, et tout à fait en vue. C'en était assez pour attirer chez elle l'oisiveté élégante et cette jeunesse frivole et dorée pour laquelle être ne vient qu'après paraître.

On disait bien aussi que le salon conduisait au boudoir, où l'étiquette était moins sévère. Mais ce sont là de méchants bruits, auxquels je n'ai jamais ajouté foi. Honoria avait jasscz d'esprit pour attirer chez elle par le seul agrément de sa conversation. C'était une de ces femmes contre lesquelles on peut avoir des soupçons, mais jamais de certitude, tant elles ont de souplesse et de dextérité dans la con-

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duite et le maniement des petits embarras delà vie; elleévitait l'éclat autant que d'autres le recherchent, et, si frôle que fut le tissu de sa robe de soie, on n'y voyait aucun accroc. Le major prussien venait peutêtre un peu trop souvent chez elle, de quatre à six; mais, comme elle se proposait de faire un prochain voyage à Berlin, il est présuniable que c'était uniquement pour lui donner des leçons d'allemand. Le major avait une excellente prononciation. On s'en apercevait même quand il parlait le français. Quoiqu'il en soit, rien jusqu'ici n'avait choqué les susceptibilités provinciales d'Hélène. Elle eût cru difficilement au mal en le voyant: elle ne cherchait point à le voir. Son apparition dans le salon de sa tante avait été presque un événement. On l'avait tout d'abord entourée, et quelques-uns peut-être s'étaient mal défendus contre des espérances illégitimes; mais la grâce décente et la chaste beauté d'Hélène avaient contenu chacun dans cette réserve de l'honnêteté, le plus délicat hommage que certains hommes puissent rendre à une femme. On avait respecté sa robe noire et sa jeunesse. On attendait. Hélène, de son coté, ne s'était pas laissé le moins du inonde éblouir par ce brillant entourage. Ce bon sens pratique, si vite acquis par la vie en prose delà province, l'avait défendue contre le premier danger. Sa droite nature avait fait le reste : ainsi la surveillance

très- consciencieuse et très-attentive d'Honoria de-

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