‹ La rose chez les différents peuples, anciens et modernes; description, culture et propriété des rosesChapitre 6 sur 79 · CR · texte numérisé non relu

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à Blakembourg, il fut invité à assister à une fête de la Rosiére, S. M, s’approcha de la jeune personne qui avait été désignée comme la plus vertueuse, et lui placa la couronne sur la tête. La Rosiére lui répondit ingénument : Dieu vous la rende !

Il existait autrefois dans nos parlements une cérémonie appelée la baillée des Roses, dont on ignore lo, rigine et l'époque à laquelle elle a cessé. Cetle cérémonie était particuliérement en usage dans les parlements de Paris et de Toulouse. Le droit de Roses se rendait par les pairs, en avril, mai et juin, lorsqu'on appelait leurs rôles. Pour cela on choisissait un jour qu’il y avait audience à la grand-chambre, et le pair qui les présentait faisait joncher de Roses, de fleurs et d'herbes odoriférantes, toutes les chambres du parlement. Avant l'audience il donnait un déjeüner splendide aux

Boges

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présidents el aux conseillers, même aux grefliers et huissiers de la cour, ensuite 1] venait dans chaque chambre, faisant porter devant lui un grand bassin d'argent rempli nonseulement d'autant de bouquets d’œillets, Roses et autres fleurs de soie et de fleurs naturelles, qu'il y avait d'officiers, mais encore d’autant de couronnes rehaussées de ses

,. armes; aprés cel hommage, on lui ‘ donnait audience à la grand-cham-

bre; ensuite on disait la messe; les hautbois jouaient, excepté pendant l'audience, et allaient mème jouer chez jes présidents pendant le diner.

I n'y avait pas jusqu'à celui qui écrivait sous le greflier, qui n’eût son droit de Roses.

Excepté nos rois et nos reines, aucun de ceux qui avaient des pairies dans le ressort du département n’élatent exempts de cette espéce de redevance : les rois de Na-

varre s y assujétirent ; et Henri (1), fils d'Antoine de Bourbon et de Jeanne d’Albret, justifia au procureur-général que ni lui, ni ses pré décesseurs, n'avaient jamais manqué de remplir cette obligation. Des fils France l'ont faiten 1577.

L'hommage des Roses occasionna en 1545, une dispute de préséance entre le duc de Montpensier et le duc de Nevers, qui fut terminée par un arrêt du parlement, qui ordonna que le due de Montpensier les baillerait le premier, à cause de ses” deux qualités de prince et de pair.

Le parlement avait un faiseur de Roses, appelé le Rosier de la cour, et les pairs achetaient de lui celles dont ils faisaient leurs présents.

On présentait au parlement de Paris des Roses et des couronnes de Roses, et à celui de Toulouse, des

(1) Depuis Henri IV, roi de France,

A boutons de Roses et des chapeaux de Roses. |

En Provence, le jour de mai, on établit une sorte de trône à l'entrée de chaque rue fréquentée, sur lequel une jeune fille couronnée de Roses et entourée de guirlandes, reste stationnée toute la journée. On l'appelle la Belle de mai, etses compagnes mettent les passants à contribution pour l'amour de cette belle.

… Pendant les rogations, à Poitiers, l’image de la vierge se couronnait spontanément de Roses.

On racontait, dans la même ville, qu’un jeune homme, mort de douleur de ce que le mois de mai l'avait trouvé sans maïtresse, fut recouvert d’une terre sur laquelle poussa un rosier couvert de quelques fleurs et de beaucoup d’épines. Ayant ouvert la fosse, on trouva dans la bouche du mort un billet portant le nom de Marie.

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Aux beaux joursde la chevalerie, les Roses étaient souvent un emblême dont les preux se plaisaient à décorer leurs armes. On voyait dans un écu une Rose entr'ouverte avec cette devise: « Quanto si mostro men, tanto è piu bella. » Moins elle se montre plus elle est belle.

Dans le Selam des Persans, la Rose jouait un grand rôle par ses allégories.

Dans le roman de Perceforèt, on voit une reine, après un tournoi, donnant au chevalier vainqueur un simple chapeau de Roses, parce que c'est, dit-elle, un trésor pour les amoureux.

Dans le roman d’Amadis, Oriane, prisonniére, ne pouvant ni parler ni écrire à son amant, lui jette du baut d’une tour une Rose baignée de ses pleurs.

