‹ La rose chez les différents peuples, anciens et modernes; description, culture et propriété des rosesChapitre 4 sur 79 · C. Dusos · texte numérisé non relu

C. Dusos

Anacréon et Sapho disaient de la Rose qu'elle était tout le soin du printemps et la joie des mortels:

d’autres ajoutaient qu'elle était la splendeur des plantes.

Mais, ainsi que pour toutes les fleurs, on s’est plaint de la courte existence de Ja Rose : «la durée d’un jour est la mesure de son âge; la même étoile qui la voit naître le matin, la voit mourir le soir de vieillesse. »

M. de Malherbe adressa les vers

suivants à Dupérier qui venait de perdre sa fille :

Ta fille était du monde on les plus belles choses

Ont lp pir déstin;

Et, Rose, elle a vécu ce que vivent les Roses, L'espace d'un matin.

Des philosophes piaçaient dans la salle du festin, une tête de mort sur laquelle ils effeuillaient des roses.

M. de la Popeliniére, riche financier qui, existait sous Louis XY, mit les vers suivants sous un portrait où il était représenté tenant des roses effeuillées :

« Pour ces fleurs il n’est qu'un printemps; Du moins la vie a son automne.

Prenons ce que le sort nous donne,

Et connaissons le prix du temps.

C'est en comparant la durée de l'existence de l’homme à celle de la Rose, que La Fare et Chaulieu invitent à jouir des plaisirs passagers de la vie.

La Rose qui obtient tous nos suf-

runs. A /e. : |

frages a été cependant l'objet de

l'antipathie de plusieurs grands personnages : François Venier, doge de

Venise, et le chevalier de Guise, se trouvaient mal s'ils respiraient l’odeur d’une Rose ; Anne d'Autriche, femme de Louis XIII, ne supportait pas la vue d’une Rose, même en peinture.

On sera moins surpris du sort qu'a éprouvé la Rose quand on se rappellera que Jean IE, czar de Moscovie, s’évanouissait en voyant une femme ; et l’on sera convaincu, de nouveau, que les dames et les Roses ont souvent une destinée semblable.

JL SOUVENT COMORES S R

Entre les femmes et les Roses

U est mille rapports parfaits; Mille destins en toutes choses, Même peauté, mêmes attraits.

Oui, femme et Rose sont divines; Mais en nous charmant tour à tour, L'une blesse avec ses épines, L'autre par les traits de l'amour.

On cite des peuples d'Amérique

qui avaient peur en voyant des Roses, et n’y osaient porter les doigts, croyant que c'était du feu.

L’odeur suave de la Rose la fit — appeler Rhodon par les Grecs, les

“Arabes l’ont nommée nard ou nadon, les Latins et les Italiens Rosa, les Hollandais Roozen, et les Anglais et les Allemands Rose.

L'origine de la Roseest ce qu'ily — a de plus embrouillé dans son histoire, et a donné lieu à des fictions plus ou moins gracieuses selon que l'imagination des poètes était plus ou moins ingénieuse.

Anacréon nous dit que la Rose / naquit lorsque Vénus sortit du sein des flots. Celui qui vint la déposer sur le gazon du rivage, aurait laissé avec son écume, le germe du Rosier qui s’éleva aussitôt pour embellir ce lieu mémorable, et parfumer l'air que la déesse respirait pour la premiére fois,

Le père Rapin, jésuite, auteur 2

d’un poëme des jardins, raconte ainsi qu'il suit, l’origine de la Rose : une reine de Corinthe appelée Rhodante, était d’une si grande beauté qu’on ne pouvait la voir sans devenir éperdument amoureux; aussi le nombre de ses adorateurs s’accrut à un tel point, que, pour se soustraire à des instances qui ne lui laissaient plus un instant de repos, elle se réfugia dans un temple consacré à Diane. Cet asile ne la mit point à l’abri de la poursuite de ses amants.

