‹ La rose chez les différents peuples, anciens et modernes; description, culture et propriété des rosesChapitre 3 sur 79 · DELILLE · texte numérisé non relu

DELILLE

Mais si la culture des fleurs pro-

cure une agréable distraction, elle

4 attriste aussi quelquefois celui qui | s’y livre avec passion. Quel chagrin pour lui de ne jouir que peu d’ins- : tants de la vue d’une plante à laquelle il a donné de longs et de pé-

nibles soins! Pourquoi faut-il dé-

plorer la fragilité d’une existence qui contribue si puissamment au charme de la nôtre!

Que votre éclat est peu durable, Charmantes fleurs, honneur de nos jardins"!

Souvent un jour commence et finit vos destins; Et le sort le plus favorable Ne vous laisse briller que deux ou trois matins.

Parmi les fleurs qui décorent nos parterres, on en distingue un trèsgrand nombre dont les formes agréables, l'éclat des couleurs, la suavité des parfums rendraient notre choix irrésolu si nous devions décider entr’elles; mais quelle que soit notre admiration pour la plupart de ces espèces, un penchant irrésistible nous fait toujours donner fa préférence à la Rose. Elle plait à {ous les âges. Dans tous les moments de sa courte existence, soit lorsqu'elle s’épanouit, soit lorsqu’elle brille dans tout son éclat,

En Ps

soit lorsqu'elle est prête à se flétrir, elle semble avoir toujours quelques rapports à nous. Penchée le soir sur sa tige épineuse, elle parait languissante à l’homme mélancolique, qui trouve dans le tableau qu'elle lui offre un sujet pour ses réveries ; celui à qui tout rit dans la vie, contemple avec extase, au milieu du jour, la pureté de ses formes et son coloris brillant, qui lui représentent Je bonheur dont il jouit; la jeune fille aime à la voir dans toute sa fraicheur et à la cueillir le matin, couverte de rosée et entourée de boutons; les amants heureux, les nouveaux époux l’associent à leurs plaisirs; et elle devient à tout moment le prix ou le gage de leur affection; dans l’âge de retour, elle nous rappelle les plaisirs de lenfance; et dans l'hiver de nos ans, lorsque son parfum, exalté par la chaleur du soleil, vient réveiller nos sens assoupis, nous la nommons

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“encore la plus délicieuse des fleurs.

Dès que le printemps vient parer nos jardins, chacun s'empresse d’accueillir les Roses qui annoncent la saison des amours.

Quand l'haleine des doux zéphirs, Et la verdure renaissante, Anpoon-eut }3 saison eharmante

Et de l'amour et des plaisirs, Vainement miile fleurs écloses Appcllent Ja main des amants; On ne croit revoir le printemps Qu'en voyant revaiire les Roses,

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Les anciens, les modernes onf chanté Ja Rose ; tous, à l'envie, lui ont prodigué les épithètes les plus galantes , et toujours elle est l’objet des comparaisons les plus flatteuses.

On fait rarement léloge d’une figure fraiche et jolie, sans y manu lons ot lale: Le poëtc ouvre Jes portes brillantes de l'orient avec les doigts de Roses de ia vermeille Aurore, et raméne le printemps sur un char de verdure et

MR couronné de Roses. Veut-il célébrer

la jeune fille qui n’a point encore sacrifié au plaisir ? il la compare au bouton de Rose, prés duquel voltigent les zéphirs impatients. Veut-il peindre la beauté coquette? c’est la

ose qui recoit tour-à-tour dans son sein les papillons légers.

La rose, qu'un rien flétrit, est l'emblème de l'innocence et de la virginité, De-là les vers charmants de Catulle: ut flos et cœptis, etc.

« La rose solitaire, épanouie à l’écart, ignorée des troupeaux, respectée du soc, caressée des zéphyrs, vivifiée par le soleil, abreuvée de rosée, fait les délices du berger et de la bergère. À peine est-elle arrachée à sa tige qu’elle perd sa fraicheur, se flétrit, et cesse d’avoir des charmes pour eux. Telle une vierge timide, aussi long-temps qu’elle est vierge, captive les hommages ; mais dés qu’elle a perdu cette fleur précieuse, les jeunes gens cessent de la

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trouver aimable, et ses compagnes de la chérir. »

L'Arioste, dans ces vers: la verginella è simile alla Rosa, etc., donne également une lecon au beau sexe.

« La jeune fille est semblable à la Rose, tandis que solitaire et ignorée elle repose dans quelques beaux jardins sur son épine native ; tandis qu'elle est à l'abri de la dent destructive des troupeaux et de la main furtive des bergers, le doux zéphyr, l’aube humide, l’onde, la terre, tout conspire à l’embellir, et la jeunesse folâtre aime à en parer ses cheveux et son sein; mais elle n’est pas plutôt détachée de sa tige maternelle et verdoyante, qu’elle perd ses grâces, sa beauté, et tout cequ’elle pouvait avoir d’aimable. C’est ainsi que la jeune fille qui ne conserve point sa vertu, qui lui doit être plus chéreque la vie, perd tous les avantages dont elle devait jouir, jusqu’à l’attache-

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ment que ses compagnes pouyaient avoir pour elle, »

Toi dont lincarnat ench2nteur Offre une fleur à peine éclose, Jeune Eglé, veux-tu de la Rose Conserver long-temps la fraîcheur ?

Songe qu'a cette fleur si tendre La nature sut attacher

Une feuille pour la cacher,

Une épiue pour la défendre.

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