Les Roses forment le dénouement du fameux conte de l’âne d’or d’Apulée. Dans ce conte un jeune

homme est transformé en âne, et ne peut reprendre sa première forme qu'en mangeant des Roses.

Leroman dela Rose, de Guillaume Lorris, est une allégorie dans laquelle il faut surmonter beaucoup d'obstacles pour conquérir une belle Rose.

Milto, surnommée Aspasie, lune des femmes de Cyrus, avait, étant encore fort jeune, une tumeur au menton qui la chagrinait beaucoup et qu'aucun médecin ne pouvait guérir. Un songe vint enfin la consoler. Elle vit une colombe qui, se changeant en femme, lui dit : — Aïe bon courage ; prends des Roses offertes à Vénus et déjà fanées, broieles dans tes mains, et les applique sur cette tumeur. » Elle exécuta le conseil et la tumeur fut détruite.

Néron ayant témoigné le désir de voir dans le bain Poppée, femme de Silius Othon , et cette romaine ayant refusé sous le prétexte que

sa pudeur en souffrirait, Néron fit jeter sur le bassin où se baignait Poppée, une quantité prodigieuse de Roses de Pestum effeuillées.

Pizarre faisait donner la question à Montezuma et Guyonnar. Ce dernier poussait des cris douloureux en regardant Montezuma. Et moi, Jui dit le roi, suis-je donc sur des Roses?

Une jeune fille voyant marcher à la mort le roi Charles 1er, fendit la presse des curieux indifférents, et ne sachant quel témoignage d'intérêt lui donner, pauvre et simple enfant qu’elle était, lui offrit une Rose qu’elle avait à la main.

Milton, devenu aveugle, se mariaen troisièmes noces à une femme trés-belle, mais d’un caractère violent et d'une humeur aigre et difficile. Le lord Buckingham ayant dit un jour à son mari, en plaisantant , qu’elle était une Rose : — Je n'en puis juger par les couleurs, ré-

pondit tristement Milton, mais j'en juge par les épines.

La princesse Galiczin ayant demandé la bénédiction à Hoton, archevêque, ce prélat prit une Rose avec laquelle 11 la lui donna.

Le roi de Prusse se promenant dans le jardin de Postdam avec Voltaire , demanda une Rose ; celui-ci la présenta en disant :

+ Phénix des beaux esprits, modèle des guerriers,

Cette Rose naquit au pied de vos lauriers. »

Dansle fer de la hache des francsjuges étaientreprésentés un poigard et un chevalier tenant un bouquet de Roses. Les membres de ce tribunal secret devaient, lorsqu'ils voyaient une Rose, porter cette fleur sur leur cœur et sur leur lévres.

L'empereur Charles-Quint donna

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. pour devise à son épouse , Isabelle e Portugal , les trois grâces, dont l’une portait des Roses, l’autre une branche de myrte, et la troisième une branche de chène avec son fruit.

Ce groupe était le symbole de la beauté de l’impératrice, de l'amour qu’il avait pour elle et de sa fécondité. On l’orna de ces mots : hœc habet et superat..….

Luther avait fait graver une Rose sur son cachet.

Le comte d'Estaing avait pris pour devise, dans une association , un bouquet de lis et de Roses, et pour âme : — Tout pour eux et pour elles.

Un églantier marque, dans le parc de Roxburgh, la place où mourut Jacques IT, roi d'Ecosse.

En Allemagne, on célébre, au mois de mai la fête des Roses. Ce jour-là toute la maison est rose. La table est couverte de couronnes de Roses; les femmes portent des bou-

— 66 — $ quets de Roses, et les hommes chantent les Roses.

Les Tongouses font une boisson avec des pétales de Roses.

À Soleure, iorsque les bourgeois $ ’assemblaient, le jour de la Saint- Jean, pour élire leur avoyer ou premier magistrat, chacun d'eux portait un be puquet de Roses, et l’on appelait las cmblée Rosen garten , c'est-à- du PR: n des Roses.

Sur les bords du Gange, les femmes qui ne sont pas assez riches pour porter des bracelets et des anneaux en métaux ou en pierres précieuses, leur substitucnt des paquets de fleurs, e£ c’est ordinairement la Rose blanche dont elles font choix, à cause de sa beauté et de son parfum.