Trois d’entr’eux, nommés Brien, Arcas, et Halesin, plus hardis que leurs rivaux, pénétrérent dans le temple, et voulurent avoir par la violence ce que les soins et les soupris n'avaient pu leur faire obtenir; mais Rhodante, non moins pudique que la déesse dont elle embrassait l'autel, se défendit avec viguéur.

Le peuple qui était accouru aux cris de la princesse, fut tellement ébloui par Péclat de ses charmes,

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quisemblaient alors recevoir unnouveau lustre de la douce fierté qui se peignait dans sa physionomie, que, dans son enthousiasme, il s’écria :

Diane n’est plus la déesse de ce temple, la belle Rhodante receyra désormais nos hommages. Mais au moment où 1l se disposait à renverser la statue de la premiére, Apollon se présenta dans le temple. Furieux de l’outrage qu’on faisait à sa sœur, il métamorphosa Rhodante en Rosier

et pour punir aussi le sacrilège com mis par les troisamants, il changea l'un en ver, l’autre en mouche, et le dernier en papillon.

Une Hhistoriette grecque donne une origine différente à la Rose. Roselia avait été consacrée, dès son berceau, au culte de Diane ; mais sa mére qui ne s'était imposé ce cruel sacrifice qu'afin de conserver les jours d’un enfant qui lui était cher et dont eile avait redouté la perte, fut bientôt aveuglée par la même

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tendresse, et résolut d’arracher sa fille du temple pour l’unir au beau Cymédore. Roselia, au pied de l’autel de l’hymen, prononça de coupables serments, dont son cœur innocent ne connaissait pas le danger ; mais Cymédore, que la crainte de la déesse poursuivait, se hâta d’entrainer sa jeune épouse. Déjà ils avaient franchi les derniers degrés du temple, lorsqu'ils furent apercus de Diane. On ne se joue pas impunément du courroux des dieux : un trait fatal vint percer le cœur de Roselia. Cymédore transporté de douleur et de tendresse, se jeta sur le corps de son épouse; il voulait la soutenir! la ranimer!.…..

Mais! Ô prodige! 1l n’embrassa qu’un arbuste couvert d'épines et inconnu jusqu'alors. Cet arbuste, né du remords de Diane et des larmes de l’amour, se couvrit de fleurs odoriférentes qui reçurent le nom de la malheureuse Ro-

selia, et conservérent le souvenir de sa métamorphose.

Gessner dans une de ses idylles, Z explique ainsi la naissance de la Rose; c’est Bacchus qui parle : « Je

oursuivais, dit-il, une jeune nymphe; la belle fugitive volait d'un pied léger sur les fleurs et regardait en arriére; elle riait malignement, en me voyant chanceler et la poursuivre d’un pas mal assuré. Par le Styx! Je n'aurais jamais atteint cette belle nymphe, si un buisson d'épine ne s'était embarrassé dans un pan voltigeant de sa robe. Enchanté, je m'approchai d’elle et lui dis: ne t’effarouche pas tant, je suis Bacchus, dieu du vin, dieu de la joie, éternellement jeune. Alors, saisie de respect, elle baissa les yeux et rougit. Pour marquer ma reconnaissance au buisson d’épine, je le touchai de ma baguette, et j’ordonnai qu'il se couvrit de fleurs dont laimable rougeur imiterait les

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nuances que la pudeur étendait sur les joues de la nymphe : j'ordonnai et la Rose naquit. »

Les musulmans, plus singuliers dans l'origine qu'ils donnent à la Rose, prétendent qu'elle à été formée, ainsi que le riz, de la sueur de leur prophète Mahomet.