À Sañliago, au Chili, lorsqu'un étranger se “présente dans une maison, les dames lui offrent chacune une rose, en témoignage du plaisir que leur cause sa visite.

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À Provins, les jardiniers instalaient jadis parmi eux un roi qu’ils appelaient le Roi des rosiere. Sa dignilé durait un an, c'est-à-dire qu’elle commencait et finissait Île jour de la Saint-Fiacre. C'était à vèpres, pendant le magnificct, que se faisait l'intronisation du nouveau roi; et au moment où le ctœur chante ces mots : — Deposuit potertes de sede et exaltavit humiles ; les torches ailumées, les couronnes de Roses, tous les insignes de la puissance royäle quienvironnatent l'ancien monarque, disparaissaient aussitôt et étaient portés près du nouveau,

M. Aimé-Martin, dans ses lettres à Sophie, voutAnt donner un exemp'e de l'équilibre parfait que la respiration des végétaux forme avec celle de tous Îes êtres, rapporte ainsi les amours du rossignol et de la Rose.

« Quelle distance sépare le brin

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d'herbe de l’ohmme! et cependant notre vie tient par une double nécessilé à l'existence de ce faible végétal. Quelle étonnante création que celle où l’on ne peut rien ôter sans que le tout ne périssé! O Saadi! tu la connaissais sans doute cette loi sublime de l'harmonie de l'univers, lorsque tu chantais les amours du rossignol et de la Rose ; de la Rose muette et superbe, et du rossignol, le rival d'Orphée. »

« Bientôt dans les bosquets du stperbe Orient, La plus belle des fleurs, la Rose va paraitre; Elle s'ouvre, aussitôt son parfum se répand.

La wymphe des jardins surprise en la voyant, Croit qu'une autre Vénus en ce jour vient de naître, Pour la reine des {lcurs on veut la reconnaître; La Rose est étonnée; une aimable pudeur Couvre son sein charmant d’une vive rougeur, Le rossignol la voit, frappe l'air de son aile, Respire ses parfums, voltige sur son sein,

Chante l'amour heureux et s'envole soudain, Quoiqu'il ait fait serment d'être toujours fidèle »

« Arrêtons un moment le volage oiseau, saisissons-le par les ailes, et qu'il soit emprisonné avec le Rosier

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dans une cage de cristal. Il est donc vraiqu'il va devoir la vie à l’amante que son cœur abandonnait ! Privé d’un air nouveau, son joli gosier cesserait bientôt de produire des sons harmonieux, si, par un prodige inconcevable...... Ne devinezvous pas ce qui va se passer? Déjà le rossignol a vicié, par-sa respiration, l'atmosphère de la cage; mais le Rosier, avide de l'air respiré par son amant, l’absorbe, ct ne l’exhale doucement, qu'aprés l'avoir purifié : autant de fois le rossignol le décompose, autant de fois il relient les poisons dans son sein ; et lorsqu’enfin l’oiseau expire en chantant sa reconnaissance, le Rosier se penche, se flétrit et se meurt. »

« Ainsi l'on voit deux vrais amants Exister l’un par Fautre, avoir même constance, Confondre doucement leur paisille existence, Pour expirer dansles mêmes moments. »

La Rose figure dans une historielle intéressante,

« Le prince de Béarn (depuis Henri IV) n'avait pas encore douze ans, lorsque Charles IX vint à Nérac, en 1565, pour y visiter la cour de Navarre. Les quinze jours qu’il y passa furent marqués par des jeux, des fêtes dont le jeune Henri était déjà le plus bel ornement.

Cüarles IX aimait à tirer de Parc; on voulut lui en donner le divertissement, et lon pense bien qu’aucun de ses courtisans, pas même le duc de Guise qui excellait à cet exercice, n'eut la maladresse de se montrer plus adroit que le monarque. Henri, que l’on appelait encore flenriot , s'avance, et, du premier coup, enlève, avec sa flêéche, l'orange qui servait de but. Suivant Ja règle du jeu, il veut recommencer et tirer le premier; Charies s’y cppose et le repousse avec humeur; Henri recule quelques pas, arme son arc et dirige sa fléche sur la poitrine de son adversaire : cejui-ci

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se imet bien vite à l'abri derrière le plus gros de ses courtisans, et ordonne qu'on éloigne de sa personne ce dangereux pelit cousin.

» La paix se fit ; le même jeu recommenca le lendemain : Charles trouva un prétexte pour n'y pas venir. Cette fois, le duc de Guise enleva l'orange qu’il fendit en deux; il ne s’en trouvait pas d’autres. Le jeune prince voit une Rose sur le sein d’une jolie fille qui se trouvait au nombre des spectateurs; 1} s’en saisit et court la placer au but. Le duc tire le premier, n’atteint pas; Henri, qui lui succède, met sa fléche au milieu de la fleur, et va la rendre à la jolie villageoise sans la détacher de la flèche victorieuse qui lui sert de tige.

» Le trouble qui se peint sur la figure charmante de cette jeune fille, qu'il embellit encore, se communique à celui qui le fait naître, les doux regards qu'ils échangent à

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la dérobée sont les premiers signes de la vie nouvelle qui vient de commencer pour eux.

» En retournant au château, Henri questionne ceux qui l’entourent ; il apprend que l’aimable enfant se nomme Fleurette, qu’elle est fille du jardinier du château, et qu’elle demeure au petit pavillon qui se trouve à l'extrémité du bâtiment des écuries. Dés le lendemrin, le jardinage est devenu la passion de Henri ; il a choisi un terrain de quelques toises aux environs de la fontaine de la Garenne, où il sait que Fleurette se rend plusieurs fois dans la journée ; il l'entoure d’un treillage; il y fait des plantations où il travaille avec d’autant plus d’ardeur qu’il est aidé par le pére de Fleurette, et qu’il a vingt fois par jour l’occasion ou le prétexte de lui parler.

» Depuis près d’un mois Henriot en contait à Fleurette, Henriot et

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Fleurette s’aimaient éperdument, sans trop savoir encore ce qu'ils se voulaient ; il lapprirent un soir à la fontaine. Fleurette s’y était rendue un peu tard ; l'air était pur ; le murmure des eaux, les plaintes du rossignol enchantaient le silence des bois, et la lune éclairait, d’un jour mystérieux, une retraite où la nature est déjà la volupté. Que se passat-1l dans cette soirée à la fontaine de la Garenne, entre le petit prince de douze ans et la petite bergére de quatorze ? Il est plus aisé de l’imaginer que de le décrire; tout ce que jai pu savoir, c'est qu’au retour de a fontaine la bergerette avait pris le bras du prince du Béarn, et que celui-ci portait la cruche sur sa tête. Ils se séparérent à l’entrée du parc; lun retourna gaiment au château, l’autre pleura en rentrant dans son modesie réduit.

« Le pére de Fleurette ne s'était pas aperçu que sa fille, depuis ce

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jour, allait plus tard qu’à lordiaire à la fontaine; mais le précepteur du jeune prinec, le vertueux Ja Gaucherie, avait observé que son royal élève avait toujours un prétexte pour s'échapper à la même heure; et que par le plus beau temps du monde, la forme de son chapeau étaithabituellement mouillée. Cette remarque éveilla la surveillance du sage Mentor, il suivit de loin le jeune prince, et arriva, sans être vu , assez tôt et assez prés pour s'apercevoir qu'il était venu trop tard. Convaincu, comme Fénélon, que la fuite est le seul reméêde à certains maux, sans autres remontrances, il annonça au jeune prince qu’ils retourneratent le lendemain à Pau, d'où ils partiraient our se rendre à l’entrevue de ayonne.

« L'instinct de la gloire, et peutêtre celui de l’mconstance, parlaient déjà au cœur de Henri ; cette

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nécessité d’une premiére séparation, qu'il courut en larmes annoncer à Fleurette, trouvait à son insu quelque adoucissement au fond de son âme ; mais comment peindre le désespoir de la naïve et sensible Fleurette? Dans les derniers moments d’un bonheur prêt à lui échapper, elle pressentait tous les maux de l'avenir. « Vous me quittez, Henri, disait la tendre enfant étouffée par ses pleurs, vous me quittez, vous m'oublierez, et je n’aurai plus qu’à mourir. » Henri la rassura et lui fit le serment d’un amour éternel, que Fleurette seule devait acquitter :

« Voyez-vous cette fontaine de la Garenne ke dit-elle au moment où la eloche du château rappelait Henri, et donnait le signal du départ), absent, présent, vous me trouverez là, toujours là, » ajoutat-elle avec une expression qu’il n'oubliera jamais.