Saint Basile nous dit qu’à la naïs-.

sance du monde, les Roses étaient sans épines, et qu’elles en eurent à mesure que les hommes méprisérent leur beauté. |

Si les auteurs ne sont point d’accord sur l'apparition de la Rose, ils ne le sont pas davantage sur la couleur vermeille qu'a aujourd’hui celte fleur qui, primitivement, était OT Points 7

Bion, Ovide et l’auteur du Pervigilium Veneris, prétendent que la couleur de la Rose est due au sang d’Adonis. Vénus ordonnait, dit-on, que le Sein des bergéres se mariât

chaque matin à la Rose humide encore, teinte du sang d'Adonis, et parfumée des baisers de l'amour.

Aphtonius et Tretzes assurent, 2 au contraire, que l'incarnat de la Rose provient du sang de Vénus.

Adonis insensible aux priéres de Cypris, qui le conjurait de ne plus s’exposer aux bêtes féroces qu'il poursuivait chaque jour dans les forêts, fut tué par un sanglier ; la déesse en volant au secours de son amant, ne fut point arrêtée par les ronces et les épines qui la déchiraient de tous côtés; plusieurs gouttes de son sang jaillirent sur des Roses, qui devinrent rouges de blanches qu’elles étaient.

Plusieurs écrivains dirent encore 5 que Bacchus ayant laissé tomber une goutte de vin sur la Rose, il changea ainsi sa couleur.

Cette idée ingénieuse s’est également reproduite de nos jours chez quelques chantres de la rose :

D'un jeune lis elle avait la blancheur; Mais aussitôt le père de la treille,

De ce nectar dont il fut l'inventeur, Laissa tomber une goutte vermeille,

Et pour toujours il changea sa couleur.

D'autres, enfin, ont avancé que Cupidon, jouant à la table des dieux, de ses ailes renversa le vase qui contenait le nectar, lequel se répandit Sr des Roses et leur donna sa cou-

leur. Philostratus pense que c’est pour cette raison que la Rose est consacrée à l’amour.

Arpocrate, dieu du silence, reçut de Cupidon la premiére Rose qu’on eût encore vue, à condition qu'il ne découvrirait pas les intrigues de Cypris. C’est pourquoi la Rose était considérée aussi comme symbole du si- Tence, et que l’on disaitéêtre sub Rosa, lorsqu'on n’avait rien à redouter des indiscrets , c’est-à-dire qu’on se trouvait dans un lieu où l’on pouvait parler à cœur ouvert. Plus

tard, chez les peuples du nord, on suspendit dans les festins, une rose au plafond, au-dessus du haut bout de la table : cela signifiait, comme chez les Grecs, que tout ce qui se disait sous cette fleur devait être enseveli dans le plus profond secret.

La Rose obtint chez les anciens l'hommage que nous lui rendons aujourd’hui ; elle brillait dans toutes les fêtes et les pompes sacrées; elle élait le symbole de la beauté, du plaisir, de la molesse et de la volupté.

Les Grecs et les Romains entouraient de guirlandes de Roses les statues de Vénus, d'Hébé et de Flore. On prodiguait les Roses aux fêtes de cette dernière déesse, ainsi qu'aux Saturnales, et le pied des autels et les marches des Temples en étaient toujours jonchés.

On voyait à Elis trois statues des grâces, la premiére tenait une Rose, la seconde un myrte et la troisiéme

me

un dé à jouer. Le myrte et la Rose, parce qu’ils sont consacrés à Vénus; le dé à jouer, parce que la jeunesse aime les jeux; la Rose était Dr ement des grâces, parce que, comme elle, ces déesses brillent de leur propre éclat sans parure étrangére.

On représentait la paix tenant une poignée d’épis, de Roses et de branches d’olivier.

L'hymen était représenté sous la figure d’un jeune homme couronné de Roses.

Erato, l’une des Muses, était couronnée de myrte et de Roses.

En Grèce, les amants faisaient claquer des feuilles de Roses pour savoir S1lS étaient aimés, et Le qu'elles ne rendaient pas un son éclatant, ils auguraient mal de leurs amours. Cet amusement est encore en usage de nos jours, et à défaut de Roses, nos paslourelles se servent du coquelicot.

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