« Les quinze moisqui s’écoulérent

jusqu’au retour de Henri au chäteau de Nérac, avaient développé dans l'âme du jeune héros des vertus incompatibles avec l'innocence des premières amours ; et les filles d'honneur de Catherine de Médicis s'étaient chargées du soin d’effacer de son souvenir l’image de la pauvre petite Fleurette : celle-ci, plus affigée que surprise d’un changement dont sa raison précoce l'avait dés long-temps avertie, ne lutta pas contre un malheur qu'elle avait prévu, et ne songea plus qu'à s’y soustraire.

« Elle avait vu plusieurs fois le prince de Béarn se promener dans la Garenne avec mademoiselle d’Ayelle, et n’avait pu résister au désir de se trouver un jour sur leurs pas.

La vue de Fleurette plus belle encore de sa tristesse et de sa pâleur, réveilla, dans le cœur du jeune prince, un tendre souvenir : il se rendit, le lendemain matin, à son

logement, la trouva seule et lui donna rendez-vous à la fontaine de la Garenne: j'y serai à huit heures, répondit la jeune fille sans lever les yeux de dessus son ouvrage. Henri s'éloigna aussitôt; il attendit, avec toute limpatience d’un premier amour, qu'un regard de Fleurette avait ranimé dans son sein, l’Reure qui devait la fui rendre. Elle sonne; il sort du château par une porte dérobée et passe à travers les taillis du bois, de peur de rencontrer quelqu'un dass les allées. I arrive à la fontaine ; Fleurette ne parait pas ; il attend quelques minutes; le moindre bruit des feuilles fait tressaillir son cœur : il va, vient, s’arrête..…, approche de la fontaine ; une petite baguette est plantée sur l’endroit même où il s’est tant de fois assis prés de Fleurette. C’est une flèche ; il la reconnait ; la Rose fanée y tient encore ; un papier est attaché à la pointe; ille prend, cherche à le bre,

= F6 = mais le jour s’est éteint... Palpitant, inquiet, troublé, il revole au châtéau, ouvre le fatal billet, et lit ces mots... « Je vous ai dit que vous » me trouveriez à la fontaine ; péut- » être avez-vous passé près de moi » sansme voir ; refournez-y et cher- » chez mieux... Vous ne n’aimiez » plus...,il fallait bien... Mon Dicu!

» pardonnez-moi !...»

« Henria deviné le sensde ces paroles; le palais retentit de ses cris :

onaccourt; des valets, munisde flambeaux, lesuivent à la Garenne. Pourquoi s’appesantir sur de cruels détails? Le corps de l’aimable enfant fut retiré du fond du bassin où s'épanchaïentleseaux dela fontaine, ét déposé entre les deux arbres qu'on y voitencore. Lesregrets déchirants, la douleur de Henri, qui resta du moins fidéle au souvenir de Fleuretle, ne peuvent qu'honorer la mémoire du prince. »

Dans le conte de la Belleetla Bête,

une Rose cause d'abord beaucoup de chagrin, et finit par occasionner le mariage d'une jeune et belle personne avec un prince charmant. Un marchand, au moment de se mettre en voyage, demanda à ses trois filles ce qu'elles voulaient qu'il leur rapportät : les deux premières désirérent des robes et autres objets de parures ; mais Zémire, la plus jeune ne réclama qu’une Rose :

Je ne veux qu'une Rose : elle me sera chère Plus que le don le plus briilant,

Et je dirai : c'est à moi que mon père Daignait pen-er en la cueillant.

Le marchand, aprés une longue navigation, peu heureuse pour ses intérêts, et qui ne lui permit pas de remplir les commissions de ses ainées, revenait chez lui, lorsque les vents contraires le forcérent à relächer dans un endroit où se trouvait un château inhabité. Cependant son domestique et lui eurent une table

bien servie et toutes sortes de commodités dans ce séjour mystérieux.

Au moment de le quitter, le marchand ayant aperçu un Rosier, se ressouvint dela demande de Zémire, et il s'approcha de cet arbuste pour y cueillir une Rose; mais à peine il l'avait détachée de sa tige, qu’un monstre se présenta à lui et l’accabla de reproches pour lui avoir pris ue fieur à laquelle il attachait le plus grand prix. Le marchand essaya vainement de calmer son courroux, il n’obtint que ia faveur d’ailer voir sa famille pour la dernière fois, et fut obligé de s'engager, sur xarole, à revenir bientôt se livrer à h mort, ou d'abandonner une de ses files à l'horribie maître du château.

On pense bien que le pauvre marchand arriva chez lui bien désolé.

Il remit pourtant la Rose à Zémire sans lui rien faire connaitre de ce qu'elle lui coûtait, et l’aimable enfant se Hivra à toute la joie que lui inspirait cette possession,

Rose chérie !

Aimable {leur !

Viens sur moe cœur...

Qu'elle est fleurie !

Ak ! quelle odeur ! etc.

Cependant la tristesse de son père, dont il cachait la cause, lui donnant une vive inquiétude elle questionna et pressa tellement le domestique qui avait été du voyage, qu’elle lui arracha l’aveu de ce qui s'était passé. Elle n’hésita pas un instant, et guidée par les renseignements qu’eile eut le soin de prendre, elle parvint jusqu'au château d’Asor, c'est ainsi que s'appelait le monstre.

Enfin, pour abréger, ce monstre n'était rien moins qu’un beau prince qu'une méchante fée avait changé en une bête hideuse , et qui devait rester sous cette figure jusqu’à ce qu'une belle fille consentit à l'épouser malgré sa laideur. Zémire, pour

ET

sauver Ja vie de son pére, et par reconnaissance pour les bons procédés que le monstre avait eus pour elle, l'ayant accepté pour époux, Azor reprit aussitôt sa première forme pour la conduire à l'autel.

Un petit conte arabe, tiré d’AI- Mofadal, a été ainsi mis en vers:

J'allais pour saluer le père des croyants ;

Près de lui se trouvait un vase plein de Roses, D'une pourpre éclatante et fraîchement écloses,

Et telles qu'on les voit dans le plus beau printemps. Près des Roses brillait une fille charmante,

Fille rare eu beauté, l'honneur de nos déserts,

Qui modeste autant quesavante,

Connaissait l’art heureux d’assortir de beaux vers. Jeune homme, dit le prince, il faut nous faire entendre Sur la Rose naissante un couplet gracieux :

La Rose, dis-je alors, est un présent des dieux,

Tel que la jeune fille au regard doux et tendre

Qui commence à rougir et qui baisse les yeux. Alors de mon couplet imitant la cadence :

La Rose, dit la fille, est comme la rougeur,

Prince, qui de mon front anime la pudeur,

Quand d’un de vos regards j'obtiens la préférence.

François 1° comparait une cour sans femmes à une année sans printemps, un printemps sans Roses.

« Les beaux esprits, disait quel-

ET

qu'un, sont comme les Roses : une seule fait plaisir, un grand nombre entèle. »

Pour prouver la prééminence des vieillards sur les vieilles femmes, madame de Genlis dit : — Quand le temps dessèche un chêne, on dit qu’il se couronne, quand il commence à décolorer une Rose, on dit qu'elle est flétrie.

Les oiseaux affectionnent aussi beaucoup les Roses, et plusieurs espêces, telles que le rossignol, le bouvreuil et la fauvette nichent de préférence dans le Rosier. Dans le jardin du château de Moumour, en Béarn, il y avait, naguëre, un grand nombre de Rosiers et presque tous, au printemps, renfermaient des nids. C'était quelque chose d’infiniment gracieux que de voir la tête d’une fauvette remuer au milieu d’une touffe de Roses.

Un observateur a publié qu’une jeune fille était venue au monde,

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ayantsur le front l'empreinte d'une branche de Rosier bien marquée.

On voit des Roses sur les médailles de Rhodes, de Roda en Espagne, de Rhodanusia dans les Gaules, et de Cythnus { Pembrok) dans la mer Egée.

La Rose fieure aussi dans le Biason. Elle s'appelle soutenue, quand elle est représentée avec sa queue ; elle est quelquefcis d’un même, et quelquefois d’un différent émail, mais toüjours épanouie,.

On apyelle Roses, de petites étoffes de soie, de laine et de fil, dort les facons représentent des espèces de Roses.

Enfin, l'architecture et plusieurs autres arfs ont leurs Roses, El y a Rose de vent, Rose d'ornement, Rose de compartiment, Rose de moderne, Rose de pavé, Rose de boutonnier, Rose de luthier, Rose de serrurerie, ete.,ele,

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